Chapter Text
« Reste avec moi Martin ! » lança-t-il en sortant une bouteille d’eau tiède de la boîte à gant.
« Martin tu m’entends ? » Yeux mi-clos, ne se sentant plus la force de prononcer une seule parole, le reporter remua doucement la tête en signe de réponse. Maintenant, même ce simple geste lui coûtait de l’énergie.
« Tiens, bois un peu… ». Prenant conscience de l’épuisement de son collègue, Clément glissa une main derrière la nuque bouillante de martin pour l’aider à s’hydrater. Il but la moitié de la bouteille d’une traite.
Tout en plaçant un sopalin humide sur son front, Clément sentait que Martin frissonnait de plus en plus. Il réfléchissait à la meilleure solution… Il n’était pas question que Martin prenne l’avion avec une fièvre aussi forte, et d’un autre côté, l’hôpital le plus proche devait se trouver bien plus loin que l’aéroport, et de plus, Clément n’était pas sur de vouloir prendre le risque de faire fréquenter un hôpital Syrien à son ami en ce moment. Il était mentalement paralysé, le stress grandissant l’empêchait de réfléchir correctement et de choisir la meilleure solution.
Il calcula rapidement, ils avaient fini le duplex depuis 10 minutes maintenant, la coupure pub serait à peu près dans 5 min. le temps de retourner au logement.
Ne perdant pas une seconde, il prit le volant.
Arrivé au pied de l’hôtel, Clément se gara au plus proche, se demandant s’il allait pouvoir porter Martin jusqu’à l’appartement. Celui-ci avait sombré dans un sommeil agité dès le début du trajet.
Le cameraman coupa le contact et contourna la voiture pour ouvrir doucement la portière, retenant son collègue appuyé contre la fenêtre.
« Martin…Martin… » L’intéressé grogna faiblement en clignant des yeux.
- J’veux mourir Clément... »
Clément se rassura en voyant que le reporter avait assez récupéré pour râler. Martin ne le faisait pas souvent mais dans le cas présent, c’était une bonne nouvelle dans le sens où il avait au moins la force de le faire.
« Encore un effort Martin… ça va aller pour monter ? ».
Le journaliste opina en retirant à regret le mouchoir humide de son front. Celui-ci lui avait du bien. Il prit appui sur Clément tandis que ce dernier lui glissait une main sous l’aisselle droite. Mais malgré la délicatesse de son collègue et la lenteur de leur rythme, Martin sentait déjà ses forces l’abandonner de nouveau. Clément le sentait peser de plus en plus contre lui et fit passer son bras gauche par-dessus son épaule pour mieux le tenir.
« Allez, concentre toi, reste avec moi, y’en a plus pour long… On en a vu des pires toi et moi… »
Continuant ainsi de l’encourager, ils gagnèrent progressivement la chambre et le lit où Martin s’effondra, épuisé, et trempé de sueur.
Après lui avoir retiré ses chaussures, et se souvenant de vagues notions de soins que sa mère avait pour lui quand il était petit, Clément changea Martin qui grogna d’inconfort en levant les bras pour retirer son T-Shirt. Mais le JRI n’avait pas le choix, son mal risquait d’empirer s’il restait comme ça. Le malade fut à nouveau pris de haut-le-cœur quand le cameraman rabattit la couette sur son épaule. Celui-ci lui rapprocha aussitôt la cuvette qui traînait encore là.
« Ca va aller ? » Pour toute réponse Martin jusque-là sur un coude au-dessus du contenant se laissa retomber dans un long soupir. Clément parti alors chercher leurs serviettes de toilettes avant de les humidifier et de revenir les placer sur le front et sur la nuque de Martin qui ronflait déjà.
Il dégaina ensuite son téléphone et constata qu’il avait 3 appels en absence. 1 de son patron et 2 de Hugo. Il n’eut pas le temps de choisir lequel rappeler, déjà le nom du deuxième se réaffichait sur son Smartphone. Il décrocha après avoir replacé rapidement les linges humides sur le visage de Martin et s’être éloigné du lit.
« Allô ?
- Salut Hugo…
- Salut ! -Clément sentait déjà la tentions dans la voix du meilleur ami de Martin - Il va comment Martin ?! Il ne répond même pas à mes messages !
Clément soupira. Martin n’avait même pas parlé de sa fatigue à son meilleur pote.
« Ecoute je vais pas te mentir, on était censé rentrer ce soir…
- Je sais, Yann m’a dit. Et alors ? Vous êtes sur le tarmac là ? s’impatienta le journaliste.
- Ah bah non, ça ne risque pas ! Il est tombé dans les vaps après le duplex de tout à l’heure…
- Attend…Martin est tombé dans les vaps ?!
- Il est dans un sal état je te dis. On était censés prendre un vol dans 3h, mais il n’est même pas en état de tenir un trajet en voiture de plus de 5 minutes alors un vol Alep-Paris…
- La vache…Vous êtes où là ?
- A l’appart, Martin dort. Et toi t’es où ? J’ai besoin qu’on me dise quoi faire, moi je…
- Attend, je suis en loges, je vais te trouver Yann… »
Clément entendit son collègue parcourir les couloirs de la régie pour enfin entendre la voix de son patron parler avec Hugo à l’autre bout du fil.
