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Français
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Published:
2025-08-12
Updated:
2026-01-08
Words:
92,348
Chapters:
25/57
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There will be birds ( an Osgate story )

Chapter 24: Take me back to the night we met

Notes:

Coucou ! J'espère que vous allez bien et que vous avez passé d'excellentes fêtes de fin d'année.
Je vous souhaite une joyeuse année 2026, qu'elle soit remplie et porteuse de bonnes nouvelles. Elle commence sur les chapeaux de roues avec ce nouveau chapitre.
Lors du dernier, vous avez ENFIN fait la connaissance de Farah. C'est un personnage qui me tient particulièrement à cœur. Nous aurons l'occasion d'en reparler plus tard, quand vous en saurez un peu plus sur elle et son histoire. Ne la détestez pas pour la réaction qu'elle provoque chez Kate.

Soyons honnête, à la place de Kate, je n'aurais pas apprécié qu'on vienne fouiller dans mon passé. Osgood va-t-elle s'arrêter là ou poursuivre sa quête de connaissances ? Et surtout, comment vont-elles maintenant évoluer l'une envers l'autre alors que le monde est toujours en danger ?

Profitez de votre lecture, on se voit en commentaires ;)

(See the end of the chapter for more notes.)

Chapter Text

« I had all and then most of you

Some and now none of you

I don’t know what I’m supposed to do

Haunted by the ghost of you

Oh take me back to the night we met »

 

1

La puissance des vagues fendait le silence monastique des lieux.

Il n’y avait plus personne. Tous morts. Les odeurs inégalables du sang et de la poudre emplissaient chaque centimètre carré de la grotte. Le moindre détail était une torture. Chaque respiration, une complainte. Envoyé d’Inazami, le vent était cruel et tranchant sur sa peau.

« Pourquoi tu n’as pas écouté… » murmura une voix.

Elle voulait la toucher, la serrer dans ses bras et lui dire que tout irait bien mais chaque pas qu’elle faisait creusait l’écart qui les séparait. Aucun son ne sortit quand elle tenta de l’appeler. Elle la voyait lui échapper sans pouvoir la rattraper.

« Ne sois pas triste… »

La figure s’effaça brutalement puis tout devint sombre.

 

2

 

Kate se réveilla en sursaut et couverte de sueur. Ses draps, emblèmes de sa nuit agitée, erraient ça et là sur son lit. Sa respiration mit du temps à redevenir normale. Ce cauchemar, cela faisait des années qu’elle ne l’avait pas fait. Son esprit avait mis ce souvenir en bouteille pour le jeter et la marée venait de le lui ramener.

Kate jeta un œil à son téléphone. Dans une heure, elle voyait le Premier Ministre.

Cela faisait maintenant deux jours qu’ils étaient rentrés en Angleterre, laissant les dinosaures avec Castillo. Le Premier Ministre Price n’avait pas voulu retenter le fiasco de l’Adélaïde. Bien que Kate ait éprouvé des difficultés à laisser Athéna, elle concéda que c’était encore la meilleure solution. Tant qu’ils n’avaient pas plus de réponses, les laisser au Chili paraissait plus sûr.

Côté antidote, les derniers tests allaient être lancés. Si cela ne fonctionnait pas, il ne leur resterait plus rien pour espérer empêcher le chaos.

Quant à la Black Island, malheureusement pour Kate, peu importe l’issue de leur expérience ils n’avaient pas d’autres choix que de s’y rendre.

Parmi les mauvaises nouvelles du jour, la pire restait qu’elle passerait la journée avec Osgood.

Comment la jeune femme avait pu lui planter ce couteau dans le dos lui échappait complètement. Violer le secret confidentiel était une chose – qui justifiait à elle seule son licenciement – mais le faire dans un but aussi égoïste en était une autre.

Si Kate n’en n’avait jamais parlé, elle espérait bien qu’Osgood ait la décence d’accepter qu’il y avait une bonne raison.

