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Language:
Français
Stats:
Published:
2018-02-17
Updated:
2018-12-23
Words:
9,876
Chapters:
2/94
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9
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14
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875

Entre le Diable et la mer bleue profonde

Summary:

Alex avait toujours su que sa curiosité et son impulsivité lui causerait des problèmes. Il s'était retrouvé mêlé avec le MI6 après tout. Il ne s'attendait tout de même pas à se retrouver à SCORPIA en tant qu'apprenti de Yassen Gregorovich. Pas de relation, Univers alternatif après Skeleton Key.

Notes:

Traduction de The Devil and the Deep Blue Sea de Pongnosis (avec son autorisation)
Disclaimer : Alex Rider appartient à Anthony Horowitz et l'histoire originale appartient à Pongnosis

Note de l'auteur (NA) : Pas de couple. L'histoire se situe après Skeleton Key. Comme elle se passe avant Eagle Strike, Alex ne connaît pas certaines informations et Tom ne sait rien du travail d'Alex au MI6. Le rating est pour le langage, la violence ainsi que pour des sujets plutôt noirs abordés plus tard, incluant des meurtres non détaillés et de la torture. Le premier chapitre peut être lu comme un one-shot mais l'intrigue se développe par la suite.

Note du traducteur (NT) : L'histoire est encore en cours au moment ou je commence la traduction mais il y a déjà 60 chapitres et ma traduction sera lente donc je ne met pas de date de publication.

Signification du titre de l'histoire :
La traduction littérale est Le Diable et les Abysses. Il s'agit d'un idiome anglais.
En français l'idiome qui correspond le mieux est "être entre le marteau et l'enclume". Cela signifie être dans une position où les deux choix proposés sont tous les deux dangereux.

Signification du titre du chapitre :
Pour ceux ne connaissant pas la mythologie grecque, et plus précisément dans l'Odyssée d'Homère, Charybde et Scylla sont deux monstres marins situés de chaque côté d'un détroit qu'Ulysse doit traverser.
"Aller de Charybde en Scylla" (ou "aller de mal en pis") veut dire d'aller d'une situation horrible à quelque chose d'encore pire.

Chapter 1: Charybde et Scylla

Chapter Text

Alex se réveilla avec la désagréable sensation que quelqu'un était dans sa chambre.

Il était à une semaine de voir Sabina. Et d'aller en France. Il était si proche de vivre normalement à nouveau, juste comme un ado en vacances, et maintenant il y avait quelqu'un dans sa chambre.

Alex se demanda s'il devait continuer à faire semblant de dormir. Puis il décida que ce n'est pas comme si cela changerait grand-chose.

Alex ouvrit les yeux et observa l'obscurité de la chambre. Un homme était assis sur la vieille chaise de bureau, parfaitement à son aise. Anonyme, vêtu de noir, les cheveux courts, la peau pâle, et un pistolet à la main dirigé résolument sur Alex. La nuit cachait toutes les couleurs et laissait derrière elle des nuances de gris, mais Alex n'avait pas besoin de voir les cheveux blonds ou les yeux bleux clairs pour reconnaître Yassen Gregorovich.

Ils restèrent silencieux un moment. Yassen ne semblait pas pressé de parler et Alex ne savait pas trop quoi dire. Le silence persista jusqu'à devenir trop pesant pour Alex. Si Yassen avait voulu le tuer, il n'y pas de doute qu'Alex ne se serait pas réveillé. Ce seul fait lui faisait se demander ce qu'il se passait.

          "Est-ce que c'est normal de se rincer l'œil sur des ados de 14 ans presque nu ? C'est plutôt flippant." dis Alex, remontant la couverture sur lui juste pour la forme.

Dans le même mouvement sa main s'approcha du couteau qu'il cachait entre le matelas et le coté du lit. Non pas que ça aiderait beaucoup contre un assassin professionnel, mais bon. Cela le faisait se sentir un peu moins nu.

          "Tu devais retourner à l'école Alex. Tu n'appartiens pas à ce monde."

La voix de Yassen ne laissait pas filtrer d'émotion. Désapprobation ? Déception ? Alex ne pouvait pas le dire.

          "Dites le au MI6".

Bon d'accord sa voix était aigrie. Mais il pensait en avoir le droit.

          "Peut-être."

