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Français
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Published:
2018-03-15
Updated:
2022-10-23
Words:
73,487
Chapters:
12/?
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26
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67
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1,592

A Travers l'Objectif

Summary:

France, août 1945:
Un brillant journaliste photographe se trouve dans un couvent du sud de la France, où les sœurs s'occupent de lui depuis la fin de la guerre.
Un jeune médecin parcours le pays depuis la Libération à la recherche de son amant, il ne s'attend pas à ce qu'il va découvrir...

Chapter 1: Le Couvent

Notes:

Je préviens tout de suite, ce premier chapitre peut être déroutant, je vous assure que la suite sera plus simple à comprendre ;-)

(See the end of the chapter for more notes.)

Chapter Text

Près de Valence, août 1945 :

 

La fin de la guerre ne se faisait pas encore ressentir, dans les journaux on pouvait encore lire les évènements qui se déroulaient de l’autre côté de la planète, dans le pacifique. Ce matin, on avait pu lire en une du Monde : « Une révolution scientifique, les Américains lancent leur première bombe atomique sur le Japon. »

Révolution scientifique ? Sans doute, mais ici, on aurait préféré que la science se consacre à sauver des vies, et non à les annihiler. Le jour où les hommes consacreront leur imagination, et leur intelligence à la paix et non à la guerre, le monde se portera beaucoup mieux. Une vision utopique sans doute, alors que l’Europe sort à peine de son deuxième conflit mondiale en moins de trente ans, mais un espoir partagé par beaucoup. Tous espèrent seulement que les erreurs commises en 1918 ne seront pas réitérées cette fois, et qu’enfin, les générations futures pourront jouir d’un futur sans guerre. Est-ce trop demander à nos dirigeants ? Peut-être, seul l’avenir nous le dira, mais cette une ne donnait guère d’espoir dans ce petit coin reculé du Vercors.

Situé à quelques kilomètres de Valence, juste au pied du massif, ce couvent ne se réjouissait guère de toutes ces nouvelles, elles n’étaient que le signe que la guerre n’était pas réellement finie. Les sœurs avaient au moins le soulagement de savoir que les combats étaient désormais loin d’ici, et que les pauvres garçons qui occupaient encore les lits n’auraient plus à revivre de telles horreurs. Dès l’occupation, ce couvent avaient permis à beaucoup « d’indésirables » de se cacher. Les familles inquiètes leur avaient confié leurs enfants pour les protéger, et il était clair depuis quelques temps, que la plupart de ses enfants ne retrouveraient jamais leurs parents. Ils n’avaient que rarement accepté de se cacher avec leurs enfants, devant veiller sur leurs propres parents, leurs frères, leurs sœurs. Ceux qui avaient acceptés avaient pu tous se rendre sains et saufs jusqu’en Suisse, et par chance, le couvent n’avait jamais été inquiété par la Gestapo ou la milice.

Aujourd’hui, tous les enfants vivaient encore à l’intérieur du couvent, mais bien plus libres qu’ils n’avaient pu l’être pendant la guerre. En les regardant jouer dans le jardin, à la lisière de la forêt, on ressentait peine et joie mêlées. Peine de voir les plus vieux, tenter de rattraper les années qu’ils avaient perdu, cette enfance qu’on leur avait retiré, nié, arraché. Et joie, d’observer les plus jeunes enfin profiter de la liberté de jouer au grand air, sans avoir à ressentir la peur des adultes d’un simple regard. Ils jouaient au bord du ruisseau, riant alors qu’ils s’éclaboussaient les uns les autres, quelques sœurs s’occupaient naturellement d’équeuter les haricots pour le repas du soir, d’autres étaient encore dans le potager, certaines étaient parties en ville, chercher de probables informations sur des parents survivants, et les dernières s’occupaient des blessés et des malades qu’on leur amenait encore. Non, la guerre n’était pas encore tout à fait finie.

Au milieu des enfants, il y avait quelqu’un qui ne faisait pas partie des pensionnaires du couvent, mais qui n’était pas non plus un orphelin. Sa petite taille lui permettait sans doute de se fondre un peu dans la masse, mais ses cheveux gris le trahissaient immédiatement. Malgré tout, les enfants ne s’inquiétaient pas de sa présence, ils étaient habitués à lui depuis un an. Il était leur grand frère, ou leur oncle, peu importe, il était celui à qui on peut faire confiance et avec qui on peut s’amuser tout en sachant que l’on est protégé.

