Chapter Text
Montgomery, automne 1959 :
Dans un appartement, un professeur se préparait pour sa première journée de travail dans une nouvelle université. Il était plutôt stressé, c'était la première fois qu'il enseignait dans une université du sud. Oh bien sûr, il avait dû faire face au racisme de certains étudiants aussi dans le Nord, mais il savait que le Sud était une toute autre affaire. Il aurait sûrement du mal à se faire accepter, il savait que sa position sur la question était loin d'être populaire. De plus, il avait bien l'intention de rentrer en contact avec la communauté noire de Montgomery, et de l'Alabama en général. Il était vraiment admiratif du combat que menait depuis déjà quelques années, le pasteur Luther King, ainsi que Rosa Parks. Il se souvenait du boycott des bus, et des manifestations pacifistes qui avaient déjà eu lieu ici.
Quand il était arrivé dans ce pays, il avait eu du mal à comprendre tout ça. Lui qui avait toujours vécu en Grande-Bretagne, bercé par les récits de guerre de son père qui avait combattu aux côtés des américains pendant la guerre. Il avait toujours eu une admiration sans faille pour les Etats-Unis, jusqu'à ce qu'il découvre l'envers du décor. Il avait étudié la littérature et la sociologie à l'université, jusqu'à devenir professeur à son tour. A peine quelques années après avoir obtenu son doctorat, il avait réussi à avoir une chaise de professeur à l'université de New-York. Une chance presque inespérée pour quelqu'un comme lui. Sa mère avait été tellement fière de lui, et il aurait aimé que son père soit encore là lui aussi. Mais en arrivant dans le pays de ses rêves, il déchanta rapidement. Dès les premiers instants, il fut confronté à la ségrégation raciale. Dans les restaurants, les transports publics, même dans certaines écoles, qui ne respectaient toujours pas la mixité raciale. Il s'était senti tel un enfant à qui on apprend finalement que, le père noël n'existe pas. Oui, c'était exactement ce genre de sentiments qu'il avait ressenti. Voir une vérité que l'on croyait universelle s'évanouir, disparaitre.
Alors il avait commencé à faire des recherches, à lire tout ce qu'il pouvait trouver sur le sujet. Il s'était ainsi nourri d'énormément de littérature écrite par des noirs américains. Pour lui, c'était la source la plus fiable. Et il avait été bouleversé par ce qu'il avait lu. Il avait décidé d'en faire son prochain combat, d'ouvrir les yeux de cette génération qui semblait accepter le changement, ou en tout cas l'espérer, et il les poussait dans cette direction. Il avait publié plusieurs articles sur ce sujet, tous n'avaient pas été bien accueilli, et c'est à cause de ça qu'il avait perdu plusieurs fois sa chaise de professeur.
Il avait été extrêmement surpris d'obtenir un poste à l'université de Montgomery. L'université devait connaître ses opinions sociales et politiques, mais il avait tout de même été engagé. Il avait préféré ne pas en parler, faire profil bas.
Mais, aujourd'hui était son premier test. Son premier cours, sa première expérience avec de nouveaux élèves. Des étudiants qui venaient d'un monde tout à fait différent du sien, et qui auraient sûrement du mal à l'accepter. Peu importe. Il ferait ce qu'il avait à faire.
*****
Martin se rendait à son premier cours avec le nouveau professeur. Lui, ainsi que ses amis Paul et Valentine étaient plutôt curieux. Il y avait longtemps qu'il n'y avait pas eu de nouveaux professeurs à Montgomery, de plus, d'après les bruits de couloirs, celui-ci était assez spécial. Mais personne ne disait vraiment pourquoi. De ce qu'ils avaient entendu, plusieurs élèves de dernière année avaient quitté son cours la veille, mais encore une fois, ils en ignoraient la raison. La tension était donc à son comble alors qu'il pénétrait dans l'amphi pour ce cours, « études de la société à travers la littérature ». Un cours que Martin avait trouvé intéressant par son appellation, il en avait parlé à Valentine et Paul qui s'y étaient déjà inscrits. D'année en année, ils se suivaient bien. Bon, ils n'en étaient qu'à leur deuxième année, mais ils étaient ravis de se retrouver encore une fois, même si ce n'était pas le cas pour tous leurs cours. Ils s'avancèrent un peu, ils n'aimaient pas être au fond de la salle et se rapprochèrent le plus possible, tout en restant à une distance raisonnable.
