Chapter Text
Ben sonna à l’interphone, un peu nerveux. Il allait revoir son parrain pour la première fois depuis de nombreux mois. Il serrait et desserrait les poings pour évacuer un peu sa tension quand une voix demanda :
- Studio Millénium, j’écoute. Que voulez-vous ?
- Oui bonjou…bonsoir. J’ai rendez-vous avec Lando Calrissian.
- À quel sujet ?
- Pour son émission de ce soir. Je suis l’invité principal.
La personne à l’autre bout du canal se mit à rire :
- Comme si on ne me l’avait jamais faite celle-là. Vous avez un justificatif ?
- Euh, j’ai ma carte d’identité si vous voulez. Sinon regardez votre écran, je suis Ben Solo.
Il entendit son interlocutrice bafouiller « merde » quand elle le reconnut, puis le bruit de la porte d’entrée qu’elle ouvrait.
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- Alors tu me laisses présenter les derniers événements, faire le commentaire…
Un bruit de vibration, un téléphone, interrompit le présentateur qui souffla d’indignation :
- Éteins ça et reste concentré s’il te plaît. Donc. Je fais mon monologue sur le pouvoir des images, sur ce qu’on peut leur faire raconter et tout le tintouin. Et après, je t’annonce et tu viens me rejoindre.
Ben écoutait attentivement, tout en se faisant appliquer de la poudre matifiante sur le visage. Son cœur battait très fort mais il ne doutait pas. Il avait la certitude d’être au bon endroit, et de faire ce qui était juste. Il espérait avoir le courage d’être honnête jusqu’au bout.
- Je vais te poser quelques questions sur ta vie médiatique de ces derniers jours et tu pourras raconter ta version des faits. Ce que tu m’as dit au téléphone conviendra parfaitement.
- Ma vie médiatique ? Tu es sûr ? remarqua Ben en levant les yeux au ciel.
Ce à quoi Lando répondit :
- Ce n’est quand même pas de ma faute si ta vie publique est à ce point liée à ta vie privée en ce moment ! Non, ne touchez pas à ses cheveux, ils sont très bien comme ça, dit soudain Lando en se tournant vers la maquilleuse/coiffeuse, avant de s’adresser à lui. Et puis ne t’inquiète pas, comme tu es mon invité exclusif pour ce soir, tu auras tout le temps des coupures pub pour souffler un peu.
- Quel honneur ! C’est vraiment trop aimable, répondit Ben d’un ton sarcastique.
- Rhôôôôô, arrête de faire ton malin, riposta son parrain. De toute façon je suis plus fort que toi à ce petit jeu !
Puis Lando posa une main sur son bras en lui disant plus doucement :
- Sérieusement Ben, je suis fier de toi ! Et je sais que tes parents aussi. Je crois que tu as pris la bonne décision et je me sens très honoré de ta confiance.
Et il ajouta pour dissiper un peu son émotion :
- J’ai vraiment hâte de rencontrer cette fille si elle est capable de te bousculer à ce point ! Ça me fait penser à tes parents, ton père surtout. Vous les hommes Solo, vous fonctionnez comme ça : si une jolie femme vous bouscule et vous crie dessus, alors vous tombez amoureux d’elle. C’est très rapide et assez radical d’ailleurs. Je pense qu’une demi-heure à peine après leur rencontre, et leurs premières engueulades, ton père savait déjà à quel point ta mère serait spéciale pour lui. C’est dans le sang !
- Oui enfin, ne fais pas trop de plans sur la comète Lando. Pour l’instant je suis loin d’avoir le même succès que lui. Rey doit être très inquiète, énervée et croire que je l’ai piégée pour promouvoir ma proposition de loi. Je ne peux même pas la contacter puisqu’elle a bloqué mon numéro.
Lando se leva en disant :
- Et bien au travail pour rattraper tout ça alors !
Impossible de le joindre !
Elle basculait à chaque fois sur sa messagerie qui donnait ses horaires de permanence au parti et à l’Assemblée. Rey voulait s’arracher les cheveux. Il refusait sûrement de lui répondre à cause du blocage de son numéro. Il devait croire qu’elle ne voulait pas lui parler.
Finn et Poe regardaient la télévision et sur internet pour savoir si il y avait eu de nouvelles informations, tandis que Rose cherchait d’autres moyens de le contacter, via le site du Premier Ordre notamment.
