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Language:
Français
Collections:
Anonymous
Stats:
Published:
2024-07-02
Completed:
2024-07-04
Words:
10,393
Chapters:
3/3
Comments:
44
Kudos:
137
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6
Hits:
2,792

A kiss with a fist

Chapter 3

Notes:

//////// PAS UNE SEULE VOIX POUR L'EXTREME DROITE AU SECOND TOUR ////////

je suis hors de moi, j'ai vu le tiktok de bardella et les commentaires des gens en-dessous. c'est un scandale, même si le RN ne passe pas cette fois, on a mis dans la tête d'ados que le RN et bardella sont hyper cools et connectés et drôles, ils vont grandir et développer une conscience politique avec cette idée en tête. ça me désespère sincèrement

(See the end of the chapter for more notes.)

Chapter Text

2 juillet 2024

Gabriel se réveilla au milieu de la nuit dans une chambre inconnue. Les grands volumes l’entourant étaient vides en dehors d’une immense peinture abstraite noire et blanche. Tout était froid, sans identité, générique.

Les volets entrouverts laissaient entrer la lumière légère des réverbères sous la fenêtre, éclairant doucement le lit sur lequel il reposait. Gabriel devait admettre le bon goût du propriétaire en matelas et draps, à mille lieues de son canapé inconfortable.

Les draps de satin ne cachaient que leur intimité. Il faisait assez chaud pour dormir dénudé. De l’autre côté du lit reposait Jordan, nu comme à son premier jour, allongé sur le ventre, le visage tourné dans la direction opposée.

Ce n’était pas du regret que ressentait Gabriel : il était parfaitement conscient de ses actions la vieille. Il aurait plutôt qualifié sa réaction de dégoût. Dégoût envers lui-même d’avoir cédé à l’appel de la chair, d’avoir laissé derrière lui ses valeurs.

Il s’extirpa du lit, aussi discrètement qu’il le pouvait afin de ne pas réveiller le jeune homme. Dans la pénombre, il parvint à trouver une chaussette, mais pas la deuxième, ses chaussures près de la commode, cachées sous son jeans et son caleçon, son tee-shirt, posé sur la table de chevet. Il détourna les yeux de l’emballage de préservatif vide aux pieds du lit.

Il se rhabilla, honteux.

« Tu t’en vas ? » Marmonna Jordan depuis le lit. Il n’avait pas changé de position. Gabriel était presque certain qu’il était encore endormi.

« Oui. » Répondit-il gêné. Il n’avait pas la force de survivre à une confrontation ou un air de chien battu.

« J’ai laissé mon téléphone dans le salon, tu peux me le ramener avant de partir ? » Demanda-t-il sans bouger.

« Euh… Oui, bien sûr. » Il fronça les sourcils en marchant lentement hors de la chambre.

Il trouva le téléphone de Bardella à côté du sien, ainsi que son portefeuille et ses clés. Jordan devait être habitué aux coups d’un soir, contrairement à lui. Il n’avait jamais caché ne rien rechercher de plus.

Il ne se réveilla pas lorsque Gabriel déposa son téléphone sur la table de chevet. Le silence solitaire accompagna le Premier Ministre jusqu’à l’extérieur. Il marcha un moment, voulant s’éloigner autant qu’il le pouvait de la résidence Bardella avant de commander un taxi. Il avait une réputation à protéger.

Le trajet du retour fut pesant. Déchiré entre la honte et la vide amertume de la solitude, il fixait les trottoirs, les quelques passants marchant tête baissée. Il était quatre heures du matin. Il pourrait s’autoriser deux heures de sommeil avant de faire face à la journée.

Le taxi l’arrêta à une centaine de mètres de Matignon. Il profita de la marche pour s’aérer l’esprit, oublier la nuit précédente.

C’était encore pire, réalisa-t-il, d’être passé à l’acte. Il se souvenait encore du goût de la peau de Jordan, de l’odeur au creux de son cou, de la force de ses mains et de son dos captivant. Il entendait encore ses soupirs, ses grognements, la façon dont il s’était contracté autour de lui.

Comment oublier désormais ?

Jordan Bardella aurait dû rester un fantasme interdit, malsain : comme un professeur au lycée ou une célébrité de deux fois son âge.