Le professeur fit son entrée une minute plus tard. Tous les étudiants le scrutèrent avec attention. Il est vrai qu'il détonnait un peu des autres. Il ne portait pas de costume, mais un jean avec un sweat gris et des baskets blanches. Martin fut étonné de le voir arriver lui. En effet, il l'avait croisé dans les couloirs plus tôt dans la journée, et encore une fois à la bibliothèque le temps de midi, alors qu'il était venu étudier un peu. Il se sentait d'un coup extrêmement gêné, car il l'avait regardé avec insistance. Il lui plaisait vraiment. Ses cheveux gris mal coiffés, sa barbe de trois jours, ses yeux d'un gris magnifique, son allure d'adolescent, il le trouvait vraiment magnifique. Quand il l'avait croisé dans les couloirs, il s'était retourné un petit moment pour l'observer de dos. Il avait espéré secrètement qu'il le reverrait vite. Et son vœu avait été exaucé. Il lui plaisait tellement qu'il avait eu du mal à se concentrer sur son travail à la bibliothèque. Surtout quand, se sentant sûrement observé, le professeur avait relevé la tête vers lui. La beauté de ses yeux l'avait retourné une fois de plus. Il aurait dû être gêné de ce contact, baissé la tête en rougissant, mais il en avait été incapable. Hypnotisé par le regard qui avait accroché le sien. Finalement, c'était le professeur qui avait souri avant de baisser la tête, ce sourire toujours plaqué sur son visage. Martin le trouva encore plus séduisant ainsi. Avec ce sourire.
Martin fut tiré de ses pensées par la voix de son professeur qui résonna pour la première fois à ses oreilles.
- Bonjour à tous, je suis Yann Barthès, votre professeur de littérature, se présenta le professeur. Je sais que des bruits ont déjà commencé à courir sur moi dans cette faculté alors je vais être honnête dès le début. Vous savez que ce cours traite de la société américaine à travers la littérature, ce qui implique que je vous demanderai de lire également des écrivains de couleurs. S'il y en a que ça dérange, ils peuvent partir dès à présent et se désinscrire de ce cours, je ne leur en voudrais pas.
Ouah ! Au moins ce prof n'y allait pas par quatre chemins. Tous les étudiants avaient retenus leur souffle lorsqu'il avait évoqué les écrivains noirs. Tous se regardaient à présent. Leur professeur en bas semblait attendre les insultes. Il n'avait pas tort, certaines ne tardèrent pas à se faire entendre alors qu'un nombre assez important d'étudiants quittèrent l'amphi.
- Au moins on sait avec qui on ne doit pas parler, lança Paul à ses amis.
- Ça c'est sûr, mais on le savait déjà, répondit Valentine.
- C'est bien le premier prof qui va nous faire lire de la littérature noire, remarqua Martin.
- Ça te dérange ? lui demanda Paul.
- Non, je trouve ça étrange dans cette ville, par un blanc surtout, chuchota Martin.
- Il a pas l'air de venir d'ici, vous avez entendu son accent ? ajouta Valentine.
- Il vient d'où d'après toi ? demanda Paul. Du nord ?
- Pas sûr, réfléchit Martin, j'ai de la famille dans le Nord, ils parlent pas comme ça.
Les trois amis se turent quand leur professeur commença à écrire au tableau avant de reprendre la parole. Il avait noté deux livres à lire, Blood on the Forge, de William Attaway, et I Choose Exile, de Richard Wright. Deux écrivains noirs. Décidément, ce professeur était atypique, et, incroyablement sexy. Martin n'arrivait toujours pas à détacher son regard de lui. Même lorsqu'il commença à prendre des notes, il ne regardait que peu sa feuille. Il ne vit pas le temps passer. Pas plus que Paul et Valentine. En plus d'être séduisant, cet homme était également un bon professeur. Tous les étudiants étaient captivés par son discours, Paul plus que Martin ne l'avait jamais vu. Son ami était un ardent défenseur de la cause des noirs américains. Il avait participé à beaucoup de manifestation dès le lycée. Il avait, comme beaucoup d'enfants ici, eu une nourrice noire étant petit, et avait été très proche d'elle. Son renvoi alors qu'il était adolescent l'avait profondément marqué, et depuis, il n'avait cessé de fréquenter cette communauté, il assistait d'ailleurs à la messe avec eux et était de tous les combats. Plusieurs fois, Martin l'avait suivi. Il était lui aussi conscient que la société était injuste, mais n'était pas aussi impliqué dans la lutte que lui. Et puis, ça lui avait valu pas mal de disputes chez lui.
