Chapter Text
576ème jour
Les bras croisés, assise sur l’un des tabourets du clubhouse, elle ne le lâchait pas du regard. Sa jambe balançait furieusement dans le vide, seul signe qui venait trahir son énervement – même si Happy n’avait pas besoin de ça pour le savoir.
« Je ne m’excuserai pas, gronda-t-il finalement, debout à quelques pas d’elle. »
Bobby et Tig se faisaient silencieux sur le canapé défoncé à l’autre bout de la pièce, fascinés par la scène qui se déroulait devant eux. Quelques secondes plus tôt, Jaimie était arrivée, échevelée et verte de rage, suivit d’un Happy au regard noir et aux poings fermés. Depuis, ils les observaient comme des animaux en cage.
Son pied s’agita d’autant plus fortement en guise de réaction.
« Je ne m’exc… »
« TU L’AS FRAPPE ! Hurla-t-elle finalement l’arrêtant net dans sa phrase. »
Bobby et Tig se figèrent comme des pierres. On ne parlait pas comme ça au Killer impunément.
« ARRETE DE GROGNER COMME UN PUTAIN D’ANIMAL ! »
Bobby et Tig écarquillèrent des yeux.
« NE ME PARLE PAS COMME CA ! Craqua Happy, les veines de son cou gonflées par la colère. »
« JE TE PARLERAI COMME CA TANT QUE TU TE CONDUIRAS COMME UN AUSTRALOPITHEQUE. »
Perplexe, Tig mima de la bouche « australopithèque » à Bobby qui secoua de la tête effrayé d’attirer l’attention du couple.
« TU L’AS LAISSE TE TOUCHER AU COIN DE LA RUE, TU T’ATTENDAIS À QUOI ? »
« IL M’A TOUCHE LE BRAS HAPPY ! CE N’EST PAS COMME S’IL M’AVAIT ROULÉ UNE PELLE ! »
« IL ETAIT BIEN TROP PROCHE DE TOI ! »
« C’EST MON PUTAIN DE BIBLIOTHÉCAIRE ! »
Elle se leva, furieuse de son siège, et partit rageusement vers le couloir du fond.
« ON N’A PAS FINI ! Hurla Happy en la suivant. »
Bobby et Tig restèrent figés alors que le calme revenait dans la pièce, encore abasourdis par la scène qui venait de se jouer devant eux.
« Ca existe encore les bibliothécaires ? Demanda finalement Tig. »
« Plus à Charming apparemment. »
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615ème jour
« T’es à moi, grogna Happy à son oreille. »
Il l’attrapa par les hanches et l’attira sur lui.
« T’es à moi, répondit-elle avec son fameux sourire aux lèvres en resserrant ses jambes sur ses cuisses. »
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679ème jour
Allongée nue sur le ventre, elle traçait du bout des doigts le serpent sur le torse de Happy alors qu’il sommeillait. Depuis quelques minutes, elle s’amusait à redessiner un par un ses tatouages.
Ses doigts glissèrent doucement sur son flanc et suivirent un par les smileys. Happy entrouvrit les yeux mais ne vit que sa masse de cheveux blonds. Il attrapa sa main, l’arrêtant au troisième, et la porta à sa bouche pour y déposer un baiser.
« A quoi tu joues p’tite fille, murmura-t-il. »
« Qu’est-ce qu’ils représentent ? »
Le silence fut sa seule réponse. Reprenant le contrôle de sa main, elle la porta jusqu’à la base de son cou et traça les lettres une par une. Il eut l’impression que sa peau brulait alors que la réponse se traçait au bout de ses doigts fins.
730ème jour
Jaimie sortit de sa voiture précipitamment et s’élança vers le clubhouse avant d’être ramenée brutalement en arrière.
« Et merde, grogna-t-elle en rouvrant sa portière pour libérer le pan de son gilet qui venait de la trahir. »
Elle venait de passer une soirée agitée avec le débarquement de six poids-lourds et leurs chauffeurs. Au-delà de la drague un peu lourde mais pas méchante, l’absence de cuisinier rendait la gestion de groupe plus compliquée et plus longue. Elle était en retard.
Elle parcourut rapidement les quelques mètres qui la séparaient du clubhouse et sut tout de suite qu’elle avait raté le combat, ajoutant à sa frustration grandissante. Elle adorait voir Happy se battre contre un autre Sons. Mais ce ne serait pas pour ce soir. Déjà qu’il revenait à peine d’une mission de trois semaines et qu’elle n’avait pas pu le voir avant, mais en plus louper un combat…
Elle ouvrit la porte du bar et cligna des yeux plusieurs fois, agressée par la fumée de cigarette et autre substance, avant de s’habituer à la pénombre de la pièce.