Rey appelait encore et encore, déterminée à lui parler, quand Finn s’écria :
- C’est l’invité de Lando Calrissian ! C’est annoncé sur Twitter !
- Tu es sûr ? s’étonna-t-elle. Ce n’est pas son genre d’émission d’habitude.
- « Le député Ben Solo, au cœur de la tourmente depuis ce matin, a décidé de briser le silence et de raconter sa version des faits », etc., etc., lut Finn. Apparemment il essaye autre chose.
- Ils ne disent rien sur sa page attitrée, sur le site de son parti. Pourtant il y a bien toutes les interventions qu’il a déjà faites, ajouta Rose. Mais c’est sûrement parce qu’on est samedi et qu’ils ne mettent pas leurs informations à jour pendant les week-ends. Ou peut-être parce qu’il ne les a pas prévenu.
Rey réfléchissait à toute allure.
- Il va confondre Snoke et révéler ses mensonges, j’en suis sûre ! s’exclama-t-elle.
Puis elle se précipita dans l’entrée de l’appartement et commença à enfiler ses chaussures et sa veste en jean.
- Qu’est-ce que tu fais ? demanda Rose d’un air confus.
- J’y vais ! Dépêchez-vous de vous préparer et venez avec moi !
- Mais où ça ? insista la jeune femme.
- Au studio de télé où travaille Calrissian pardi ! Ben est là-bas et je vais le rejoindre.
Poe attrapa ses clés de voiture et moins de cinq minutes plus tard ils étaient installés dans sa belle X-Wings Black Leader, en direction du Millénium.
- Donc si je comprends bien, Ben Solo, vous affirmez que cette jeune femme ne vous a pas du tout agressé.
- Absolument pas. Vous pouvez le constater vous-même, je suis en pleine forme. Nous nous sommes juste bousculés et mon garde du corps, en excellent professionnel, a cherché à me protéger en immobilisant la personne qu’il avait identifiée comme une menace. Je n’avais même pas reconnu qui c’était à ce moment-là.
- Sauf qu’elle ne s’est pas laissée faire. Et on peut le voir sur les images, elle n’y va pas de main morte ! déclara le présentateur avec un grand sourire tandis qu’une partie du public applaudissait et riait.
- C’est le moins que l’on puisse dire ! Kyle, mon garde du corps, a été un peu pris au dépourvu. Mais dès qu’elle m’a reconnu, elle s’est tout de suite arrêtée. Nous avons même continué notre chemin ensemble.
- C’est-à-dire ? demanda Lando avec un petit air coquin.
Ben réussit à peine à ne pas lever les yeux au ciel et répondit :
- C’est-à-dire que nous avons terminé notre entraînement ensemble.
D’un levé de sourcils, Lando l’encouragea à continuer.
- Nous avons couru en discutant de beaucoup de choses et une demi-heure plus tard, nous nous sommes séparés en excellents termes.
- Mais pourquoi ? l’interrompit le journaliste, pourquoi ne voit-on pas la suite que vous évoquez sur les images diffusées ?
- Je me suis posé la même question, reprit le député. Vous n’êtes pas sans savoir que je suis le rapporteur d’une nouvelle proposition de loi sur la surveillance et la sécurité…
- Proposition à la base de tous vos problèmes apparemment !
- Pas des problèmes, non. Des imprévus. Ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose. Mais ce que je voulais dire c’est que, en qualité de rapporteur de cette loi, j’ai étudié de près les systèmes déjà existants dans notre ville, et je peux vous affirmer qu’il n’y a aucune caméra de surveillance dans le parc où j’étais la semaine dernière.
Dans les coulisses, on entendait des bruits de mouvements et d’agitation, ainsi que quelques éclats de voix, mais Lando se concentra sur Ben.
- D’où proviennent ces images alors ?
- Je pense que j’ai été suivi et filmé à mon insu.
- Comment est-ce possible s’il n’y a aucune caméra autour du parc ?
- Je crois qu’il s’agissait d’un drone. Certains modèles sont tout petits et très silencieux. En revanche, il faut une autorisation spéciale pour les utiliser en ville.
- Un drone comme ceux que vous préconisez dans votre proposition ?
Ben fronça les sourcils. Il n’était pas venu faire de la politique, mais rétablir la vérité. Son parrain remarqua immédiatement sa tension et tenta de l’évacuer en demandant :
- Et qui a bien pu faire ça ?
