Chapter Text
Dehors, l'air chargé d'embruns vous enrobait, filant entre vos vêtements, déposant à votre peau une odeur salée et humide. Le fort vent redressait les longues mèches corbeau du front de Jack. Bientôt ils atteignent la digue, la plage mi galet mi sable. Bientôt, ses pieds nus baigneront dans l'écume de la marée haute. Les parents sont ravissants à voir, amusés comme dans un temp plus éloigné - ils paraissent plus jeunes au soleil.
Le soleil brûle leurs traits de visage, enflamme leurs mains entrelacées. Ces silhouettes qui se diluent dans la lumière blanche se déforment, leur marche stagnante s'éloigne de Jackaby. A moins que ce soit l'inverse. Cette vision floue, le Jackaby adulte la verra encore et encore, ce portrait figé à jamais qui hante son esprit.
Mais revenons à ce garçon frêle qui s'attaque déjà aux rocs, escaladant sans peur. De loin, les vagues lui paraissent ridicules, très petites mais plus il se rapproche de l'eau plus elles rugissent. Les vagues se ramènent au galop tel une harde enragée, grandissant au fil des mètres machés qui les séparent de l'enfant, puis à la dernière seconde elles s'écrasent dans leur bave moussante.
Papa va le rejoindre, Maman a préféré les observer du pont de bois, celui à moitié croulant relié à la digue de promenade. Ses piliers étaient entièrement recouverts de coquillages et de mousse rincés par les va et vient de l'océan. Jackaby détourne la tête et se met à jouer à sauter mouton avec Papa : mains dans la mains, les pantalons retroussés, ils sautent chaque vague et défient le courant à coups de pied. Certaines vagues plus grosses les surprennent. Elles sont infatigables contrairement à eux et les trempent sans relâche. Jackaby comprend que malgré le rythme régulier des vagues, elles restent imprévisibles et incontrôlables : celles qui peuvent détruire le ponton de Maman, dépasser la limite de la digue et ses rochers, peuvent aussi les engloutirent en une bouchée.
Cela l'effraie quelques peu, alors il se tourne vers le ramassage de coquillages dont il fera des porte-bonheurs. Marraine sera très contente de ce souvenir, elle porte beaucoup d'affection à ces grigris là. Parfois il tombe sur des amas d'algues violettes - ces choses sont des cadavres puants et gluants -. Si il s'approche de trop près, elles s'enrouleront autour de ses chevilles tels des vipères et leurs espèces de bulles ventouses suceront son sang comme des sangsues de Louisiane ! Et si en clou du spectacle elles le trainent jusqu'à l'eau, il est tout simplement foutu, Papa ne sait pas nager....C'est trop horrible, alors pour ne plus penser à ce danger imminent il relève le menton et se plonge dans le ciel clair.
Le ballet des mouettes, une chorégraphie en improvisation. Cette masse noire se déplace comme un chien gardant le troupeau de moutons blancs : ces gros nuages qui flottent mollement en s'agglutinant les uns aux autres. Les oiseaux ne cessent de pialer pour les rabattre. Le regard du petit garçon se trouble sur l'horizon qui peine à séparer les deux grandes immensités bleues que sont Ciel et Pacifique. Il sait maintenant ce que ressentent les grains de sable.
Papa l'appelle, le félicite pour sa collection de trésors nacrés. Mais Jackaby, qui revient brutalement sur Terre, lui raconte avec empressement les serpentins d'algues vicieuses, son envol avec les mouettes ou encore les aboiements inquiétant de la mer. Son imagination tourne à toute allure, exagérant les détails et le faisant buter sur les mots. Papa se lasse vite de ces enfantillages mais ne le réprimande pas. Jackaby a toujours été débordant de créativité et ceci allié à un coté peureux peut créer les histoires les plus farfelues et loufoques (aux oreilles d'un adulte).
Maman les rejoint, inquiète, pensant que son fils a encore chopé une insolation. DING DING DONG
Soudainement au loin, les cloches, provenant de la chapelle locale, sonnent la fin de cette expédition à la plage. Les parents lui promettent que demain ils reviendront, car Jackaby, malgré ses petites frayeurs, ne veut plus quitter l'endroit. Il est encore tout émerveillé de cette expérience quand ils rentrent en ville. Pour le consoler Maman lui offre un cerf-volant rouge, simple mais robuste contre les gouffres de vent.
Demain il s'élèvera dans le ciel parmi les nuages brulera la laine, les plumes des bergers.
Demain sera à nouveau une superbe journée, et ce bonheur insouciant durera pour encore très longtemps, la petite famille en est sûre.