Il repéra des mouvements dans ses jardins privés et la lumière allumée. Il était pourtant certain de l’avoir éteinte. Le personnel de garde avait peut-être laissé son chien sortir.

Il décida d’enquêter avant de se coucher et marcha jusqu’à la lumière. De loin, il repéra Volta, courant autour d’une silhouette masculine qui lui lançait un bâton.

Gabriel fronça les sourcils. Qui serait assez fou pour jouer avec son chien à quatre heures du matin ?

Elle courut jusqu’à lui, suivie de l’homme en question.

« Oh te voilà, Gabriel ! » S’exclama une voix bien trop familière. Une voix qu’il n’avait pas besoin d’entendre cette nuit-là.

Le Premier Ministre caressa son chien et se redressa pour faire face à son invité surprise.

« Que fais-tu ici, Manu ? » Demanda-t-il. Il ne masqua pas l’agacement dans sa voix. Il n’en avait plus la force.

« Je t’attendais, j’ai un plan ! » Répliqua le Président.

Il parlait fort, vite. Ses yeux étaient écarquillés et des gouttes de transpiration luisaient sur ses tempes. Gabriel soupira de le trouver ainsi dans ses appartements.

« Il est quatre heures, ça ne peut pas attendre le matin ? »

« Eclair de génie, j’avais besoin d’un brainstorming. Je pensais que tu serais chez toi. » Dit Emmanuel. Il renifla bruyamment et accompagna ses mots d’amples gestes.

« Brigitte sait que tu es ici ? »

« Oui, elle m’a dit de sortir prendre l’air. »

Gabriel la comprenait.

« Ecoute, je suis crevé. Je ne pourrai t’être d’aucune aide. » Il souffla.

C’était difficile de savoir où son rôle de Premier Ministre se terminait et où sa vie privée commençait, pas avec un ami Président.

« Tu étais où ? » Demanda Manu, soudain curieux.

« J’étais sorti. » Il resta vague pour camoufler l’inavouable nature de ses activités nocturnes.

« Sorti ? En boite ? »

« Non, pas en boite. »

« Je me disais. Dans cette tenue, on ne t’aurait pas laissé rentrer. » Il le dévisagea des pieds à la tête.

« Je vais monter. » Souffla Gabriel.

« Je te suis, j’ai laissé quelques papiers dans ton salon. »

« Super. » Grogna-t-il en ouvrant la porte. Il ne pourrait pas l’arrêter. Il était incontrôlable dans cet état.

Gabriel relativisa : lorsqu’il ne serait plus au gouvernement, il n’aurait plus à supporter ces crises.

« Tu étais où ? » Demanda le Président une fois dans ses appartements.

« Nulle part. » Mentit-il encore. Il retira ses chaussures, se remémorant sa chaussette perdue.

« Tu fais un walk of shame ? » Questionna Manu en regardant son pied nu.

« Non. » Gabriel roula des yeux.

« On dirait. Tu as le regard hagard et plein de regrets. »

Il fronça le nez, encore. Même si Macron avait raison. La perspicacité était une qualité qu’on pouvait difficilement lui nier.

« C’est quoi ton idée brillante ? » Demanda-t-il pour le distraire.

« On doit rencontrer Bardella. En privé. »

« Quoi ? » Le Premier Ministre le fixa comme si une seconde tête lui avait poussé.

« Avant les résultats du second tour. On doit trouver une façon de s’entendre. »

« Qu’est-ce que j’ai à voir là-dedans ? Il va récupérer mon poste et ça sera le cadet de mes soucis. » Décida-t-il. Il ne voulait rien avoir à faire avec Jordan Bardella. Il était bien décidé à tirer un trait sur lui une fois leur dernier débat passé.

« Impossible Gabriel, on doit te garder au gouvernement d’une quelconque façon. » Insista Manu.

« Je refuse d’être ministre sous un gouvernement d’extrême droite. » Dit-il, une information qu’il avait déjà partagé avec Jordan en personne.