- Ça vous dérange si je vais discuter un peu avec lui ? leur demanda Paul.
- Non, je comptais faire la même chose, répondit Valentine.
- Je vous suis, ajouta simplement Martin.
Ils rangèrent leurs affaires et descendirent les quelques escaliers qui les séparaient de leur professeur. Celui-ci fut d'ailleurs surpris de voir des étudiants venir lui parler, apparemment, il n'avait pas encore eu cette expérience ici.
- Bonjour Monsieur, le salua Paul.
- Bonjour, lui répondit leur professeur souriant.
- On tenait tous les trois à vous remercier, lui dit Paul, vous êtes le premier professeur à faire ce genre d'effort ici, je pense que c'est important. Je suis ravi que vous soyez arrivé dans cette université.
- Et je vous remercie moi d'être si ouvert d'esprit, sourit leur professeur.
- Je peux vous poser une question ? demanda timidement Valentine.
- Bien sûr, répondit joyeusement leur professeur.
- Vous venez d'où ? demanda alors Valentine. On se demandait d'où venait votre accent quand le cours a commencé.
- De Birmingham, répondit le professeur.
- Ah bon ? s'étonna Martin.
- En Angleterre, précisa leur professeur.
- Ah !! s'exclamèrent-ils en cœur.
Yann rit légèrement, il avait oublié qu'il y avait effectivement une autre ville nommée Birmingham à quelques kilomètres de là. Les trois étudiants discutèrent encore un peu avec lui. C'est ainsi qu'il apprit qu'ils faisaient partis des mouvements contestataires, et venaient souvent en aide à la communauté noire de la ville. Le petit brun semblait le plus effacé de cette petite bande. Yann le regretta un peu, il n'avait pas vraiment eu l'occasion d'entendre le son de sa voix pendant cette conversation. Mais il ne perdait pas espoir. Il comptait bien apprendre à le connaitre plus. C'était défendu bien sûr, mais il y avait quelque chose au fond de ses prunelles noisette qui avait fait chavirer son cœur dans cette bibliothèque. Au moins, il avait appris une chose sur lui pendant la conversation.
Martin. C'était un beau prénom.
I keep a close on this heart of mine
I keep my eyes wide open all the time
I keep the end out for the tie that binds
Because you're mine, I walk the line
Yann se tenait au milieu de tous les manifestants dans cette rue. Une marche pacifique avait été organisée pour exprimer la colère de la population suite à l'incendie des deux écoles noires du quartier. Ce n'était pas la première fois que cela arrivait, et malheureusement, certainement pas la dernière. La marche était tout ce qu'il y a de plus pacifistes. Comme à son habitude, c'est le pasteur Luther King qui menait la marche. Yann l'avait déjà rencontré à plusieurs reprises au cours de ces derniers mois et avait été impressionné par son charisme et ses talents d'orateur. Sa place de pasteur l'avait sûrement aidé à être aussi éloquent. Il avait été étonné de croiser à ses messes, ses trois élèves, Paul, Valentine et Martin.
Il avait passé beaucoup de temps à discuter avec eux, s'était considérablement rapproché d'eux. C'était comme s'il était le quatrième membre de la bande, et il ne s'en plaignait pas. Comme ça, il pouvait voir Martin bien plus souvent. Il leur arrivait beaucoup, de se retrouver tous les deux. Généralement tard le soir, à la bibliothèque. Ils étaient sûrement les seules personnes à s'y trouver à cette heure-là. Ils pouvaient parler encore des heures ensemble. Les conversations commençaient d'habitudes par les lectures supplémentaires que faisait Martin, conseillé par Yann. Il lui demandait souvent des explications, ou simplement lui exprimait son ressenti. Il trouvait toujours en Yann une oreille attentive. Puis, ils se mettaient à parler d'autres choses, de sujets plus personnels, toujours avec un naturel déconcertant, mais qui ne semblait déranger aucun des deux hommes.
La marche continuait. Ils avaient tous déjà aperçu les policiers qui « encadraient » la manifestation. Ils savaient tous que tôt ou tard, ils seraient dispersés par la force. Et cet instant ne tarda pas. Un groupe de suprémacistes arriva et commença à s'attaquer aux manifestants. La police se joignit au mouvement pour arrêter certaines personnes. Bien sûr, ils ciblèrent les manifestants et non le groupe de jeunes qui avait attaqué en premier.
