Chapter Text
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La librairie se présentait sous un aspect déplorable lorsque Aziraphale franchit le seuil de ce qui fut autrefois son havre de paix. La crasse et les toiles d'araignée s'étaient accumulées sur les vieux ouvrages et les meubles, mais l'ancien ange traversa la pièce avec une indifférence teintée de mélancolie pour s'effondrer dans son vieux fauteuil. Un nuage de poussière s'éleva au-dessus de lui, mais il l'ignora tout en tenant contre son cœur les ailes de Raphaël.
Quelques heures auparavant, il avait quitté le Paradis, et curieusement, aucun ange ne l'avait arrêté alors qu'il maculait les sols sacrés du sang d’un Archange. Peut-être que les habitants du paradis étaient soulagés que le règne de Gabriel se soit achevé de cette manière. Le messager céleste avait-il réellement transmis la parole et la volonté de Dieu à travers tous ces millénaires ? Personne ne le saurait. Les démons avaient trouvé leur place sur Terre, alors pourquoi les anges ne pourraient-ils pas finalement goûter à l'existence mortelle à leur tour ?
Les anges pouvaient bien faire ce qu'ils désiraient, ce n'était plus le problème d'Aziraphale. Tout ce qui lui importait à présent, c'était de retrouver Raphaël. Pour cela, il aurait besoin de l'aide d'un vieil ami, malgré toute la douleur que cela causerait à l'ex-ange de revoir celui qu'il avait tant aimé.
Le regard d'Aziraphale se posa soudain sur le paillasson de la porte, où plusieurs lettres avaient été glissées depuis la boîte aux lettres. Avec un soupir résigné, le libraire se releva pour aller ramasser son courrier vieux de plus d'une année d'absence, posant les ailes sur son bureau au passage. Il y avait quelques factures, mais principalement des lettres signées d'une écriture très familière, celle de Crowley. Son cœur s'emballa soudainement. Le démon avait donc essayé de le contacter ? Pourquoi donc ?
D'une main tremblante d'anticipation, Aziraphale ouvrit la première lettre, où un message du démon avait été griffonné de manière précipitée.
"Aziraphale, où es-tu, doux Jésus ? Ça fait des semaines que je passe tous les jours à la librairie, mais tu n’es jamais là !”
Sur une deuxième, il lut ensuite :
" Espèce d’idiot, je commence vraiment à m'inquiéter. Je n'ai aucun moyen de te contacter. Tu n'as pas de téléphone portable, je suppose ?"
Puis sur une troisième :
"Bien sûr que non, tu n'as pas de téléphone portable, tu es de la vieille école. Écoute, dès que tu rentreras, passe à mon appartement, nous avons beaucoup de choses à nous dire tous les deux."
Enfin, sur une quatrième :
"Je suis désolé, ok ? Je n'aurais pas dû partir si précipitamment. Tout ce que je veux savoir, c'est si tu vas bien. Je m'inquiète pour toi, mon ange."
Un mélange d'émotions envahit Aziraphale en lisant ces lettres. La peur, la tristesse et la joie se mêlaient en lui. Crowley s'était inquiété et avait cherché à le contacter. Une lueur d'espoir s'alluma dans son cœur. Peut-être n'était-il pas trop tard pour retrouver ce qu'il avait perdu. Une résolution nouvelle se forma en lui alors qu'il serrait les lettres dans sa main.
Après plus d'un an dans l'espace, Aziraphale avait grand besoin d'un bon bain et de repos. La sieste devrait cependant attendre, car il avait un démon à aller voir ! L'ange alla donc mettre en sécurité les ailes dans son coffre-fort, curieusement accompagnées des lettres de Crowley. Puis il se fit couler un bain et s'immergea dans l'eau chaude, effaçant les traces de son méfait au Paradis. L'eau claire se teinta d'or, mais il n'en avait que faire. Aziraphale avait finalement accepté son rôle de bourreau dans toute cette funeste histoire.
Après avoir profité de ce moment de réconfort, l’ex-ange se sécha, revêtit des vêtements propres et sortit précipitamment de la librairie. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, il était déjà en train de sonner au numéro 69 de l’immeuble de Crowley. Cependant, lorsqu'il appuya sur la sonnette, il n'entendit aucune réponse provenant du haut-parleur à l'entrée.
Perplexe, Aziraphale se mordit la lèvre inférieure, cherchant une solution à sa situation. Devait-il attendre ici encore un peu, espérant que Crowley finirait par répondre, ou devait-il renoncer pour l'instant ? Peut-être que le démon était sorti en ville ou bien il sommeillait profondément, insensible à la sonnerie stridente. Ce ne serait pas la première fois que ce fainéant aurait ignoré les appels, perdu dans un sommeil sans fin.
Soudain, une voix douce le tira de ses réflexions. “Cherchez-vous quelqu’un ?” interrogea une vieille dame derrière lui. Aziraphale sursauta légèrement, sortant de ses pensées pour se tourner vers la source de la voix.
“ Oh ! Bonjour madame, je suis en effet venu rendre visite à un ami. Avez-vous eu l’occasion de croiser un certain monsieur Crowley aujourd’hui ? ” demanda-t-il poliment, un brin d'espoir dans la voix.
La vieille dame sourit gentiment. “Vous voulez parler d’Anthony, je présume ?” répondit-elle, ses yeux pétillants de malice. “Bien entendu, je le vois accompagner ses enfants à l’école tous les matins. Un charmant garçon, une belle famille que la sienne.”