« On doit garder la main mise sur tous ces gens. »

« Ecoute, je suis épuisé, j’ai besoin de me coucher alors pour l’instant ça sera ton problème. C’est toi qui as ordonné la dissolution. » Déclara-t-il. Il n’avait pas osé montrer sa contrariété avant ça.

« Et je ne l’ai jamais regretté une seule seconde. » Dit Macron les yeux agités.

« Alors vis avec. » Soupira Attal. Il n’attendit pas le départ du Président pour entrer dans sa salle de bain. Ce dernier eut même l’audace de l’y suivre.

« On peut s’arranger pour le rencontrer demain soir ou jeudi, avant votre débat. Sinon samedi. » 

« On ? » Demanda encore Attal. Il avait attrapé sa brosse à dent et son dentifrice.

« Tu dois être présent. Tu le connais. »

« Tu le connais aussi. » Marmonna-t-il sans arrêter son brossage.

« Moins bien que toi. Vous faites plein de débats, c’est presque homoérotique. »

Il leva les yeux au ciel. « Manu. » Grogna-t-il. Il n’avait pas besoin de ça.

« D’ailleurs on m’a dit que les gens faisaient des vidéos sur vous. C’est bien pour nous, ça crée un lien. »

Il cracha une partie de sa mousse. « J’ai droit à toute sorte de vidéos dès que j’ai le malheur de parler à un autre homme, tu le sais. C’est épuisant. » Lui rappela-t-il.

« Les nôtres étaient sympas. Je suis sûr que j’aurais pu convaincre Brigitte de t’accueillir une fois de temps en temps entre nous. »

« Manu. » Lança-t-il. Il n’était jamais certain que ces propositions ne soient que des plaisanteries. Ce qui se passait dans le lit des Macron n’était pas ses affaires. Aussi horrifiant soit-ce.

« Enfin bref, cette histoire avec Bardella, on doit en jouer. » Continua Manu.

« Je n’ai pas envie d’en jouer. » Lança Attal en continuant à brosser. « Il en joue suffisamment pour nous deux. »

« Tu crois qu’on est sur une histoire de fumée avec feu ? »

« Qu’est-ce que ça veut dire ? » Il cracha à nouveau sa mousse.

« Pas de fumée sans feu. » 

« Pas de feu entre nous. » Mentit-il. Il s’imaginait convaincant.

« Dommage. »

« Dommage ? » Demanda-t-il abasourdi.

« Si tu couchais avec lui, ça pourrait nous aider. » Emmanuel réfléchit un moment. « Ça ne t’intéresserait pas, par hasard ? On pourrait le faire chanter ou autre. »

Agacé, Gabriel abandonna son brossage. Il rinça sa brosse et la déposa d’un geste brusque dans son verre. « Tu t’entends ? »

« C’est non ? »

« Bien sûr que c’est non. Tu veux que je couche avec un opposant politique ? C’est quoi ton souci ? » Lança-t-il. Il souffla.

« Je vais retravailler cette stratégie. » Concéda le Président.

« Au revoir, Manu. Va dormir. » Dit Gabriel. Il le fit sortir de la salle de bain de force pour se changer.

« Je suis convaincu que je risque de mourir si je ferme les yeux. » Répliqua Emmanuel à travers la porte.

« Super. » Soupira Attal.

Cette dissolution aurait du bon. Loin du gouvernement, il n’aurait plus à subir ces conversations.

Ce matin-là, en chemin vers son déplacement du jour, il reçut message de Jordan Bardella : une simple photographie, celle de la chaussette laissée derrière lui au milieu de la nuit. Il contempla la possibilité de l’ignorer, mais changea d’avis après une demi-heure de train.

-Maître a donné à Dobby une chaussette. Dobby est un elfe libre.

La réponse ne se fit pas attendre.

-C’est si ringard, je comprends pourquoi on te harcelait à l’école [emoji tête de mort]

Il s’offusqua et répondit simplement :

-Sombre facho.

La façon dont Jordan l’avait réconforté la nuit suivante lui avait presque fait oublier qui il était réellement.

 

 

4 juillet 2024

Ce qu’Emmanuel Macron désire, Emmanuel Macron l’obtient. C’est ainsi que Monsieur le Président de La République, Monsieur le Premier Ministre et Monsieur le Président du Rassemblement National se sont retrouvés dans un endroit neutre trois heures avant le débat du second tour.

