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Qui est-tu ?

Chapter 7: Essuyez vous les pieds avant d’entrer.

Notes:

Ah bah enfin, le chapitre a mis... longtemps à sortir, mais le voila ! De toute façon, je n'ai jamais eu de programme de sortie, j'écris quand j'en ai envie.
Enfin bref, profitez du chapitre j'ai eu beaucoup de mal à l'écrire mais il me semble ok.
Lachez vos Kudos et si vous voyez des erreurs (il y en aura) prévenez-moi !

Chapter Text

Point de vue de Nocten :

Les corbenin étaient en fleurs lorsque Rin vint m’annoncer la nouvelle, à la fois étonnante et inquiétante mais positive pour ma mission. Shinela souhaitait me voir et elle me donnait rendez-vous dans la cour. Bien que rencontrer les différentes concubines n’est pas rare en soi, ce genre de rencontre a généralement lieu dans des salons exprès. Des « salles de recrutement » comme certaines les appellent. Ma vieille supérieure me débarrassa de toutes mes tâches, m’indiquant d’aller me préparer pour la rencontre. En tant que bonne obéissante, j’allais immédiatement me laver rapidement avant de revêtir une tenue propre.

En arrivant dans l’immense cours, il me fallut quelques directions des jardiniers pour trouver le bon endroit, les remerciant comme il se doit alors qu’ils recommençaient à balayer les pétales, je pus rejoindre l’étrange concubine tout à l’est du palais. Elle se trouvait dans un genre de petit bosquet de corbenin, entièrement blanc et rose en cette saison. Non loin de là, je pouvais entendre le terrain d’entraînement des gardes, le bruit des armes en bois s’entrechoquant et les cris des instructeurs. Peut-être le choix de cet endroit était un hasard, mais aussi loin du palais, aucune servante ni aucun membre du personnel n’entendrait quoi que ce soit, et les gardes concentrés dans leurs entraînements ne verront rien non plus.

Alors que je prenais en compte notre environnement, la femme me fit signe d’approcher, m’obligeant donc, j’approchai en offrant une révérence digne de ce nom, gardant la tête basse. La concubine laissa échapper un gloussement sonnant faux, me rappelant toujours plus mon véritable patron.

« Ce genre de courbette est inutile, assieds-toi donc Kinya. »

Son ton sérieux, alors qu’elle indiquait un banc en face d’elle, ne fit que renforcer mon sentiment d’étrangeté de la scène. Il était difficile de savoir ce qu’elle voulait, mais dans une telle situation je ne pouvais qu’obéir. Prenant donc la direction du petit banc en pierre, je poussais les pétales de celui-ci pour me faire une place, m’asseyant en face de Shinela. Celle-ci portait une robe bleue presque grise relativement légère mais couvrante, ni ses chevilles ni ses poignets n’était visible et le corset était assez inhabituel, semblant contracter la poitrine de la concubine au lieu de la mettre en valeur. L’étrange femme me sortis rapidement de mes observations avec une question des plus déroutante.

« Qui donc t’a envoyé espionner au palais ? »

Elle ne laissait pas la place au doute sur son attention ni ne laissait la possibilité d’utiliser l’ambiguïté de ses mots, il n’y avait rien de plus direct, une agressivité qui me laissa sans réponse.

« Tu n’es pas une servante, alors une espionne ? une mercenaire ? »

Je devais reprendre le contrôle de mes émotions, de moi-même, la laisser mener la discussion causerait ma perte.

« Excusez-moi, madame, mais je ne suis pas certaine de bien comprendre, je suis venue travailler ici sous la recommandation de… »

Elle ne me laissant pas finir ma phrase, levant la paume vers moi en secouant la tête. Sans ses gants, je pouvais voir les traces d’un travail acharné, une rugosité atypique pour une femme de cour.

« Le duc est connu de sa majesté pour devoir de l’argent à des gens peu recommandables, il n’est pas rare qu’il offre des recommandations pour repayer ses dettes. »

J'écarquillais les yeux à la suite de sa déclaration, normalement Vaelorn est soigneux lorsqu’il prépare des identités, alors comment ?

« Mais à vrai dire, ce n’était pas une raison en soi, alors je me suis servi de ce goûter la semaine dernière pour vérifier. »

Son expression faciale s’accordait de mieux en mieux à ses dires. C’était un piège, cette femme tout sauf ordinaire se sert de son statut comme couverture, elle devait sûrement appartenir au service de contre-espionnage du royaume. Je manquais de mots, scrutant les alentours pour une sortie, une échappatoire, un moyen de survivre.