C'est en se retournant qu'il le vit. Martin était là. Yann se précipita vers lui en se frayant un chemin parmi les manifestants qui se bousculaient déjà pour tenter d'échapper aux policiers. Il attrapa Martin par le bras et le tira quelques rues plus loin, pour qu'il soit à l'abri. Le jeune homme semblait surpris de le voir, mais surtout, en colère de s'être fait trainé ainsi tel un enfant.
- Qu'est-ce que tu faisais là Martin ?! s'énerva Yann.
- Je manifestais, t'as d'autres questions débiles dans le genre ? s'exaspéra Martin.
- Tu es complètement inconscient ! Tu sais que tu pourrais perdre ta place à l'université ?! continua Yann abasourdi par le comportement de son étudiant.
- Je pourrais te dire la même chose ! lui fit remarquer Martin.
- Mais moi j'ai déjà fait ma vie Martin ! J'ai mes diplômes, j'ai travaillé, j'ai été récompensé, je retrouverai facilement, si c'est pas ici, je retournerai en Angleterre et...
- Non ! le coupa vivement Martin, la voix brisée.
- Pardon ? s'étonna Yann.
- Je ne veux pas que tu retournes là-bas, supplia presque Martin.
- Mais enfin Martin, je risque de...
Avant qu'il n'ait pu s'en rendre compte, les lèvres de son étudiant étaient sur les siennes. Il ne prend même pas le temps d'être surpris. Il en rêve depuis si longtemps. Il penche la tête et vient chercher sa langue pour la caresser de la sienne. Il sent sur ses lèvres une larme se poser. Martin en avait laissé échapper une, rien qu'à l'idée de ne plus revoir son beau professeur. Leurs lèvres se séparent, Yann n'a pas encore rouvert les yeux, il en veut plus. Il s'avance pour pouvoir y goûter à nouveau, mais Martin se détache. Yann ouvre les yeux tout de suite. Martin semble effrayé. Et il doit l'être car après avoir tenté de faire une phrase, il part en courant sans que Yann ne puisse le rattraper.
*****
Yann appréhendait ce cours, il allait revoir Martin et il fallait vraiment qu'ils parlent tous les deux. Qu'ils s'expliquent par rapport aux baisers de la veille. Mais à son grand étonnement, Martin n'est pas là. Yann se sentit triste et eut soudain peur de ne jamais revoir le brun. A la fin du cours, il demanda à Paul et Valentine s'ils savaient quoique ce soit, mais les deux amis semblaient aussi inquiets que lui, et étaient d'ailleurs sur le point de lui demander la même chose.
Les jours qui suivirent Martin ne revint toujours pas assister au cours de Yann mais avait repris les autres. Yann était blessé. Il avait au moins espéré qu'il trouverait Martin à la bibliothèque. Mais encore une fois, le jeune homme ne vint pas. Pourtant, ce soir-là quand il rentra enfin chez lui, il fut plus que surpris de le trouver devant la porte de son appartement. Son étudiant n'osait pas le regarder. Le naturel de leur conversation était loin d'être présent. Ils ne se dirent pas un mot, Yann ouvrit la porte et invita Martin à rentrer d'un signe de tête. Il le suivit à l'intérieur. Yann alla directement dans la cuisine se préparer un café, malgré l'heure avancée, il avait encore beaucoup de travail. Enfin, ça ne servait plus à grand-chose aujourd'hui.
- Pourquoi tu ne viens plus en cours Martin ? demanda simplement Yann.
- Je...,hésita Martin, j'étais pas très à l'aise...je voulais pas t'importuner.
- C'est important que tu suives tous tes cours Martin, le réprimanda Yann, je ne peux pas le faire à ta place.
- Je sais, je..., bégaya Martin, je suis désolée Yann.
- Pour quoi ? demanda calmement le professeur.
- Pour l'autre jour, je suis désolé Yann, je voulais pas, je...je suis désolé, balbutia Martin, je sais que c'est rien des excuses, mais j'espère que tu les acceptes.
- Non, dit Yann.
- Hein ? s'étonna Martin au bord des larmes.
- Je n'accepte pas tes excuse, insista Yann calmement.
- Mais, je...
- Je ne les accepte pas parce que je sais que tu n'es pas désolé, reprit Yann en se rapprochant de Martin.
- Si je...
