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Language:
Français
Stats:
Published:
2025-03-16
Completed:
2025-03-18
Words:
11,038
Chapters:
2/2
Comments:
7
Kudos:
43
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2
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514

Quatre murs et un toit

Chapter 2

Notes:

Je vous avais dit ou je vous avais pas dit que la suite arriverait très vite ? 😎

Merci beaucoup pour vos retours ! Je suis plus que ravie que le premier chapitre de ce petit-OS-qu'est-devenu-un-two-shot-à-l'insu-de-moi-même vous ait plu ! (Et désolée (ou pas) de vous avoir mis la chanson dans la tête. C'était involontaire... ment volontaire 😈)

Blagues à part, je vous présente, sans plus attendre, le chapitre 2 et la fin de cette fic ! J'espère qu'il vous plaira tout autant que le premier ♥️

Mais avant, je tenais à remercier, encore une fois, pixiehood, pour la bêta et pour les renseignements qu'elle m'a donnée pour rendre cette fic un peu plus réaliste ♥️

Allez, cette fois, je vous laisse lire ! Je vous souhaite une bonne lecture ♥️

Chapter Text

– Qu’est-ce que tu fais ?

Accompagnant cette question qui aurait dû lui faire immédiatement fermer l’ordinateur, des bras passèrent sur les épaules d’Adam et des mains familières se lièrent au niveau de sa poitrine. Sa compagne posa ensuite sa tête sur son épaule gauche puis déposa un léger baiser dans son cou. Il en frémit légèrement.

– Je… cherche une maison, admit-il avec un petit sourire timide.

Elle se tourna vers lui. Du coin de l’œil, il la vit froncer légèrement les sourcils.

– Bah, elle est bien, celle-là, non ? Bon, d’accord, on est un peu à l’étroit mais— répondit-elle.
– Je pense qu’on devrait avoir une maison à nous, pas juste à moi, clarifia-t-il.

Sa compagne l’observa silencieusement un long moment, ses yeux brillant d’un éclat inédit. C’était la première fois qu’ils parlaient de vivre vraiment ensemble, pas d’être seulement en colocation. S’ils s’étaient progressivement rapprochés l’un de l’autre jusqu’à ce que l’inévitable arrive, Adam n’arrivait toujours pas à penser que cette maison était à eux. Évidemment, Morgane et les enfants s’étaient rapidement familiarisés avec les lieux et avaient mis petit à petit leur touche. Il n’était pas rare qu’il trouve la console d’Eliott trônant sur la table du salon, ou encore qu’il manque de trébucher sur un des jouets de Chloé ou de Léo. Lorsque Morgane et lui s’étaient mis ensemble, elle avait anormalement hésité avant d’accepter qu’ils partagent l’armoire. Cependant, et s’il pensait qu’ils avaient leurs places tout autant que lui, il y avait quelque chose qui lui donnait l’impression qu’ils étaient encore des invités, que tout ça n’était que temporaire. Il n’était pas rare qu’il ait peur que Morgane lui annonce, du jour au lendemain, qu’elle avait trouvé quelque chose pour les enfants et elle. Cette crainte avait amené Adam à commencer à considérer l’idée de trouver quelque chose à eux.

– Je… je sais pas quoi dire, Kara, bégaya-t-elle.

Il avait à peine ouvert la bouche pour lui répondre qu’elle se pencha légèrement en avant pour planter son regard dans le sien.

– T’es sûr de toi ?

Adam se tourna vers elle. Son visage était si proche du sien qu’il dût s’empêcher de l’embrasser.

Il était sûr de lui depuis qu’il l’avait vue, quelques mois auparavant, dans la maison qui avait occupé son esprit depuis des années. Il était sûr de lui depuis qu’il avait vu qu’habiter avec elle, était plus que possible. Il était sûr depuis qu’il s’était rendu compte que la maison serait vide sans elle et les enfants.

– Ça fait quelque temps que j’y pense, Morgane, avoua-t-il.

Il la sentit acquiescer lentement.

– T’es… okay pour… ? demanda-t-il.
– Ouais, ouais, grave.

L’angoisse s’empara de lui lorsqu’elle resta anormalement silencieuse.

– Si tu veux, on peut rester ici et—
– Non, non, c’est pas ça, c’est juste que…
– Que… ?
– Ça fait que cinq mois qu’on vit ensemble, Kara. Et… trois mois qu’on est ensemble.
– Et… ?
– Bah… qu’est-ce qui te dit que nous deux, ça va durer ?