Alex bougea légèrement, agrippant les couvertures un peu plus d'une main pendant que l'autre tombait au bord du matelas, hors de la vue de Yassen.

          "Alex."

Il se figea et croisa le regard de Yassen. Le pistolet bougea quelques centimètre plus haut. Alex suivit les instructions silencieuses et ramena ses deux mains à vue. Il failli faire presque une mauvaise blague sur les ados et les mains sous les couvertures mais s'arrêta au dernier moment. Il ne pensait pas que son visiteur apprécierait.

Le pistolet n'avait pas bougé et Alex soupira, se sentant fatigué.

          "J'ai énervé qui cette fois ?"

La triade du Grand Cercle ? Le MI6 avait affirmé s'en être occupé. Quelqu'un d'autre ? Ce n'était pas comme s'il manquait d'ennemis. Une part de lui voulait savoir. Une part de lui voulait en finir. Et une part de lui souhaitait que Yassen ait fini son boulot pendant qu'il était encore endormi.

          "Je ne suis pas là pour te tuer."

Pourquoi d'autre envoie-t-on un assassin du calibre de Yassen ? Alex avait plusieurs options en tête et aucune n'avait l'air agréable.

          "Un enlèvement alors ? Demanda-t-il. C'est tout aussi flippant."

          - Tu as une imagination très active, Alex. Une discussion. Rien de plus.

          - Au bout d'une arme ? Demanda Alex dubitatif.

Yassen haussa légèrement les épaules.

          - Pour m'assurer que tu écoutera.

Ça annonçait une discussion des plus merveilleuses. L'adrénaline chassait rapidement le sommeil de son esprit et ses pensées étaient plus claires et aiguisées tandis que quelque chose lui revenait en tête.

          - Jack ?

Il n'était pas seul dans la maison après tout. Cette pensée lui pinça le cœur.

          - Indemne et endormie. Elle le restera pour encore huit heures.

Un genre de drogue donc. Comme celle que le MI6 avait utilisé sur lui une fois. Alex hocha la tête, reconnaissant. Il supposa qu'elle resterait saine et sauve du moment qu'il n'énervait pas trop son visiteur. Il en semblait bien capable.

          - D'accord. Vous avez toute mon attention.

          - Tu n'as pas suivi mon conseil.

Il lui fallut quelques secondes pour réaliser de quoi l'homme parlait. Sur le toit avec le corps de Sayle à leur pieds. Juste avant que Yassen ne parte. L'expression d'Alex s'assombrit.

          - Quoi le retourne à ta vie ? Oui c'était un brillant conseil ça.

Comme si c'était si simple ? Partir. Ça n'arrivera pas tant que Blunt le trouvera utile, et ce, peu importe ce que les gens disent.

L'expression de Yassen se durcit un peu.

Le MI6 ne se préoccupe que de l'utilité que tu as pour eux. Ils t'utiliseront jusqu'à ce qu'ils ne le puissent plus.

Ces mots étaient un peu trop proches des propres pensées d'Alex. Il refusa d'en tenir compte.

          - J'ai essayé de partir. Ils ne m'ont pas laissé faire. Juste cette petite mission Alex. Tu n'as qu'à t'en prendre à toi-même Alex. Tu es si curieux Alex et tu t'attires toujours des ennuis. Qu'est-ce que je peux faire d'autre ? Ils vont expulser Jack et m'abandonner dans le pire établissement qu'ils peuvent trouver, et ensuite ils me contrôleront totalement, même si quelqu'un est désigné tuteur sur le papier. Je leur appartiens. Ils ne me laisseront jamais.

Alex se tut, un peu surpris par sa tirade. Yassen resta silencieux pendant de longues secondes. Alex pensa voir ce qui pourrait être un froncement de sourcil.

Il sentit la fatigue due aux cauchemars et au manque de sommeil revenir. Quand il reprit, il ne pût cacher la lassitude dans sa voix.

Si vous êtes là pour me menacer afin que je quitte le MI6, vous pouvez aussi bien me tuer maintenant. Je ne voulais pas travailler pour eux au départ. Je ne le veux toujours pas. Je sais qu'un enfant n'a rien à faire là dedans, mais je n'ai pas vraiment eu le choix.

