Chapter Text
would've been you, sombr
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Au travers de la petite fenêtre, ronde avec un effet légèrement flou – un énième coup bien foireux de la scientifique, Katsuki dont la tête est bien rentrée entre ses deux épaules, distingue partiellement sa bande de crétins. Certains se dandinent d’avant en arrière, d’autres se balancent d’un pied à l’autre tout en se jetant des regards en biais où l’inquiétude transpire, où le stresse illumine les iris, où l’angoisse semble être maîtresse. Et putain, s’il y a bien quelqu’un qui a le droit de se sentir submergé et au bord d’un gouffre… C’est bien lui. Parce qu’il l’est, littéralement qui plus est. En plus de se sentir ridiculement oppressé dans cette machine, mais l’homme ne préfère pas y penser.
Si l’appréhension lui ronge le ventre, le héros aux grenades se met la pression pour ne rien laisser paraître sur son visage. Il ne s’autorise pas une goutte de sueur, pas un froncement de sourcils, pas un seul pli au niveau de ses lèvres. Il n’a absolument aucune envie que Todoroki, dans un accès de panique, ne vienne le rejoindre par la force, à la dernière seconde dans l’habitacle. Kirishima, flippé comme jamais, pourrait à la moindre faille dans ses pupilles, se jeter sur la porte pour l’arracher et le faire sortir de là.
Hors de question, putain.
Son expression faciale doit tenir juste cinq petites minutes de plus, rien que trois cents foutus secondes. Qu’est-ce que c’est, trois cents insoutenables secondes, face à dix ans d’attentes, dix ans à rongés son frein ? Rien, presque rien.
Dans ce laps de temps dérisoire, il a à peine l’occasion de faire des adieux au cas où, ni l’opportunité d’être le héros numéro un du classement général. Hanta n’a pas les minutes nécessaires pour lui faire son plat préféré. Uraraka n’a pas le délai adéquat pour se déclarer à Tenya – et Katsuki a chronométré le jour où elle a saisi sa chance, il lui a fallu neuf minutes pour former une phrase correcte et la balancer à la tronche du robot. Meï en revanche… Bakugo ne doute pas qu’elle aurait le temps nécessaire pour foutre le feu à son laboratoire, pour foirer son expérience, pour l’envoyer là où il ne faut pas. Un mauvais lieu. Une mauvaise date. Trop tôt ou trop tard.
Et puis, le fait de maintenir un visage neutre, c’est un peu sa manière à lui de les remercier pour toutes ces années. Pour le soutien qu’ils lui ont apporté, de gré ou de force. Pour les épaules qu’ils lui ont prêtées. Pour les heures qu’ils lui ont accordées. Pour les coups de gueule qu’ils ont laissé coulé. Pour les larmes qu’ils ne sont jamais autorisées à déverser, ni devant lui, ni entre eux, encore moins chez eux, bien à l’abri des regards.
C’est sa façon à lui, de leur montrer silencieusement sa gratitude. Et surtout, son moyen de leur rendre leur amitié. Pour eux qui vont attendre, qui ne vont rien pouvoir faire de plus malgré l’envie qui les anime, le désir qui bout en eux. Pour eux qui ont été fort lors de cette dernière décennie lorsque lui ne le pouvait pas, lorsque lui n’y arrivait pas. Pour eux qui ont endossé tellement de rôle, qui ont simulés tant de sourire, qui ont assuré ses devoirs à sa place, qui se sont pointés à l’heure, visage impassible, lèvres pincées et lui ont toujours trouvé une excuse crédible.
Mais juste, putain, est-ce qu’ils ne peuvent pas cesser, trente foutus secondes, de tirer cette sale tronche ? Il a l’horrible impression d’avoir été écrabouillé comme une merde par un vilain et de reposer dans un cercueil pour le reste de l’éternité. Peut-être que Meï a fait quelque chose de travers, et qu’il n’entend pas ses murmures affolés comme les autres ? Peut-être qu’il y a écrit « danger » en gros quelque part et que d’une minute à l’autre l’habitacle va prendre feu sans qu’il ne puisse en sortir ?
L’inquiétude ne peut pas autant leur ronger le visage, ne peut pas leur faire tirer ce genre de tronches, hideuses et laides, qui donne envie à Katsuki de détourner le regard ?
— Bordel ! Mais vous allez arrêter de faire cette gueule ?