Aziraphale resta sans voix un instant. Crowley accompagnant des enfants à l’école ? Impossible. “Il doit y avoir une erreur sur la personne,” déclara-t-il finalement, une pointe de gêne dans la voix. “Crowley n’a pas de famille.”
La vieille dame haussa un sourcil suggestif. “Bien sûr que si ! Il a quatre jolis garçons, si mes souvenirs sont exacts. Ainsi qu’un charmant mari,” ajouta-t-elle avec un clin d'œil complice.
Aziraphale fut abasourdi. Les paroles de la dame semblaient tellement éloignées de tout ce qu'il connaissait de Crowley. "Oh... Si vous le dites..." concéda-t-il finalement, se résignant à admettre que la dame n'était peut-être plus tout à fait lucide. "Puis-je vous demander l'autorisation de pénétrer dans l'immeuble ? Il a le sommeil profond, et j'aurais peut-être plus de chance de le réveiller si je frappe directement à sa porte."
"Bien entendu," accepta la femme avec bienveillance, ouvrant la porte pour lui. "Vous semblez être un garçon honnête," ajouta-t-elle en lui adressant un sourire. "Passez une belle journée."
"Je vous remercie mille fois, madame, et je vous souhaite également une merveilleuse journée," la remercia Aziraphale chaleureusement avant de s'élancer précipitamment vers l'étage.
Cependant, même après avoir frappé à la porte de Crowley, le blond ne reçut pas de réponse.
“ Où est-tu, stupide démon…” maugréa l’ex-ange en se frappant la tête contre la porte, se sentant de plus en plus frustré par cette situation.
“ Puis-je savoir ce que vous avez contre ma porte ? “ Demanda une voix suave, le faisant sursauter pour le deuxième fois dans la même journée.
Cette fois-ci, il se retrouva face à face avec un grand homme brun au teint pâle. Ses yeux, d’un vert émeraude, l’observaient avec une méfiance à peine voilée. Ses bras étaient chargés de courses, tandis que deux petits garçons se tenaient derrière lui, l’air effrayé.
“Votre... votre porte ?” bredouilla Aziraphale en vérifiant le numéro. “C’est bien ici l’appartement de Monsieur Crowley, n'est-ce pas ?” interrogea-t-il, de plus en plus incertain.
“Ça dépend de qui demande,” répliqua l’homme d’un ton dangereux.
L’ex-ange eut un mouvement de recul en sentant le pouvoir émanant de celui qui lui faisait face. L’homme dégageait une magie à la fois semblable et pourtant très différente de celle de Crowley. Était-il également un démon ?
“Je m'appelle Aziraphale,” se décida-t-il finalement à répondre.
Une lueur de reconnaissance éclaira soudain les yeux du brun.
“Alors c’est vous, l’ange ?” grogna-t-il avec une grimace de dégoût non dissimulée. “Crowley m’a beaucoup parlé de vous.”
“C’est étrange, je ne pense pas que ce soit réciproque,” rétorqua Aziraphale, soudain sur la défensive face à la véhémence de l'homme.
Soudain, l’ex-ange se souvint des paroles de la vieille dame à l'entrée.
“Êtes… Êtes-vous êtes son mari ?” demanda-t-il finalement, son cœur battant dans sa poitrine.
Avec un sourire vicieux, le brun répondit une fois de plus : “Cela dépend de qui le demande.”
La suite fut quelque peu floue pour Aziraphale. Il vit d'abord la pièce tourner, puis ses genoux fléchir sous lui. Des petits cris effrayés d'enfants retentirent, suivis de jurons et enfin, quelqu'un tentant de le relever. Lorsqu’il revint plus ou moins à lui, il était assis sur un sofa douillet, agrippant une tasse de thé entre ses mains. L’homme l’observait désormais avec inquiétude.
“S'il vous plaît, dites-moi que vous allez bien,” déclara le brun d'une voix soucieuse. “Crowley me tuerait s'il apprenait que je vous ai cassé…”
“ Crowley a donc…Une famille ? “ demanda Aziraphale d’une petite voix.
“ Pourquoi cela vous semble-t-il si inconcevable ? Ne pensez-vous pas qu’après six mille ans sur Terre, un démon n’aurait pas le droit au bonheur ? “ Rétorqua l’inconnu.
“ Bien sûr que si ! “ S’exclama Aziraphale, manquant de renverser son thé au passage. “ Il ne m’a simplement rien dit à ce sujet.” termina-t-il en rentrant sa tête dans les épaules d’un air défait.
“ Je ne suis pas son mari, juste un ami “ déclara finalement le brun, semblant avoir pitié de l’air affligé sur le visage de l’ange.
Aziraphale eut à peine le temps de se satisfaire de cette information qu’un grincement de porte se fit entendre, accompagné de voix enfantines qui se rapprochaient. Deux jeunes garçons firent alors leur apparition à l’entrée, l'un d'eux étant familier à Aziraphale.
“Frère Francis, c’est bien vous?” demanda l'adolescent en esquissant un sourire à l'ex-jardinier.
“Warlock?” reconnut Aziraphale, de plus en plus désorienté. “Que fais-tu ici, mon garçon?”