Ce n’était pas l’acte en lui-même qui l’avait profondément blessée. Ce n’était pas la première fois qu’Osgood passait outre le tampon Top Secret. C’était davantage qu’elle n’avait pas hésité à le faire contre elle, sans prendre la peine de venir la voir en premier. Sans penser aux souvenirs qu’elle allait faire ressurgir. Le chagrin. Le deuil. Tout ce qu’elle pensait avoir enfoui des années plus tôt venait de lui exploser en pleine figure.

Ce qui faisait peut-être encore plus mal, c’était que de toutes les personnes qu’elle imaginait pouvoir la blesser, elle n’aurait jamais cru que Osgood en ferait partie.

Installée à son bureau, Kate profita du peu de temps qu’elle avait devant elle pour ressortir un vieux dossier. Le seul qui ne quittait jamais son bureau. Son cœur se serra devant la photo d’une jeune femme.

Tu étais extraordinaire. J’espère que tu le savais.

Ces yeux qu’elle avait tant admiré, ces cheveux qu’elle avait rêvé. Et son sourire. Autant de poignards qu’une main cruelle retournait dans sa poitrine.

Alors qu’elle lisait les phrases qu’elle connaissait par cœur, Kate jouait machinalement avec une petite plaque de métal pendue au bout d’une chaîne.

 

Harper

Farah

07483-82991

 

« Alors que les tirs avaient cessé, la Directrice Stewart affrontait un membre d’un groupe armé encore non identifié. Les lieutenants Bishop et Harper sont intervenus et ont neutralisé l’assaillant. Une tierce personne, identifiée comme de la race silurienne a ouvert le feu sur le lieutenant Harper, désarmée. Le forcené a tiré à cinq reprises dont trois – »

Si sa haine des reptiles ne datait pas d’hier, ce jour maudit l’avait largement aggravée. Elle l’avait à peine vu. Tapi dans l’ombre, il avait surgit et s’était fait descendre presque aussitôt.

Pas assez vite.

Depuis ce jour, une méfiance viscérale envers eux s’était installée en elle. Ce n’était pas une espèce qu’elle pouvait compter parmi ses alliés sans se poser de questions. Comme partout, il en existait des bons et de très mauvais.

Un coup à la porte l’arrêta dans sa réflexion. Ce n’est qu’à cet instant qu’elle réalisa que des larmes avaient coulé.

« Une seconde. Entrez, » déclara-t-elle finalement en plissant son tailleur.

Osgood. Génial.

« Madame, je tenais à vous informer que nous sommes prêts. »

Ce fut tout ce qu’elle dit avant de se retirer, ne laissant pas l’occasion à Kate de réagir. Celle-ci enfouit la plaque dans sa poche et quitta le bureau.

Tu pleureras quand le monde sera sauvé.

 

3

 

Lorsque Osgood était entrée dans le bureau de Kate, elle avait prit sur elle d’y passer le moins de temps possible. Ces deux derniers jours avaient été une torture. Kate ne lui avait pas adressé la parole une seule fois.

Elle était allée trop loin, elle le savait et s’en voulait. Elle-même ne comprenait pas ce qui lui était passé par la tête. Personne n’aimerait que quelqu’un vienne fouiller dans son passé, Osgood la première.

Alors pourquoi ? Le besoin de comprendre, certes, mais pourquoi ce besoin ? Elle y avait longuement songé et la réponse s’était finalement imposée à elle pendant la nuit. La jalousie. Osgood avait été jalouse de cette Farah. Une femme dont elle ignorait l’existence mais qui avait manifestement beaucoup compté.

Tu ne vas pas bien. Tu es jalouse d’une morte. Pourquoi Kate t’en aurait-elle parlé ?

Elles devaient être très proches pour que sa disparition la marque ainsi. Était-ce cette proximité qui l’avait rendue jalouse ou le fait que, malgré ce que Osgood pensait, Kate et elle n’étaient pas suffisamment proches pour qu’elle lui en parle ?

Elle ne s’était pas senti la force de la regarder et son départ du bureau fut aussi furtif que son entrée. Et la voilà, l’attendant dans le laboratoire, priant pour qu’elle n’arrive jamais. Kate finit cependant par entrer sans un mot, enfila sa blouse et s’installa à son microscope.