« Salut Princesse, lui fit la voix pâteuse de Tig à sa droite. »
Entourée de deux blondes, il affichait un grand sourire et voulut la prendre dans ses bras. Elle esquiva le biker avec un petit sourire, et continua sa recherche.
Elle se figea sur place. Happy, tourné vers la salle, se tenait au bar. Torse-nu et encore en sueur d’un combat qui devait à peine avoir fini, il avait encore une lueur brillante et féroce dans les yeux. Tout ce qui lui plaisait. Sauf que, une brune était collée à lui, la main sur son torse.
Elle resta plantée là, à observer la scène, incapable de bouger. Qu’est-ce qui se passait exactement ? Est-ce que Happy souhaitait ça ? Est-ce qu’elle avait seulement le droit de réagir
« Tu vas laisser faire ? »
Gemma venait d’arriver à sa hauteur et regardait la scène avec une grimace de dégout. Pour toute réponse, Jaimie haussa des épaules. Elle allait tourner les talons mais la Reine la retint par le bras et la tourna de nouveau vers Happy.
« Tu n’as peut-être pas le tatouage, lui dit alors Gemma, mais tout le monde sait à qui Happy appartient. »
« Il ne s’en plaint pas, rétorqua-t-elle doucement sans lâcher du regard la scène. »
« C’est un homme, ma jolie, il ne s’en plaindra jamais. Mais pour autant il n’en a rien à foutre. »
La brune continuait de passer sa main sur le torse de Happy qui ne lui portait aucune attention, tourné vers Bobby.
« Alors je répète ma question, vas-tu laisser cette chatte en chaleur toucher ton homme et te ridiculiser ? »
Gemma eut un petit sourire de victoire quand Jaimie se raidit et serra les mâchoires. Depuis le temps qu’elle voulait savoir ce qu’elle avait dans le ventre, elle allait enfin le découvrir. Jaimie l’intriguait. Elle avait senti en elle le potentiel d’une vraie régulière, sachant rester à sa place tout en se faisant respecter des frères de son homme. Le mot bien senti, l’attitude amicale mais distante, la compréhension instinctive des lois régissant le club, la déférence nécessaire quand elle s’adressait à elle. Jaimie avait tout compris sans qu’on lui explique, mais pour autant elle restait un peu trop mystérieuse au gout de Gemma
Happy vit Jaimie arrivée droit sur lui, le regard froid, les poings serrés.
« Et merde, souffla-t-il en réalisant ce qui se passait. Bébé, dit-il quand elle arriva à sa hauteur, ne fais rien… »
Jaimie se glissa entre lui et la brune, son regard fixé sur la jeune femme. Elle attrapa la main de sa rivale et la plaqua contre le bar. Elle sortit un canif de sa poche et le planta dans la paume de la brune, clouant sa main avec efficacité dans le bois du bar. La brune hurla à la mort, alors que le sang commençait à couler, attirant tous les regards sur eux. Jaimie l’attrapa par les cheveux et ramena son visage à quelques centimètres du sien. Les larmes coulaient sur les joues de la brune sans qu’elle puisse les retenir et elle regardait terrorisée la blonde lui faire face.
« Compris ? »
Elle hocha de la tête vivement.
« Fais passer le message. »
Elle la lâcha et reporta son attention sur Happy. Deux autres femmes s’approchèrent aussitôt pour aider leur amie, retirant le couteau – prenant soin de le laisser sur le bar- et la trainant à leur suite.
Clay soupira et attrapa le prospect par l’épaule.
« Occupe-toi d’elle, arrange toi pour qu’elle ne parle pas. »
Juice hocha de la tête, encore choqué par ce qui venait de se passer, et sortit à la suite des trois femmes.
« Ca c’est parce qu’elle t’avait touché, grogna Jaimie en plantant son regard dans celui de Happy. Imagine maintenant ce qu’il se serait passé si toi tu l’avais baisé. »
Happy éclata de rire dans un aboiement. Non pas qu’il ne la croyait pas un seul instant capable de mettre en œuvre sa menace. Il l’attrapa par les hanches et la souleva de terre, la laissant entourer sa taille de ses jambes alors que son sourire fin et un peu tordu prenait place sur son visage. Ce sourire qui le rendait fou.
« Aucun besoin, j’ai ce qu’il faut à la maison, répondit-il. »
Elle le laissa capturer ses lèvres avec force alors qu’il l’entrainait vers sa chambre sous les rires et les sifflements de ses frères.