          - Il y en a qui considèrent les enfants comme sacrifiables. La voix de Yassen était calme quand il parla enfin. Bien qu'on attendrait d'eux qu'ils s'occupent au moins  de toi tant que tu es capable de remplir ta mission. Tu as été exposé à des radiations. As-tu été examiné convenablement ? Est-ce que ton agence surveille ta santé ?

Yassen pouvait distinguer les mensonges facilement. Mais même là le silence d'Alex était assez révélateur.

         Ton père était mon mentor. Je lui dois ma vie. L'homme continua d'une voix calme et mesurée. Je n'ai pas passé beaucoup de temps avec lui, mais il m'a beaucoup appris. Hunter était le meilleur assassin du monde grâce à SCORPIA, et un homme vraiment extraordinaire. Il était aussi un agent double pour le MI6 et il a été tué par SCORPIA quand ils l'ont découvert.

Alex avait beaucoup de question au sujet de toutes les choses que venait de dire Yassen. Il commença par la plus facile.

          - SCORPIA ?

          - Sabotage CORruPtion Intelligence et Assassinat. C'est une organisation terroriste. Je travaille pour eux depuis avant ta naissance.

Et ensuite.

          - Mon père était un assassin ?

Un hochement de tête.

          - Vous mentez.

Il ne savais pas pourquoi mais il était impossible que Yassen Gregorovich dise la vérité à propos de son père, qu'il ait été agent double ou non. C'était une ruse, Une ruse horrible et cruelle venant d'un homme tout aussi cruel. Peut-être qu'il voulait qu'Alex l'accompagne et suive les traces de son père. Peut-être qu'il voulait qu'il se retourne contre le MI6. Peut-être …

          - Je ne mens pas.

Calme. Egal. Entièrement sincère, de sa façon bizarre et froide. Alex l'observa depuis l'autre coté de la chambre sombre. Il ne pouvait pas lire cet homme aussi bien qu'il le souhaitait. Non pas que Yassen était quelqu'un qu'on pouvait lire même en plein jour. Mais à l'instant il ne voyait rien d'autre que de l'honnêteté.

Le premier doute insidieux s'installa dans l'esprit d'Alex. Il voulait croire que quelqu'un lui aurait parlé de son père, mais il savait que cette éventualité était faible. Son oncle pensait peut-être qu'il était trop jeune. Le MI6 aimaient trop leurs secrets.

          Le MI6 souhaitait avoir un agent dans SCORPIA. La perte de la couverture aurait signifié la mort de l'agent. Ils avaient besoin de quelqu'un qui serait capable de réussir l'entrainement et de devenir un agent de confiance. Ton père était cet homme.

Yassen hésita.

          J'ai des raisons de croire avec du recul que certains de ces assassinats étaient simulés. La plupart ne l'était pas. Il était compétent, respecté.

Ces mots sonnaient désagréablement pour Alex. Respecté par une organisation terroriste. Ce n'était pas vraiment quelque chose de recommandable. Un fantastique travail de couverture cependant. Bien plus brave que tout ce qu'Alex aurait pu imaginer faire. Terrifiant d'une façon qui lui donne des frissons dans le dos rien que d'y penser. Entouré d'ennemis, la moindre erreur causant la mort. Et son père n'y avait pas seulement survécu, il y avait prospéré.

Il voulait toujours accuser Yassen de mentir, mais il n'y avait rien d'autre que de l'honnêteté dans sa voix et son expression. Peut-être de l'honnêteté très bien jouée.

          - Il était un agent double.

Un hochement de tête.

          Et il l'ont tué. Ainsi que ma mère.

Un autre hochement de tête. Est-ce que ce serait le sort de tous les Rider . Tué lors d'une mission ou une autre. Le MI6 avait certainement bien commencé à récupérer l'ensemble complet.

          Super. Le fils d'un agent double avec l'organisation terroriste que le père a pigeonné. Ça va se passer à merveille. Déclara Alex.

Yassen sembla vaguement amusé. Si Alex plissé les yeux et essayé très dur de le voir. L'homme était aussi expressif que Blunt, juste un peu moins … gris.

          - La plupart des gens ne connaissait pas la vérité à son sujet. Le MI6 a simuler sa mort. Ceux qui savent et qui sont toujours en vie … Je pense qu'ils pourraient respecter tes capacités. Ton potentiel. SCORPIA était une jeune organisation quand ils m'ont entrainé. Quand ils ont entrainé ton père. De nos jours ils créent les meilleurs agents au monde. Tu apprendrais à survivre. Ce que le MI6 ne t'a jamais enseigné.