Adam observa Morgane pendant quelques secondes. Le doute s’était doucement installé dans son regard, entremêlé à une crainte qu’il partageait depuis cette soirée où ils avaient sauté le pas. Il se souvenait encore de l’hésitation dans les yeux de Morgane, dans son baiser et de l’assurance qu’il avait voulu lui transmettre lorsque leurs lèvres s’étaient touchées.

Au fond de lui, il savait qu’elle avait raison. Leur relation était encore fraîche ; si cela avait été quelqu’un d’autre, il aurait été beaucoup plus sur la réserve face à cette idée. Mais, de la même façon qu’il savait qu’elle avait raison, il n’arrivait pas à penser à autre chose qu’au fait que c’était avec elle qu’il voulait vivre, qu’il voulait passer le restant de sa vie. Ces quelques mois "de test”, pour ainsi dire, n’avaient fait que consolider cette certitude.

Il attrapa une de ses mains et elle se laissa détacher de lui lorsqu’il la guida vers lui. Morgane se laissa faire et s’installa sur ses genoux, comme elle adorait le faire lorsqu’elle voulait l’embêter ou juste parce qu’elle voulait être proche de lui.

– Honnêtement, j’en sais rien, Morgane, fit-il. Mais on peut pas continuer de vivre comme ça.

Morgane fit tapoter ses ongles sur ses épaules avant de regarder un point au-dessus de lui, puis de reporter son attention sur lui.

– La dernière fois que j’ai failli acheter une maison avec quelqu’un, j’ai tout fait capoter, Kara. J’ai pas envie de faire pareil.
– Je t’ai dit que si t’as pas envie—
– C’est pas que j’ai pas envie, lui assura-t-elle d’une voix pressée. C’est juste que…

Elle plongea son regard dans le sien, resserra son emprise autour de sa nuque.

– Je veux pas tout faire foirer entre nous, continua-t-elle. Et… j’ai peur de paniquer et de…
– Si tu changes d’avis, Morgane, on attendra.
– Tu veux vraiment vivre avec moi et les enfants, hein ?

Cette fois, ce fut lui qui l’étreignit un peu plus.

– Je crois que tu m’as pas trop laissé le choix, taquina-t-il.
– Oh, arrête, tu t’en es pas beaucoup plaint, hein ! répliqua-t-elle en le tapant légèrement.

Il ne put s’empêcher de sourire et elle l’imita. Morgane fut la première à détourner son regard pour le poser sur l’écran.

– Hé, mais c’est la maison qu’on a vue la dernière fois ! s’exclama-t-elle.

Adam se raisonna, secoua la tête, se racla la gorge avant de regarder à son tour l’ordinateur qui montrait une photo de la maison qui hantait son esprit depuis la première fois qu’il l’avait vue. L’herbe avait été visiblement coupée et les photos montraient une maison bien différente de celle qu’il avait parcouru quelques mois auparavant. Loin étaient les peintures ternies, endommagées par le temps et les intempéries. Devant ses yeux se trouvait une maison à l’allure quasi neuve, aux murs d’un blanc presque lumineux, et aux volets d’un bleu océan qui contrastait joliment avec ces derniers. Les fenêtres, autrefois poussièreuses, laissaient maintenant entrevoir l’intérieur aisément. Ils avaient veillé à ne pas masquer ce qui avait fait le charme de la maison, et Adam eut un plus gros coup de cœur, si c’était possible.

À l’intérieur, les murs avaient été repeints, les sols refaits et les quelques meubles avaient été renovés pour avoir l’air légèrement plus modernes, sans perdre leur authenticité. Une terrasse avait été construite, avec une vue presque imprenable sur la forêt à quelques minutes de la maison.

Adam ignorait comment, mais le coup de cœur qu’il avait eu pour cette dernière sembla tripler en intensité.

Morgane n’attendit pas sa réponse, posa son doigt sur le trackpad et fit défiler les photos puis la page. Adam garda les yeux rivés sur sa compagne, dont la joie se propageait jusqu’à lui. Il la serra un peu plus contre lui, mais elle ne le remarqua pas.

Soudainement, elle se redressa et se tourna vers lui.

– Euh… Kara ? T’as vu le prix ?

Ses yeux quittèrent enfin Morgane pour se poser sur le site.

– T’es vraiment prêt à t’endetter sur vingt ans avec moi ?
– Si je vends celle-là, y’aura pas besoin, Morgane. Et puis, on pourra toujours négocier.
– Ah ! Je savais que tu m’aimais pas autant que tu le disais ! répondit-elle, victorieuse.