Après avoir vu Kate dans une telle fureur, elle ne s’était pas préparée à la voir aussi calme.

« Prête ? demanda Kate simplement, les yeux déjà rivés sur l’échantillon ADN.

– Oui Madame.

– Espérons que cette fois soit la bonne. »

Les nanobots en place dans la cellule, Kate entreprit de les placer dans la séquence ADN. Elles observèrent le gène gRNA guider la protéine Cas9 jusqu’à sa cible.

Une fois détruit, l’ADN se reconstruirait selon le modèle de réparation. C’était le moment le plus risqué. Jusqu’à présent, même avec les nanobots, l’ADN finissait détruit à cause de la guerre microscopique déclenchée. Mais Osgood était confiante, tous les résultats précédents étaient plus que satisfaisants et selon ses derniers calculs, la formule actuelle était la bonne. L’équilibre parfait qui empêcherait la cellule de s’autodétruire.

Tandis qu’elles attendaient, Osgood réfléchissait à ce qu’elle devait dire. Et si elle devait dire quelque chose. Kate était toujours en colère, à juste titre, et peut-être qu’en parler ne ferait qu’aggraver les choses. Mais Osgood ne supportait pas cette tension permanente.

« Je vous demande pardon, lâcha-t-elle d’une petite voix. Vous aviez raison. Sur le moment, je n’ai pas pensé au mal que je pouvais faire. Mais je n’ai jamais voulu vous blesser. Je le jure. »

Kate ne disait rien, observant simplement les petits nanobots travailler.

« Je – Je suis désolée.

– Vous l’avez déjà dit.

– Parce que c’est la seule chose à dire ! »

Kate ne releva pas l’explosion. Laisser la gêne consumer Osgood était une punition bien suffisante.

« Je… Je n’ai pas d’excuse. J’ai juste été égoïste et… et probablement jalouse. Je sais, c’est ridicule mais… Je voulais comprendre pourquoi vous ne m’aviez jamais parlé d’elle. J’ai cru… que vous ne me faisiez plus confiance. A cause de … Bref, je m’en suis voulu aussitôt que j’ai su. Je n’avais pas… à faire ça.

– En effet. » 

Elle ne va pas m’aider. Je ne peux pas lui en vouloir.

« Je…

– Dites encore une fois que vous êtes désolée et vous êtes virée. »

Au bout d’un temps qu’elle jugea assez long, elle enchaîna :

« Vous êtes assez grande pour prendre vos propres décisions, vous cherchiez quelque chose et vous l’avez trouvé. Maintenant vivez avec.

– Je sais…

– Je me contrefous des raisons qui vont ont poussé à le faire. Le fait est que plutôt que de venir m’en parler, vous avez préféré agir dans mon dos. Alors ne vous avisez pas de me parler de confiance. »

Osgood ravala sa salive tout en se retenant de pleurer. Jamais Kate n’avait été aussi en colère contre elle et elle n’était pas sûre de pouvoir cacher la profondeur de son trouble bien longtemps.

« Farah Harper était un soldat avec qui je travaillais quand j’ai reprit UNIT. Et puisque c’est la seule chose qui semble vous intéressez, oui, nous étions proches. Elle est morte il y a six ans au cours d’une mission de routine qui a mal tourné. Il n’y a rien de plus à en dire.

– Je suis désolée… Oh ! Désolée ! Je veux dire… Je me tais », promit-elle en regardant le sol. Elle vit néanmoins Kate se rapprocher. A la place de sa chaleur habituelle, Osgood ne sentit qu’un froid amer.

« Refaites ça encore une fois et vous aurez une bonne raison de retenir vos larmes. » Elle retrouva aussitôt sa stature de directrice, comme si la menace qu’elle avait proféré n’avait jamais existé. « Faites-moi un point toutes les heures. »

 

4

 

Lorsque Sam, porteur de nouvelles pour sa cheffe, passa devant le laboratoire, il capta d’étranges sons étouffés. Intrigué, le soldat passa la porte et tomba sur Osgood, affairée près des microscopes, les yeux rouges et le nez coulant.