 Les sœurs ayant terminé leur besogne, elles commencèrent à rentrer.

- Martin ! le héla l’une d’entre elles. N’oublie pas de les ramener pour le souper !

- Bien sûr, leur sourit le prénommé Martin.

Une fois que les sœurs furent parties, il se tourna vers les enfants l’air conspirateur. Tous avaient très bien compris ce qu’il avait en tête. Ils se mirent tous en place derrière lui, il entama le décompte. 3….2….1….partez ! Et la course pouvait commencer. On pouvait entendre le bruit de leurs pas dans l’eau, et leurs rires qui fusaient sûrement jusqu’au village en bas, qui était précisément leur destination. Martin allait sûrement se faire réprimander par les sœurs, mais ça en valait la peine. Rien ne le rendait plus heureux que de voir et d’entendre les enfants rire. Leur joie était la sienne.

 

*****

 

Un corps contre le sien, des bras qui l’entourent, le soleil qui brûlent un peu plus leurs peaux moites. Un soupir d’aise s’échappait de lui, il était dans les meilleures dispositions possibles pour entamer une magnifique journée. Il se retournait pour pouvoir s’emparer de ses lèvres fines, pour pouvoir se coller à lui encore plus. Mais soudain, il n’y avait plus personne, son amant semblait glisser du lit, il s’éloignait, l’abandonnait. Non ! Il voulait le rattraper, il devait le rattraper, le rejoindre. Mais il ne pouvait pas, le lit s’allongeait de plus en plus, l’éloignant chaque seconde de l’amour de sa vie. Non, il n’avait pas le droit de le laisser seul. Il se relevait, courrait, mais il ne pouvait quitter leur lit, et la porte…la porte qui va se refermer. Non !

- NOOON !

Il se réveilla en hurlant dans cette petite chambre, la femme de ménage se précipite dans sa chambre, choquée. Il essayait de reprendre son souffle, assis dans ce petit lit qui ne peut accueillir que lui.

- Ca va monsieur Weill ? lui demanda-t-elle inquiète.

- Oui, ça va, souffla Martin, c’était juste un cauchemar, je suis désolée.

- Ce n’est rien Monsieur, on a l’habitude ici, lui sourit-elle tristement.

Elle referma soigneusement la porte et Martin se laissa retomber sur le matelas. Cela faisait maintenant plus de cinq ans qu’il faisait le même rêve, encore et toujours, chaque nuit. Il avait espéré que la fin de la guerre lui laisserait un peu de répit, et c’était le cas, elle lui avait laissé deux jours, et le visage de son amant lui était réapparu, car il était la seule chose qui comptait à ses yeux. Ils ne s’étaient pas vus ou écrit depuis cinq ans. Martin ne savait pas ce qui lui était arrivé, s’il était en vie ou non. Il n’avait aucun moyen de le savoir, il cherchait depuis des mois et ne l’avait toujours pas retrouvé. Mais avait-il envie qu’on le retrouve, et surtout qu’il le retrouve. C’est une question que Martin se posait depuis qu’il l’avait abandonné sur ce bateau en direction de Londres. Martin ne pouvait pas s’imaginer que Yann l’avait laissé ainsi, l’avait abandonné lâchement, il ne comprenait pas pourquoi. Ses amis lui avaient répété, « c’est pour te protéger ». Seulement voilà, il ne voulait pas qu’on le protège, il n’en avait pas besoin, il savait prendre soin de lui. Non, Yann voulait encore de lui, il ne pouvait pas en être autrement, et même si ce n’était pas le cas, il voulait l’entendre de sa bouche, il en avait besoin. Il ne pouvait pas tirer un trait sur lui tout seul, il fallait qu’on l’aide, il fallait qu’il l’aide.