 

*

 

Adam ne pouvait pas dire qu’il ne connaissait pas la situation financière de Morgane. Cela n’avait jamais été un secret ; même bien avant qu’ils ne soient ensemble, elle n’hésitait pas à en parler à qui voulait l’entendre qu’elle avait eu une énième relance, et de menace d’intervention d’huissier. Ces demi-plaintes, qui ressemblaient plus à de la lassitude qu’à de véritables plaintes, s’étaient considérablement réduites depuis qu’ils vivaient ensemble jusqu’à disparaître deux mois auparavant. S’il n’avait jamais pensé qu’elle avait acquis une certaine stabilité, il ne pensait pas que sa situation serait aussi fragile ou mettrait potentiellement en péril leur projet de vie conjointe.

Devant son conseiller bancaire, il avait émané de Morgane une certaine nervosité qui l’avait étonné de sa part. Elle, habituellement si assurée, avait commencé à appréhender verbalement le rendez-vous dès le matin, après des jours de déni et lui avait demandé s’il pouvait l’accompagner. Pour rassurer son banquier, avait-elle dit.

Une partie de lui était un peu satisfait qu’elle soit inquiète. Elle voulait vraiment que toutes les chances soient de leur côté pour obtenir cette maison.

L’homme en face d’eux avait épluché longuement l’épais dossier sous ses yeux. Adam avait essayé de déchiffrer son expression sans y parvenir. À côté de lui, Morgane avait semblé faire de même, lui lançant des regards angoissés qu’elle tentait de masquer par des sourires forcés.

Au bout de quelques minutes à jouer avec leurs nerfs, le banquier avait enfin levé les yeux vers Morgane.

L’homme avait soupiré et Adam avait rapidement compris que leur rêve serait certainement plus compliqué à atteindre qu’ils ne l’auraient pensé.

Morgane avait protesté avec véhémence lorsque son conseiller lui avait annoncée, sans détour, qu’il lui refusait le prêt. Adam avait eu l’impression qu’une centaine d’enclumes s’étaient écrasées sur eux.

Spontanément et à la grande de surprise de toutes les personnes présentes dans la pièce, il s’était proposé comme garant. Il se souviendrait toujours du regard abasourdi de Morgane, de l’émotion qu’il avait ensuite vu dans ce dernier.

Le conseiller avait hésité avant d’accepter—à condition qu’il présente un dossier bancaire solide.

Ils y étaient retournés quelques jours plus tard et étaient ressortis avec de grands sourires ainsi que de nouveaux espoirs.

Depuis, une chemise cartonnée jaune sur laquelle était notée “MAISON” trônait fièrement sur leur table de chevet, attendant d’être présentée à l’agent immobilier.

Ce jour arriva bien plus vite qu’ils ne s’y étaient préparés.

Un homme d’une quarantaine d’années patientait près d’une voiture blanche lorsqu’ils arrivèrent aux abords de la maison. La nervosité que ressentaient Morgane et Adam arrivait à son paroxyme et l’ambiance dans l’habitacle de la voiture était devenue presque insupportable. Quasiment à l’unisson, ils se tournèrent vers l’autre et d’un regard, tentèrent de se rassurer avant d’affronter la possibilité de voir leur rêve s’envoler.

Lors de la prise de rendez-vous avec l’agence, Adam avait bien précisé qu’ils allaient très certainement faire une proposition d’achat à l’issue de la visite. Son interlocuteur lui avait alors fait la liste de tous les documents dont auraient besoin, lui assurant qu’ils étaient, pour l’instant, les premiers à être intéressés par la maison. Adam n’avait pas pu réprimer l’élan d’enthousiasme qui s’était emparé de lui. Depuis cet appel, la chemise cartonnée avait élu domicile dans sa voiture, dans la poche arrière de son siège.

Maintenant, c’était l’inquiétude qui avait pris la place, mais, tandis qu’il quittait la voiture pour rejoindre Morgane qui l’avait fait avant lui, il tenta de la masquer. Il espérait que cela soit suffisant.

Lorsqu’il arriva au niveau de Morgane, cette dernière lui présenta sa main et serra la sienne si fort quand il accepta qu’il n’était plus sûr d’avoir d’os en sortant du rendez-vous.

L’agent immobiler s’avança vers eux et tendit sa main vers chacun d’entre eux.

– Bonjour ! s’exclama-t-il. Vous devez être Monsieur et Madame Karadec !

Même si entendre ça était un peu trop agréable pour Adam, la gêne s’empara de lui. Morgane n’était pas en meilleur état ; celle-ci s’était mise à rire nerveusement, avant de lui jeter des coups d’œil tantôt amusés, tantôt interrogateurs.

– Euh… non, on est pas mariés, s’empressa-t-il de rectifier.
– Ouais, non, ajouta-t-elle. Pas mariés du tout et c’est pas près d’arriver.