« Osgood ? Vous pleurez ? »

L’intéressée s’empressa de se cacher le visage et d’essuyer ses joues.

« Osgood ? répéta-t-il plus doucement en s’approchant. Qu’est-ce qui vous arrive ?

– Rien. Tout va bien. C’est gentil de vous inquiétez mais je vais bien. Vraiment.

Qu’est-ce que ça doit être quand vous allez mal alors. Qu’est-ce qu’il y a ? »

Osgood hésita. Elle pourrait lui parler, ils étaient amis. Et un ami était exactement ce dont elle avait besoin à cet instant. Mais elle préféra taire ses pensées. Elle ne méritait pas qu’on s’inquiète pour elle.

« Vraiment, ce n’est rien. 

– Mmhh… Vous savez que vous n’êtes pas obligée de me dire quoi que ce soit. Mais c’est la deuxième fois en deux jours que je vous surprend à pleurer dans votre coin. Je suis votre ami, je veux vous aider.

– Je ne mérite pas que vous soyez mon ami.

– Pourquoi vous dites ça ?

– Parce que je ne suis pas une bonne amie. Je n’arrête pas de... » Tandis que son cœur s’accélérait, Osgood prit une longue inspiration avant de reprendre. « Je sais qui est Farah. Et je sais ce qu’il lui est arrivé ».

Craignant une réaction similaire à celle de Kate, Osgood ferma les yeux. Au lieu de la colère qu’elle attendait, elle n’entendit qu’un faible soupire. Lorsqu’elle les rouvrit, le visage peiné de Sam la brisa.

« Je sais que ça ne me regardait pas. Je… Je suis désolée.

– Vous lui en avez parlé ? »

Le silence qu’il reçut était suffisant.

« Comment elle a réagi ?

– Elle était folle de rage. Je ne l’avais jamais vue comme ça. J’ai cru qu’elle…

Eh bien, ce n’était certainement pas la chose la plus maligne que vous puissiez faire. Mais c’est Kate, vous savez comment elle est. Elle s’emporte facilement mais, quand la colère sera retombée, ça s’arrangera.

– J’en doute. Ses yeux… Ils me haïssaient.

– Elle ne vous hait pas. Elle est juste… blessée. Farah… C’est un sujet sensible.

– J’avais remarqué.

– Vous auriez dû lui parler.

– J’ai essayé ! Vous avez refusé.

– Ce n’était pas à moi de le faire.

– Mais vous la connaissiez ?

– Je – Oui.

– C’était votre amie ?

– Osgood –

– C’était votre amie oui ou non ? »

Osgood avait l’impression de le torturer mais c’était plus fort qu’elle. Elle devait savoir.

« Oui.

– Alors pourquoi refuser d’en parler ? Que vous souffriez encore de sa disparition, je peux le comprendre mais –

– Vous ne savez pas tout.

Vous ne pouvez pas me reprocher de ne pas savoir et ensuite m’en vouloir de chercher à comprendre.

– … Non. Non, vous avez raison. » Il s’adossa au mur, pensif. Osgood devina que les souvenirs lui revenaient quand un sourire pointa sur ses lèvres. « C’était mon amie, oui. Ma meilleure amie. On a tout fait ensemble. Les pires comme les meilleurs moments de ma vie, c’est avec elle que je les ai vécus. On n’était pas dans la même division, mais elle était lieutenant, comme moi. Fatiguée d’obéir à des ordres stupides à longueur de journée, comme moi. Alors quand Kate a débarqué avec son envie de tout changer, on n’a pas hésité. Ça a direct matché entre nous. 

– Comment était-elle ? »

Elle vit Sam réfléchir soigneusement à la question, chercher l’adjectif qui lui faisait dire : ça c’était Farah.

« Drôle. Elle était tellement drôle ! Sérieusement, tout était prétexte à rire avec elle. Ça rendait le quotidien plus facile. » Il balaya la nostalgie avant qu’elle ne l’empêche de poursuivre. « Par contre, si vous l’énerviez, là c’était autre chose. Si vous trouviez que Kate a du répondant, Farah, c’était encore un autre niveau.

– Maintenant vous me faites peur.