Martin se décida à se lever sur les coups de neuf heures, ce qui était déjà bien tard pour lui. Il avait réussi à retrouver la trace de Yann jusque dans la Drôme, c’était le dernier voyage qu’il avait effectué, mais ici, à Valence, personne ne semblait le connaître, mais peut-être ceux qui l’avaient connu étaient morts aujourd’hui. Cela faisait bientôt un an mais la ville était loin d’être remise des bombardements qu’elle avait subis avant la libération. Le centre-ville avait été totalement rasé, avec lui l’hôpital et la préfecture. Martin, désespéré, avait cherché le nom de son amant parmi les victimes des bombardements, mais rien. Il avait au moins encore l’espoir qu’il soit en vie, quelque part, qu’ils se retrouvent. S’il voulait encore de lui, Martin savait qu’il n’arriverait pas à lui en vouloir. Il se précipiterait dans ses bras pour le serrer contre lui, retrouver cette chaleur dont il l’avait privé ces cinq dernières années, oublier le monde autour d’eux, être ensemble.

Il descendit dans le hall de ce petit hôtel, qui accueillait encore beaucoup de réfugiés, certains survivants des camps nazis, et quelques soldats en garnison. Martin ne s’attarda pas très longtemps, juste assez pour se rassasier pour la journée qui l’attendait. Il n’avait plus qu’à faire le tour de la ville, la photo de Yann à la main et…la photo ? Où est-elle ? Martin fut pris de panique et chercha dans toutes ses poches la boule au ventre. Comment avait-il pu perdre sa photo ?! Oh ! Non, tout va bien, elle était là, à l’intérieur de sa veste. Il soupira de soulagement et quitta définitivement l’hôtel, il ne prévoyait pas de devoir rester trop longtemps. Son sac sur le dos, il commença sa tournée de la ville, toujours à la recherche de la même personne, et son espoir, chaque jour, plus diminué.

 

*****

 

Allongé dans l’herbe dans le jardin du couvent, le dénommé Martin faisait la lecture à un des plus jeunes enfants présents à l’orphelinat, Simon, il venait d’avoir quatre ans. Sa mère était venue au couvent quelques jours seulement après lui avoir donné naissance. Il y avait une rumeur de rafle des juifs étrangers, elle voulait protéger son enfant alors elle leur avait confié, la pauvre femme avait été arrêtée et déportée dès qu’elle était rentrée chez elle, comme le reste de sa famille. La nouvelle était arrivée par sœur Gisèle, si elle avait retrouvé les traces de la mère de Simon, ce n’était pas pour des bonnes nouvelles, elle était morte, depuis plusieurs années, et sa famille avec elle. Simon se retrouvait donc seul, orphelin, sans plus aucune famille pour s’occuper de lui.

Il n’avait pas pleuré, après tout comment aurait-il pu ? Il ne connaissait pas sa mère, ni son père, ni ses grands-parents. Il n’avait jamais connu que le couvent, et Martin depuis un peu plus d’un an. C’était un peu lui son Papa, et ce dernier s’était pris d’affection pour le petit garçon dès qu’il était arrivé. Peut-être lui rappelait-il quelque chose, quelqu’un, il n’aurait su le dire, tout ce qu’il savait c’est qu’il voulait protéger cet enfant à tout prix, et maintenant qu’il se retrouvait sans famille, c’était une promesse à vie. Il prendrait soin de cet enfant comme si c’était le sien, et peut-être un jour, trouverait-il une femme qui accepte de s’en occuper avec lui et ainsi Simon aurait une famille. Martin s’était senti coupable lorsqu’on lui avait annoncé la nouvelle, car il en avait éprouvé une certaine joie. La joie qu’on ne lui enlèverait pas ce garçon, son fils, et pourtant il n’avait aucun droit sur lui. Avait. Ce n’était plus le cas aujourd’hui, et il savait qu’il pourrait compter sur le soutien des sœurs, dès que tout serait réglé.

- Encore une ! réclama Simon.

- J’aimerais bien mais on va se faire disputer par sœurs Lise, chuchota Martin.

- Tu m’en liras une avant de dormir alors, exigea Simon.

- C’est promis, sourit Martin, bon, maintenant, on fait la course jusqu’au réfectoire ?

- Ouiiiiii ! s’écria joyeusement Simon.

- Ok, tu es prêt ? demanda Martin en attendant que le petit garçon se soit levé. Alors, un….deux….trois !