“J’habite ici, bien sûr!” déclara avec conviction le jeune garçon. “Nounou m’a adopté après que je me sois sauvé du manoir.”
“Adopté ?” répéta bêtement le blond.
“Nounou est notre papa! Il nous a tous adoptés !” déclara à son tour le plus jeune des enfants, maintenant assis sur les genoux de l'homme brun.
“ Puis-je savoir ce que vous voulez à Crowley ? “ demanda ce dernier, ses yeux verts rivés sur Aziraphale. “ Au dernière nouvelles, vous étiez parti en vacances.”
“ Je..” bégaya Aziraphale, incertain s'il devait ou non dévoiler la vérité à ce parfait inconnu. “ Je suis parti régler quelques affaires. Cependant, j’ai besoin de l’aide de Crowley pour certains détails confidentiels.”
"Bien sûr..." siffla l'homme, la gentillesse de son regard semblant s'estomper.. “ Crowley se trouve en voyage d’affaires à Los Angeles. Si vous voulez le trouver, c’est au Lux que vous devez vous rendre.”
"Très bien alors," déclara Aziraphale en se levant rapidement de son fauteuil. "Je vous remercie pour l'information, je ne vais pas vous retenir plus longtemps. Merci pour le thé. Warlock, ce fut un plaisir de te revoir, mon garçon.”
Alors que l'ex-ange s'apprêtait à partir, l'homme se dressa brusquement devant lui, lui bloquant le passage.
"Je vous mets en garde, Aziraphale. Si vous faites encore du mal à Crowley d'une manière ou d'une autre, il n'y aura nulle part sur Terre où vous pourrez vous cacher de ma colère. Ai-je été clair ?"
Le ton ferme et déterminé de l'homme laissait peu de place à l'ambiguïté. Aziraphale sentit une pointe d'anxiété monter en lui, car il percevait la sincérité de cette menace. Il se trouvait face à quelqu'un qui tenait indubitablement à Crowley, quelqu'un prêt à défendre le démon avec grande ferveur.
"Clair comme de l’eau de roche," répondit Aziraphale d'une voix calme, essayant de masquer son trouble.
L'homme sembla satisfait de cette réponse, et son expression se radoucit légèrement.
"Assurez-vous simplement de ne pas lui causer de préjudice," ajouta-t-il d'un ton plus posé. "Sachez que même si vous êtes un ex-ange, je ne tolérerai pas que vous fassiez du mal à un membre de ma famille.
"Je comprends votre inquiétude," dit Aziraphale, son ton sincère. "Je ne souhaite que le meilleur pour Crowley, et je n'ai aucune intention de lui faire du mal."
L'homme sembla se détendre légèrement, mais ses yeux demeuraient vigilants. "Je vous surveille, Aziraphale. Ne l'oubliez pas."
Avec cette dernière mise en garde, il fit un pas de côté, permettant au blond de quitter l'appartement.
~ OO ~
Crowley avait donc une famille ? Et depuis tout ce temps, il ne lui avait rien dit ? Aziraphale se sentait plus perdu que jamais. Les émotions contradictoires tourbillonnaient en lui, allant de la surprise à la colère, en passant par une pointe de jalousie. Il avait partagé des millénaires avec le démon, et pourtant, il avait manqué quelque chose d'aussi fondamental ?
L’ange claqua sa valise d’un mouvement sec. Il était toujours dans ses projets de se rendre à Los Angeles pour se confronter au démon. La demeure de l’ex-diable était, après-tout, un bon point pour débuter ses recherches et ainsi retrouver Raphaël.
La révélation de la famille de Crowley, bien que déstabilisante, ne changerait pas le fait que l'Archange était sa priorité. Les retrouvailles avec son ancien amour étaient inévitables, mais rien ni personne ne pourrait le détourner de sa quête.
Ses pouvoirs commençaient déjà à s'amenuiser, et l'ex-ange dû se résoudre à prendre l'avion. Le processus de réservation et d'embarquement lui sembla étrangement compliqué, n'étant plus aussi habitué aux affaires terrestres qu'il l'avait été autrefois. Les millénaires passés à arpenter la Terre avaient engendré une certaine familiarité avec les modes de transport, mais les changements rapides et constants de la technologie moderne semblaient presque extraterrestres à ses yeux. Malgré tout, il était prêt à tout affronter pour retrouver Raphaël, même si cela impliquait de voyager à travers le monde dans un tube métallique propulsé par des moteurs rugissants.
Une fois devant le night club cependant, Aziraphale se sentit quelque peu tendu, n'ayant pas l'habitude de fréquenter ce genre d'endroit. Les lumières vives et les rythmes pulsants s'échappaient des portes ouvertes, comme une invitation au péché. Les pas hésitants de l'ex-ange résonnaient dans l'allée menant à l'entrée, et il prit une profonde inspiration pour tenter de calmer les battements frénétiques de son cœur. Les regards se tournèrent brièvement vers lui, certains avec curiosité et d'autres avec un brin de suspicion. Aziraphale se sentait comme un étranger débarquant sur une planète inconnue.
Il s'avança vers le comptoir, observant les diverses personnes qui se pressaient pour commander des boissons. Son regard se posa finalement sur un homme élégant et charismatique qui semblait régner sur la scène avec une aisance naturelle.
"Un ange dans mon établissement, c'est une surprise peu commune," déclara Lucifer d'une voix mélodieuse teintée d'amusement. "Que puis-je faire pour vous, cher visiteur céleste ?"