- Il faut chercher qui bénéficie le plus de ces accusations. Ce n’est évidemment pas la jeune femme, et je ne comprends pas mon intérêt non plus. Cette affaire est même préjudiciable pour moi puisqu’elle montre bien que des images de surveillance, probablement filmées avec un drone comme ceux que je recommande, peuvent être manipulées très facilement. C’est une faille dans le système que je n’avais pas anticipée, et je vais devoir retravailler mon texte.
- Mais alors, à qui ça bénéficie le plus ?
Ben prit une profonde inspiration, fixa Lando et dit d’une voix forte :
- Mais tout simplement à celui qui commente les images depuis ce matin : Allistair Snoke. Pour moi ça ne fait aucun doute qu’il est à l’origine de ce scandale. Il m’a demandé de me débarrasser de la jeune femme car soit disant elle me détournait de mon but, et comme j’ai fait le contraire, il s’est vengé.
« Laissez-moi passer, je dois lui parler », entendait-on un peu plus fort derrière le plateau.
- Ce sont de très graves accusations Ben Solo !
- C’est vrai, mais j’en suis absolument certain ! Pour le prouver je vais porter plainte contre lui et il sera bien obligé d’expliquer comment il a pu se procurer une vidéo d’un parc dans lequel il n’y a pas de système de surveillance.
Le public jubilait et se mit à applaudir. Lando affichait un sourire carnassier, ravi de son scoop et très fier de son filleul.
- Et vous alors ? poursuivit-il. Que faisiez-vous dans ce parc ?
C’est le moment où jamais.
- Je savais qu’il n’était pas loin du domicile de la jeune femme, et j’espérais naïvement que je la verrai peut-être.
- Pourquoi ?
« Mais LÂCHEZ-MOI bande d’idiots ! ».
Un cri résonna derrière le rideau et tout le monde se tourna dans la même direction. Lando aperçut une ombre se précipiter sur le plateau et se planter devant Ben. Qui se leva d’un coup et regarda intensément la jeune femme essoufflée et décoiffée devant lui :
- Ben ! souffla-t-elle en s’avançant dans sa direction.
- Rey, répondit-il presque simultanément en marchant vers elle.
Les deux se dévoraient des yeux. De toute évidence, tout ce qui les entourait, le matériel, les techniciens et le public, et même Lando Calrissian, n’avait aucune importance. Ben répondit alors à la question de son parrain :
- Je voulais la voir parce que je suis tombé amoureux d’elle.
Et sous les yeux du public et des caméras, la jeune Rey Leclair prit le visage de Ben Solo entre ses mains et l’embrassa à pleine bouche.
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Pendant quelques instants, il sembla se tendre, complètement pris au dépourvu par le geste de Rey, mais très vite il posa ses mains sur ses hanches et l’attira contre lui. Elle en profita pour l’enlacer et pencher un peu la tête sur le côté. Il tenta timidement de lui lécher les lèvres, et elle ouvrit immédiatement sa bouche pour accueillir sa langue dans un soupir d’aise.
Ils ne virent pas Lando se placer devant eux, pour les cacher le plus possible des caméras qui filmaient encore.
Ils n’entendirent pas les cris de surprise du public pendant que Lando essayait de terminer son émission le plus calmement possible, pas plus que les exclamations de joie qui provenaient aussi des coulisses.
Ils s’embrassaient, sans pouvoir s’arrêter, comme assoiffés l’un de l’autre.
Au bout d’un moment, Ben remonta une de ses mains dans le cou de Rey, qui se détacha de lui, essoufflée. Ses yeux pétillaient. Il y voyait du soulagement, une grande joie et autre chose. De l’excitation ? Du désir ? Ben n’osait pas espérer jusque-là, même s’il lui était impossible de cacher ses propres émotions. Elle était si belle, et il sourit. Elle posa une main sur son torse et lui dit :
- Je savais que ce n’était pas toi.
- Dès que j’ai vu les images j’ai voulu t’appeler mais…
- Oui je sais. J’ai eu besoin d’un moment pour… réfléchir. J’étais sous le choc.
- Bien sûr, je comprends.
D’un même élan ils se rapprochèrent et recommencèrent à s’embrasser. Rey passa ses mains dans les cheveux de Ben qui frissonna et gémit.