Jamais violente, jamais un mot plus haut que l’autre, mais quand elle avait un truc à vous dire, pfiouu… Disons que ceux qui y sont passés s’en rappellent encore.

– Eh bien, sacrée ambiance, plaisanta Osgood.

C’est drôle parce que je n’ai jamais vu quelqu’un se battre comme elle. Elle avait une sorte… de don. Mais elle détestait ça. Elle disait que c’était un art que l’Homme avait perverti.

– Malheureusement, c’est une remarque que l’on peut appliquer à beaucoup de choses.

Assez ironique quand on y pense, pour une militaire.

– Tous les militaires ne sont pas des brutes, rappela la jeune femme en souriant.

C’est vrai. Mais y en n’avait pas deux comme elle. Elle avait suivi un entraînement particulier, au Japon. Elle voulait m’y emmener, pour rencontrer celui qui l’avait formée. » Cette fois, il ne parvint pas à éloigner le voile qui assombrissait son regard.

« Je suis désolée. »

Il se redressa en souriant, signe que la conversation était terminée.

« J’ai des infos sur notre mystérieuse île, je ferais mieux de les lui apporter avant qu’elle ne torde le cou du Premier Ministre.

– Ça serait vraiment une si mauvaise chose ?

– Osgood, vile femme que vous êtes. »

Elle rit de bon cœur en le regardant partir.

« Sam ? Merci.

Aucun soucis. Et… Vous en faites pas pour Kate. Ça finira par s’arranger ».

 

5

 

Trois coups à la porte sortirent Kate de sa contemplation. Vingt minutes que le Premier Ministre lui expliquait les tenants et aboutissants du fiasco de l’Adélaïde et les répercussions que cela aurait sur UNIT et l’État. Sans parler des États-Unis…

Si vous m’aviez écoutée, nous n’en serions pas là, s’était-elle retenue de lui balancer.

Aussi s’était-elle à la place concentrée sur sa plante de bureau. Un petit cactus vieux de deux ans.

La seule chose qui tient encore la route dans toute cette foutue organisation.

Il lui fallait au moins puiser dans la force du petit végétal pour ne pas raccrocher au nez du politique.

Lorsque Sam entra, elle le gratifia d’un sourire pincé, signe flagrant de son exaspération. Le militaire retint son amusement et patienta.

« Non, nous n’avons toujours aucune information concernant les mercenaires. Mais il y a fort à parier qu’ils aient été employés par la même personne.

– Baker ?

– Non. Ce n’était qu’un pion, comme les autres.

– Quelque chose sur notre américain ? Ou la Chine ? Vous avez des nouvelles de cette Librairie ?

– Carter a rendu une petite visite au gérant. Il se souvient effectivement avoir vu un homme d’origine chinoise correspondant à notre ministre.

– On sait ce qu’il y faisait ?

– Le libraire était seulement capable de dire que le ministre s’arrêtait, une fois par mois, et qu’il restait environ une heure toujours à la même table et qu’il repartait.

– Il se contentait d’attendre ?

– Sans bouger.

– Sans même prendre un livre ? Je pensais qu’ils utiliseraient un code ou quelque chose.

– C’était peut-être toujours le cas seulement quoi que le code soit, il ne se trouve pas dans la librairie.

– Et votre homme n’a rien trouvé d’autre ?

– Il n’est resté que deux jours sur place. Je ne pouvais pas me permettre de le laisser là-bas plus longtemps. De toute façon, je doute qu’on en apprenne davantage par ce biais.

– Vous en avez un autre que j’ignore ? »

Kate devait être vigilante à ce qu’elle disait. Price n’était pas encore rayé de la liste des potentielles taupes.

C’est l’heure de jeter une bouteille à la mer.

« Je pense que nous sommes surveillés.

– Comment ça ?

– Je suis maintenant certaine que quelqu’un s’est introduit dans nos dossiers et a prit pour cible Stevens, en congé au moment de la prise d’otages. »

Price semblait sceptique à l’autre bout du fil.

« C’est un peu léger pour porter une telle accusation.