          - Ils ont tué mes parents. Ils m'auraient aussi tué si j'avais été là.

          - Ils ont les compétences dont tu as besoin pour rester en vie. La voix de Yassen n'autorisait aucune interruption. Qu'est-ce que le MI6 t'a donné, Alex ? Quelques jours d'entrainement militaire ?

Dix jours et c'était un entrainement des SAS . Mais Alex ne pris pas la peine de le corriger. Ce n'était pas comme si c'était beaucoup mieux.

          Combien de fois as-tu failli mourir à leur service ?"

Ça aussi Alex refusa d'y répondre. Trop de fois, honnêtement, mais il n'était pas prêt à l'admettre non plus. Trop de fois et ça n'aidait pas qu'il n'avait eu aucun soutien ou qu'il n'avait envoyé aucun renfort. C'était un miracle qu'il soit encore en vie et il le devait à l'entrainement de son oncle.

C'était une preuve solide de l'état du monde et du caractère 'impitoyable du MI6 si ledit entrainement et sa chance ont été nécessaire.

          Je n'ai aucune envie de te tuer. Mais si tu continue cet arrangement avec le MI6, éventuellement je n'aurai pas le choix.

Cela semblait être une nouvelle fois la pure vérité. Les mots que Yassen avait prononcé sur le toit lui revenait en mémoire.

Je n'ai pas d'instructions à ton sujet.

Alex avait été un encombrement, un témoin, un possible problème, et Yassen l'avait laissé vivre. Si Yassen disait qu'il n'avait aucune envie de le tuer, Alex était enclin à le croire.

Cela ne changeait pas les événements cependant. Yassen l'avait peut-être épargné ce jour là, mais il lui avait pris quelqu'un.

          - Vous avez tué Ian Rider.

          - Oui.

          - Je vous hais. Vous êtes mon ennemi.

Alex sentait qu'il était important de le mentionner.

          - Oui.

Yasen acquiesça de nouveau. Si ces mots l'affectait d'une quelconque façon, il n'en montra rien.

          Je dois tout à ton père. Je ne peux rien faire pour te protéger du MI6 si tu restes ici. S'ils continuent cette farce avec ces missions avec toi, tu mourras. Je n'ai pas besoin que tu m'apprécies. Simplement que tu acceptes le fait que si tu viens avec moi, je te protègerai. Tu peux me haïr, mais je ferai tout ce qu'il faut pour que tu survives.

          - Jack …

          - Sans toi, ils n'ont pas de raison de s'en soucier. Elle sera libre de rester ou de partir comme elle le souhaite. Yassen haussa les épaules, pragmatique. Bien sûr, elle ne touchera pas d’argent et son visa ne sera pas renouvelé, mais elle sera plus en sécurité que dans la maison de Ian Rider.

Ma maison , corrigea rageusement Alex pour lui-même, parce que tu l'as tué . Mais il ne dit rien à voix haute. Il essaya un autre angle.

          - J'ai des amis, j’ai l'école.

Un mensonge pur et simple, si on repense à la vie qu'il menait depuis que le MI6 s'était intéressé à lui. Et vu le regard perçant de Yassen, il le savait également.

          - Tu as déjà attiré l'attention d'un certain nombre d'ennemis. Combien de temps avant que Harris ou Melle Starbright ne soient utilisés comme moyen de pression contre toi ? Combien de temps avant qu'un d'entre eux ne soit torturé ou tué en représailles d'une mission ? Tu sais que le MI6 n'offrira aucune protection. Ils comptent sur l'anonymat pour te protéger. Ma présence ici est une preuve flagrante de leur échec.

Alex n'avait jamais mentionné le nom de Tom. Il n’aurait pas dû être surpris, mais ces mots le firent pourtant frissonner jusqu’à la moelle. Si Yassen savait, d'autres pouvaient le découvrir aussi. Tom serait en danger, ainsi que Jack, à cause de quelque chose qu'il avait fait et il ne pourrait pas l’empêcher.