“ Je cherche Crowley…” parvint à répondre le blond, intimidé de parler à l’ex-diable.
"Et qui le demande..." demanda Lucifer d'une voix basse.
"Je suis Aziraphale," dit-il avec détermination.
Ce nom sembla déclencher quelque chose en Lucifer. En un instant, son expression se durcit, et sans prévenir, sa main s'abattit avec une force inouïe sur la gorge d'Aziraphale. Les invités du club observaient d’un air choqué la scène qui se déroulait sous leurs yeux.
Le blond agrippa la main de Lucifer, essayant désespérément de se libérer de sa prise, mais la force du démon était inébranlable.
"Vous voilà donc, Aziraphale," déclara Lucifer d'une voix glaciale, ses yeux rougeoyants fixés intensément sur ceux de l'ange. "Les choses ont bien changé depuis la dernière fois que nous nous sommes croisés."
Aziraphale lutta pour reprendre son souffle. "Je sais que c’est à cause de moi que vous êtes tombé… Je vous dois des excuses," parvint-il à dire d'une voix étranglée.
"Ce n’est pas avec des excuses que mon frère va retrouver ses ailes," grogna Lucifer en resserrant sa prise sur la trachée du blond.
Aziraphale prit une inspiration tremblante, sachant qu'il devait détourner l'attention de Lucifer d'une manière ou d'une autre. "Gabriel est mort," annonça-t-il d'une voix à peine audible, espérant que cette information suffirait à changer la donne.
Et en effet, Lucifer lâcha aussitôt sa prise, l'air ébranlé par la nouvelle, tandis que le blond tentait de reprendre une respiration normale en toussant compulsivement.
“Mort ?” murmura l’ex-diable. “Comment ?”
“Je l’ai tué,” déclara Aziraphale d’une voix encore enrouée. “J’ai découvert ce qu’il avait fait subir aux anges pendant la grande guerre. Comment il nous a enlevé notre libre arbitre et effacé nos souvenirs. J’ai donc décidé de mettre fin à son règne de terreur, et je l’ai tué.”
Lucifer sembla boire les paroles d'Aziraphale, savourant chaque syllabe comme si elles étaient une libération longtemps attendue. Il croisa les bras, son air satisfait ne faiblissant pas.
“Et Maintenant que ce bâtard n'est plus, quel est votre souhait le plus cher, Aziraphale ?” demanda Lucifer d'une voix étrangement envoûtante.
“Je souhaite réparer mes fautes,” avoua l’ex-ange, sa bouche se mouvant presque malgré lui. “Je souhaite que Crowley sache à quel point je l’aime et je veux rendre ses ailes à Raphaël.”
“Vous avez une chance de racheter vos erreurs,” annonça Lucifer sur un ton énigmatique. “Mais ne me décevez pas, ou vous le regretterez amèrement.”
L’ex-diable fit alors signe au blond de s’asseoir sur un tabouret avec lui. La salle était plongée dans une atmosphère électrique, les lumières tamisées du club projetant des ombres dansantes sur les murs.
“Dans un instant, la personne que vous attendez va rentrer sur scène pour chanter,” continua Lucifer. “Après sa représentation, je vous conseille de faire aussitôt votre déclaration. N'oubliez pas, les opportunités comme celle-ci sont rares...”
Aziraphale hocha la tête d'un mouvement grave, la solennité de la situation s'imposant à lui. Son cœur battait la chamade alors qu'il se préparait mentalement devant l'importance de l'instant. Lucifer allait-il vraiment le laisser ouvertement courtiser Crowley ?
Les lumières s'abaissèrent soudain et une mélodie captivante s'éleva de l'obscurité, douce comme une caresse, puissante comme une incantation. Même si le chant n'avait caressé les oreilles d’Aziraphale qu'une seule fois en six mille ans, il était évident que cette voix ne pouvait appartenir qu'à une seule personne.
Une lumière douce éclaira peu à peu la chevelure flamboyante du chanteur qui se tenait devant le piano. Les premières notes semblèrent flotter dans l'air, emplissant la pièce d'une aura enchanteresse. Le public, principalement constitué de démon, semblait hypnotisé par les paroles qui s'échappaient de ses lèvres. Ironiquement, même les êtres démoniaques semblaient submergés par cet instant de pure douceur, leurs regards avides, reflétant une émotion rarement ressentie.
En attendant
En attendant
Que le soir revienne, c'est tentant d'oublier
Ce temps où on roulait dans l'vent
Au milieu de Ouessant, la mer, elle voyait tout
Le beau, le pire de nous
Je sais qu'elle savait, au fond, on se perdait
Elle nous a rien dit
Une vague d'émotions intenses s'empara d'Aziraphale. Son cœur sembla s'emballer, comme si chaque accord vibrant au piano trouvait un écho en lui. Son regard était rivé sur le rouquin, les yeux brillants d'une tendresse et d'une admiration sans borne. Chaque mot, chaque inflexion de voix semblait toucher une corde sensible en lui, ravivant des souvenirs qui s'étaient figés pendant des millénaires. Les larmes montèrent aux yeux d'Aziraphale alors qu'il laissait les paroles de la chanson pénétrer son âme. C'était l'amour qui l'avait guidé à travers l'éternité, qui l'avait amené jusqu'à ce moment précis. C'était l'amour absolu, immuable et ineffable.