« Inutile de t’inquiéter, ta vie n’est pas en danger du moment que tu réponds honnêtement à ma question. »

Des belles paroles se voulant rassurantes, donner les réponses qu’elle veut puis fuir ne ferait que prolonger ma vie de quelques jours jusqu’à ce que tout cela arrive aux oreilles de Vaelorn.

« Nous sommes faites du même bois, ou en tout cas, quelque chose de similaire… Ce n’est pas un simple espionnage d’un autre pays ni d’une grande famille… Tu es formée pour bien des choses et pas que l’espionnage n’est-ce pas ? »

Instinctivement, je portais ma main sous le jupon de service, sur mon mollet où j’avais pu cacher une arme, scrutant le visage souriant de la concubine, pas une trace de colère, ni de peur, ni rien. Un vide terrifiant. Elle semble être à peine plus jeune que Vaelorn, peut-être ont-ils appris ça ensemble ? Ou d’un même professeur ?

« Qui est ton maître ? Ou ton professeur, peu importe ? »

J’ouvrais et fermais la bouche sans pouvoir répondre, mon cœur battait à toute allure et mon champ de vision se rétrécissait, je devais fuir au plus vite. C’est alors que j’allais me lever que la concubine montra enfin un signe, son langage corporel dévoilant une fine corde d’information ; elle posait sa main sur son épaule gauche, le regard ailleurs. Je déglutissais, me rappelant une histoire, celle que Syrelan raconte parfois… Hésitante, je prononçais un seul et unique nom, fixant les yeux de mon interlocutrice.

« Li-… Liaren ? »

Instantanément, toute la façade qu’elle avait pu monter s’effondra, la peur la saisissant tout entière, la confiance d’avant remplacée par la méfiance, sa main droite plongeant dans sa manche gauche, cherchant sûrement une arme. Elle ne me regardait plus comme une source d’information, mais comme une menace.

« Il m’a donc trouvée, après toutes ces années… »

Je ne pouvais pas savoir s’il s’attendait à un résultat pareil en m’envoyant ici, mais si l’intuitivité magique est héréditaire alors il devait avoir une suspicion. Liaren se leva, soupirant lourdement, sa main sortant de sa manche sans arme, venant simplement retirer les pétales logés dans sa robe. Elle fit un pas vers moi et d’instinct je me mis debout, bondissant derrière le banc pour avoir un semblant de sécurité entre elle et moi.

« Je suis désolée que tu aies à subir ça, nous n’avions pas le courage de le tuer à l’époque. J’ai trouvé un semblant de sécurité ici, tout ce que j’avais à faire, c’était fournir un enfant au roi. »

Elle levait une main devant elle, attrapant un pétale qui tourbillonnait vers le bas, l’observant longuement, une expression mélancolique.

« Je ne vous ai pas oublié, vous devez tenir bon encore un peu, nous nettoyons son influence dans le pays avant de l’attaquer. Et… »

Elle semblait hésiter, serrant son poing autour du pétale.

« Ne lui dit pas que mon fils se trouve quelque part sur le marché noir, il tentera surement de mettre la main dessus. »

Elle offrait un dernier sourire fébrile avant de partir, disparaissant vers le palais. Je ne savais que penser de cet échange, tellement d’informations, tellement de choses qui se recoupent envers cette femme, mais ça n’a pas de sens. Vaelorn n’a pas l’air de dépasser la trentaine, si Syrelan dit vrai, alors il doit avoir 40 ans maximum. Me claquant les joues, je regardais autour de moi, personne en vue. Défaisant cette tenue de servante traditionnelle, j’optais pour mettre la très fine cape que je cachais sous ma jupe, la retirant de son étui pour la mettre au-dessus du peu de vêtements que je portais.

Activant mon pouvoir, je fis en sorte de distordre légèrement l’espace autour de moi afin de me rendre moins visible. Je sortis ensuite du bosquet en fleurs vers le mur le plus proche. J’étais bien trop près des quartiers des gardes, mais je n’avais pas le choix. Je sautai par-dessus le mur puis sur le toit d’un des quartiers de vie des gardes, courant de toutes mes forces vers la ville, puis vers la sortie, attrapant un cheval pour fuir loin de ce royaume et retourner à l’antre de Vaelorn.

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Point de vue de Corven :

La fatigue ne part pas et c’est impossible de dormir. Depuis l’autre jour, je me réveille toutes les nuits à cause de cauchemars, les autres ont beau me dire que ça va partir, qu’au bout d’un moment, les nuits seront plus simples, rien n’y fait. Je me lève fatigué le matin, nous prenons un petit déjeuner, entraînement, déjeuner, entraînement, dîner, on va dormir, cauchemar et rebelote. J’ai essayé l’alcool, me faire assommer et même un genre de soupe d’herbe horrible d’Aerwyn mais rien ne fonctionne.