Le cœur au bord des lèvres, Gabriel arriva dans le bureau, aux talons d’Emmanuel. Ce dernier avait choisi une table ronde, assez petite pour que les trois hommes en occupent un tiers chacun et puissent discuter à voix modérée. La décision avait contrarié Attal. C’était le début de la collaboration avec l’extrême droite, une collaboration qu’il refusait de défendre.

De chaleureuses plaisanteries furent échangées : le Président était charmant, comme il l’était toujours en public, raisonnable, ouvert. Bardella l’imitait, ravi de cette rencontre. C’est ce qu’il avait toujours voulu : être traité comme n’importe quel autre chef de parti. Gabriel choisit d’intervenir seulement lorsque nécessaire : assez pour prendre part à la conversation, mais pas assez pour soutenir ce projet.

« Si j’ai bien compris votre intervention de lundi, vous ne souhaitez devenir Premier Ministre que si vous obtenez la majorité absolue ? » Demanda Attal.

Jordan sourit. « J’exige être nommé Premier Ministre en cas de majorité absolue, mais je ne refuserais pas la nomination si je n’obtenais qu’une majorité relative tant qu’on est proche des cinquante pourcents. »

« Ce n’était pas très clair dans votre interview. »

« Peut-être que vous n’avez pas écouté aussi attentivement que nécessaire. » Il sourit encore, ce même sourire narquois qui horripilait Gabriel. Un sourire qu’il voulait lui arracher dans un ardent débordement.

« Non, non, j’ai très bien entendu, vous préférez jouer sur l’ambiguïté pour pousser les indécis à voter pour vous. »

« N’est-ce pas ce que nous faisons tous pour cet entre-deux tours ? Vous encouragez un ralliement à l’extrême gauche. »

« Au front populaire, pas à l’extrême gauche. Nous ne souhaitons pas négocier avec les insoumis. »

Emmanuel observa les deux hommes interagir et saisit son téléphone.

« Désolé, juste un sms. Ça ne s’arrête jamais. » Déclara-t-il.

« Pas de souci, Monsieur le Président, je comprends. » Répondit Jordan.

Gabriel le scruta. Emmanuel avait l’air suspect. Lorsqu’il sentit son téléphone vibrer dans sa poche, il réalisa pourquoi.

Le Premier Ministre refusa de lire son message. C’était bien trop puéril.

« Si vous veniez à vous installer à Matignon, le feriez-vous seul ? » Demanda Macron.

Gabriel fronça les sourcils.

« J’ai mon équipe, une très bonne équipe qui me suivra. » Répondit Jordan.

« Ce n’est pas ce que je voulais dire. » Dit le Président.

Bardella jeta un coup d’œil à sa gauche en direction du Premier Ministre. Avait-il réellement compris le sens de cette question ? Gabriel se contenta de se passer une main dans les cheveux, embarrassé.

« Etes-vous inquiet, Monsieur le Président, à l’idée de travailler avec un Premier Ministre que vous ne pourrez pas contrôler ? » Questionna Jordan. C’était de la provocation, quelque chose qui donna à Attal envie de sauter par-dessus la table et le plaquer au sol. Gamin arrogant.

« Je suis persuadé que nous saurons nous entendre à merveille. » Répondit le Président, il avait cette même expression sur le visage.

Gabriel observa les deux hommes, comme reflets l’un de l’autre. Il avait déjà eu cet exact cauchemar. Une collaboration entre Macron et Bardella ? Il ne préférait plus être là pour en être témoin.

« Oh désolé, un appel important, je ne peux pas le louper. Ça ne devrait pas prendre plus que quelques minutes. » Dit Emmanuel. Il quitta la pièce avec hâte, laissant les deux hommes seuls.

« C’est moi ou il essaye de me draguer ? » Demanda Jordan en pouffant.

Gabriel soupira en sortant son téléphone. Il lut les messages envoyés par Macron plus tôt.

« Non, il n’essaye pas de te draguer. » Il lui tendit le téléphone.

-Gaydar qui bipe, le combo col-roulé-slim est imparable. / Je vois des jeux de regards. / Tu devrais coucher avec lui.

