Chapter Text
Hannibal et Will s’étaient installés dans le canapé près de la cheminée éteinte du salon. Contre toute attente, le psychiatre avait voulu reporter le dîner à un peu plus tard, prétextant qu’à présent, les plats étaient trop froids pour être consommés. Il préféra discuter un verre de vin à la main. Hannibal sentit puis porta lentement à sa bouche une petite gorgée du liquide pourpre pour en déguster chaque saveur. Cette manie fit sourire Will qui l’observait du coin de l’œil. Le docteur aperçut son expression. « Qu’y a-t-il ? »
Will ne put retenir un petit rire. « Je ne sais pas. Tout ça me semble si… domestique. »
Hannibal resta silencieux un moment, fixant Will. Puis il s’éclaircit la gorge en posant son verre sur la terre accolant le canapé. « Tu voulais me parler de quelque chose, lorsque nous… tout à l’heure. »
Will hésita quelques instants. « Je… quelque chose d’étrange se passe depuis ce matin. Je ne saurais pas l’expliquer. Et c’est pour ça que j’ai l’impression d’halluciner en permanence. »
Hannibal l’incita à continuer mais Will ne savait comment annoncer ça. Il prit une grande inspiration. « C’est comme un mauvais film de science fiction. Je vivais plus ou moins normalement avant que mon cerveau, ou je ne sais quoi, décide de… de remonter le temps, en quelque sorte. De tout recommencer. »
Le psychiatre semblait perplexe. « Tu veux dire que tu as eu une sorte de vision de comment allait se passer cette journée ?
— C’est plus que ça, Hannibal. Je sais que ça semble fou mais… tout ça… je l’ai déjà vécu. Enfin, pas ça. Mais cette période. Je me suis réveillé ce matin en sueur avec un an en moins. J’ai les souvenirs de choses qui vont se passer.
— Tu n’aurais pas rêvé ces évèneme–
— Non, coupa Will. C’était la réalité. Une réalité, j’en suis certain. Comment aurais-je pu savoir que tu étais l’éventreur, sinon ? Ce n’est pas comme s’il y avait une affiche l’annonçant dans ton entrée. » Il réfléchit un moment. « Quoique que maintenant que j’y pense, tu fais des blagues douteuses sur le cannibalisme en permanence.
— Will, où veux-tu en venir ? Tu essayes de me dire que tu as remonté le temps ?
— Je sais que tu ne me croiras jamais. Mais j’ai besoin d’avoir quelqu’un qui le sache. Et cette personne ne pourrait être que toi. »
Voyant qu’Hannibal ne répondait pas, il continua. « Je peux te dire des choses… des choses qu’il me serait impossible de savoir si je ne les avais déjà pas vécues. »
Prenant sur lui, Will commença alors à énumérer ce qu’il savait sur Hannibal, sur ses patients, sa relation avec Bedelia Du Maurier. Il essayait de se souvenirs de chaque petit détail que le psychiatre avait pu lui raconter sur sa vie lors de leur thérapie, de leurs dîners. A fur et à mesure qu’il parlait, il vit l’expression d’Hannibal changer de la dubitation à la stupeur.
Lorsqu’il eut terminé, un silence s’installa. Le regard d’Hannibal semblait perdu dans le vide. Il réfléchissait. « C’est contre tout ce que je crois, dit-il enfin. Mais je ne vais pas douter de toi, Will. Avec ces informations je… je ne le peux pas. »
Will sourit légèrement, soulagé, et se rapprocha du psychiatre. Il posa sa tête contre son torse et respira lentement son odeur. Hannibal fut d’abord étonné mais il se détendit et passa son bras autour de la taille de Will. Ils restèrent un moment ainsi, en silence, à écouter seulement les battements de leur cœur.
« Que s’est-il passé ? » demanda soudainement Hannibal.
Surpris, Will releva légèrement la tête pour essayer de croiser son regard, néanmoins sans se dégager. « Que veux-tu dire ?
— Avant que tu te réveilles dans cette… cette nouvelle réalité. Que s’est-il passé ? T’es-tu seulement endormi ou bien—»
Hannibal se tut lorsque Will se détacha de lui comme s’il avait pris une douche froide, évitant à tout prix son regard.