Et c’est ainsi qu’en plein milieu d’un entraînement, mes pieds refusent de travailler avec moi et que je me retrouve avec un nez cassé et une poche de froid sur le front. Je vois bien que Vaelorn est agacé, mais il ne dit rien, restant plutôt avec Elysten et Falcrest pour leur entraînement. L’éveil serait demain normalement, alors par tradition nous irons au village cet après-midi avec Vaelorn et Syrelan. Je serai aussi de la partie parce que, pour citer mon frère, j’ai une tête affreuse.

Après un déjeuner tranquille et des préparations basiques, nous sommes sortis de la base. Des vêtements paysans sur le dos, une bourse pleine et une curiosité dévorante. En voyant l’extérieur, Falcrest et Elysten étaient aux anges, le soleil légèrement frais de cette saison faisait plaisir à voir. En plus de ça, les arbres étaient en fleurs, les pétales tombant au sol dans un spectacle simple mais magnifique. Il n’y avait absolument aucune trace du massacre que nous avions fait, comme si l’endroit n’était pas le même. Malgré la fatigue et le mauvais souvenir, je ne pouvais m’empêcher d’apprécier la beauté de l’endroit, profitant de la saison des fleurs. Je n’avais pas été si calme depuis longtemps.

Il nous fallut une bonne demi-heure de marche et de crapahutage pour atteindre le village, pas si petit, il contenait un marché assez animé, plusieurs auberges et étables. L’apparence des gens et des voyageurs indiquant cet endroit comme un lieu de passage, difficile de connaître le pays exact en l’état. Alors que Vaelorn s’arrêta devant une étable pour parler avec le gérant, Syrelan nous conduisit sur le marché. Celui-ci était assez grand et la marchandise qui y était vendue semblait venir d’un peu partout, de l’alimentaire comme de l’utilitaire mais aussi des bibelots en tout genre. Tout en faisant le tour des étalages, Syrelan nous expliquait son fonctionnement et l’histoire de ce village.

« Le village fut construit uniquement pour des échanges commerciaux, nous sommes assez proche de la mer, et sur les routes commerciales de plusieurs royaumes. Cet endroit est au nord de Virelan. A l’est nous avons le saint royaume et Orzathea, au nord-est il y a les monts illusoires, au nord c’est Thoryen et enfin la mer est à l’ouest. Le reste des pays est plus loin mais nous avons parfois des marchandises de Lirenthia-Est ou Altavern. »

L’aînée conclut ainsi son exposé, elle donna à chacun quelques pièces, nous laissant en autonomie sur le marché alors qu’elle prenait la direction d’une étale de farine. Après un peu de concertation, nous prirent la direction du nord du marché, faisant le tour de A à Z pour choisir ensemble. Bien sûr, la découverte culinaire fut importante, des aliments moins raffinés qu’au palais tout en étant exotiques pour nous. Des brochettes de lézard grillé façon Dravar, une confiture de baie de la forêt d’Altavern, et alors que nous allions acheter des biscuits bénis du saint royaume, Vaelorn arriva en courant pour nous interrompre, agrippant le poignet d’Elysten alors qu’elle allait donner l’argent au marchand.

« Ne vous faites pas avoir par ces biscuits, c’est un attrape-touriste ! »

Nous le fixèrent tous trois l’air ébahis, alors qu’il lâchait enfin le poignet de ma sœur pour débattre avec le marchand, celui-ci franchement mécontent que la transaction n’ait pas eu lieu. Prenant ensuite la décision la plus logique, nous prime la fuite vers des étals plus loin. Un coin avec des bijoux, nos regards fixés sur les pierres précieuses alors que nous faisions en sorte de ne pas rire de la situation.

Au bout d’un long moment dans les étals du marché, Syrelan et Vaelorn nous rejoignirent dans un coin de vente de plante, à la fois Elysten et Falcrest mais aussi Vaelorn firent semblant que rien ne s’était passé plus tôt alors que je regardais les différents Corbenin en pots, également en fleurs. J’entendais bien qu’ils discutaient, mais ce n’était que du bruit parasite dans mes oreilles alors que je remplissais mes poches de pétales, un sentiment nostalgique dans mon cœur. Une main se posa subitement sur mon épaule, je me retournai brusquement, tentant de tordre le bras de la personne ayant fait ça. Vaelorn leva un sourcil, m’observant avec son sourire habituel, sans résister à ma prise. Je lâchai bien vite son bras, me tournant pleinement vers lui, derrière je pouvais voir les trois autres se fendre la poire, même Syrelan.