Elle appuya ses propos par un regard qui l’accusait presque d’avoir été la raison de ce malentendu. Adam se sentit inexplicablement rougir, même s’il n’avait aucun souvenir d’avoir laissé entendre qu’ils étaient mariés.

– Je suis madame Alvaro, fit-elle en tendant sa main vers l’agent immobillier. Lui, c’est monsieur Karadec.
– Vous avez des enfants, c’est ça ? demanda-t-il, après avoir serré leurs mains.
– Oui, quatre, répondit-il tandis qu’ils se mirent à suivre l’homme vers la porte.

Morgane le força soudainement à s’arrêter. Lorsqu’Adam se tourna et rencontra son regard, celui de sa compagne brillait d’un éclat qui le fit doucement sourire, sans néanmoins comprendre pourquoi elle réagissait ainsi. Elle semblait presque au bord des larmes, son visage se tordant légèrement sous le coup de l’émotion.

– Morgane, tout va bien ?
– Ouais, ouais, répondit-elle après quelques secondes de silence tout en reniflant.
– J’ai dit ou fait… ?
– Non, non, c’est rien, lui assura-t-elle, tout en excerçant une petite pression sur sa main.

Avant qu’il ne puisse s’enquérir un peu plus, Morgane reporta son attention sur l’agent immobiler qui les attendait devant la porte.

– Dîtes, ça fait un moment qu’elle est pas habitée, cette maison, non ?

L’homme sembla un peu désarçonné par la question et mit un certain temps avant de se tourner vers eux.

– C’est vrai, avoua-t-il. De ce que ce je sais, il y a eu un conflit d’héritage pendant une dizaine d’années qui s’est résolu il y a deux mois.
– Huh ! fit-elle. Y’a personne qui a été zigouillé ici à cause de cette histoire, hein ?
– Morgane.
– Quoi ? Je demande ! rétorqua-t-elle avant d’ajouter, plus bas : Si ça peut faire baisser le prix de la maison…
– Ah non, non, je vous assure qu’il s’est rien passé ici, répondit l’agent immobiler, visiblement mal à l’aise. Et pour ce qui est de l’histoire d’héritage, il y a bien eu des morts, mais des morts naturelles.
– À ce que vous savez… , marmonna-t-elle.

Cette fois, ce fut Adam qui exerça une petite pression sur la main de Morgane. Il repensa à ce qu’elle lui avait dit quelques jours plus tôt et la crainte commença à le submerger. Il attendit que l’agent immobiler disparaisse dans la maison avant de forcer Morgane à se tourner vers lui.

– Qu’est-ce qu’il y a ? demanda-t-elle.
– Morgane, à quoi tu joues ?
– Je joue à rien, répondit-elle en fronçant les sourcils. Je pose juste des questions.
– T’es pas en train de… ?
– Bah non ! rétorqua-t-elle.

L’expression de cette dernière s’adoucit.

– Hé, je sais que tu flippes mais c’est pas deux-trois questions qui vont faire capoter la vente, okay ? Fais-moi confiance.

Elle ne lui laissa pas le temps de répondre avant de s’approcher de lui et de déposer un baiser sur ses lèvres. Puis, avec un sourire satisfait, elle l’emmena en direction de la maison.

Ses doutes concernant Morgane et cette dernière disparurent avant la fin de visite et, sans avoir à se consulter plus longtemps, ils firent une offre.

La chemise jaune, qui contenait tous leurs espoirs, n’était, dorénavant, plus en leur possession.

 

*

 

La semaine qui suivit la visite furent aussi idylliques qu’angoissantes. Probablement trop optimistes, ils s’étaient mis à chercher quelques artisans et commençaient à faire des devis pour les quelques travaux qu’ils envisageaient. Morgane se montrait tantôt enthousiaste, tantôt plus réservée tandis qu’il essayait de rester mesuré. Ils avaient choisi de n’en parler aux enfants que lorsqu’ils seraient sûrs qu’ils auraient la maison mais plus les jours passaient, moins cela semblait se réaliser.

Un soir, alors que Morgane et lui étaient sur le point de s’endormir, la tête de celle-ci reposant sur son torse, elle leva cette dernière et croisa son regard.

– Et si on l’a pas ?

Il y avait pensé et il savait qu’il ne serait pas prêt à accepter que son rêve, leur rêve, se brise à cause d’une réponse négative. Cette maison, depuis qu’il avait vu Morgane à l’intérieur, depuis qu’elle en était tombée sous le charme, était la leur. Toutes les potentielles autres paliraient en comparaison.

Il hésita quelques secondes avant de répondre, mais s’autorisa à déposer un baiser sur les lèvres de sa compagne.

– On l’aura, répondit-il avec certitude.