Katsuki, depuis le fond de sa capsule, craque à moitié et ses affreux lurons sursautent, comme pris sur le fait. Et quel fait, merde.
— Je suis le seul qui n’a pas vu mon avenir merdique dans une boule magique ? Vous m’avez caché que j’vais y laisser la peau là-bas ?
L’agression a le don d’arracher, un sourire satisfait au fils de Endeavor ; au moins un, il était temps. Le héros au double pouvoir quitte même le fond de la pièce pour venir cogner doucement son poing contre la petite vitre totalement floue. Kirishima râle sur l’épaule de Hanta, sûrement quelque chose à propos de son caractère de cochon, peut-être aussi sur le fait qu’il manque toujours d’empathie dans les moments les plus cruciaux. Cellophane le dégage d’un mouvement, et rejoint Shoto tout en secouant la tête.
Le cendré ne loupe pas son petit sourire, celui qui hésite entre la moquerie et l’agacement. Il apprécie le brun pour ça, pour ses envies d’implosions mal contenu, pour ses petites secondes où il arrive à voir au travers de sa carapace.
Après un regard en direction de Meï, histoire d’avoir la confirmation qu’il ne va pas tout foutre en l’air pour quelques minutes de plus, le brun se permet d’ouvrir la porte.
— Personne n’a vu ton avenir. Mais tout le monde aimerait que tu arrêtes de beugler à tout-va à ton retour, Hanta le charrie.
— Je vous emmerde.
Le brun lui offre un clin d’œil et Katsuki un doigt. Un échange largement équivalent, si quiconque se questionne.
— Katsuki, le bicolore s’immisce dans leur joute verbale avec ses sabots angoissés, quelqu’un d’autre peut tenter le coup, dans quelques jours.
— Todoroki, n’recommence pas.
— Tu n’es pas obligé de faire ça seul, c’est tout ce que je dis. Pas obligé de revivre ça, surtout si ça tourne mal.
Ses poings se serrent le long de son corps, et un frisson le traverse. L’envie soudaine de foutre une raclée au fils d’Endeavor le démange. La colère se met à bouillir quelque part en lui, pas nécessairement alimentée par les paroles du héros qui lui fait face, mais plutôt par les souvenirs qui le prennent en tenaille. Son cerveau se remet à lui envoyer des flash-back douloureux à encaisser, des images qu’il aurait préféré ne jamais avoir emmagasiné, des moments qu’il aurait préféré que ses iris ne voient jamais.
Il a conscience que Todoroki ne pense pas à mal, qu’il ne cherche pas à froisser son ego ou qu’il n’est pas en train de remettre en question ses compétences. Ce mec est juste trop gentil et tente simplement de le préserver, de lui éviter une nouvelle cicatrice qui ne se refermera jamais. Une douleur psychique que rien ne pourra suturer ; pas même le temps.
Katsuki expire bruyamment et ni Hanta ni Shoto ne lui fait de remarque, parce qu’ils ont tous les deux consciences qu’une ligne a été franchie par le fils de l’ancien Number One. Ils le laissent se canaliser à sa façon, ranger ses souvenirs dans une boîte et revenir vers eux doucement, à son rythme.
— J’ai compris, il souffle.
Et, c’est vrai. Dynamight comprend.
Il n’est pas complètement con ou imbu de lui-même. Le déni ne lui a pas non plus mis le grappin dessus et retourné entièrement le cerveau. Le souvenir vif de la personne qu’il a été il y a dix ans plane toujours au-dessus de lui, ne le quitte jamais vraiment. Si tout est encore si net pour lui, alors il n’imagine pas à quel point cela doit l’être aussi, pour les autres. Pour eux, qui ont dû le sortir du trou tellement de fois, lui sauver les fesses parce qu’il refusait de se battre, lui faire à manger parce que son estomac ne criait pas famine, le jeter sous la douche, car son cerveau n’en trouvait pas l’utilité.
— Laisse-moi au moins dix jours.
— Cinq, négocie le bicolore.
— Ne pousse pas ta chance, le glaçon.
Todoroki fronce les sourcils, pas le moins du monde impressionné par le ton menaçant de Katsuki. Une étincelle prend vie juste à côté de la main droite du héros Dynamight tandis qu’un souffle glacé vient soulever les cheveux de Cellophane.
— Sept.