En attendant
En me levant
Je rattrape le temps bizarrement
J'avais oublié
Comment faire, comme ce n'est plus toi
Qui partage mes nuits là
Mes folles insomnies
Me font tout voir en gris
Toi qui hante Paris
Ton fantôme est partout
Et c'est la fin
Qui brûle et qui dévore, t'oublier, ai-je tort? Mais je le sens bien
Que nos failles étaient fortes et pour que je m'en sorte, je danserai encore
Et j'attendrai encore
Que tout ça s'efface, que ça se détache, je voudrais tant
En attendant
Lorsque la chanson se termina, une vague d'applaudissements et d'ovations retentit dans la salle. Saluant la performance envoûtante du chanteur, Lucifer se leva de son siège, se frayant rapidement un chemin à travers la foule pour monter sur scène.
“Merci mon frère, pour ce magnifique moment. C’est toujours un délice de t’écouter. Nous avons cependant ce soir un invité surprise qui voudrait te faire sa déclaration en public, Aziraphale, si tu veux bien t’avancer…”
“Mon frère,” avait dit Lucifer en parlant à Crowley. Ces mots résonnaient dans l'esprit d'Aziraphale comme un écho lointain, révélant une vérité qu'il n'avait jamais soupçonnée. Depuis tout ce temps, le démon qu'il aimait avait une connexion bien plus profonde avec Lucifer qu'il n'aurait pu l'imaginer. Les pièces du puzzle semblaient s'emboîter lentement, formant une image nouvelle et troublante.
Aziraphale sentit son cœur battre plus fort alors que tous les regards se tournaient vers lui. Il se leva de son tabouret, sentant la pression l’envahir. Les lumières tamisées du club semblaient converger vers lui, créant une sorte de halo autour de sa silhouette.
Il prit une profonde inspiration et s'avança lentement vers le chanteur, dont le visage s'illumina d'une surprise sincère en le voyant s'approcher.
“ Anthony J. Crowley “ déclara avec assurance Aziraphale. “ Voudriez-vous bien m’accorder une danse ?”
Les murmures des démons autour d'eux se firent plus insistants, créant une sorte de bourdonnement agité dans l'atmosphère. Un ange était en train de faire une déclaration publique à un démon, une scène qui défiait les normes et les attentes établies depuis des millénaires. C'était un spectacle rare, presque inédit, et cela attirait l'attention de tous.
Le visage d'Aziraphale s'empourpra légèrement sous le poids de ces regards scrutateurs. Il se sentait exposé, vulnérable, mais il tint bon, la détermination brûlant dans ses yeux. Après toutes les épreuves traversées, il était prêt à affronter le jugement et les murmures pour exprimer enfin ses sentiments.
Crowley, dont le regard doré avait gardé une lueur espiègle, ne se fit pas prier. Il accepta la main d'Aziraphale avec une assurance non dissimulée, se laissant guider jusqu'à la piste de danse. Là, au milieu des démons curieux, ils se préparèrent à une danse qui allait défier les attentes et embraser l'atmosphère déjà électrique de la pièce.
La musique, lancinante et sensuelle, les enveloppa dès les premières notes. Les premiers pas furent hésitants, une sorte de dialogue muet s'établissant entre eux alors qu'ils cherchaient leur rythme. Mais bientôt, quelque chose de magique se produisit. Leurs corps semblaient s'accorder naturellement, comme s'ils avaient dansé ensemble toute leur vie.
Aziraphale, dans son costume impeccable, était le meneur de cette danse. Sa main droite tenait celle de Crowley avec une fermeté douce, les doigts de l'ex-démon glissant parfaitement dans les siens.
Crowley, quant à lui, incarnait la passion et la sensualité du tango. Son corps fluide et souple réagissait instinctivement aux mouvements d'Aziraphale, créant une harmonie parfaite entre eux. Il était le partenaire idéal pour cette danse ardente, son regard doré fixé intensément sur l'ange.
Leurs pas devinrent de plus en plus audacieux, leurs corps se rapprochant et s'éloignant avec une grâce hypnotique. Leurs yeux ne se quittaient pas, communicant des émotions profondes que les mots ne pouvaient exprimer. Le tango était une danse de séduction, de désir et de passion, et ils l'incarnaient parfaitement.
Les spectateurs autour d'eux étaient captivés par cette performance, les murmures s'estompant pour laisser place à un silence presque religieux. Les démons présents ne pouvaient qu'admirer la beauté de cette danse improbable, une danse qui transcendait les frontières célestes et infernales.
Aziraphale et Crowley dansaient comme s'ils étaient seuls au monde, perdu dans cette étreinte enivrante. La musique continuait de les guider, les entraînant dans un tango fougueux, une déclaration silencieuse de leur amour et de leur désir. Et dans cet instant suspendu, ils étaient enfin libres de s'aimer, peu importe les conséquences.
~ OOO ~
Aziraphale s’arracha quelques instants des lèvres de Crowley pour reprendre son souffle.
Nos deux idiots s’étaient isolés loin de la foule pour avoir une petite conversation…
"Où as-tu appris à danser ainsi, mon ange ?" demanda Crowley entre deux baisers passionnés.
"Depuis quelques années déjà, je prends des cours privés..." murmura l'ex-ange, ses doigts glissant délicatement sur la peau parsemée de taches de rousseur du rouquin.