Morgane acquiesça et détourna le regard. Elle se mit à tracer des formes invisibles sur son ventre qui le chatoullaient légèrement.

– Je… sais pas si tu te souviens quand… quand je voulais acheter une maison avec Ludo…

Sa phrase le ramena des années auparavant, à une période où il avait compris que ce qu’il ressentait pour elle était bien trop fort pour qu’il ne la considère comme une simple collègue. Il se souvint de la façon dont son cœur s’était tordu lorsqu’il avait appris qu’elle envisageait d’acheter une maison avec Ludo. Il avait essayé d’être encourageant, mais il n’avait jamais été sûr d’avoir été convaincant. Et puis, il avait été appelé pour une altercation sur la voie publique et avait vu Morgane, agitée. De l’autre côté de la rue, Ludo observait la scène, comme s’il n’avait pas été son compagnon. Et du jour au lendemain, Morgane n’était plus à la DIPJ. Céline lui avait annoncé qu’elle domiciliait chez elle, le temps de trouver quelque chose. Adam avait résisté à l’envie de la voir et y avait renoncé. Elle avait besoin de temps, avait-il pensé et lui, avait besoin de se concentrer sur sa relation nouvelle avec Roxane.

Ce petit cirque avait duré trois mois. Trois mois pendant lesquelles il demandait des nouvelles de Morgane à Céline, évitait de trop regarder son rebord préféré et contrôlait les soubresauts de son cœur lorsqu’il voyait une rousse qui ressemblait un peu à Morgane. Roxane avait remarqué qu’il ne regardait plus la fenêtre et avait installé une plante.

Avec le recul, Adam regrettait de ne pas être allé voir Morgane. Plus que ça, il regrettait toutes les fois où il n’avait pas été là pour elle.

Il se racla la gorge mais ne dit rien. Morgane continua dessiner du bout des doigts.

– Et… tu m’as demandée si j’étais heureuse.
– Oui, je m’en souviens, avoua-t-il doucement. Mais Morgane si—
– Je m’étais pas posée la question avant que tu me demandes ça, continua-t-elle comme s’il ne l’avait pas interrompue. J’étais prête à m’endetter sur vingt ans et je me suis pas demandée si c’était ce que je voulais vraiment. Et quand je l’ai fait, j’ai flippé.

Adam se redressa légèrement et chercha à planter son regard dans le sien. Morgane leva la tête à son tour.

– Et là ? se hasarda-t-il à demander, redoutant sa réponse.

Elle regarda ailleurs.

– Tu te rends compte qu’on a fait une offre d’achat pour une maison tous les deux ? fit-elle soudainement.
– Évidemment, répondit-il.
– Ça te fait pas peur ?
– Je t’ai dit que j’y avais beaucoup réfléchi, Morgane, répondit-il. Si t’as peur—
– Tu réponds pas à ma question.

Il ouvrit la bouche pour lui dire qu’elle aussi avait éludé sa question avant de finalement soupirer.

– Oui, j’ai peur, Morgane, lui confia-t-il. J’ai peur qu’on l’ait pas, j’ai peur que t’aies raison et que ça marche pas entre nous et qu’on se retrouve avec une maison et une dette qu’on veut plus. Mais c’est un risque je suis prêt à prendre.

Morgane le fixa pendant un long moment. Il voyait ses yeux s’embuer progressivement avant qu’elle ne détourne le regard en clignant des paupières et en reniflant.

– Être avec moi t’a rendu mielleux, plaisanta-t-elle soudainement.
– Mielleux ? répéta-t-il incrédule.

Elle acquiesça, son regard brillant de malice avant qu’il ne la saisisse par la taille et la fasse s’allonger.

– Vous allez voir si je suis mielleux, madame Alvaro ! continua-t-il, avant de se pencher et de capturer ses lèvres entre les siennes.



*

 

L’appel qu’ils attendaient avec impatience arriva un mardi, plus d’une semaine après leur visite officielle. Pas plus tard que la veille, comme tous les soirs quand ils le pouvaient, ils étaient passés devant, serrant la main de l’autre si fortement qu’elles en gardaient des traces.

Le cœur d’Adam se figea lorsqu’il vit le numéro qu’il se souvenait vaguement avoir composé quelques semaines plus tôt s’afficher sur l’écran et tout son corps sembla être submergé par une vague glaciale. Il entendait le téléphone sonner, le voyait et le sentait vibrer dans sa main et il n’arrivait toujours pas à faire glisser son pouce sur l’écran pour y répondre.

– Tu sais qu’il faut appuyer sur le petit bouton vert sur l’écran, hein ?