« Allô Clément ?
- Oui Yann… Bon qu’est-ce qu’on fait ? Martin ne peut pas prendre l’avion ce soir, mais on a que du paracétamol et pas de pharmacie à proximité…
- …Et Martin est aussi mal que la nuit dernière ? »
Clément se retourna pour observer le reporter dormir. Il avait tout de même l’air plus paisible, c’était au moins ça. « Disons les nausées en moins…
- Bon… »
Clément entendit Hugo chuchoter avec Yann à l’autre bout du fil avant de s’adresser à lui. « T’as appelé Ismaël ? » Clément souri enfin.
« Non… Pas con Hugo, merci.
- Mais à ton service. Plaisanta aussitôt le journaliste, masquant mal son angoisse.
- Je vais demander son numéro à Martin, en espérant qu’il soit pas en vadrouille à 200 bornes… »
Yann prit le relai.
« Bon et si Ismaël peut pas venir, on se donne 6h pour voir comment ça évolue, et surtout si il est en état de prendre l’avion. Si d’ici là ça va pas mieux, je t’envoie Hugo, et même l’infirmière du bureau s’il le faut. » Clément remarqua tout de suite le stress dans la voix de son patron. L’anxiété était plus présente qu’à l’accoutumée.
Il faut dire que Yann se sentait terriblement coupable de n’avoir pas remarqué plus tôt le mal être de son reporter et ami. Et en réfléchissant, il se rendit compte que depuis la rentrée, il lui avait distribué ses billets d’avions sans faire attention. Et il connaissait trop bien Martin pour savoir qu’il aimait assez son job pour venir au boulot sur les rotules sans broncher.
« Bon, on a qu’à faire comme ça, acquiesça Clément.
- Ca va aller ? s’enquit le patron.
- …Disons que ça ira mieux quand on aura atterri à Paris. Bon je vous laisse, je vais essayer de contacter Ismaël...
- Tu nous tiens au courant ! répondirent en chœur ses interlocuteurs.
- Promis, à plus. »
Clément raccrocha, légèrement plus rasséréné qu’un quart d’heure auparavant. Il ne prit même pas la peine de réveiller son acolyte. Il se saisit du téléphone de ce dernier encore dans la poche de son jean, négligemment jeté à l’autre bout du lit. Se heurtant au mot de passe, il prit le pouce de Martin pour l’apposer sur la touche centrale, prenant garde de ne pas le réveiller.
Il lança rapidement une recherche dans les contacts et lança l’appel tout en retournant là où il avait téléphoné quelques minutes auparavant (seul endroit où il avait un minimum de réseau).
Une sonnerie… deux sonneries… Le JRI retenait son souffle, invoquant sa bonne chance qui l’avait souvent fait gagner ses paris contre Martin. Enfin, le syrien décrocha.
Clément lui expliqua la situation et Ismaël accepta tout de suite de venir, voyant où le cameraman voulait en venir. Il ne perdit pas plus de temps et raccrocha, assurant Clément qu’il se mettait en route sur le champ.
Raccrochant à son tour, Clément revint vers son collègue et entreprit de rafraîchir les serviettes qu’il avait disposées sur son front.
Sentant de nouveau une vague de chaleur inconfortable l’envahir, Martin se réveilla aussitôt en grognant. Ce que le JRI entendit, et s’empressa de ré humidifier les linges rapidement dans la salle de bain. Lorsqu’il revint les mettre en place, Martin poussa aussitôt un soupir de soulagement au contact de la fraîcheur sur son crâne.
« Ça te fais du bien ?
- …t’as pas idée… Merci Clément… Et désolé pour tout à l’heure…je…
Le journaliste cherchait ses mots, peinant un peu à émerger du lourd sommeil dans lequel il se trouvait peu avant. Il se sentait moins mal que lorsqu’il s’était endormi, mais il avait la langue râpeuse et les muscles endoloris.
- On en parlera plus tard, le coupa doucement son collègue, t’inquiète pas pour ça. Pour le moment il faut que tu te reposes. Ismaël va nous rejoindre pour voir ce qu’il peut faire.
- T’as réussi à le contacter ? s’étonna le journaliste.
- Oui, y’a pas 15 minutes. J’ai même pas eu le temps de lui demander de venir qu’il était déjà dans sa voiture. Il sera là dans une petite heure il m’a dit… Comment tu te sens ?
- … Un peu mieux que tout à l’heure… articula-t-il en se redressant sur un coude et en déglutissant difficilement.
- Tiens, bois un peu… »
Joignant le geste à la parole, Clément se saisit de la bouteille d’eau pos sur la table de nuit et aida le malade à boire quelques gorgées. Alors qu’il la reposait sur la table de nuit, Martin plissa les yeux.
« Il nous reste du doliprane ?
- T’as toujours mal à la tête ?
- Je sens que ça revient… »
Clément regarda sa montre, dubitatif.
« Tu ne crois pas que ça ferais beaucoup 4 en 2 heures ? »
Martin fit une petite moue en se rallongeant doucement sur ses oreillers.
« Essaye de dormir, ça passera peut être tout seul. »
Le reporter ne se le fit pas dire deux fois et ferma les paupières sans protester.