"L'homme que j'ai vu le jour de notre rendez-vous au Ritz?" murmura Crowley, l'expression soudain emprunte de contrariété.
Aziraphale se redressa légèrement, troublé par le ton du démon. "Tu... Tu nous as vus?"
"J'ai pensé qu'il était ton amant..." répondit Crowley en rougissant légèrement, ses yeux dorés montrant une lueur d'affliction.
"Attends, veux-tu dire que si tu es parti subitement, c'était à cause de... Steve?" demanda Aziraphale, étonné.
"Je me sens tellement idiot..." marmonna Crowley en enfouissant sa tête dans ses mains, visiblement embarrassé par ses conclusions un peu trop hâtive.
"Ma question pourrait sembler déplacée à un tel moment, mon cher, mais qui est cet homme qui vit chez toi avec ses trois fils et Warlock?" demanda Aziraphale d’une voix timide.
"Tu as rencontré Loki?" s’écria Crowley.
"Loki? N'est-ce pas le nom d'un dieu nordique ?"
Un long silence confirma les soupçons du blond.
"Ne me dis pas que tu héberges le dieu du chaos chez toi, Crowley?"
"En quelque sorte, oui," répliqua le démon. "Il est comme un frère pour moi, nous avons un lien d'âme après tout."
"Un lien d'âme?" s'exclama l'ex-ange, l'horreur se lisant sur son visage.
"J'ai peut-être fait quelques bêtises quand j'étais encore au Paradis," avoua le démon, visiblement penaud.
"Crowley…" réprimanda doucement le blond.
"Gabriel t'avait enrôlé comme soldat, et je me suis retrouvé seul parmi les étoiles. J'ai un peu perdu la tête à l'époque..."
"Je suis tellement désolé, mon amour..."
"Ne le sois pas. Tu n'as jamais été à moi. Tu as toujours été libre de faire ce que tu souhaitais…."
"Mais Gabriel m'a manipulé pour que je te déteste avant même de te rencontrer!"
"Gabriel... Cet immonde bâtard…" grogna Crowley entre ses dents.
"Il ne sera plus jamais un problème."
"Que veux-tu dire?"
"Je l'ai tué."
"Tu as fait quoi?"
"Je l'ai tué! D'accord? J'étais à la recherche de Raphaël pour lui demander pardon, et tout ce que j'ai trouvé de lui au Paradis, c'étaient quatre de ses ailes empalées dans le bureau de Gabriel. J'ai perdu mon calme. Je lui ai tranché la tête."
"Tu as... tranché la tête du messager céleste ?" répéta le démon, visiblement choqué.
"C'est tout ce qu'il méritait," déclara l'ex-ange avec fermeté.
Un rire compulsif traversa soudainement le corps du démon à cette nouvelle. C'était un rire nerveux, emprunt de douleur et de soulagement. Aziraphale respecta la façon dont Crowley avait de réagir à la mort de ce frère qui lui avait fait tant de mal.
"Je suis là, mon amour," murmura Aziraphale d'une voix douce alors que le démon s’était finalement mis à pleurer.. "Tu n'as plus à porter tout ça seul."
“ Il t’a ordonné de me couper les ailes…” murmura le rouquin entre deux sanglots.
“ Je sais, Crowley… Je sais…” répondit Aziraphale en pleurant à son tour. “ Mais je nous ai vengés à présent, il ne fera plus de mal à personne."
Crowley s'accrocha à Aziraphale comme si sa vie en dépendait, laissant les émotions refoulées depuis si longtemps déferler enfin.
"Je n'aurais jamais imaginé que tu serais celui qui mettrait fin à tout ça," dit-il d'une voix étranglée. "Tu es bien plus fort que je ne l'aurais cru."
Aziraphale resserra son étreinte autour de Crowley, cherchant à le réconforter autant qu'il le pouvait. "Nous sommes forts ensemble, mon amour.”
Quelques minutes passèrent dans le silence apaisant de leur étreinte, avant que le blond n’ajoute, d’une voix incertaine : “Crowley ?”
“Oui, mon ange ?”
Aziraphale se détacha légèrement pour plonger son regard dans celui du démon, ses yeux bleus brillants d'émotion.
"Je t'ai rapporté tes ailes," déclara-t-il doucement.
Plus bas, là où la fête suivait son cours dans le rythme envoûtant de la musique, un homme à la mine renfrognée achevait son sixième cocktail.
“Et bien?” Demanda Lucifer d'un ton léger. “Vous n’avez pas l’air de beaucoup vous amuser…”
“Oh si, j'adore cet endroit,” déclara l’homme en éclaircissant sa voix d'un léger raclement de gorge. “C'est juste que voir tant d'amour en une soirée a foutu le cafard au célibataire que je suis.”
“Le célèbre Tony Stark, célibataire ?” répliqua l'ex-diable, son amusement non dissimulé dans la voix.
“Le seul et unique,” rétorqua le milliardaire avec une pointe de sarcasme, portant son verre à ses lèvres et vidant son contenu d'une seule gorgée.
Un silence chargé d'attente s'installa brièvement entre les deux hommes. Puis, le démon brisa la glace d'une voix à la fois enjôleuse et énigmatique. “Dites-moi, Tony Stark, quel est votre désir le plus grand ?”