Main dans la main, ils courraient ensemble jusqu’à l’intérieur du couvent, évitant de justesse certaines sœurs dans le couloir qui menait au réfectoire. Même si elles sursautèrent en les voyant passer, elles ne purent s’empêcher de sourire alors qu’ils s’éloignaient toujours main dans la main, souriants et essoufflés.

Simon insista pour manger sur les genoux de Martin, ce qu’il accepta de bon cœur en embrassant le haut de son front. Peut-être, à cause de la guerre, et de toutes les privations qui avaient été imposés aux enfants, il était moins dur avec eux, sans pour autant les laisser faire n’importe quoi, mais il y avait certaines choses qu’il laissait passer alors qu’il les aurait sûrement interdites. Comme par exemple, emmener Simon dans sa chambre au lieu de le laisser dormir avec tous les autres dans la grande salle. Mais il lui avait promis une autre histoire, il ne pouvait tout simplement pas résister à ça. Il savait quelle histoire Simon allait exiger, il le sut dès qu’il entra dans la pièce car il se dirigea tout de suite vers son journal.

- Tu as refait des dessins ? demanda le petit garçon.

- Quelques-uns oui, admit Martin.

- Je peux voir ? s’excita Simon.

- Vas-y, sourit Martin.

Simon ouvrit le journal et feuilleta une à une les pages du journal, il prenait soin de ne pas déchirer les pages, il avait vu Martin s’énerver une fois parce qu’un des enfants avait déchiré par mégarde un de ses dessins. Il ne l’avait jamais vu aussi en colère, il avait eu peur, il avait pleuré, et c’était cela qui avait finalement calmé Martin. Il ne pouvait pas laisser ce petit garçon pleurer, ses yeux noisettes ne devaient pas briller de cette façon, ses belles pommettes ne devaient pas être creusées par les larmes, non, Simon devait être heureux, Martin s’était fait la promesse de ne plus jamais le faire pleurer, jamais.

C’est en regardant les dessins qu’il avait fait, que Martin comprenait sûrement ce qui l’attachait à ce petit garçon en particulier. Il lui ressemblait tellement, ses cheveux étaient de la même couleur, tout comme ses yeux, il avait le même sourire, les mêmes gestes. Simon était, d’une certaine façon, comme un vestige de son passé, ou un pont faisant le lien entre son passé et son futur.

- Tu te rappelles de son prénom ? demanda Simon.

Il soupira tristement. Non, il ne se souvenait pas. Il se souvenait de son visage, de son sourire, de sa voix, mais son nom, lui échappait encore.

- Tu te souviendras plus tard, c’est pas grave, sourit Simon. Tu me racontes son histoire ?

Martin lui sourit, le prit sur ses genoux contre son lit, Simon tenait son journal dans les mains et Martin commença son récit.

 

*****

 

Martin avait parcouru une bonne partie de la région, il n’en pouvait plus, il était épuisé. Quand il était arrivé dans ce petit village, il n’avait plus eu qu’une seule idée en tête, dormir. Il avait trouvé une petite auberge qui lui irait bien pour la nuit, il avait juste envie de s’écrouler, au pire il aurait dormi dehors, ça n’aurait pas été la première fois. Malgré la fatigue, il tenta une dernière fois de montrer la photo de Yann aux gens présents dans l’auberge, mais encore une fois, personne ne connaissait son amant. A sa plus grande surprise, c’est lui qui fut reconnu. Une sœur était venue délivrer au patron de l’auberge, le dernier vin fabriqué dans son couvent. Elle avait lâché une bouteille en le voyant, comme si elle avait vu un fantôme et s’était précipité vers lui.

- C’est vous ! s’était-elle exclamé. Mais oui c’est vous, il n’a rien inventé !

A l’évocation d’un « il », Martin sentit son rythme cardiaque s’accélérer au-delà du supportable, il tenait à peine debout, et cette fois ce n’était pas à cause de la fatigue. D’une main tremblante il lui tendit la photo de Yann et elle s’exclama de plus belle.

- C’est lui ! Il faut que tu viennes tout de suite mon petit ! Il va être tellement content, viens là !