Est-ce que ça se finissait ainsi ? Est-ce que c'étaient ses seuls choix ? Le MI6, une vie courte et les personnes autour de lui en danger constant d'un côté, SCORPIA, une nouvelle identité et la possibilité de vivre un peu plus longtemps de l'autre. Tom et Jack ou … Yassen ? Avec qui ce genre de personne s’associait-elle ? Est-ce qu'il y aurait quelqu'un d'autre avec qui il pourrait être juste Alex ?

          - Alors ça se finit comme ça ? Demanda-t-il, répétant ses pensées.

 

Yassen eut un petit geste pragmatique.

          - C'est toujours un choix. Tu restes, tu continues cette folie, on se rencontre à nouveau et je serai forcé de te tuer. Je t'ai déjà dit que je n'en ai aucune envie. Tu pars avec moi, je t'instruis, te donne les compétences qui te permettront de survivre. Alors peut-être que tu vivras plus longtemps.

          - Troisième option, je fuis. contredis Alex.

Il savait que ce n'était pas une option au moment où il le dit car alors même qu’il venait de prononcer ces mots, Yassen ne sembla pas surpris.

          - Chassé par le MI6 et par tous les ennemis que tu t'es fait, sans soutien et sans contacts. Tu n'as pas encore vécu assez longtemps dans cette vie pour t'être fait les relations nécessaires pour survivre seul. Tu serais chanceux d'arriver jusqu'en France. Tu serais tué, ou ramené et surveillé de très près. Tu n'aurais pas la chance de réessayer.

Alex hocha la tête. Yassen avait raison, si désagréable que ce soit de l’admettre. Il pouvait même se l'imaginer clairement. Un ordre de Blunt de faire expulser Jack et lui-même mit sous la tutelle d'un gardien moins accommodant. Quelqu'un qui fermerait les yeux sur le chantage qu’il subissait.

Pourtant …

          - Je ne peux pas prendre la décision comme ça. Deux jours. Un jour. C'est tout ce que je demande.

Assez de temps pour analyser quoi faire quand il ne serait pas épuisé par le manque de sommeil, les cauchemars et que l'adrénaline ne le ferait plus trembler.

Assez de temps pour préparer un piège, et Yassen le savait également.

          - Jolie tentative. Non Alex. Tu décides ce soir.

Le pistolet resta en place, parfaitement et inhumainement stable.

          - J'ai un dossier qui m'attend chez mes employeurs. Je dois l'accepter au matin. Je quitte le pays d’une façon ou d’une autre : sans toi, chez mon prochain client ou avec toi, quelque part pour t'entrainer. La gêne occasionnée pour trouver un remplaçant sera acceptable pour mes employeurs. Si le gain est suffisant.

          - Moi.

          - Toi.

Alex s'interrogea sur le genre de personnes qui pourraient le considérer comme important. Le genre de personnes qui apparemment tenaient Yassen Gregorovich en laisse. Puis la réponse lui apparut.

          - C'est du chantage.

Yassen haussa un sourcil en une invitation muette de s'étendre sur sa logique indubitablement fascinante. Le sourcil de Yassen pouvait être sarcastique. Alex était un peu jaloux.

          - Si je ne viens pas avec vous, vous allez tuer quelqu'un.

 

Alors même qu'il prononçait ces mots, il savait que ce n'était pas exactement ça. Et Yassen était clairement d'accord car le sourcil se haussa à nouveau. Très expressif celui-là.

 

          - Je suis un assassin de SCORPIA. Un des meilleurs au monde. Ta présence ne changera pas ce fait. Je travaillerai moins, peut-être pour un moment. Ces opportunités d'emploi seront simplement acceptées par d'autres employés de SCORPIA. Les cibles ne vivront pas plus si tu es présent avec moi.

Débat terminé. Alex n'avait toujours pas accepté l'offre. Il ne l'avait pas non plus refusé, et ils le savaient tous les deux.

 

C'était une idée incroyablement stupide. Encore plus que sa décision de pénétrer par effraction dans le bureau de Ian Rider situé au quinzième étage et ce depuis l'extérieur. Il pourrait se faire tuer. Il pourrait aussi avoir des réponses et peut-être la connaissance suffisante pour mettre à exécution ses menaces. Venger ses parents et Ian, ainsi que tout ce qui s'était mal passé depuis leur mort.

Il serait l'élève de Yassen Gregorovich. L'homme qui avait tué son oncle et qui l'avait mis à la merci du MI6. SCORPIA s'attendra certainement à ce qu'il devienne un assassin comme son mentor et son père.

