Chapter Text
Clarke scrutait son téléphone avec anxiété. Elle avait été absente durant un week-end, mais alors qu'elle attendait dans la file pour prendre un taxi à l'aéroport, elle avait la sensation d'avoir fait un voyage de deux semaines durant lequel une véritable catastrophe aurait pu se produire. Le week-end en lui-même s'était bien déroulé. Sa petite amie lui avait manqué, mais elle avait aussi été heureuse de voir ses parents. Elle ne s'était pas inquiété outre-mesure la plupart du temps. Lexa était maladroite, mais elle avait réussi à se garder entière – de façon miraculeuse parfois – pendant dix-neuf ans sans elle, il n'y avait donc aucune raison qu'elle n'en soit plus capable et qu'elle meurt d'une façon parfaitement atroce pendant les trois jours d'absence de Clarke. Son esprit avait été d'accord avec cette théorie la majeure partie du temps jusqu'à ce matin, quand elle avait reçu un message d'Octavia. Machinalement, elle remonta les textos du jour comme pour se prouver que tout ça était bien réel et qu'elle n'était pas en pleine crise de paranoïa. (Elle était en réalité en pleine crise de paranoïa, mais c'était une autre histoire.)
9:42 Octavia : Lexa m'a demandé de l'accompagner pour aller chercher un sapin
9:44 Octavia : Je crois qu'elle veut te faire une surprise
10:00 Octavia : WTF o.o
Dix heures, c'était l'heure à laquelle le réveil de Clarke avait sonné. Encore à moitié endormie, elle avait ingénument pris son téléphone et avait constaté plusieurs messages non-lus. Au milieu des petits mots adorables de Lexa, il y avait ceux d'Octavia et la mention d'un sapin – source ô combien diversifiée de trop nombreux dangers – n'avait pas manqué de la faire sortir du coaltar. Le dernier message avait aussi été un parfait stimulant pour son cœur qui s'était mis à battre beaucoup trop vite, mais sûrement pas aussi rapidement que ses pouces qui martelaient l'écran.
10:01 Clarke : QUOI ?
10:01 Clarke : Octavia !
10:01 Clarke : Vous êtes étouffées sous le sapin ?
10:01 Clarke : C'est pour ça que tu me réponds plus ?
Lorsque l'on était en plein stress, une minute équivalait à toute une vie. Clarke se leva rapidement et commença à faire les cent pas dans sa chambre en ignorant le léger tournis survenu suite à ses mouvements trop brusques. Elle aurait pu appeler Octavia, ça aurait sûrement été plus simple et nettement plus efficace, mais sur le moment elle n'y avait même pas pensé.
10:02 Octavia : Relax tout va bien
10:02 Octavia : On a même pas encore le sapin
Clarke n'avait même pas eu le temps de soupirer avant l'arrivée d'un nouveau message particulièrement anxiogène.
10:02 Octavia : Enfin relax...
10:02 Clarke : Dis moi tout !!!
10:03 Octavia : Je sais pas si c'est une bonne idée
10:03 Clarke : OCTAVIA !
10:03 Clarke : DIS
10:03 Clarke : MOI
10:03 Clarke : TOUT !!
Une minute encore une fois beaucoup trop longue s'étira. Clarke avait continué à arpenter sa chambre tout en se demandant si elle ne pourrait pas faire en sorte de prendre un vol plus tôt pour rentrer avant le massacre. Elle s'empêcha de vérifier le site des transports en songeant que c'était peut-être un peu trop. C'était tentant, mais... Oh, nouveau message.
10:04 Octavia : Les Woods vont couper leur sapin eux-même donc on est en route pour une sapinière
10:04 Octavia : Mais t'inquiète Lexa dit qu'elle se débrouille bien avec une hache
L'association de Lexa et du mot hache n'était vraiment pas pour lui plaire. Ça ajouta même une dose supplémentaire de panique au cocktail explosif que Clarke était en train de devenir. Pourquoi ne pouvaient-elles pas juste avoir un arbre en plastique ? Ou au pire un véritable sapin, mais déjà coupé. Pourquoi Lexa, qui trouvait déjà suffisamment de moyens pour se blesser toute seule, devait se mettre en danger avec une hache ?
10:05 Octavia : Respire Clarke
10:05 Octavia : Je veille sur elle
10:05 Octavia : Je te donnerais des nouvelles toutes les 30 min
La suite des messages n'avait presque été que des signes de vie. Octavia disant qu'elles avaient survécus à la coupe du sapin, annonçant le retour à la maison, parlant du dîner, puis de la chasse aux décorations. Franchement, tout était ok, jusqu'au silence radio de seize heures. Depuis cette heure là, il n'y avait plus eu aucune nouvelle. Le téléphone de Clarke restait muet et c'était pour ça qu'elle angoissait maintenant dans cette fichue file à l'aéroport.
« Oh et puis merde. »
Ni une, ni deux, elle dépassa tout le monde et s'engouffra dans un taxi dont quelqu'un venait juste de descendre et aboya l'adresse au chauffeur, prétextant que sa mauvaise humeur et son comportement étaient dû à une urgence. Et ce n'était pas un mensonge, il y avait vraiment urgence. Elle avait besoin de s'assurer que Lexa était encore entière. Les embouteillages ne l'aidèrent pas vraiment à retrouver son calme, mais ce qui la fit complètement paniqué par contre ce fut le camion écarlate garé devant son immeuble. Une foule était rassemblée derrière un cordon de sécurité pendant que les pompiers éteignaient un incendie. Abandonnant tout sur place, Clarke se jeta hors de la voiture et se mit à courir, les larmes se formant déjà dans ses yeux ne l'aidant pas à trouver une personne connue dans la foule qui pourrait la rassurer sur le sort de ses proches. Elle traversa le groupe, terrorisée, jusqu'à ce que deux bras l'entourent par derrière et qu'une vague de soulagement se répande dans son corps. Elle sentit ses jambes se dérober sous elle et l'étreinte de Lexa se fit plus forte pour la soutenir.
« Tout va bien. Ce n'est rien, c'est pas chez nous. »
Sa voix était calme, son souffle balayait sa gorge et elle dégageait une chaleur apaisante qui donnèrent suffisamment de preuves à Clarke. Elle était bien vivante. Durant un instant, elle avait vraiment cru au pire.
« Qu'est-ce... Qu'est-ce qu'il s'est passé ? »
« Le radiateur électrique d'un voisin du deuxième qui a pris feu. Aucun blessé heureusement, juste plus de peur que de mal. »
Il fallut de longues minutes à Clarke pour se reprendre et se tourner vers Lexa. Celle-ci souriait légèrement, mais il y avait une lueur bizarre dans ses yeux qui poussa Clarke à envisager à nouveau une catastrophe.
« Attends, mais alors pourquoi ça fait trois heures que vous ne répondez plus à mes messages ? »
Lexa sembla légèrement gênée.
« Alors tu vas rire, mais en fait nos téléphones sont dans l'appart'. Avec les clés. Toutes les clés. »
Autant dire que non, Clarke ne rigola pas parce qu'elles n'avaient que deux jeux de clés : celui de Lexa et le sien qu'elle avait donné à Octavia durant son absence. Elles étaient à la rue pendant que les pompiers terminaient d'éteindre un feu dans leur immeuble... Si ça, c'était pas avoir un karma de merde.