Et elle l’avait pris par le bras, le tirant presque de force en dehors de l’auberge, il avait à peine eu le temps d’attraper son sac qu’ils se trouvaient tous les deux sur le chemin qui menait au couvent. Martin ne savait pas vraiment ce qu’il devait ressentir, ni ce qu’il ressentait vraiment. L’émotion qui lui sauta aux yeux en premier fut la peur, la peur que tout ceci ne soit qu’un rêve, ou tout simplement, la peur que la sœur ne se soit trompée. Et si ce n’était pas Yann qui se trouvait là-bas ? Trop de question vinrent ensuite l’assaillir. Que faisait Yann dans un couvent ? Comment s’était-il retrouvé là ? Pourquoi n’avait-il pas rejoint sa famille ? Pourquoi n’avait-il pas essayé de le retrouver ? Et puis…comment la sœur avait pu le reconnaitre ? Est-ce que Yann lui avait parlé de lui ? Si elle l’avait reconnu, Yann devait sûrement avoir une photo, quelque chose, non ?

Le temps qu’il cherche à trouver des réponses à ces questions, ils étaient arrivés au couvent. Le soleil commençait à peine à se coucher alors qu’il était plus de neuf heures, cela permit au moins à d’autres sœurs qui étaient dehors de reconnaitre à leur tour Martin.

- Gisèle, félicitations, tu l’as retrouvé ! s’écria l’une d’elle au comble du bonheur.

- Il le cherchait, expliqua celle qui s’appelait apparemment Gisèle, viens, je t’emmène à sa chambre !

Martin hocha simplement la tête pour saluer les deux sœurs qui les avaient accueilli puis suivi sœur Gisèle à l’intérieur du couvent. Ils passèrent devant une grande pièce où étaient entreposés plusieurs matelas et des couvertures, sur lesquels dormaient plusieurs enfants.

- Ce sont des enfants qu’on nous confiait pour les cacher pendant la guerre, lui confia sœur Gisèle, on cherche encore leurs parents, pauvres petits anges.

Martin eut un sourire triste, il pensait à tous les orphelins qu’il avait déjà croisés depuis le début de la guerre. Ces enfants n’étaient malheureusement que le suivants d’une longue liste de petits orphelins, mais il espérait tout de même que la conclusion serait encore heureuse pour certains d’entre eux.

Son cœur s’arrêta de battre un instant, lorsqu’il l’aperçut, dans l’ouverture d’une porte. Il se demanda un instant si c’était bien lui car il tenait un enfant sur ses genoux et en semblait heureux. Cela lui paraissait bizarre, Yann n’avait jamais vraiment aimé les enfants, mais la guerre peut changer un homme. Oui, c’était bien lui. Il avait toujours ses cheveux poivre et sel qui devenait de plus en plus argenté, et toujours aussi en désordre ce qui fit sourire Martin. Son sourire était le même que dans ses souvenirs, et son cœur rata de nouveau un battement quand celui-ci étira les lèvres de son amant. Il avait oublié à quel point ce sourire avait le pouvoir de l’apaiser en toutes circonstances. Il parvint à se calmer légèrement, et c’est ce moment que choisit le petit garçon sur les genoux de Yann pour poser son regard sur lui. Martin vit immédiatement son visage s’illuminer et il le regarda se tourner vers Yann et tirer un peu le col de sa chemise de ses mains d’enfants.

- Martin regarde, il est là ! s’exclama le petit garçon.

Le quarantenaire fronça les sourcils un instant puis suivit les gestes de Simon pour enfin poser son regard sur lui. L’homme qui hantait ses rêves, la clé de son passé, il se trouvait là devant lui, tel qu’il avait imaginé dans sa tête. Non, pas imaginé, tel qu’il s’en était souvenu. Il sourit comme il n’avait pas souri depuis longtemps, se releva tout en prenant soin de poser Simon à côté de lui. Il s’avança alors vers Martin le même sourire aux lèvres.

- Yann, murmura-t-il.

Le poivre et sel se stoppa un instant. Yann. Ce nom lui était familier.

- Oh, quelle sotte je fais ! s’exclama sœur Gisèle. J’ai oublié de vous prévenir, il est amnésique.

Notes:

Merci d'avoir lu jusqu'ici, j'espère que vous n'êtes pas trop perdus, je publies la suite au plus vite ;-)