« De retour parmi nous ? Parfait, nous allons rentrer. Oh et d’ailleurs…»

Il leva un doigt devant mon visage, les autres continuant à rire derrière, ses yeux ne montrant qu’une vague malice amusée.

« Pas de Corbenin à la maison, c’est un enfer à nettoyer ! »

J’offris un simple hochement de tête comme réponse avant de le suivre, le soleil déclinait déjà et nous devrions arriver peu avant la nuit. La légèreté des pétales dans mes poches me faisait du bien, c’est étrange. Probablement juste la fatigue.

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Point de vue de Vaelorn :

Récupérer Syrelan c’est fait, plus que les trois petits, ils étaient proches d’un fleuriste de Orzathea, celui-ci ventait l’origine de ses arbustes en pot à un Corven tout sauf attentif, les yeux rivés sur les buissons en fleurs.

« Vous avez trouvé votre bonheur ? »

Détachant mon regard du morveux, je regardais les deux autres, la petite princesse avait une broche en os ornée de pierre rouge entre les doigts et le prince avait des sachets et des brochettes déjà bien entamés. Celui-ci haussa les épaules d’un air nonchalant.

« M’ouais. »

« Tu feras attention à un morceau de viande sur la joue Fal’ »
Les deux filles rigolèrent un bon coup, alors que Falcrest essuya sa joue, il rougissait déjà de honte. Une telle légèreté fait du bien de temps en temps, évacuer le stress avant l’éveil est primordial après tout. Levant le nez vers le ciel, je voyais bien que le soleil allait se coucher, je claquais donc mes mains entre elles pour attirer l’attention du groupe.

« Il est temps de rentrer ! En plus Nocten est arrivée à la maison. »

Les enfants royaux arrêtèrent leurs chamailleries, Falcrest fronçant les sourcils.

« C’est celle qui est partie quand nous sommes arrivées ? »

Syrelan se chargea de lui répondre alors que je reportais mon attention vers le troisième, celui-ci toujours absorbé par ses arbustes, une passion étrange de ce que j’ai pu voir du personnage. Je m’approchais de lui, me décalant vers le stand pour pencher la tête vers lui, le marchand grommelant sur son public inattentif.

« En route, Corven. »

Le jeune garçon ne me prêta absolument pas attention, ne bougeant pas d’un cil, absorbé par… Quelque chose ? Je tendis mon bras, agitant ma main devant ses yeux, sans succès. Aucune réponse ne me parvint, en regardant derrière vers sa fratrie, ils haussèrent les épaules, tout aussi curieux que moi sur son absence de réaction. Je posai donc ma main sur son épaule, obtenant une réaction plutôt agressive de sa part, il lâcha bien vite prise, il avait réagi de manière instinctive sans faire attention, rien de bien menaçant mais une telle absence de sa part est particulière même si ces derniers jours il n’est pas concentré à cause de sa première mission, cette absence était un niveau au-dessus.

Sur le chemin du retour, j’avançais en tête, les quatre autres se mettant deux par deux comme des enfants. Falcrest et Elysten parlaient de ce qu’ils avaient vu sur le marché et derrière Syrelan tentait de faire la conversation avec Corven. Il semblait encore à moitié absent, ne répondant que par onomatopée.

« Tu aimes bien cette saison ? »

« Hm. »

« Il paraît qu'à Thoryen, ils ont une expression pour les chutes de pétales ? »

« Hm. »

« Tu la connais ? »

Je pris ce moment-là pour intervenir, ce nom idiot n’est qu’un rappel de l’échec de l’époque, les gens ne se souviennent plus de son origine.

« Les noms n’ont aucune espèce d’importance, surtout lorsque l’origine est perdue. »

Je pouvais lire la confusion sur les visages de mes élèves, seul Corven ne semblait pas affecté, il sortit une poignée de pétales de sa poche, les laissant partir au vent, l’air ennuyé. Elysten choisit ce moment pour montrer sa culture, si elle avait des lunettes, elle les aurait redressées.

« On raconte qu’autrefois un démon de forme humaine a pleuré et a répandu des pétales. Ainsi la chute des pétales fut renommée les larmes du démon. »

La gamine me lança un regard de défi, comme si sa culture suffirait, levant les yeux aux cieux, je repris la marche en silence. Une fois arrivés, je les passai un à un à quelques vérifications pour qu’ils n’amènent pas de pétales par leurs vêtements ou leurs cheveux. Une fois arrivé dans la salle de vie, comme je m’y attendais, Nocten était là. Aucune blessure apparente, ce qui est une bonne nouvelle, mais sa vitesse pour rentrer n’en était pas moins louche.