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Autour d’eux, le public et les caméramans partirent. Il ne restait plus que Lando qui discutait avec Finn et Poe, pendant que Rose fouillait dans le sac de Rey pour y mettre quelque chose.
- Décidément, ils ont un truc pour les caméras j’ai l’impression, disait Finn.
- C’est vrai qu’à chaque fois qu’il y en a, ils font des étincelles, répondit le journaliste en riant. Ça va encore faire les gros titres cette affaire… Mais comment êtes-vous rentrés, si je puis me permettre ?
- C’est votre réceptionniste, Kaydel. Dès qu’elle a vu Rey, elle nous a tout de suite ouvert la porte, expliqua Poe. Ça nous a d’ailleurs bien surpris.
- Pas moi, réagit Rose. Elle est très intelligente cette jeune femme, elle avait déjà tout compris.
- Mais compris quoi ? demanda Finn.
- Que Rey et Ben Solo avaient complètement craqué l’un pour l’autre, répondit-elle. Ça se voit comme le nez au milieu de la figure sur toutes les images qui tournent depuis la semaine dernière. Et puis ces jours-ci elle était tout le temps sur son téléphone. C’était évident qu’il se passait quelque chose.
- Mais elle lui a crié dessus à chaque fois ! riposta Finn, impatient.
- Et il le méritait à chaque fois ! répliqua Lando. Croyez-moi quand je vous dis que mon filleul peut être très insupportable quand il le veut. Heureusement, votre amie semble avoir un caractère idéal pour gérer ça.
- C’est votre filleul ? s’écria Rose. C’est pour ça que vous l’avez affiché l’autre jour dans votre émission. Bien joué !
- Est-ce que quelqu’un peut m’expliquer comment on passe de l’engueulade du débat à ÇA ? s’énerva Finn en montrant du doigt Ben et Rey, toujours en train de s’embrasser passionnément.
- C’est une question de tension mon cœur, répondit Poe. Je te montrerai quand on sera tranquilles à la maison.
Puis il ajouta :
- C’est bien joli tout ça, mais qu’est-ce qu’on fait maintenant ?
- Je connais un petit restaurant très sympathique dans le coin, proposa Lando. Toutes ces émotions m’ont ouvert l’appétit. Surtout qu’il va falloir gérer l’après, avec les médias concurrents qui vont vouloir se procurer les images, et la réaction de Snoke… Mais bon, pour l’instant je vous invite. Je crois que ces deux-là ont beaucoup de choses à se dire, et ils ont besoin d’intimité pour ça. Pendant ce temps, on pourra faire plus amplement connaissance. De toute façon, je suis persuadé qu’on sera amenés à se revoir souvent !
Puis il se tourna vers les deux idiots qui s’embrassaient encore :
- Ben ? Ben ? BEN !
- Quoi LANDO ? cria Ben en se détachant à peine de Rey. Je ne suis pas super disponible au cas où tu ne l’aurais pas compris.
- Mais j’ai tout à fait compris. Je voulais juste te prévenir, et cette charmante demoiselle également, que avec ses amis, on va vous laisser. On sera au restaurant de Maz si par hasard vous voulez nous rejoindre plus tard. Je te laisse les clés de ma loge. Je te conseille d’y aller si tu veux… poursuivre ce que tu fais. C’est plus discret et surtout plus confortable. Et tout est propre ! Tu me connais, je suis obsédé par la propreté, répondit-il en se dirigeant vers la porte.
Finn, Poe et Rose le suivaient de près.
Rey avait le visage écarlate mais elle ne pouvait pas s’empêcher de sourire. Elle croisa le regard absolument ravi de sa colocataire qui lui montra son sac en disant :
- Il y a tout ce qu’il faut là-dedans. Discutez-bien, et à tout à l’heure… Peut-être ?
Les quatre sortirent du plateau de télé en leur faisant des signes de la main et en discutant.
Quand ils eurent complètement disparus, Rey regarda Ben et demanda en attrapant son sac :
- Bon, où est cette loge ?
Ben la souleva dans ses bras comme si elle ne pesait rien. Elle poussa un cri et s’accrocha à son cou alors qu’il se dirigeait vers le couloir d’un pas décidé en la portant comme une mariée.
- Je t’y emmène tout de suite.
Et il l’embrassa en riant.