- Tu n'es pas désolé, répéta Yann avec une assurance qui le choqua lui-même, tu voulais ça.
Le dos de Martin heurta le mur de la petite cuisine, Yann se tenait devant lui, ses bras en appui sur ce même mur, encerclant le visage de Martin. Leurs nez se frôlaient, leurs souffles se mélangeaient.
- Et tu n'étais pas le seul, souffla Yann tout contre ses lèvres.
Le professeur arrêta de soutenir son regard pour poser le sien sur ses lèvres qui lui faisaient tellement envie. Martin se sentait étoffé dans cette atmosphère électrique. Yann contre lui, son souffle contre sa peau, et cette façon qu'il avait de regarder ses lèvres. Il n'en pouvait plus, il allait suffoquer. Il chercha son air au seul endroit où il était sûr de le trouver. Sur les lèvres de Yann. Ce baiser est encore plus passionné que le premier. Leurs langues se trouvent immédiatement, leurs dents s'entrechoquent dans la précipitation, Yann lui mord la lèvre inférieure le faisant gémir contre lui. Puis, il l'embrasse plus tendrement, les mains sur ses joues. Ce baiser est plus long, plus appuyé. Ils soupirent d'aise avant de se détacher.
Martin se réfugia immédiatement dans ses bras. Yann le pressa fort contre sa poitrine, pour le retenir. Il savait qu'il devrait bientôt le quitter, mais il n'arrivait pas à s'y résoudre. Il laissa couler quelques larmes sur ses joues.
- Il faut que tu me promettes de suivre tous tes cours maintenant, lui dit Yann.
- C'est vraiment à ça que tu penses maintenant ? sourit Martin contre la peau de son cou.
- Oui, à partir de demain, je ne serai plus là, je ne pourrais plus te surveiller, alors promets-le moi, souffla Yann retenant des sanglots.
- Quoi ??!
Yann s'écarta de lui, prit son menton entre son pouce et son index et l'embrassa du bout des lèvres. Il lui prit ensuite la main pour le guider vers le canapé du salon.
- J'ai été renvoyé de l'université aujourd'hui, avoua Yann.
- Pardon ? Mais pourquoi ? A cause de moi ? demanda Martin les larmes aux yeux.
- Non, bien sûr que non, murmura Yann en lui caressant les cheveux à la base de sa nuque. Pourquoi ce serait de ta faute ? Il ne s'était encore rien passé quand ils me l'ont annoncé.
- Mais tu le sais depuis quand ? s'empressa Martin.
- Trois semaines, souffla Yann, ils m'ont dit ça après que je me sois fait arrêté à une manifestation contre la ségrégation.
- Mais...ils peuvent pas te faire ça, ils...
- Shhh, chuchota Yann en posant un doigt sur ses lèvres.
Yann l'embrassa à nouveau. Martin s'accrocha à lui comme si sa vie en dépendait. Non, il ne pouvait pas le laisser partir.
- Tu ne peux pas partir, lui dit le jeune homme, on trouvera une solution, tu peux retrouver du travail ici, j'en suis sûr.
- Et où ça Martin ? lui demanda rhétoriquement le professeur. Je ne veux pas enseigner dans une université qui n'est même pas capable d'accepter des étudiants de couleurs, je n'ai pas choisi ce métier pour ça.
- Je ne te laisserai pas partir, répéta Martin.
Yann sourit, ému. Martin lui donnait tellement d'espoir. Evidemment qu'il ne voulait pas le quitter, mais il n'avait pas vraiment le choix. Et il n'avait pas le droit de l'emmener avec lui. Martin devait finir ses études, rester avec sa famille, ses amis. Vivre.
I find it very, very easy to be true
I find myself, alone when each day is through
Yes, I'll admit that I'm a fool for you
Because you're mine, I walk the line
Martin et Yann étaient dans l'appartement du plus vieux. Martin avait réussi, avec l'aide de Paul et Valentine qui n'avaient aucune envie de voir leur professeur et ami partir. Les trois amis avaient parlé de la situation de Yann à la communauté noire de Montgomery. Avec l'aide de Martin Luther King, Yann avait obtenu une place au Morehouse College d'Atlanta. L'université pour les noirs. Au moins, là-bas, il était sûr que ses idées ne seraient pas mal reçues. Il avait plus de deux heures de route presque tous les jours, mais n'en avait que faire. Comme ça, il pouvait voir Martin quand il rentrait le soir, et c'était le plus important.