Le génie sembla hésiter avant de dévoiler malgré lui “Je voudrais faire partie d’une famille…”
Un sourire carnassier s'éclaira soudain sur le visage de Lucifer Morningstar. On ne pouvait trouver plus fin entremetteur que lui dans tout L.A. Du moins, pour les autres et hélas pas pour lui-même, car une jolie détective continuait encore et toujours à lui résister.
“Cela peut s'arranger…” déclara-t-il d'une manière qui était à la fois promesse et prédiction.
D'un geste assuré, il composa alors le numéro de son ami Loki, anticipant déjà les tourments et les rires qui allaient découler de cet appariement.
✡
Aziraphale franchit le seuil du cottage, son mari dans les bras. La chaleur du foyer les enveloppa dès qu'ils furent à l'intérieur.
“Loki et les enfants pourront venir?” demanda le démon, un soupçon d'incertitude dans sa voix, comme s'il cherchait à sonder l'étendue de la générosité de l'ange.
“Ils sont ta famille, Crowley, bien sûr qu'ils pourront vivre avec nous,” répondit Aziraphale d'un ton doux. “ Même si au train où vont les choses avec ce Stark, Loki voudra certainement son propre cottage…”
Une lueur de soulagement passa dans les yeux dorés de l’ex-démon.
"Je t’aime tellement, mon ange," souffla-t-il.
Crowley s'accrochait à Aziraphale comme à une bouée de sauvetage. Ce monde d'amour et de tendresse dont il avait toujours été privé, il n'osait à présent plus le lâcher.
Le blond entendit clairement le cœur de son amant battre dans sa poitrine, éprouvé par toute cette douceur nouvelle et ce frôlement neuf. L’ex-ange promena lentement son regard sur le visage parsemé de tache de rousseur de l’ancien démon. Les paupières de ce dernier avaient la délicatesse de la soie, sa bouche faisait un pli adorable, humide d'un sourire. Aziraphale se pencha lentement, cherchant à quelle place exquise de ce visage il poserait le mot suprême.
Il baisa alors les lèvres de Crowley dans un moment de pure bonheur. Les deux amants se figèrent un instant, frémissants. Quelque chose de puissant, de souverain les envahissait ; c'était comme une rencontre longtemps attendue dans laquelle ils se revoyaient grandis, faits l'un pour l'autre, à jamais liés.
- Aziraphale... Murmura Crowley d’un ton suppliant.
Sa voix était teintée d'émerveillement. Le blond se laissa submerger par la beauté de l'instant et envahir par une émotion si pure que l'univers autour d’eux sembla voler en éclats.
Crowley leva ses mains vers le visage de l’ex-ange et tel un aveugle, il entreprit d'en épouser chaque sillage de ses doigts fins. Aziraphale fit de même. Ils tentèrent ainsi d'explorer ce monde du tangible. Comme on foule une terre nouvelle, chaque sensation, chaque palpitation étant inédites.
Aziraphale nota avec incrédulité la différence entre la caresse chaleureuse d'un rayon de soleil et la fraîcheur torride de la peau de son amant. Après un regard lourd de sens, Crowley brisa cet échange silencieux pour venir subitement reprendre possession de sa bouche.
Ce baiser réveilla en eux la faim qu'ils avaient l'un de l'autre, toute la passion continue depuis si longtemps refoulée. Étourdi par la fraîcheur de cette union, Aziraphale poussa un gémissement de plaisir lorsque la langue fourchue de Crowley se fraya un chemin entre ses lèvres.
Les mains du rouquin commencèrent à parcourir les nombreuses épaisseurs de son costume et sa respiration devint de plus en plus saccadée. Les sensations affluaient en lui, si merveilleuses, si nombreuses que chaque fois, il pensait ne pas pouvoir en supporter davantage. La peau de Crowley le brûlait. Son corps se tordait, se cambrait, se lançait contre les mains de son amant.
Quand l'avait-on touché pour la dernière fois ? me errante parmi les vivants, Aziraphale avait dédié sa vie au paradis. Jamais il n'avait eu de tel contact avec qui que ce soit. Et pourtant, en cet instant, les mains de Crowley s'appliquaient à réanimer ce corps oublié depuis si longtemps.
Aziraphale suivait des yeux les mains de son amant se rassasier de la moindre parcelle de lui. Avec ses paumes ouvertes, avec ses lèvres, avec tout son visage, le rouquin caressa ce corps, encore, et encore. Il l'éprouva de pressions tièdes, le mangea de petits baisers gloutons à pleines lèvres, le lapa d'une langue avide, le dévora de morsures presque cruelles.
L’ex-ange comprit que rien ne pourrait les arrêter dans leur odyssée de l'amour tangible. Anthony J. Crowley, alias Raphaël, lui ferait payer en un soir l'isolement qu'il avait subi pendant plus de six millénaires.
Aziraphale se rendit à peine compte qu'ils étaient à présent tous deux à terre. Sans aucune pudeur, Crowley commença à répandre au sol ses vêtements. Et en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, le démon était sur lui, complètement nu, le couvrant de baisers et de caresses si généreuses qu'elles rendirent totalement fou l’ange.
Hypnotisé, Aziraphale promena son regard sur le corps splendide de son compagnon, ses muscles fins, sa taille étroite... Tout à son observation, il ne s'était pas rendu compte que Crowley le détaillait pareillement.