« Il me drague à ta place ? » Questionna le plus jeune en riant.

« Non, il a décidé que je devais coucher avec toi pour te faire chanter et obtenir une place dans ton gouvernement. » Soupira Gabriel.

« Et tu vas le faire ? » Demanda Jordan en haussant un sourcil. Il s’amusait bien plus que raison de la situation.

« Bien sûr que non ! Je ne vais pas coucher avec quelqu’un pour avoir un poste de ministre. »

« Pourquoi pas ? »

Gabriel le fixa, abasourdi. « Tu sais ce que ça ferait de moi ? Sa pute. »

« Mais tu es déjà sa pute, Gaby. » Il sourit en face au regard noir du Premier Ministre. « Et puis, quand on fait quelque chose bien, autant se faire rémunérer. » Il pouffa et le dévisagea, des pieds à la tête, comme s’il remémorait la nuit qu’ils avaient passé.

« N’en parle pas. » Grogna Attal.

« Je veux dire, c’était une performance plus que satisfaisante. Tu n’es pas très aventureux mais ça peut se travailler. »

« Quoi ? » C’est offensé qu’il fronça les sourcils.

« Je me souviens avoir reçu un catégorique non quand j’ai demandé une fessé ou de me faire étrangler. » Jordan croisa les bras.

« Pardon de ne pas aimer faire mal à mes partenaires ? » Dit-il, incrédule.

« Même pas une petite insulte. »

« C’est pas mon truc. » Lança Gabriel.

« Pas grave. On ne peut pas être parfait. » Il balaya sa remarque d’un geste de la main sans cesser de le fixer.

« Je n’aime pas que tu utilises les edits pour obtenir des voix. » Déclara le Premier Ministre. La dernière vidéo où il prétendait regarder une de ces vidéos l’avait empêché de dormir la veille.

« Y-a-t ’il quelque chose d’illégal à ça ? » Questionna le plus jeune d’un air narquois.

« Ta technique de communication m’écœure. » Cracha presque Gabriel.

Jordan roula des yeux. Il aurait dû les voir arriver plus tôt : les doutes d’Attal après leur nuit. « C’est une technique que tu as souvent imitée. » 

« Je ne veux pas être lié à toi d’une quelconque façon. » Le Premier Ministre eut une sensation de déjà-vu en prononçant ces mots.

Il dut la partager avec Jordan qui lui répondit : « Et voilà, encore ce chaud et froid. »

« Il n’y aura plus jamais de chaud, Jordan. »

Le plus jeune hocha les épaules, indifférent. « Bien sûr. C’est bien différent de ce que tu disais lundi soir. »

« Je regrette ce qui s’est passé. Je m’en veux tellement d’y avoir seulement cru. Je suis furieux après moi-même d’être entré dans ton jeu. »

Il ne masqua pas son air amusé. Il ne pouvait s’empêcher de penser que ces doutes rendraient leurs retrouvailles plus délicieuses. « Je vais faire semblant de croire à ta petite scène, mais je sais très bien que tu perdras ces scrupules d’ici quelques temps. »

La porte s’ouvrit à nouveau sur le Président. Le sourire narquois ne quitta pas les lèvres de Jordan.

« Désolé pour cette interruption. Nous tenions vraiment à vous rencontrer pour discuter du futur. »

« Tout n’est pas encore joué. Allez-vous rencontrer la gauche ? »

« Soyez sérieux, la gauche n’a aucune chance d’obtenir la majorité absolue. Elle est bien trop divisée. »

« Si vous le dites. »

« Nous sommes ouverts à une collaboration efficace avec vous et votre parti. Il est cependant difficile pour nous d’envisager un gouvernement entièrement d’extrême droite. » Dit Macron. Il entrait enfin dans le vif du sujet.

« Vous n’êtes que le troisième parti représenté à l’assemblée pour le moment. Je ne trouverais pas juste de vous laisser d’importants ministères. » Répondit Jordan.

« Je ne propose pas de cinquante-cinquante, seulement de garder nos fortes… personnalités. » Il sourit en jetant un coup d’œil pointé dans la direction de son Premier Ministre.