Ce fut la voix de Morgane qui le fit sortir de sa torpeur. Elle était soudainement devant lui alors qu’il se souvenait parfaitement l’avoir vue, quelques secondes plus tôt, discuter avec Daphné et Gilles sur un sujet qu’il n’avait écouté que d’une oreille distraite.

Morgane avait l’air amusé. Elle haussa les sourcils quand il croisa son regard et fit un signe de tête vers le téléphone et puis, il la vit écarquiller les yeux.

– Oh, merde, souffla-t-elle. C’est… ?
– Je crois, acquiesça-t-il enfin.

Il posa son téléphone, saisit sa veste, se leva et attrapa la main de Morgane avant de se tourner vers Daphné et Gilles :

– On revient.

Ses deux collègues acquiescèrent bien que la confusion apparaissait sur leurs visages.

À peine eurent-ils quitté l’open-space, se dirigeant vers la passerelle qui était devenue la leur, qu’il décrocha, fébrilement, le téléphone. Morgane se blottit contre lui dès qu’ils eurent franchi la porte qui les en séparait et semblait tout aussi nerveuse que lui.

– Monsieur Karadec ? s’enquit d’une manière enjouée la voix à l’autre bout du combiné. Bonjour, c’est Grégoire Ronstand de l’agence immobilière Da Costa.

Adam expira, même si ce ne fut pas suffisant pour faire disparaître ce poids invisible qui s’était posé sur ses poumons, l’empêchant de respirer correctement.

– Oui, c’est bien moi, répondit-il d’une voix assuré. Il y a ma compagne aussi.

– Je me permets de vous appeler pour vous dire qu’après avoir examiné votre dossier ainsi que celui de votre conjointe—

Le cœur d’Adam fit un soubresaut à ce nom et il jeta, bien malgré lui, un regard vers Morgane qui s’était blottie un peu plus contre lui pour rester au chaud.

– Le propriétaire a accepté votre offre d’achat, continua l’homme à l’autre bout du fil. Félicitations ! Vous pouvez passer à l’agence quand vous voulez.

Morgane leva les yeux vers lui au moment où il sentait l’exultation s’emparer de lui. Son regard pétillait d’une façon inédite, même après qu’ils aient remercié l’agent immobilier et raccroché.

Aussitôt le téléphone rangé dans sa poche, Morgane en profita pour se jeter dans ses bras, l’étreignant presque de toutes ses forces avant de l’embrasser.

Là, sur leur passerelle, Adam avait l’impression que leur vie commençait enfin.

 

*

 

Il y avait de la lumière dans la maison lorsqu’Adam se gara juste derrière la voiture de Morgane. Avec le sourire, il se remémora le message qu’elle lui avait envoyé quelques heures plus tôt et qui lui intimait de la retrouver chez eux, dans leur nouvelle maison.

– Viens seul, avait-elle ajouté.

Depuis la finalisation de l’achat, ils n’avaient pas pu trouver de temps pour y aller. Entre les enquêtes, les rendez-vous pour les enfants, les enfants, il était même rare que Morgane et lui trouvent du temps pour rester juste que tous les deux. Elle avait d’ailleurs, semblait-il, utilisé cette excuse pour s’esquiver plus tôt du boulot ce jour-là, à en juger par la buée qui s’était lentement installée sur le pare-brise de sa voiture.

Lorsqu’il s’approcha de la maison, il songea à chercher la présence de Morgane par la fenêtre avant de se raviser. Quoi qu’elle ait pu préparer pour justifier qu’elle parte plus tôt attendrait qu’il franchisse la porte. Quand il l’ouvrit, il l’entendit chantonner une chanson qui semblait émaner de son téléphone.

Cette dernière éveilla des souvenirs à la fois agréables et douloureux. Ceux de cette soirée où tout aurait pu basculer entre Morgane et lui s’il avait laissé ses pulsions le contrôler. Il l’avait voulu et il ignorait, encore maintenant, comment il avait fait pour se reprendre avant que tout ne dégénère. Cette nuit-là, il s’en souvenait, il n’avait pas pu dormir. Même la présence de Roxane à ses côtés n’avait pas réussi à faire taire ses regrets de ne pas avoir cédé tout autant que sa culpabilité d’avoir eu envie de Morgane comme il en avait eu envie. Son esprit n’avait eu de cesse de balancer entre les deux, comme son cœur avait semblé le faire entre Morgane et Roxane depuis le retour de sa coéquipière dans sa vie.

Maintenant, ce n’était plus le cas. Son cœur entier n’appartenait qu’à une seule personne, et cette personne continuait de chanter dans leur nouvelle maison.

Adam ferma avec précaution la porte, veillant à ne pas l’alerter. De toute façon, il la connaissait : quand elle chantait de cette façon, il était presque impossible de l’en déconcentrer.