Le démon effleura délicatement la toison duveteuse de son bas ventre. Aziraphale faillit protester mais, surprenant la lueur brûlante qui illuminait les prunelles dorées de Crowley, il resta coït.
Avant qu'il ait pu réagir, le rouquin avait trouvé ce qu'il était venu chercher. Le blond soupira et cambra l'échine sous la paume de son amant. Pris au piège par le toucher du démon, l’ange ne put s'empêcher de le supplier d'aller plus loin, d'entrer dans le vif de son désir. Et c'est ce que l’homme fit. Ses doigts se glissant dans le creux satiné entre ses cuisses musclées. Aziraphale se mit ainsi à onduler sous les caresses ferventes.
A travers un brouillard de plaisir, le blond vit le corps de son amant s'asseoir sur son ventre et s'empaler sur lui. Il était fasciné par la vision que le rouquin lui offrait, si mince et pourtant si dominateur. Ses hanches étalées sur Aziraphale, ses tétons frémissants tandis qu'il haletait... L’ange demeura pourtant immobile, luttant contre lui-même, contre l'inexorable plaisir qui enflait en lui. C'était une torture. Il n'avait jamais autant résisté, jamais autant lutté contre quelque chose qu'il désirait si fort. Crowley était si délicieusement étroit que l'envie de se lancer en lui était presque irrésistible. Il avait l'impression de mourir lentement.
Puis Crowley finit par bouger, de façon hésitante d'abord, maladroit mais toujours aussi déterminé. L’ange frémit devant le doré si profond des yeux de son amant. Il vit couler une mer de lave en fusion et eut envie de s'y noyer. Il était submergé par un océan brûlant. Crowley ne baissa pas le regard tandis que ses hanches se balançaient d'avant en arrière.
Très vite, le rouquin prit une assurance involontaire. Crowley commença alors à haleter face au plaisir qui s'emparait de lui.
Aziraphale n'eut pas besoin d'encouragements supplémentaires. Il devait cependant veiller à ne pas faire mal à son compagnon. Il était tellement plus lourd...Pourtant, le corps du démon semblait épouser le sien à merveille. L’ex-ange commença à bouger doucement. Il s'émerveilla alors de la douceur et de la chaleur dans lesquelles il prenait place.
Il n'y eut pas de cri, seulement un petit hoquet. Puis les traits de Crowley s'apaisèrent . Le rouquin lui envoya un sourire malicieux, presque lubrique. Cela ne fit que renforcer le désir du blond.
“ Bon sang “, murmura le démon d’une voix essoufflée. “ Et moi qui pensais avoir à faire à un ange... “.
Aziraphale gémit devant de telles paroles. Il prit soudain le dessus et souleva le démon dans ses bras. En réponse, Crowley ouvrit, les jambes, la bouche et ne fut plus pour lui qu'une longue étreinte affamée, pressée, exigeante et désordonnée.
Seule la passion les gouvernaient, un tumulte amoureux qui ne cesserait qu'après les avoir tous deux ravagés. D'un bras, l’ex-capitaine des armées célestes le tenait serré contre lui, tandis qu'il passait sa main libre entre leurs deux corps enlacés. L’ange le garda ainsi, solide et nullement pressé de se décharger de son fardeau. Aziraphale le démon contre le mur. Mais cela n’avait toujours pas l’air de suffire à Crowley, qui se pressa encore plus fort contre le blond.
Un délire charnel proche de la folie les emportait tous deux. Le monde disparut alors dans une explosion multicolore et ils furent transportés dans un tourbillon où plus rien n'existait que ce plaisir qui allait crescendo.
La main d'Aziraphale commença alors à caresser le membre viril du rouquin, palpitant et qui jusque-là avait été laissé à l'abandon. Chaque aller et venue le faisait voir au démon des étoiles. Le rouquin se contracta involontairement tandis que le sens des réalités lui échappait. Tout son corps s'embrasa et ses reins s'arquèrent pour venir à la rencontre d'Aziraphale. Il jouit dans un dernier cri, en même temps que l’ange, puis le monde disparu. Tout n'était à présent plus que taches lumineuses.
Pendant de longues minutes, hors d'haleine, ils restèrent soudés l'un à l'autre. Crowley gardait les yeux fermés, ses cils humides. Apaisé et comblé, Aziraphale pressa contre lui le corps épuisé de son amant. Ils restèrent ainsi tremblants, l'un contre l'autre.
Cette nuit, l’ange avait découvert un univers inconnu, ô combien délicieux, dont il reculait sans cesse les frontières, un monde qu'il explorait avec ravissement et qui dépassait ses rêves les plus insensés, une jouissance illimitée, qui offrait des promesses sans fin.
Pelotonné contre Aziraphale, le rouquin blottit son visage contre le large torse du blond. Ce geste candide arracha un sourire satisfait à ce dernier qui, dans un élan impulsif, déposa un léger baiser sur le front du démon. La main de son amant s'aventura sur son épaule, suivit le tracé d'un bras jusqu'à la paume innocemment ouverte. Avec une infinie lenteur, leurs doigts se croisèrent. Dans les yeux de Crowley, l’ange aperçut la lueur d'un besoin brûlant de le posséder à nouveau.
Cette soif inextinguible le surprenait et le ravissait en même temps. Renouvelant leur étreinte, Crowley s'unit à Aziraphale avec un empressement égal à celui de son amant. La vie leur appartenait désormais.
Fin