Voilà, un peu plus d'un mois qu'ils se fréquentaient. L'étudiant habitait pratiquement chez lui, il ne passait que très peu de temps sur le campus, pour leur plus grand bonheur. Ils venaient tout juste de se mettre au lit. Aujourd'hui, Yann avait quitté un peu plus tôt que d'habitude et n'était donc pas rentré trop tard à la maison. Il embrassa Martin du bout des lèvres avant d'éteindre la lumière. Il fut surpris de ne pas sentir la chaleur de son corps sur le sien. Habituellement, le jeune homme venait toujours se blottir contre lui. Quelque chose n'allait pas. Martin était sur son flanc, dos à lui, il respirait un peu plus fort qu'à l'accoutumée. Yann se rapprocha de lui, passa un bras autour de sa taille, colla son torse contre son dos. Il remonta sa main pour caresser son visage. Son cœur se brisa presque en sentant l'humidité sur ses joues. Il paniqua.
- Martin qu'est-ce qui se passe ? s'alarma Yann. Tu as mal quelque part ? Il s'est passé quelque chose à l'université que je ne sais pas ? Martin ?
- Non, Yann, c'est rien de tout ça je..., sanglota Martin.
- Martin, tu m'inquiètes, qu'est-ce que tu as ? Tu sais que tu peux tout me dire, le rassura Yann.
Les sanglots de Martin se firent plus sonores et plus nombreux. Yann le tira vers lui pour qu'il se retourne. Martin plongea directement sa tête dans son cou. Il voulait sentir son odeur. Encore une fois.
- Martin, je t'en prie, parle-moi, supplia Yann.
- Pourquoi...pourquoi tu...
- J'ai fait quelque chose de mal ? s'inquiéta Yann. Je t'ai blessé ?
- Non, tu..., hésita Martin, ça fait plus d'un mois tous les deux, et tu n'as jamais...tu ne m'as jamais...
Yann écarquilla les yeux, soulagé d'une certaine façon. C'était donc ça qui perturbait son compagnon ? Ce qui le rendait triste à ce point ?
- Martin, ça n'a rien à voir avec...
- Tu ne veux pas ? Tu ne me veux pas ? lui demanda Martin.
- Enfin Martin ! le réprimanda Yann. Bien sûr que si ! J'ai envie de toi à chaque fois que je te vois mais...
- Mais quoi ? hurla presque Martin.
Yann inspira profondément, son cœur s'emballa, il n'était pas très fier de lui.
- Je sais que c'est ta première fois, murmura Yann à son oreille.
- Comment tu ? s'étonna Martin en se relevant.
- Je vous ai entendu en parler avec Valentine une fois, avoua Yann, je sais, j'aurais pas dû écouter mais du coup...j'ai pas voulu te brusquer, te forcer à quoique ce soit. Je me suis dit que le jour où tu en aurais envie, tu me le dirais.
Martin l'attrapa par la nuque et l'embrassa fougueusement. Yann répondit immédiatement à ses baisers. Martin se colla plus fort contre lui et leur désir se réveilla. Il sentait celui de Martin contre sa cuisse, et les gémissements qui ne tardèrent pas à sortir de sa bouche lui confirmèrent qu'il ne rêvait pas. Il posa une main sur son torse pour le garder éloigné quelques minutes. Il devait être sûr.
- Martin, murmura-t-il le souffle court, tu es sûr de toi ? C'est ce que tu veux ?
- Oui, souffla son amant, oui. Je veux que...je veux que ce soit toi, ici, maintenant. Je...Je t'aime.
La respiration de Yann se coupa un instant en entendant ces mots. Il resta interdit un moment, assez longtemps pour se rendre compte qu'il devait dire quelque chose.
- Moi aussi Martin, murmura Yann tout contre ses lèvres en le regardant dans les yeux. Moi aussi je t'aime.