— J’ai dit, dix jours ! Et si tu te ramènes avant, je t’explose la tronche.
Hanta les regarde s’affronter en silence, conscient que ces deux-là sont incapables d’échanger autrement. Il doute même qu’un jour, ils puissent tenir une vraie conversation sans tenter de prendre le dessus… Mais c’est précisément cette tension qui rend leur dynamique si brûlante : s’égratigner en permanence devient chez eux un moyen bancal mais réel de tenir debout et d’entretenir leur montée en puissance.
— Dix jours, le héros aux rubans tranche pour les deux. Je le retiendrais dix jours. En échange, promets-moi de ne faire confiance à personne.
Katsuki mentirait s’il n’avouait pas avoir envie de secouer Hanta comme un putain de prunier. Et peut-être, que s’il le fait maintenant, des rouleaux de scotch rouleront abondamment sur le sol. Qu’il lui fasse un peu confiance, est-ce que ça lui trouerai le cul ? Il n’est pas le meilleur pour rien, ne s’est pas accroché durant toutes ces années à un espoir presque vain pour revenir bredouille lorsque l’occasion se présente enfin à lui. Et surtout… Bakugo ne fera jamais la même erreur. Il en a payé le prix pendant dix ans.
Aujourd’hui, il va inverser le cours du temps et prendre sa revanche.
— Je vais le chercher. Ne bougez pas d’ici.
Derrière ses écrans d’ordinateur, Meï se met à leur faire des grands signes étranges et qui n’ont aucun sens pour eux. Avec un haussement d’épaule, le cendré suppose simplement qu’elle tente de le prévenir, à sa manière, que le départ est quasiment imminent. Pour ne pas louper le coche à cause d’un angoissé peureux et d’une bombe à retardement, il attrape la porte et la tire brusquement sur lui, s’enfermant de son plein gré dans l’habitacle, finalement pas si confortable.
Comme toujours, le fils d’Endeavor lui offre un regard outré par ses manières, alors qu’Hanta lui claque un doigt sur la vitre. Puis les deux se reculent pour rejoindre les autres, restés attroupé comme des malheureux.
Todoroki, maintenant entouré par Tenya et Uraraka, trouve tout de même le moyen de lui montrer ses cheveux et ses yeux… Une piqûre de rappel, puisqu’il a visiblement cinq ans. Mais pas d’inquiétude, il a prévu de faire cette coloration en arrivant, et oui putain, il va aussi enfiler ses lentilles de contact, le sol à peine foulé. Que la double-face cesse de le chaperonner de cette façon, uniquement parce qu’il se fait un sang d’encre ou Katsuki va imploser et l’emporter avec lui dans les dommages collatéraux.
— Décollage ! Meï beugle à l’arrière de la pièce.
Un picotement un brin désagréable commence à lui parcourir le corps, comme si quelque chose venait lui gratter la peau, lui ronger les os. Dans le petit casier, le jeune homme se tortille, va même jusqu’à se tasser sur lui-même pour échappé à la sensation qui s’insinue lentement en lui. Son crâne lui fait soudainement mal, une traînée de lave semble dévalée dans sa boîte crânienne. Putain.
Il ne peut rien faire pour se dérober, seulement subir en silence et attendre. Attendre, attendre, attendre. Faire confiance à Meï. Croire en sa technologie. Attendre, attendre, attendre. Encore. Et toujours. Katsuki est devenu un maître dans cet art, il excelle dans le fait de laisser le temps défiler avec l’espoir qu’il arrangera les choses.
Son corps se déchire, mais il ne bronche pas, ne hurle pas. Un froncement de sourcils lui échappe, car il n’est pas un surhomme et ne peut pas tout contenir. Mais peut-être bien qu’il émet quelques bruits de gorge parce qu’Uraraka a les iris brillants et les mains sur sa bouche. La douleur irradie par tous les pores de sa peau et Mina pleure, avec les sanglots, avec les tremblements du corps. Katsuki espère que ce n’est pas à cause de son visage tordu par l’affliction qui le ronge. Kaminari amorce un mouvement vers la machine, mais Kirishima lui barre la route.
Puis plus rien. Ni les bruits des nombreuses machines de Meï, ni élancements déchirants qui lui traverse le corps.
Au moment où il se permet de penser que tout ira bien, l’horrible impression d’éclater en morceaux se répercute dans tout son corps.