« T’es sûre qu’on en veut deux comme Happy chez nous ? Demanda Clay en se rapprochant de sa femme qui n’avait rien perdu au spectacle. »
« Elle est parfaite, bébé. »
« Elle m’a l’air aussi taré que son homme. »
Gemma hocha doucement de la tête.
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868ème jour
Un bruit dans la salle de bain la tira de son sommeil. Elle aperçut aussitôt la lumière filtrant par le bas de la porte. Encore ensommeillée, elle s’approcha doucement de la porte et toqua.
« Happy, c’est toi ? Je ne t’ai pas entendu entrer. »
« J’arrive dans cinq minutes. Retourne te coucher. »
Elle tourna la poignée mais le loquet était posé. Elle toqua de nouveau.
« Laisse-moi entrer. »
« Je t’ai dit de retourner te coucher, grogna-t-il. »
« T’es encore ici chez moi, répondit-elle à présent agacée. Si tu ne voulais pas me voir, tu n’avais qu’à aller au clubhouse. »
Quelques secondes plus tard, la porte s’ouvrait. Happy retourna s’asseoir sur le bord de la baignoire, la main pressée sur son bras droit. Elle repéra aussitôt son tee-shirt maculé de sang, et sa main écarlate. Par terre, un paquet de compresse utilisée trainait sur le carrelage blanc de sa salle de bains.
« Respire, lui ordonna Happy en grimaçant un peu.»
« Je vais bien, répondit-elle en plantant son regard dans le sien. C’est toi qui a un problème. »
« Tu crois ? »
Elle le fusilla du regard.
« Tu m’expliques ou cela doit faire encore parti de tes nombreux secrets ? »
Il lui retourna son regard noir avant de soupirer.
« Je suis fatigué. »
L’inquiétude la prit à la gorge et elle entra dans la pièce. Elle ouvrit le placard, sorti le kit de premier secours que Happy avait ramené quelques semaines après sa première nuit ici. Elle s’agenouilla à ses pieds et imbiba une compresse de stérilisant.
« Tu me laisses voir ? »
« Tu n’as pas à faire ça. »
« Je sais, répondit-elle en lui souriant tendrement. Tu me laisses voir ? »
Finalement, il retira sa main et elle s’attela à la tâche.
« Ca… »
Elle pouffa de rire et appliqua le coton sur la plaie.
« Pourquoi tu te marres ? Grommela-t-il. »
Elle finit de nettoyer la plaie et fut rassurée de voir qu’elle n’était que superficielle. Elle n’aurait pas à tester ses capacités à recoudre une plaie ce soir.
« J’allais te dire que ça allait surement piquer, expliqua-t-elle finalement, son rire reprenant de plus belle. J’allais dire ça au mec qui a plus de soixante pour cent de son corps tatoué. »
Il secoua doucement la tête, un sourire aux lèvres.
« Qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire de toi p’tite fille ? »
« M’aider à nettoyer ma salle de bains, rétorqua-t-elle en finissant de bander la plaie. »
910ème jour
Couché à ses côtés, il jouait distraitement avec une mèche de ses cheveux alors qu’ils tentaient tous les deux de reprendre leur souffle.
« Lâche le morceau, dit-elle simplement. »
Il la regarde surpris. Il n’avait même pas réalisé qu’il ruminait cherchant la meilleure façon d’aborder le sujet. Il ramena son regard sur elle et la vit un peu inquiète mais patiente alors qu’il cherchait ses mots.
« Pourquoi… »
Il se tut incapable de finir sa phrase. La soirée avait été particulièrement dure. Il avait dû « chercher » des informations pour le club suite à l’attaque subie quelques semaines plutôt. C’était suivi une chapelle tendue entre ses frères. Finalement la décision avait été prise. La guerre allait être déclarée avec les Mayans.
Il était parti retrouver Jaimie, son seul réconfort et elle l’avait accueilli avec passion, sans lui demander ce qu’il avait fait lors de ses deux semaines d’absence. Après les retrouvailles, il l’avait observée se blottir contre lui alors que le sommeil l’envahissait petit à petit.
Il était incapable de finir sa question sous son regard bleue et perçant. Pourquoi tu es là ? Pourquoi tu es encore avec moi ? Pourquoi tu te laisses toucher par ses mains ? Pourquoi tu ne poses jamais aucune question ?
Elle se redressa un peu sur le lit et encadra de ses mains fines et délicates son visage avant de déposer un baiser sur ses lèvres.