« Viens me faire ton rapport Nocten. »

L’adolescente se leva de table, laissant Thyrfal et leur partie d’échec en suspens, me suivant dans le couloir. Une fois dans le bureau, elle prit place alors que je fermais la porte, je pouvais sentir sa tension d’ici. Je la laissais mariner dans ses doutes tout en m’installant tranquillement, prenant un petit verre de whisky au passage.

« Je t’écoute. »

Je le fixais tout en souriant, prenant une gorgée de la boisson vieillie. Même un peu trop vieilli, un coup d’œil sur la bouteille m’indiquait que j’aurais dû boire plus tôt.

« Corven est… Sa mère, Shinela, c’est Liaren et elle sait que tu l’as retrouvée. »

Claquant le verre sur mon bureau en bois, je lançais un regard noir vers Nocten, celle-ci se fit la plus petite possible, regardant ses mains en tremblant.

« Tu lui as dit que tu travaillais pour moi ?! »

Je me levais, contournant mon bureau pour attraper l’adolescente par la nuque, la forçant à me regarder.

« N- Non ! Elle a deviné à cause de… Le même entraînement !

Repoussant violemment Nocten jusqu'à la table en la lâchant, son visage rencontrant le bois, je soufflais lourdement, je montrais plus de colère que nécessaire, ce n’est pas si grave, elle ne pourra rien faire sans héritier ni preuve. Cependant, je devais clairement dire à Nocten qu’elle avait échoué, c’était nécessaire. Je repartis de mon côté du bureau, ouvrant un tiroir, cherchant la bonne clé.

« Elle sait aussi pour Corven, je présume. »

Une fois la bonne clé en main, je relevais le nez vers l’adolescente terrorisée, gardant une expression sévère.

« Non ! Elle n’a pas l’air d’avoir lié les deux cas ! Elle m’a dit de vous cacher son existence. »

Je commençais à déverrouiller la porte en fer derrière mon bureau, hochant la tête.

« Au moins tu n’as pas tout raté. »

Ouvrant enfin la porte, je l’ouvris en grand pour Nocten, la lumière de mon bureau éclairant la petite pièce, un placard, entièrement noir, la porte isolant le bruit de l’extérieur et les runes gravées au sol empêchant l’extériorisation de sa magie.

« Dépêche-toi. Vu que ce n’est qu’un semi-échec, je serais clément. »

L’adolescente se releva, sa respiration rapide alors qu’elle avançait à petits pas vers la pièce. Je tapais mon pied sur le sol pour montrer mon impatience et elle accéléra le pas, entrant dans la pièce alors que je refermais derrière elle. Reprenant ensuite place à mon bureau, je sortis les dossiers sur Corven et Liaren. Cette dernière ne m’intéresse absolument plus, mais elle pourrait être dangereuse. Envoyer des assassins externes ne ferait que renforcer sa méfiance et je doute qu’elle perde. Il me fallait de la patience et une occasion d’agir.

Plus tard dans la soirée, lorsque je sortis de mon bureau, sourire cousu aux lèvres, je pus entendre de l’agitation en salle de vie. Le repas ne devrait pas tarder, alors ce n’est pas rare qu’ils aient existé, mais les cris que j’entendais n’avaient rien à voir avec de la faim.

« RÉPÈTE UN PEU POUR VOIR ? »

Suivis d’un bruit d’assiette renversée, j’accélérais donc le pas, me faisant visible dans l’entrée de la grande pièce. Ce que je vis ne me surpris qu’à moitié, Corven, sorti de sa torpeur d’avant, en train de tenir Thyrfal par le col, plaqué au mur. Cette dernière avait son regard acide qu’elle arbore lorsque je ne suis pas là. Ou lorsqu’elle pense que je ne suis pas là. Son comportement avec les autres pose souvent un problème. En me voyant, son expression fondit dans celle de soumission, les autres dans la pièce ayant des réactions vaguement effrayées en me voyant arriver au pire moment.

« Bah alors ? T'ouvres moins ta gueule d’un coup ? »

Corven en colère n’est pas rare, ça semble être son état de base, mais là il semblait un cran au-dessus. Bien que la fatigue puisse le rendre plus colérique, je ne pouvais tolérer ses débordements, sinon la cohérence de mon discours de formation serait détruite. M’avançant dans la pièce, je mis le pied sur les débris d’une assiette.

« Eh bien. »

Alors que Corven allait pour se retourner, tenant toujours Thyrfal par le col, je l’agrippais par les cheveux, le tirant brusquement pour qu’il lâche, jetant sa tête vers l’assiette brisée, il tomba avec force tête la première, ayant à peine eu le temps de se rattraper avec ses mains, je pouvais imaginer les coupures se former. Ça fera l’affaire normalement.