Il s’avança avant de s’arrêter, prêt à l’observer. Son plan tomba soudainement à l’eau lorsqu’il arriva dans la pièce principale.

Dans le salon-salle à manger, des bougies avaient été disposées un peu partout pour offrir un éclairage suffisant et réchauffer un peu la salle. Au centre, Morgane avait étalé une nappe de pique-nique sur laquelle elle avait mis des coussins qu’il ne reconnaissait que trop bien, ainsi que des biscuits-apéritifs et deux bouteilles de vin, accompagnées de deux verres. Alors qu’il continuait à essayer de voir ce qu’elle avait préparé, son regard fut attiré par la femme de sa vie qui s’avançait vers la nappe, ignorant totalement sa présence. Elle continuait de chanter, de danser même, sans lui prêter la moindre attention. Elle s’agenouilla, attrapa une des bouteilles qu’elle cala entre ses jambes. Adam s’appuya contre le mur et l’observa, amusé.

Si elle utilisait le tire-bouchon auquel il pensait, elle n’allait pas réussir à l’ouvrir.

Elle se battit avec le bouchon pendant quelques petites minutes pendant que lui, était en train de résister à l’envie de l’aider. Enfin, le son qu’elle attendait résonna dans la pièce.

– Eh beh putain ! s’exclama-t-elle en jetant un regard appuyé sur la bouteille.

Tandis qu’il s’attendait à ce qu’elle verse le vin dans les verres, elle se tourna soudainement vers lui et il se figea.

– T’aurais pu m’aider au lieu de te foutre de ma gueule, lui lança-t-elle.
– Je me foutais pas de ta gueule, Morgane, lui répondit-il en s’avançant vers elle.

Elle le fusilla du regard avant de se concentrer à nouveau sur la bouteille. Elle commençait à remplir les verres lorsqu’il fut près d’elle.

– T’as fait quoi de Léo, Morgane ? demanda-t-il alors qu’elle remplissait son propre verre.
– Bah, je l’ai laissé dans la voiture.

Elle ne lui laissa pas le temps de répondre avant de continuer :

– Il est avec Ludo, patate ! On lui doit un week-end entier, d’ailleurs.
– Et Théa ?

Cette fois, elle roula des yeux.

– T’as oublié ?

Il fit une moue étonnée.

– Non mais Kara, tu le fais exprès !

Elle soupira.

– Théa est à l’anniversaire d’Élodie et elle dort là-bas ! Ça fait trois semaines qu’on le sait !

Adam fronça les sourcils avant de se souvenir d’une note laissée sur le frigo qui en parlait. Morgane se leva avec prudence avant de s’approcher de lui.

Elle lui tendit son verre.

– On a la maison rien qu’à nous, fit-elle sur un ton qui le fit frissonner agréablement.

Il ne put s’empêcher de passer un bras autour de sa taille et de l’attirer vers lui. Morgane se laissa faire avec un sourire taquin, qu’il tenta de faire disparaître en l’embrassant.

Elle fit glisser ses bras autour de ses épaules et se colla un peu plus à lui. Et alors qu’il était prêt à oublier tout ce qu’elle avait préparé, elle rompit le baiser, avant de se décaler légèrement sans pour autant se détacher de lui.

Elle amena ensuite son bras vers elle avant de tendre son verre. Il l’imita, bien qu’il n’avait pas envie de la lâcher.

– À notre nouvelle maison ! s’exclama-t-elle avant de faire tinter son verre contre le sien.

Son ton et son regard laissaient entrevoir la perspective d’une nuit blanche, et cela ne lui déplaisait pas.

*



Ce fut le bruit d’un grand fracas qui éveilla en sursaut Adam ce matin-là. Haletant, il chercha d’abord la présence de Morgane à ses côtés, mais ne rencontra, à sa grande surprise, que du vide. Son côté était défait mais froid. Il se souvenait très vaguement l’avoir entendue lui dire quelque chose, puis sentit ses lèvres contre sa peau, mais il n’en était pas certain. Puis des voix s’élèverent, des voix familières, et l’angoisse qui devait se muer en prudence le fit en confusion. Morgane ne se levait jamais aussi tôt le dimanche, pensa-t-il en s’extirpant du lit.

Adam ne tarda pas à situer l’origine du son. Dans la cuisine, Morgane, ainsi que les enfants, s’affairaient autour du comptoir qui ressemblait à une zone de guerre. Divers ingrédients s’étalaient sur celui-ci, certains renversés, d’autres encore heureusement intacts.