Yann retourna l'embrasser passionnément, Martin en fit de même, laissant couler quelques larmes de joie cette fois. Yann laissa doucement ses doigts glisser sous son t-shirt pour caresser la peau nue. Martin s'arrêta un instant, Yann eut peur de s'être montré trop entreprenant. Mais le regard de Martin était tendre et il embrassa son professeur à nouveau. Alors Yann laissa ses doigts poursuivre leur route jusqu'à ce que le tissu ne recouvre plus le torse de Martin. Il l'admira un instant. Il vit la timidité de Martin dans ses yeux, il devait sûrement se demander si Yann aimait son corps, s'il n'était pas trop imparfait. Yann vint le rassurer en déposant des baisers sur son ventre, puis plus haut. Remontant lentement jusqu'à ces deux morceaux de chair sensibles. Il laissa passer le bout de sa langue doucement sur eux. Sa respiration s'accélérait, se faisait plus sonore. Il le voyait se mordre les lèvres pour retenir ses gémissements sans doute. Mais Yann voulait les entendre, il voulait le voir succomber entre ses bras. Il appuya les mouvements de sa langue et Martin ne put se retenir. Il se mordit les lèvres plus fort après ça. Il rougissait.
- Ne te retient pas, lui murmura Yann à l'oreille. Je veux t'entendre.
Yann ne savait pas à quel point ses mots avaient de l'effet sur son jeune amant. Martin se sentait déjà envahi par le plaisir, il se sentait durcir de plus en plus. Personne avant Yann en lui avait fait ressentir ce genre de choses seulement avec des mots. Doucement, maladroitement, il retira le t-shirt de Yann et l'envoya valser à l'autre bout de la pièce. Leurs boxers suivirent le même chemin rapidement, et ils étaient nus, l'un face à l'autre, Martin au-dessus de Yann. Ce dernier laissa glisser sa main le long du torse du plus jeune et s'empara de lui. Martin sursauta et ferma les yeux. Il n'arrivait pas à regarder Yann, pas alors qu'il lui prodiguait autant de plaisir. Yann ralentit ses mouvements, il prit la main de Martin et la guida jusqu'à son membre. Martin dû rouvrir les yeux. Il n'était pas sûr de ses gestes, il avait peur de mal faire.
- Shhh, ne t'inquiètes de rien, chuchota Yann.
Yann l'embrassa encore, tendrement, ce qui le rassura un peu. Le professeur appuya ses gestes, Martin l'imita. Ils étaient tous les deux au bord de l'implosion, ils le sentaient. Yann s'arrêta, passa ses bras autour du cou de son amant et l'embrassa à pleine bouche. Sa langue se frayant un chemin jusqu'à celle de Martin. Il inversa leur position, se frotta doucement contre lui. Un autre gémissement s'échappa des lèvres de Martin qui détourna le regard. A nouveau, Yann s'arrêta. Il porta sa main jusqu'à sa joue, la caressa doucement.
- De quoi as-tu envie ? susurra Yann.
- Yann...
- Tu me laisses mener ? Tu me fais confiance ? s'inquiéta Yann.
- Oui, soupira de plaisir Martin.
Après avoir laissé Martin lui lécher les doigts, il les glissa jusqu'à son intimité. Il pouvait lire l'appréhension dans les yeux du brun, qu'il effaça d'un simple baiser. Il réussit à le distraire assez pour qu'il se détende, et c'est à ce moment que ses doigts le pénétrèrent. Martin lui mordit la lèvres sous la sensation et Yann gémit.
- Je suis désolé, s'excusa Martin.
- Shhh, je vais bien Martin, tu peux même recommencer, le rassura-t-il avec jeu.
Et Yann reprit ses gestes avec ses doigts. Martin rejeta la tête en arrière, les yeux fermés à nouveau. Après quelques minutes, et une demande silencieuse en regardant son jeune amant dans les yeux, il s'unit à lui. Martin grimaça un peu alors Yann s'arrêta.
- Martin...
- Continue, supplia Martin, continue, j'en ai envie.
Yann attendit encore un peu, juste le temps que Martin s'habitue, lui caressant tendrement la joue. Il recommença à bouger. Martin ferma les yeux, encore, la tête légèrement renversée, son corps suivant les mouvements de celui de Yann. Son amant était doux, tendre, prévenant. Il le touchait comme s'il était fait de porcelaine. Martin n'aurait pu rêver meilleur homme pour sa première fois, et pour toutes celles à venir, c'est ce qu'il voulait. Yann était heureux de pouvoir sentir le jeune homme ainsi. Ses yeux clos le frustraient, mais il savait qu'il faudrait un peu de temps à Martin avant qu'il n'arrive à le regarder. Il rêvait de cet instant. Du jour où Martin le regarderait dans les yeux alors qu'il augmenterait la puissance de ses coups de reins. Il rêvait du jour où il verrait le brun s'abandonner totalement à lui, les yeux dans les yeux. Il en eut un bref aperçu lorsqu'il prit à nouveau son désir dans sa main. Martin rouvrit les yeux sous la surprise, un hoquet de plaisir résonnant dans toute la pièce. Ses yeux étaient noirs, son regard vitreux, il ne tiendrait plus très longtemps. Finalement, Yann fut heureux qu'il n'ait pas ouvert les yeux plus tôt, il n'aurait pas pu se contrôler aussi longtemps. Et il n'y arriva plus. Juste quelques minutes de plus, et tous les deux se consumaient peau contre peau. Les lèvres de Yann à quelques millimètres de celles de Martin, il profita de cet instant pour une fois de plus, faire passer sa langue dans la bouche de son amant qui étouffa son ultime gémissement ainsi.