– Je n’ai pas terminé. Personne en dehors de UNIT ne savait que nous avions commencé les tests pour trouver un antidote. Baker a bien trouvé son information quelque part.

– D’ailleurs, où en êtes-vous de ces recherches ? 

– Nous avons réussi à reproduire l’expérience que Baker a détruit. Malheureusement, nous avons également obtenu le même résultat », mentit-elle.

Tant qu’elle n’était pas sûre de pouvoir lui faire confiance, les nanobots lui resteraient inconnus.

« Tachez de trouver quelque chose Kate, si ce virus se répand dans nos rues, je ne donne pas cher de notre pays.

– J’y travaille Monsieur.

– Vous aviez autre chose ?

– L’attaque de l’Adélaïde. Là encore, personne ne savait qu’on rentrait. Quelqu’un a forcément prévenu les terroristes. Mais vous le saviez déjà.

Hameçon lancé.

« Je vous demande pardon ?

Vous avez demandé les dossiers à Osgood quelques temps avant que le bateau ne se fasse attaquer. Pourquoi si ce n’était pas pour empêcher un traître de mettre la main dessus ?

Un silence. Kate tapait nerveusement son crayon sur son bureau en attendant la réponse du Premier Ministre.

« C’était davantage de la prudence que des soupçons. Après le coup de téléphone, je me suis dit qu’il avait de grandes chances pour que ces terroristes aient mis en place une sorte de police d’assurance. Un système ou, maintenant que vous le dites, une personne pour surveiller leurs arrières. Je ne pouvais pas prendre le risque, aussi infime soit-il que cette personne n’apprenne ce que nous avions trouvé.

– Et l’attaque ? Vous saviez ?

– Non. Je vous assure Kate. Si j’avais eu le moindre doute, jamais je n’aurais ordonné ce rapatriement. Je sais que j’aurais dû vous écouter.

– C’est un peu tard, vous ne trouvez pas ? »

Toutes ces morts auraient pu être évitées s’il n’avait pas privilégié leur main mise sur les dinosaures au détriment de leur sécurité à tous.

« Je sais. S’il y a bien une taupe, vous pouvez compter sur mon soutien pour la déterrer.

– Je pense que c’est quelqu’un de proche, poursuivit Kate. Quelqu’un qui avait accès à nos informations, quelqu’un dont la présence ne risquait pas d’attirer l’attention.

– Vous avez déjà des idées ?

– Aucune qui me plaise.

– Apprendre que l’on a été trahi fait rarement plaisir. »

Je suis au courant.

« Les seules personnes qui savaient pour le rapatriement étaient le lieutenant Bishop, le capitaine Carter… le docteure Osgood, le docteur Young et moi. Et les hommes de Castillo mais je les ai déjà écartés. Aucun d’eux n’a eu à faire à UNIT auparavant.

– Ça réduit déjà le champ des possibles. Qui a eu l’idée d’aller au Chili ? »

Kate nota le changement dans le comportement du Premier Ministre. Il venait de reprendre le contrôle de la conversation.

« Moi.

Et bien, dois-je me méfier de vous ?

– Si c’était le cas, je doute que je vous le dirais.

– Ou peut-être le feriez-vous en partant du principe que je ne vous croirais pas.

– C’est tordu.

– C’est de la manipulation. Vous devez vous méfiez de tout le monde. Qui a fait le lien entre le convoi et les baleines ? »

Amaya.

« Le Docteure Young. C’est elle qui a localisé les transporteurs. C’est aussi elle qui a confirmé l’hypothèse d’une infrastructure.

Pensez-vous qu’elle puisse être votre espionne ?

– Sincèrement ? Non. Mais je suppose que c’est ce qu’on attend d’un espion, non ?

– De tout le monde, Kate. »

Elle releva les yeux vers Sam qui la regardait sans comprendre. Le jour où lui la trahirait, tout espoir en l’humanité serait perdu. En attendant, il restait une chance qu’ils se trompent depuis le début.

« Qu’est-ce que vous proposer de faire d’elle ?

– L’arrêter.

– Si vous faites ça, on n’aura plus aucun moyen de remonter à ses employeurs.

– Votre idée ?

