Actions

Work Header

Rating:
Archive Warning:
Category:
Fandom:
Character:
Additional Tags:
Language:
Français
Collections:
Échange d'Halloween 2024
Stats:
Published:
2024-10-02
Words:
611
Chapters:
1/1
Comments:
1
Kudos:
4
Bookmarks:
1
Hits:
18

Solitude

Summary:

Une maison peut être hantée de différentes manières. Elle peut être peuplée d’esprits qui n’ont pas décidé encore d’abandonner ce monde pour le suivant. Les fantômes déambulent entre ses murs, retraçant les chemins qu’ils ont tant emprunté de leur vivant. Ils traversent les murs, ne comprenant pas que leurs routes ont changé, que la vie a continué sans eux.

Notes:

Work Text:

Une maison peut être hantée de différentes manières. Elle peut être peuplée d’esprits qui n’ont pas décidé encore d’abandonner ce monde pour le suivant. Les fantômes déambulent entre ses murs, retraçant les chemins qu’ils ont tant emprunté de leur vivant. Ils traversent les murs, ne comprenant pas que leurs routes ont changé, que la vie a continué sans eux.

Elles peuvent être hantées de mauvais sentiments. La colère, la peur, la haine, a imprégné les murs, s’est infiltré dans les fondations pour s’accumuler dans les caves, et remonter dans les étages comme une odeur nauséabonde, changeant ceux qui y vivent, jour après jour.

Y vivre est difficile, et il convient d’abandonner ces maisons si on le peut, pour ne pas affronter la colère des esprits, ou absorber en soi la colère des murs. Mais il existe une autre sorte de hante, plus terrible encore, car elle vous colle à la peau, elle vous englue lentement, comme une toile dont on ne peut ou on ne veut pas se tirer.

Ces fantômes, contrairement aux esprits, viennent de l’intérieur même de l’homme. Ils ne sont que le produit des chaînes qu’il se pose sur les épaules, toujours plus nombreuses, toujours plus lourdes. Cela, Valjean le sait bien. Il sait qu’il devrait vendre la maison, qu’il devrait déménager, laisser la maison de la rue Plumet sombrer dans l’oubli, et emporter dans le naufrage tout ce qui y reste.

Comme chaque soir, il monte les marches dont chaque grincement lui est familier. Il suit le couloir, redresse le tableau qui ne reste jamais en place, regarde par la fenêtre le jardin plongé dans l’obscurité. La porte est là, sur sa gauche. Il ne peut s’empêcher de s’en approcher, de tendre l’oreille pour distinguer le bruit d’une page qu’on tourne, d’une voix qui chantonne en raccommodant un vêtement. Mais il n’y a rien, comme chaque soir.

Valjean pousse la porte de sa chambre. La pièce est sombre et froide, la seule lumière qui y entre vient de la rue et traverse la pièce pour venir accrocher un unique éclat aux chandeliers d’argent sur la cheminée. Il hésite à attiser la flamme dans le foyer, à se donner un peu de chaleur, mais il sait déjà qu’il n’en fera rien, que comme tous les soirs, il s’assiéra dans le fauteuil, contemplera les motifs que les ombres des branches dessinent au plafond. Plus tard, il descendra à nouveau, parcourra pendant des heures les couloirs déserts de la maison maintenant silencieuse. Il effleurera le tissu d’une robe à jamais abandonnée sur un sofa, ouvrira un livre pour en feuilleter les pages, y prendre le signet que personne ne déplace plus et le remettre à la même place, touchera le clavier du piano désormais silencieux. Comme si ces simples gestes pouvaient, le temps d’un instant, ramener la vie au cœur de cette maison, et faire revivre les souvenirs qui y sont enfermés.

Il sait qu’il se trompe lui-même. Rien ne les fera revenir, jamais. Malgré tous ses efforts, ce ne sont plus que des ombres de ce qui a été et qui ne reviendra plus. Il sait qu’il devrait vendre la maison et partir, laisser derrière lui ces souvenirs qui le hantent. Mais il sait également qu’il ne le fera jamais. Tout ce qu’il lui reste de Cosette est ici, et il ne peut s’en séparer. Il arpentera encore ces couloirs longtemps après qu’elle l’ait oublié, il fera vivre son souvenir.

Il quitte la chambre et descend à nouveau les marches qui se plaignent de son passage, comme tous les soirs. Cette maison est hantée, mais il ne sait pas, qui de lui ou des souvenirs, en est le fantôme.