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Quand il l’avait revu, après toutes ces années, il avait été surpris de le reconnaitre. Comme si, à force de revivre leurs étreintes, il les avait patinés, jusqu'à en effacer les contours. Comme ces parchemins dont l’encre s’efface à force de manipulation.
Il était étonné que ce grain de beauté, là sur la tempe de l’ancien roi, soit réel et pas un détail rajouté par son imagination, pour réchauffer une nuit trop froide.
Presque dix ans qu’il n’avait vu ce visage que dans ses souvenirs et ces derniers étaient finalement assez fidèles. Il constata avec humeur que les cheveux de l’autre homme étaient toujours d’ébène, là où dans sa barbe et sous son turban, le poivre cédait le terrain au sel…
Presque dix ans et un seul regard avait suffi pour qu’il retrouve, dans ces yeux sombres et ses lèvres pleines, un morceau de son cœur qu’il n’avait pas tout à fait conscience d’avoir perdu…
Presque dix ans depuis les heures blanches et douces dans la Villa Aconia où ses mains avaient parlé pour lui. Que peut-on dire à quelqu’un qui ne veux plus être ?
Il lui avait semblé que les mots n’avaient pas de poids face à la noirceur qui entourait le roi déchu. Alors plutôt que des phrases vides de sens, il avait offert des caresses et des baisers, pleins de tout l’amour et l’espoir qu’il gardait pour ce magnifique casse-pied qui se désagrégeait sous ses yeux.
C’était rare qu’il soit sans voix, mais Arthur avait toujours eu cet effet-là sur lui, le prendre par surprise et mettre à nu des parties de lui dont il ne savait pas trop quoi faire…
Presque dix ans que sur un coup de tête, il avait tout laissé derrière lui, sans que jamais la notion de sacrifice ne l’effleure, tant il avait fait cela sans penser à autre chose qu’à Arthur. Il n’avait eu l’impression de perdre quelque chose que plus tard, quand le poids des pièces de la vente du roi lui avait brulé les doigts.
Presque dix ans à y penser trop souvent, à essayer de s’en empêcher parce qu’après la nuit était encore plus noire et sa couche encore plus vide. A regarder vers le Sud en se demandant s'il lui avait donné assez pour que les fines lignes blanches à l’intérieur de son poignet restent fermées. Et si parfois, il pensait un peu à lui.
Presque dix ans…
Venec secoue la tête et continue à pousser la cage à roulette qui transporte ce qu’il a peut-être de plus précieux au monde.