– La surveiller. Leur labo a été détruit, ils savent qu’après l’Adélaïde, nous sommes en crise. Ils voudront connaître notre prochaine action.

– Vous pensez qu’ils vont la contacter ?

– J’en suis persuadée. »

Encore ce silence.

« Vous êtes intelligente Kate. Je vous fais confiance. Laissez-la, mais surveillez-la de près. Je veux tout savoir.

– Comptez sur moi Monsieur ».

Lorsqu’elle raccrocha, Sam la questionna du regard.

« La bouteille est lancée. Il ne reste plus qu’à voir qui va la ramasser. Tout est prêt ?

– Affirmatif. Qu’est-ce que vous ferez si… si quelqu’un ramasse la bouteille ? »

Kate inspira longuement.

« Mon travail. Vous aviez quelque chose pour moi ?

– … Oui. J’ai du nouveau sur l’île. Celle dont s’est inspiré Hergé existe bel et bien. Perdue au Nord de l'Ecosse. A part les adeptes de navigation, personne n’y va. Les courants marins sont impraticables pour les novices.

– Ça sonne familier.

– Oui. On dirait bien que nos amis se donnent beaucoup de mal pour qu’on ne les retrouve pas. Mais, un ancien collègue à moi qui bosse maintenant comme garde-côte là-bas m’a parlé d’un bateau qui a fait la navette régulièrement avec toute sorte de matériel scientifique, soit disant pour observer les fonds marins.

– Régulier comment ?

– Trois fois sur l’année. Mais c’est pas le meilleur. Quand je lui ai demandé de remonter plus loin, il a découvert que ce p’tit manège datait de plusieurs années. Je vous parle de sept années de voyage.

– Sept ans ! Je ne sais pas ce qu’il y a dans ses fonds marins mais ça doit valoir le coup.

– Le truc c’est qu’avec une période aussi large et des voyages aussi étalés, personne ne risquait de soupçonner quoi que ce soit.

Et en dehors de ces voyages, vous avez trouvé quelque chose qui nous permettrait d’être sûrs qu’il s’agit bien de notre labo ?

– Mon copain m’a dit qu’il y avait un dessin de dinosaure sur la coque du bateau.

– Sans blague ?

– Pas si discrets finalement.

– Ou très prétentieux. Ces types se foutent de nous, c’est exaspérant. Quelque chose sur ceux qui étaient dans ces bateaux ?

– Entre trois et cinq personnes à chaque transport. Pas d’infos sur leur nombre au retour.

– Vu leur fonctionnement à R’lyeh, on peut penser qu’on les déposait là-bas pour y vivre. Ils s’y sont installés progressivement, sans que personne ne les remarque.

– Vous imaginez, sept ans ? Le nombre de personnes qui doit s’y trouver !

– Ça fait surtout sept ans d’expérimentations qu’ils ont de plus que nous.

– Bon bah cette fois, on n’a plus le choix. Et pour notre… bouteille ?

– Pour l’instant on dit rien. On laisse le temps à notre taupe de se manifester.

– On part quand même ? Je sais que la situation n’est pas idéale mais vous l’avez dit, on a déjà sept ans de retard, on ne peut pas se permettre d’attendre.

– Si tout se passe bien, ça ne devrait pas être long. Tenez-moi au courant s’il se passe quelque chose.

– A vos ordres. »

Il n’avait plus rien à faire là et pourtant, Sam ne bougeait pas.

« Il y avait autre chose ?

C’est juste… J’aime pas l’ambiance qui règne. Douter de tout le monde, ce n’est pas comme ça que je vois mon métier.

– Dure leçon de vie, répondit-elle mécaniquement les yeux rivés sur un dossier. Mais plus vite vous le comprenez, moins vous souffrez. 

C’est une bien triste façon de voir les choses.

– Réaliste. Les humains se trahissent depuis la nuit des temps, pourquoi arrêteraient-ils maintenant ?

Ce n’est pas vrai pour tout le monde, vous le savez.