« Je t’aime. »
1090ème jour
Happy entra dans l’allée étroite qui faisait face à la maison de Jaimie. Il râla intérieurement contre le manque de garage qui ne permettait pas de ranger sa moto proprement. Il coupa le moteur et s’étira de tout son long. Il venait de faire plus de deux cents kilomètres et ses épaules commençaient à le faire souffrir. Il se passa la main sur le visage, essayant de chasser les dernières images tenaces de son dernier travail pour Charming. La seule chose qui l’avait fait tenir jusqu’à cette heure tardive était la promesse d’une bière, d’une douche et d’un bon matelas. Et le matelas de Jaimie était bien meilleur que celui de clubhouse. Il fallait compter sur cette marmotte pour choisir le mobilier le plus confortable possible. Il parcourut les quelques pas qui le séparaient de la porte, et, comme d’habitude, n’eut pas besoin d’utiliser sa clé pour l’ouvrir. La colère monta aussitôt et le fit voir rouge. Plus d’un an qu’il lui répétait la même chose.
« Quand est-ce que tu vas à apprendre à fermer cette putain de porte avec une putain de clé ? »
Ce fut la première chose qu’il dit alors que la blonde était prête à lui sauter dans les bras. Elle s’arrêta net au milieu du couloir et son sourire se fana.
« Il t’arrive quoi ? »
Happy ne pouvait pas le croire. Elle allait en plus trouver une autre raison que son inconscience pour expliquer son énervement.
« Il m’arrive que tu ne retiens rien, femme. Qu’en plus d’être une paresseuse finie, tu n’as aucune cervelle. »
« SURPRISE ! »
Happy sursauta en voyant débarquer Tig, grand sourire aux lèvres, bouteille de whisky à la main.
« C’est quoi ce bordel ? Demanda-t-il blanc comme un linge. »
« Tu sais ce qu’elle te dit la fille sans cervelle ? S’énerva Jaimie, verte de rage. »
« Attend, frère, c’est pas ce que tu crois. Les gars, c’est quand vous voulez pour nous… »
« SURPRISE ! S’exclamèrent Clay, Jax, Gemma, Opie, et le reste des Sons en entrant dans le salon à la suite de Tig. »
Happy ne voulait pas ça. Il ne voulait pas de tous ses frères chez Jaimie. Que Tig s’incruste de temps en temps, passe encore, mais ici, c’était chez lui, c’était sa zone, c’était son territoire. Pas celui des Sons. Pas celui de Clay qui l’envoyait sans sourciller torturer des gamins de 17 ans parce qu’ils avaient fait une connerie. Pas celui de Gemma qui tramait toujours quelque chose en sous-main.
« C’est quoi ce bordel ? »
« Ce bordel, c’est pour ton putain d’anniversaire, expliqua Jaimie sans décolérer. »
« Ne me parle pas comme ça. »
« Comme quoi ? Comme à un demeuré ? Ou comme à un abruti ? Faut que tu sois plus spécifique, la fille sans cervelle a du mal à suivre. »
« Jaimie, grogna Happy sentant ses nerfs prêt à craquer.»
« Ne me grogne pas dessus ! »
« Je fais encore ce que je veux chez moi ! »
« Chez toi ? Elle éclata de rire. Tu sais quoi, je te la laisse cette baraque de merde. Je ne suis pas là pour que tu passes tes nerfs ! »
Elle passa devant lui furieuse, et attrapa ses clés au vol. Il la retint aussitôt par le bras.
« Tu vas arrêter de fuir tout le temps ? »
« Je ne suis pas celle qui fuit ici ! T’es tout le temps sur la route, jamais ici et tu ne prends même pas le temps de m’appeler. Par contre, débarquer avec une heure de retard pour me gueuler dessus, il n’y a pas de problème. T’es toujours là pour ça, connard ! »
Le reste de l’assemblée ne comprenait plus du tout ce qui se passait. Comment une fête surprise avait tourné à une scène de ménage explosive. Et depuis quand Jaimie se montrait aussi bavarde.
« Ne m’insulte pas ! »
« Lâche moi ! Lâche moi je te dis ! »
Elle le repoussa de ses deux mains pour se dégager de son emprise. Happy vit rouge et leva la sienne prêt à l’asséner sur son visage et le temps sembla se figer.
Elle le regardait avec ses grands yeux bleus. Mais ce n’était pas de la peur qui s’y reflétait, mais une volonté farouche. Il vit sa bouche fine se déformer en un rictus de rage et il pouvait sentir l’air vibrer autour d’elle.
« Essaie seulement, dit-elle d’une voix froide et posée, tremblante de colère. »
Il la relâcha aussitôt comme s’il s’était brulé.
« Je ne voulais pas… Je ne l’aurais jamais fait… »
Elle lui lança un regard de mépris avant de claquer la porte derrière elle. Quelques secondes plus tard, il entendit la Volvo démarrer.
La courroie de distribution refaisait des siennes.