Aucun des coupables de ce bazar ne remarqua sa présence, trop occupés par leur tâche respective. Morgane était concentrée à remuer quelque chose dans le plat, Eliott et Théa préparait les ingrédients, tandis que Chloé et Léo s’amusait avec de la pâte à sel, sous la surveillance des aînés de la fratrie. Adam les observa un moment en silence, songeant de temps en temps à se faire voir avant de se raviser, essayant de comprendre ce qui se tramait sous ses yeux. Et puis, soudainement, Léo se tourna vers lui.

– Pa’ ! s’écria-t-il.

Comme toujours, il se sentit fondre. Voilà un peu plus d’un an qu’il avait ce titre et il n’arrivait toujours pas à s’y habituer.

Le petit garçon descendit de son petit escabeau et se précipita maladroitement vers lui, tendant ses bras. Adam l’attrapa dans les siens et déposa un baiser sur son front.

Il entendit un vague “merde” provenant de Morgane et lorsqu’il reporta son attention vers elle, elle avait l’air coupable. Elle lui offrit un sourire forcé, accompagné de coups d’œil paniqués vers le bazar que les enfants et elle avaient mis.

– Alors, c’est pas ce que tu crois, fit-elle finalement.
– Et je crois quoi, Morgane ? demanda-t-il, amusé, avant de se concentrer brièvement sur Léo qui jouait avec sa main.
– Rien du tout, répondit-elle. Tu fais quoi debout ?
– Morgane…
– Bon, d’accord, concéda-t-elle. On essaye de te faire un gâteau d’anniversaire, voilà !

Adam fronça les sourcils.

– Et elle nous a réveillés parce qu’elle a foiré le premier, ajouta Théa.
– D’abord, je vous ai pas réveillés, vous vous êtes portés volontaires, rectifia Morgane.

Théa leva les yeux au ciel.

– Et ensuite, c’était pour la bonne cause ! continua-t-elle.
– C’est gentil, Morgane, mais… c’est pas mon anniversaire, pipa-t-il.

Morgane leva les yeux vers lui, l’air exaspéré.

– Kara, on est quel jour ?
– Dimanche.
– La date, Kara.
– Le…

Merde. Avec l’enquête qui avait accaparé toute son attention ces dernières semaines, était-il possible qu’il en ait oublié son anniversaire ?

– D’ailleurs, fit Morgane en le tirant de ses pensées, vous avez souhaité un joyeux anniversaire à Super Poulet ?

Les trois ainés s’exécutèrent, mi-enjoués, mi-forcés. Adam ne put néanmoins s’empêcher d’en être ému.

Alors qu’il s’apprêtait à les remercier, Léo commença à s’agiter dans ses bras et il le libéra. Le petit garçon se dirigea vers son son escabeau et reprit son activité avec Chloé qui lui expliquait patiemment.

– Bon, allez, ouste, maintenant, ordonna Morgane, tout en faisant de grands gestes. Retourne te cou—

Il l’ignora, choisissant d’entrer un peu plus dans la cuisine sous le regard à moitié exaspéré de sa compagne. Amusé, il profita qu’elle se soit à nouveau concentrée sur sa tâche pour passer derrière elle et faire glisser ses bras autour d’elle. Elle protesta quelques secondes, pour la bonne mesure, continuant ce qu’elle faisait avec un agacement exagéré avant de finalement se détendre quand il l’embrassa dans le cou. Elle se crispa légèrement, comme elle le faisait quand il la chatouillait, puis se tourna dans ses bras, passant les siens sur ses épaules puis autour de sa nuque.

Elle plongea son regard dans le sien et il la sentit se mettre sur la pointe des pieds avant de capturer ses lèvres avec les siennes.

– Joyeux anniversaire, souffla-t-elle quand elle rompit le baiser.

Adam n’était pas certain qu’il aurait pu souhaiter un meilleur cadeau. Dans cette cuisine, dans la maison qu’il avait tant voulue, avec la femme de sa vie dans ses bras et entourés de leurs enfants, il avait tout ce qu’il avait espéré.

Enfin, peut-être pas tout, pensa-t-il tandis que son regard se posait sur la main gauche de Morgane. Certaines choses ne devaient rester que des rêves. 

Notes:

Ao3 m'informe que cette fic est ma 55ème fic publiée dans le fandom. Si on m'avait dit, il y a un an et demi, lorsque j'ai posté ma première fanfiction HPI que j'en serais là, que je ferais des rencontres extraordinaires, je pense que je n'y aurais pas cru. Et pourtant...

Je sais que je le dis souvent, mais je vous remercie de me lire ♥️♥️ Je crois que je ne cesserai jamais d'être reconnaissante et surprise.

Et comme je l'ai déjà dit, vous en avez pas fini avec moi MOUHAHAHAHAHAHAHA