Est-ce qu'il pouvait le faire ? Tuer de sang-froid ?

Il essaya de se l'imaginer et sentit nauséeux. Il avait quatorze ans. Il devrait s'inquiéter pour ses notes et ses amis, pas se demander sérieusement ce que cela fait de tuer un autre être humain.

          - Et si je ne veux pas tuer quelqu'un ?

          - Tu as déjà tué avant, Alex. Crois-tu vraiment que personne n’est mort à la suite de tes missions ?

Alex déglutit

          - Ils ont essayé de me tuer en premier.

Il en avait plaisanté à Point Blanc. Les cauchemars étaient venu plus tard, bien que le visage qui hantait son sommeil maintenant était celui du Général Sarov, les quelques secondes précédant le moment où il avait pressé la détente.

Les souvenirs étaient assez difficiles comme ça. Rien que de penser à tuer de sang froid…

 

          Je ne peux pas le faire. Je ne peux pas devenir un assassin. Je ne peux pas tuer quelqu'un.

Mieux valait être honnête avant que Yassen ne le découvre d'une autre façon et qu'Alex en paye le prix.

 

          - J'ai dit la même chose à ton père une fois. Yassen hésita. Il m'a dit qu'il était content de ma décision et puis il m'a dit de me tenir loin de SCORPIA. De disparaître en Russie avec les compétences que j'avais. Je l'ai presque fait.

Alex n'était pas sûr qu'il devrait demander. Mais il le fit tout de même.

          - Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

          - Tout le monde peut tuer avec la bonne motivation, la bonne cible. J'étais déterminé à lui prouver qu'il avait tort sur mon potentiel. Je suis devenu doué. répondit-il avec calme et euphémisme. Ton père n'aurait pas voulu ça pour toi. Il aurait encore moins voulu ta mort en tant que pion remplaçable du MI6.

Le moindre de deux maux. Alex pensa qu'il comprenait, au moins un peu.

Ainsi donc voici ses choix. Alex essaya de s'imaginer accepter et trouva ça difficile. Il essaya de s'imaginer refuser, et il sut à ce moment quelle était sa réponse. Accepter serait de la pure folie. Refuser et perdre la chance d’obtenir ses réponses, d'avoir quelqu'un dans son camp pour une fois et qui pourrait le protéger, quelqu'un qui avait connu son père …

Il ne pouvait pas.

Alex prit une grande inspiration et hocha la tête.

          - J'accepte. Je ne peux pas promettre que je serai jamais capable de tuer quelqu'un, mais j'écouterai ce que tu veux m'enseigner et ferai de mon mieux.

Si Yassen était surpris par sa réponse il n'en montra rien.

          - Tu auras besoin de vêtements. Emporte ce dont tu as besoin pour une semaine dans un climat continental humide. Rien d'identifiable. Pas d'armes. Laisse ton électronique.

Des ordres simples. Alex pouvait l’accepter. Il n'avait même pas d'arme pire que des couteaux.

          - Jack et Tom … Est-ce que je peux leur dire ? Leur dire que je n'ai pas été enlevé au moins ?

          - Une lettre avant que tu partes. Rien d'autre et rien d'incriminant.

Mieux que ce qu'Alex avait espéré. Ils croiraient probablement malgré tout qu'il avait été enlevé, et il s'en sentait déjà coupable, mais il n'allait pas changer d'avis. Il devait le faire. Retrouver un peu le contrôle de sa vie, si minime soit-il.

Il ne fallut pas longtemps pour plier bagage. Yassen garda un œil sur les choix vestimentaires d'Alex mais n'intervint pas.

Le pire fut d’écrire les lettres. Que voulait-il y mettre ? Les trois pages de papier qu'il avait déchiré d'un de ses cahiers semblaient énormes et intimidantes. Yassen avait été clair : il ne devait pas laisser d'indice sur eux. Aucun. Et ça ne rendait pas la tâche plus facile. Il ne pouvait pas mentionner un vieil ami de son père sans laissé un trop gros indice mais il pouvait contourner la vérité.

 

Chère Jack , commença t-il finalement.