Yann resta un instant contre lui, reprenant peu à peu sa respiration. Celle de Martin était erratique, il était essoufflé. Yann replaça quelques mèches sur son front, et réclama à nouveau ses lèvres pour un baiser tout en tendresse.
- Comment tu te sens ? demanda Yann inquiet.
- Epuisé, répondit Martin.
Les deux hommes rirent. Yann se dégagea un instant mais Martin réclama tout de suite la chaleur de son corps et vint se blottir contre lui. Yann l'entoura de ses bras, le serra fort contre lui et lui embrassa le front.
- Tu as dit que tu m'aimais, fit remarquer Yann avec jeu.
- Et tu m'as répondu que toi aussi, répondit Martin sur le même ton.
- T'es sûr ? Je m'en souviens pas très bien, tu pourrais me le redire ? reprit Yann.
- Je t'aime, murmura Martin avant de l'embrasser du bout des lèvres.
- Je t'aime, lui répondit Yann et l'embrassa à son tour.
*****
Toute la bande était réunie chez Yann pour leur dîner hebdomadaire. Depuis quelques temps c'était devenu leur petit rituel. Ca permettait à Paul et Valentine de continuer à voir Yann maintenant que celui-ci n'était plus leur professeur. Puis, il était beaucoup plus intéressant et cultivé que leur nouveau professeur de littérature. Martin lui répétait à longueur de journée, il avait d'ailleurs abandonné ce cours. Il ne se sentait plus d'assister à ça, même si le prof s'était avéré être un excellent professeur, il n'aurait pas pu, il avait trop de rancœur par rapport à ce qu'on avait fait à Yann.
La joyeuse petite bande s'était agrandie depuis peu. Amira, une amie de Paul les avait rejoint, elle était encore lycéenne, mais était déjà très engagée en politique. Elle rêvait d'ailleurs d'étudier les sciences politiques pour un jour siéger au congrès. Elle était très idéaliste. Elle rêvait du jour où tout irait mieux pour tous. La récente nomination du sénateur Kennedy à la candidature démocrate lui avait donné de l'espoir, comme à tout le reste de la bande.
Ils venaient de finir de manger et Yann avait mis un disque de Johnny Cash pour qu'ils puissent danser. Paul avait immédiatement pris Amira par la taille pour l'emmener sur la piste de danse improvisée. Martin venait d'attraper la main de Yann pour l'entrainer à son tour. Valentine soupira.
- Je vais vraiment devoir me trouver quelqu'un, je me sens un à l'écart là, soupira-t-elle malgré la joie qu'elle ressentait pour ses amis.
- Mais non, viens là ! On peut danser à trois ! lui lança joyeusement Amira.
Les garçons rirent alors que Valentine rejoignait le presque couple, formé par Paul et Amira.
- T'approche pas trop quand même Val, lâcha Martin, faudrait pas que tu te retrouves au milieu d'un baiser tout en langues !
Paul et Amira rougirent, ce qui ne fit qu'augmenter l'hilarité de Martin.
- Tu peux parler, toi et Yann vous êtes pas du genre discret ! fit remarquer Amira.
- Là elle marque un point ! la soutenu Paul.
Martin rougit légèrement, mais sourit, et Yann lui prit le menton dans la main avant de l'embrasser fort. Il n'en avait que faire d'être discret. Ils devaient déjà se cacher à l'extérieur, il n'avait aucune envie de continuer la mascarade dans l'intimité de son appartement. Il aimait Martin, et au moins, ses amis devaient le savoir, et se le faire rappeler aussi souvent que possible.
You've got a way to keep me on your side
You give me cause for love that I can't hide
For you I know I'd even try to turn the tide
Because you're mine I walk the line
Because you're mine I walk the line
Because you're mine I walk the line