Bardella se redressa. « J’ai proposé à une de vos fortes personnalités le ministère de l’Education Nationale, qui vous tient particulièrement à cœur je le sais. Mais j’ai essuyé un refus. » Il fixa à son tour Gabriel, un sourcil haussé et un air de défi.

« Vraiment ? » Demanda Macron. Il était difficile de savoir à qui il s’adressait : Bardella ou Attal. Voilà une information capitale qu’il découvrait.

Gabriel aurait voulu que le sol s’ouvre sous ses pieds et l’emporte loin de cette étouffante pièce.

Les négociations ne durèrent plus longtemps après ça. Jordan Bardella quitta le bureau pour rejoindre son quartier général avant son débat. Il devait se préparer davantage.

A peine eut-il fermé la porte derrière lui que Macron se tourna vers Gabriel.

« Pas de feu ? Tu plaisantes ? C’est un feu de forêt ! On a brûlé la moitié du Var en trente minutes. » Lança-t-il.

Gabriel soupira. « Tu ne peux pas me demander une telle chose. »

« Gabriel… C’est pour la France ! » S’exclama-t-il. « Il n’est pas repoussant, tu dois l’admettre. Et refuser un poste de ministre ? Comment as-tu pu ? »

« C’est un politicien d’extrême droite ! Il est raciste, antisémite, sexiste, homophobe… »

Macron le coupa. « Il ne peut pas être homophobe, il est encore plus gay que toi ! »

« Bien sûr qu’il peut être homophobe. »

« Par définition non. »

« Ecoute, Manu, ce n’est pas parce que tu fais un plan à trois de temps en temps que tu comprends quelque chose à l’homophobie. » Répliqua-t-il.

Emmanuel lui lança un regard noir. Il décida de changer de sujet. « Ministre de l’Education Nationale ! Tu adorais ce poste ! Tu faisais un travail super ! »

« Je sais. Mais pas sous l’extrême droite. »

« On doit prendre des décisions ensemble ! Nous devons être unis plus que jamais ! »

Gabriel se retint de le qualifier d’hypocrite.

« Désolé, mais c’est non. » Il soupira.

« Si tu refuses, je ne pourrai pas sauver ta carrière. Il n’y aura plus d’opportunité. » Insista Macron.

La menace pesait sur leurs épaules. Allait-il mordre la main qui l’avait nourri ?

« Qu’il en soit ainsi. » Il se leva, rassembla ses affaires. « Je dois y aller, j’ai un débat à préparer. »

« C’est décevant, Gabriel. Je pensais que tu étais prêt à tout. » Déclara Manu.

« Pas à ça. » Il ferma la porte derrière lui.

Avait-il fait voler sa carrière aux éclats pour éviter de travailler avec l’extrême droite ? Ses valeurs étaient-elles vraiment plus fortes que son ambition ?

C’est en observant Jordan Bardella pendant le débat télévisé qu’il réalisa qu’elles l’étaient. Il sentait son regard se poser sur lui, il voyait ses sourires, la façon dont il l’appelait par son prénom ou le tutoyer par ‘erreur’.

Il eut envie de tout envoyer valser.

Gabriel Attal refusait de participer à la dédiabolisation de l’extrême droite, même si sa propre carrière devait en pâtir.

Voilà ce qu’il ferait pour la France. Et pour lui-même. Une nuit de plaisir ne lui ferait pas oublier ses racines.

Il tira un trait définitif sur Jordan Bardella et tout ce qu’il représentait. Il ne se laisserait plus séduire par lui et son pouvoir.

Notes:

//////// PAS UNE SEULE VOIX POUR L'EXTREME DROITE AU SECOND TOUR ////////

merci d'avoir lu, j'espère que ça vous a plu. cette fic avait avant tout une visée humoristique, ce n'était pas une histoire d'amour

nique bardella et courage à attal, pas en tant que politicien mais en tant que personne qui se retrouve impliquée dans cette dédiabolisation du fascisme

Notes:

//////// PAS UNE SEULE VOIX POUR L'EXTREME DROITE AU SECOND TOUR ////////
Je ne suis pas ici pour dédiaboliser le RN comme vous le réaliserez tout au long des trois chapitres