« Nettoie-moi ton foutoir. »

Reportant mon attention sur Thyrfal assez vite, elle n'eut pas totalement le temps de cacher son expression jubilatoire et agaçante, mais ça me donnait une idée.

« Vous réglerez vos soucis demain sur le terrain, vos gamineries me tapent sur le système. Oh et Thyrfal, ne fais pas la maline, ce gamin a bien plus d’utilité que toi dans cette compagnie pour le moment. »

Je sais pertinemment que ce n’est pas la jalousie qui la motive, non, c’est bien plus mesquin, et à vrai dire, je voulais me débarrasser d’elle depuis un moment, c’est une occasion parfaite.

« Encore mieux, le perdant, donc le plus faible, n’a pas sa place ici. »

Je pouvais voir à leur langage corporel que tous deux avaient compris l’implication, je ne pouvais pas rêver mieux comme contexte, je doute franchement que Thyrfal gagne, elle stagne et a toujours peur de tuer après autant de temps, c’était un mauvais investissement de ma part. Corven lui montre plus d’un talent, et je me dois de le cultiver.

« Bien, si la situation est claire, je pense que nous allons pouvoir manger. »

Les débris nettoyés et la table mise, le repas fut très calme, très peu de discussion et aucune contestation. Syrelan demanda tout de même où était Nocten, plus inquiète que curieuse.

« Punis. »

Une explication amplement suffisante et presque tous savaient l’implication. Pour le reste, ils apprendront.

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Point de vue de Corven :

Le lendemain de l’altercation dans la salle de vie, nous avions pu dormir un peu plus longtemps, l’éveil aurait lieu le matin et le combat à mort contre Thyrfal l’après-midi. D’un côté j’angoissais pour ma fratrie qui allait devoir faire quelque chose de mortel et de l’autre j’allais moi-même devoir me battre à mort.

Ces derniers jours j’étais souvent réveillé avant les autres mais je restais au lit, cette fois-ci cependant, le stress m’empêchait de rester immobile au lit. Donc après une rapide toilette, je sortais de la chambre. À peu près au même moment, Vaelorn sortait lui-même de ses quartiers, avec un sourire, il m’invita à le suivre vers la cuisine, me laissant l’illusion du choix.

« Tu as déjà préparé des repas ? »

Je levais un sourcil vers mon supérieur, il est loin d’être stupide, en tant que membre de la royauté, même si je suis loin d’être important, je n’ai jamais fait plus que regarder.

« Je sais allumer un feu, le reste ne doit pas être bien compliqué. »

L’adulte laissa échapper un rire moqueur alors qu’il disparaissait dans la pièce froide derrière.

« Allume donc ce feu alors ! »

Il m’agaçait encore et toujours plus, rien chez lui ne donne envie de travailler pour lui, mais l’absence de choix est courante chez lui. Alors, en bon toutou docile, j’allai prendre quelques bûches, les installant sur les restes de la veille dans le genre de four, ravivant les flammes pour faire chauffer l’habitacle. De mémoire, Syrelan laissait du pain non cuit quelque part, sûrement derrière avec les autres provisions fraîches. Laissant ça à Vaelorn, je pris la grosse plaque en métal et la plaçai au-dessus du feu, laissant chauffer le tout, partageant ensuite le feu vers le four à pain alors que le patron revenait avec du pain non cuit et d’autres produits.

« Huh, la pièce n’a pas explosé ? »

Retenant mon envie de le frapper, je suivais ses instructions pour la suite des préparations, il ne me laissait que des tâches simples, visiblement effrayé de ce que je ferais comme horreur autrement. Au bout d’une bonne demi-heure, les préparations avaient bien avancé lorsque Syrelan et Lyrisse arrivèrent, la première prenant le relais pour la cuisson du pain et la seconde faisant un peu de vaisselle.

Petit à petit, les gens arrivèrent pour manger l’ambiance calme du matin coupée uniquement par l’énergie d’Aelic. En regardant ma fratrie, je voyais bien qu’ils étaient tendus, mais ils se forçaient à manger pour avoir de l’énergie.

Une fois le repas fini et Nocten sorti de sa punition pour laver la vaisselle, nous sommes tous allés sur le terrain d’entraînement, à part Elysten, Falcrest et Vaelorn, chacun s’installa sur un banc, les plus âgées faisant en sorte de tous se mettre entre Thyrfal et moi. Aerwyn, juste à côté de moi, tentait de m’expliquer en détail le procédé, mais je n’écoutais pas vraiment, observant plutôt la scène.

« Bon, déjà préparez-vous, je ne vais pas faire tout le travail, j’aide au début et après c’est à vous de faire avancer le processus. »

Vaelorn fit des gestes avec ses mains, mimant une explosion sous le regard horrifié de ma fratrie.