Il suffit d’une personne. Regardez, une personne a parlé et tout un équipage est mort. Sans parler de cette espèce qui s’est faite annihilée. Tout ça parce qu’une seule personne n’a pensé qu’à son –

Kate, la coupa-t-il, regardez-moi, s’il vous plaît. »

Il sait.

« A moins que vous ne me fassiez plus confiance non plus ? Plus assez pour me regarder en face. »

Ce fut plus fort qu’elle. Ses iris tombèrent durement sur celles du militaire. Il la connaissait trop pour croire au masque qu’elle portait.

« Je sais qu’elle n’aurait jamais dû faire ce qu’elle a fait. »

Les mains de Kate devinrent des poings mais elle resta silencieuse. « Je ne l’excuse pas, mais je crois que vous êtes injuste avec elle. Farah était ma meilleure amie. »

Stop. Je ne peux pas. Pas maintenant.

« Vous vous rendez compte qu’on n’a pas parlé d’elle une seule fois en six ans ? »

Son regard accusateur était trop dur à soutenir. Elle abandonna et fixa de nouveau son dossier sans le lire.

« Pas une fois jusqu’à aujourd’hui et ça m’a fait du bien. Elle n’est pas un secret qu’on doit cacher. Ou un mauvais souvenir qu’on doit oublier. C’était une personne. Et si Osgood a envie de la connaître, ne comptez pas sur moi pour l’en empêcher. »

Kate serrait et desserrait ses poings pour contenir l’agitation qui grandissait. Sam avait raison, elle le savait. Mais le fait qu’il soit prêt ne signifiait pas qu’elle l’était.

« Je sais que vous êtes blessée et j’en suis désolé. Mais vous êtes mes amies et je refuse de vous voir vous déchirer à cause de quelqu’un qui l’était aussi. Farah ne l’aurait pas voulu non plus et vous le savez. Et si vous voulez vraiment quelqu’un à blâmer, enchaîna-t-il, frustré de toute la situation, j’ai refusé de parler de Farah lorsqu’elle me l’a demandé, par égard pour vous. Et parce que j’ai été lâche.

Ce n’est pas vous le lâche dans cette histoire », dit-t-elle finalement d’une voix faible, sans le regarder.

Le soldat se rapprocha et se pencha sur son bureau, le regard en feu.

« Vous n’êtes pas la seule à avoir des choses à se reprocher. » Un éclair de tristesse passa dans les yeux de Kate lorsqu’elle les posa sur lui. « Sauf qu’elle, elle n’a rien à voir là-dedans. Et votre colère envers vous-même ne vous donne pas le droit de vous venger sur elle ».

Épuisé, essoufflé et surpris de sa propre colère dont il ignorait tout, Sam se redressa et rétablit une distance entre eux. Il était temps de partir.

« Elle me manque. Elle me manque tellement Sam, confessa-t-elle enfin. Sam savait que cela lui coûtait. Parler d’un sentiment le rendait réel. Si réel qu’elle n’y résista pas et les larmes lui montèrent violemment. « Toute cette histoire, articula-t-elle, c’est comme si – »

Sa phrase mourut dans l’étreinte rassurante et chaleureuse de Sam.

« Je sais. »

 

 

 

 

 

Notes:

Musique du chapitre :The night we met -Lord Huron

Six ans de deuil ! Il y a de quoi être en colère ! D'autant plus quand on perd quelqu'un de façon si tragique...
J'ai opté pour une Kate froide parce qu'il me semble que cela lui correspond. Après s'être laissée emportée sous le coup de l'émotion, il était temps qu'elle se reprenne. C'est la boss après tout. Seul Sam parvient encore à lui tirer la vérité.

Ce câlin... Je peux mourir. J'ai le cœur brisé pour Osgood. Elle va devoir ramer pour se rattraper, si c'est encore possible...

Sinon, l'enquête avance toujours. Une taupe a infiltré UNIT. Les soupçons semblent se diriger vers Amaya. On ne peut faire confiance à personne. Bref, tout va pour le mieux à UNIT City.

Prendre le large est-il vraiment une bonne idée dans des temps aussi incertains ? Si vous vous pensez dans le flou, songez à nos pauvres protagonistes qui sont encore plus perdus que vous.