« Il s’est bien passé quelque chose, alors. »
Voyant qu’il ne répondait pas, le docteur attrapa le visage de Will entre ses mains pour le forcer à regarder. « Will. » fit-il d’un ton sec.
Le concerné se sentait perdu. Il ne voulait pas lui dire ce qu’il s’était passé mais il lui devait la vérité. Hannibal le lâcha et il en profita pour s’allonger contre ses jambes. Une manière de cacher son visage. Il sentait la douleur et la souffrance de cette nuit remonter en même temps que des larmes. Le psychiatre entreprit de lui caresser délicatement les cheveux pour l’inciter à s’ouvrir.
« Les derniers jours, commença Will, c’était le… le désordre. Il s’est passé tellement de choses en un an… beaucoup de mensonges, de jeux de manipulation… tout était très confus. » Il déglutit difficilement, la gorge serrée. « J’ai essayé de te tuer… tu m’as piégé et envoyé en prison… »
Hannibal arrêta son geste. « Vraiment ?
— Oui. Ça allait finir comme ça, d’une manière ou d’une autre. Un cannibale tueur en série et un consultant du FBI instable, ça ne pouvait pas marcher. Notre relation était vouée à l’échec dès notre rencontre. »
Will sentit Hannibal sourire dans son dos. « On ne s’en est pas trop mal sorti, à mon humble avis.
— Ça c’est… c’est parce-que j’ai accepté ce que tu étais. Tu m’as fait également comprendre qui j’étais réellement, ce qu’il y avait au fond de moi et… et au final nous ne sommes pas si différent. Deux êtres opposés, mais semblables. C’est pour ça que je ne peux pas te juger ou t’en vouloir. Sinon, je devrais m’en vouloir à moi-même d’être un monstre. »
Hannibal se pencha pour embrasser la nuque de Will, qui frissonna. « Tu es parfait, Will. Les monstres ne sont que la réflexion de ce qui nous fait le plus peur. Et seuls les lâches n’acceptent pas ces peurs. »
Will se tourna légèrement et se mit sur le dos pour fixer Hannibal. Il avait toujours ce regard d’adoration, caché derrière ses pupilles sombres. Il se lança enfin. « Vers la fin, j’étais en conflit avec moi-même. Jack voulait que je t’arrête. Mais je ne le voulais pas. Pas vraiment. Le bien et le mal, tout était si confus… tu as cru que je t’avais trahi… je l’ai fait, en quelque sorte… mais je n’avais pas voulu ça. Je ne le voulais plus. Alors tu… tu as fait ce que tu fais de mieux. Un bain de sang. »
Voyant le psychiatre perplexe, Will lui toucha le visage comme pour refléter leur dernier contact lors de la fameuse soirée, juste avant de continuer : « Jack était quelque part dans ta cuisine, probablement en train de se vider de son sang. Alana avait été défenestrée. »
Hannibal ne réagissait pas. Il semblait digérer l’information, se reconstituait la scène dans son esprit. Enfin, Will conclut : « Puis tu m’as éventré ». Il posa involontairement son autre main sur son abdomen comme pour frôler le fantôme de sa blessure. « Avant de trancher la gorge à Abigail et de t’enfuir. »
Will attendit une réaction de sa part, mais étrangement, il vit seulement Hannibal sourire.
« Qu’y a-t-il ? s’enquit Will, confus.
— Tu es revenu. »
Sa réponse le pris de court. « Pardon ?
— Quoi qu’il ait pu se passer dans cette réalité. Tu es revenu. Je t’ai apparemment laissé pour mort, mais tu es revenu. »
Will était bouche bée.
« Et tu m’as accepté, continua le psychiatre. Je t’ai laissé me voir, tu m’as vu mais tu n’as pas reculé. Pas même la deuxième fois. Tu accepté le cadeau que je t’ai fait.
— Hannibal, je… »
Will se tut lorsque Hannibal se pencha vers lui. « Peu importe ce qu’il s’est passé. Tu as fait des erreurs, et j’en avais surement fait. Mais là c’est différent. Nous pouvons tout recommencer. Avoir un nouveau départ. Tous les deux. »
Will leva la tête pour rencontrer les lèvres du psychiatre qui lui rendu fébrilement son baiser.
Ils étaient ensemble et à présent, il n’y avait plus d’obstacle entre eux.