« Et comment fait-on avancer le processus ? On a le droit aux explications ? »

Le maître se tournait, sortant une tige en métal d’un seau d’eau froide. Il leva le nez vers nous, attendant à ce que nous expliquions. N’ayant moi-même pas vraiment conscience de comment je faisais, je regardais plutôt les autres.
« Tout est dans la visualisation, trouvez une image qui vous convient, de l’eau qui coule, de la lumière et j’en passe. Lorsque vous sentirez le cœur s’ouvrir, suivez d’abord la sensation et associez l’image à ça, puis appuyez-vous dessus comme une béquille. »

L’explication de Lyrisse était un peu farfelue, mais les autres semblaient d’accord avec ça, alors il fallait trouver la bonne image. Vaelorn hocha la tête, reprenant le centre de l’attention, pointant Elysten avec le genre de pic en acier.

« Ceci aidera pour tracer les chemins que doit emprunter l’énergie, plus exactement le froid, c’est rester un long moment au frais, je vais d’abord tracer sans mettre d’énergie ni rien, essayez de mémoriser le chemin. Ensuite je forcerais l’ouverture, l’énergie se déversera dans votre corps, je retraçerais les chemins et vous allez devoir mettre votre poigne dessus pour qu’elle obéisse. »

Vaelorn attendit un signe de compréhension ou une question, mais lorsque rien ne vint et que les deux fermèrent leurs yeux, il traça le chemin, la tige mouillée faisant son chemin avant de retourner dans le sceau.

« A l’époque où la méthode n’était pas totalement travaillée, je faisais ça avec de la boue. »

L’anecdote sortait en plein milieu du silence tendu, Avirel à côté de moi me chuchotait quelques mots, se retenant de rire.

« Y parle comme un vieux, s’répète tout l’temps. »

Fronçant les sourcils, j’étirais un demi-sourire, l’idée de cet homme radotant comme un ancien fut effectivement un peu amusante. De leur côté, Elysten comme Falcrest parlaient à voix basse avec Vaelorn, finissant par hocher la tête, ils refermèrent les yeux. Vaelonr positionna ses mains horizontalement par rapport à son torse, paume contre paume, sa concentration pouvait être ressentie par tout le monde dans la pièce, l’énergie presque visible.

Enfin, d’un geste lent, il décolla ses mains, positionnant ses index et majeurs sur le cœur des deux et d’un coup sec, il envoie une décharge d’énergie dans leurs cœurs, reprenant bien vite le bâton pour retracer les lignes. L’énergie volait dans la pièce, une partie quittant leurs corps, l’autre restant dans un combat interne violent. Nous pouvions voir la sueur et l’effort qu’ils devaient y mettre.

La concentration et l’intensité de l’énergie eurent besoin de dix bonnes minutes pour se calmer et il fallut encore un peu de temps pour qu’ils puissent enfin relâcher la pression, l’énergie domptée. Je me levai bien vite, rejoignant ma famille. Falcrest semblait avoir du mal à respirer, quant à Elysten, tout son corps tremblait.

« Félicitations à vous deux, beau travail ! »

Vaelorn, le sourire fixé aux lèvres alors qu’il applaudissait, une goutte de sueur perlée sur son front, preuve de son implication dans la procédure. Syrelan arriva vite vers le quatuor avec un plateau de verre d’eau, en offrant un aux trois travailleurs. Ma sœur eut besoin d’aide pour ne pas faire tomber le verre, alors que Falcrest le bu d’une traite avant de s’effondrer.

« Bien ! Entraînement pour tout le monde sauf vous quatre. »

L’homme pointa notre famille au sol ainsi que Thyrfal, toujours assise sur le bord du terrain. Il prit ensuite la route de son bureau, disparaissant sans un mot de plus. Avirel et Aelion m’aidèrent ensuite à porter Falcrest et Elysten au lit avant de retourner en salle d’entraînement, de mon côté et malgré la consigne de Vaelorn, je me mis à méditer sur mon énergie, essayant de la comprendre plus que de l’utiliser.

La fin de matinée passa à toute vitesse jusqu’au déjeuner, malgré le conseil de manger pour être en forme, je n’avais pas la tête à ça, mon adversaire elle, semblait faire tout l’inverse, mangeant comme si c’était son dernier repas. Il n’y avait rien de plus effrayant que d’imaginer une fin proche à ma propre vie, et l’aspect de tuer était toujours bien étrange pour moi, cependant je n’avais pas le choix.