Nous savons tous deux que le MI6 ne me laissera jamais partir. C'était censé n'être qu'une mission, juste une et nous avons bien vu comment ça s'est fini. Un jour ou l'autre toi et Tom deviendront aussi des cibles, parce que le MI6 aura suffisamment énervé quelqu'un pour qu'il décide de me poursuivre et de blesser ceux que j'aime.

Il s'attarda entre "à qui je tiens" et "que j'aime" mais si c'était la dernière fois qu'il avait le moindre contact avec Jack il voulait qu'elle sache.

Je serai parti quand tu lira ceci. J'ai aussi laissé une lettre pour Tom. Peux-tu t'assurer qu'il l'ait s'il te plait ? Je ne sais pas où je vais aller, mais j'ai assez de moyens pour partir et une monde entier à voir. Ian m'a beaucoup appris sur comment rester en vie. Tout ira bien. Mieux que si j'étais resté avec Blunt de toute façon.

Je ne sais pas si je peux risquer de rester en contact mais j'essaierai. Merci pour tout. Je ne pense pas que je te l'ai assez dit mais merci. Pour tout.

A bientôt,

Alex

La lettre de Tom ne fut pas plus facile à écrire et pris autant de temps que celle de Jack. Avant Ian et le MI6 et que son monde soit tout retourné, ils avaient dit en plaisantant une fois qu'ils devraient avoir des codes secrets, des moyens de passer des informations sous le nez des autres. A cet instant Alex souhaitait qu'ils eussent été jusqu'au bout, même s'il n'était pas sûr de ce qu'il aurait dit. Il ne savait pas où ils allaient. Il ne savait pas comment ils allaient voyager. Ce n'était même pas techniquement sous la contrainte.

Il souhaitait pouvoir au moins dire ça, de façon à ce que Tom le croit. Ce n'était même pas vraiment un choix mais c'était le sien.

Hey Tom,

Jack te l'as peut-être déjà dit mais je suis parti. J'arrête. Je suis fatigué. Mon oncle était un espion du MI6. Quand ça l'a tué, ils ont décidé de me faire chanter pour que je prenne sa suite. Jack sait tout. Elle peut te donner toute l'histoire. Techniquement j'ai signé la Loi des secrets Officiels et je ne peux pas en parler, mais je m'en fous. Je ne peux pas continuer comme ça, et je ne peux pas vous mettre en danger toi ou Jack. Personne d'autre n'en a quelque chose à foutre de moi, donc vous seriez ceux qui seraient cibler à cause de moi. Ce sera plus sûr pour tout le monde si je ne suis plus là.

Je ne sais pas trop où je vais aller, mais j'ai assez pour tenir un moment. Si je le peux et que ce n'est pas trop risqué je resterai en contact. Sinon tu as été le meilleur pote que j'aurai jamais pu souhaiter et tu vas me manquer. Et tu pourras me charrier pour cette merde sentimentale quand on se reverra. Tu peux hurler sur les mecs en costard du MI6 s'ils se montrent, tu te sentiras mieux après.

Si tu peux et que Jack reste dans le coin … garde un œil sur elle pour moi ? Je sais que je n'ai pas le droit de te le demander mais je vais essayer quand même.

Je suis désolé mec.

Alex

La dernière lettre était courte, droit au but et bien plus facile.

Blunt,

Je démissionne.

Il ne s'embarrassa pas de signer celle-là.

Yassen lut les trois attentivement mais ne trouva rien à redire. Alex les plia et écrivit les noms sur le verso.

Il réussit à faire rentrer ses affaires dans une seule valise. Une vie entière empaquetée juste comme ça. Des vêtements surtout. Pas de photos. Rien de personnel. Rien qui permettrait de l'identifier. Yassen avait vérifié pour être sûr. La valise aurait pu appartenir à n'importe quel adolescent.

Alex se glissa presque dans la chambre de Jack pour y laisser les lettres mais s'arrêta au dernier moment. C'était comme une violation de sa vie privée, peu importait son inquiétude. Et il savait que s'il la voyait il y avait de sérieuses chances qu'il ne puisse pas aller jusqu'au bout.

Il laissa les lettres sur son lit à la place. Porta sa valise au rez-de-chaussée. Et fit le souhait bref et désepéré que son pari n'allait pas finir de façon horriblement et hideusement mauvaise.

Puis il prit une grande inspiration, fit un pas à l'extérieur, dans la nuit estivale, et mis sa vie et son futur entre les mains de Yassen Gregorovich.