 

En fin d’après-midi, je pris la direction de la salle d’entraînement, les spectateurs prirent place sur les bancs alors que Thyrfal et moi-même nous échauffions. Lors du choix des armes, elle prit une lance, voulant sans doute garder la distance. Elle pense ma force brute supérieure sans doute ? Je sais qu’elle ne pouvait pas infuser, mais moi non plus je ne savais pas le faire, une égalité sur ce point, alors comment prendre l’avantage ? Empoignant quelques couteaux de lancer et une épée courte, je voulais compter sur le même état d’esprit qui m’avait permis de survivre la dernière fois, si mon esprit m’autorisait une telle chose. Cependant, je n’avais rarement eu l’esprit aussi clair et aussi concentré, et alors que nous nous mettions en place, j’étais un dernier coup d’œil à ma famille inquiète avant que Vaelorn n’annonce le début du combat.

« Bon, pour que ce soit clair, le combat ne s’arrêtera que lorsque l’un de vous aura cessé de respirer, vous êtes prêt. »

Thyrfal hocha la tête sans attendre, prenant position, une jambe en avant, les genoux fléchis, la lance à deux mains pointées vers moi. Je pris le temps d’accrocher les couteaux à ma ceinture, empoignant l’épée courte dans ma main gauche.

Laissant échapper un long souffle, j’hochais la tête à mon tour, plaçant mon bras gauche légèrement en arrière, l’épée perpendiculaire à mon corps, prêt à bondir sur mon adversaire.

« Commencez. »

Envoyant plus d’énergie dans mes jambes, je me précipitais vers Thyrfal, celle-ci Balaya sa lance horizontalement tout en reculant, cherchant à m’empêcher d’approcher. Attrapant un couteau dans ma main droite, je vins bloquer sa lance sur ma droite avant d’envoyer une tranche horizontale dans son flanc. Elle esquiva mon attaque d’un fluide bond en arrière, mais je la poursuivis immédiatement, voulant rester le plus proche possible d’elle. Trop emporté dans mon élan, je ne pus esquiver le manche de la lance qui me frappa dans la tempe, un son strident résonna dans mon crâne et elle profita de ma déstabilisation pour envoyer un estoc directement vers le cœur.

 

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Bien que court, l’affrontement était tendu, j’avais les poings serrés, les yeux fixés sur mon frère. Lorsque la lance le transperça, je ne pus me retenir de me lever, voulant aller l’aider, seul le bras de Lyrisse me retint d’approcher. À côté de moi, ce fut Aelion qui empêcha Falcrest de se lever ; il laissa tout de même échapper un cri apeuré, appelant notre frère avec effroi.

« Frérot ! »

J’entendis Lyrisse marmonner quelques mots m’étant destinés, alors qu’elle me repoussait vers le banc.

« Elle a raté les points vitaux. »

En dehors du brouillard d’émotion qui gênait mon esprit, je vis enfin ce dont Lyrisse parlait, la lance l’avait transpercé, oui, mais il s’était baissé et décalé suffisamment pour que la lance parte un peu en dessous de la clavicule dans la Scapula.

Mon temps de réflexion n’arrêta pas le combat, et au lieu de reculer, Corven avança sur la lance, lâchant l’épée pour attraper le bras de Thyrfal de sa main gauche. Et d’un mouvement vif, il enfonça un couteau dans la mâchoire de son adversaire, sans doute visait-il la gorge, mais le mouvement de la jeune fille dévia son coup. Mais mon frère n’avait pas fini, alors que Thyrfal hurlait de douleurs comme elle pouvait avec un couteau dans sa bouche, Corven appuya sur le couteau, l’amenant vers le bas, tranchant les cordes vocales jusqu'à atteindre la trachée.

Il ne fallut pas longtemps pour que les cris de Thyrfal se transforment en bruit étouffé, le sang sortant abondement par le trou formé par le couteau. Elle s’effondra au sol en lâchant sa lance, son corps secoué par les sanglots et la douleur, alors qu’elle s’éteignait douloureusement. Corven la suivit au sol, le souffle erratique, ses mains posées sur la lance. Recouvert de son sang et du sang de son adversaire.

Vaelorn s’approcha des combattants, jetant à peine un coup d’œil sur la fille au sol ; il attrapa les mains de Corven, l’empêchant de sortir la lance. Il la brisa tout de même, enlevant un parti de poids, il fit ensuite signe aux spectateurs. Mes pieds étaient figés sur place, le choc trop grand, la suite fut trop brouillonne dans ma tête, je vis vaguement Syrelan et Avirel partir avec mon frère alors que Nocten emmena le corps sans vie de Thyrfal.

Notes:

Alors :) ?
J'ai imaginer cette histoire il y à un moment déja, la suite arrivera à ma vitesse.
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