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Univers parallèle

Summary:

Dans un univers sans Genos, Saitama a arrêté de jouer au héros. Jouer au méchant est tellement plus fun.
Mais toutes les bonnes choses ont une fin, et quand les griffes de l'ennui s'apprêtent à se refermer sur lui, il découvre un portail.
Un portail qui brille comme une promesse.
Un portail qui l'attire vers l'inconnu.

Notes:

J'essaierai de tenir ma traduction en anglais à jour!

Fic inspirée de l'incroyable BD courte de wamaii avec son accord:
Partie 1: https://wamaii.tumblr.com/post/138800872980/i-think-i-have-a-thing-for-villainsaitama-ripping
Partie 2: https://wamaii.tumblr.com/post/138854961445/more-im-still-holding-bac-k-part-1

Disclaimer: les personnages de One Punch Man appartiennent à ONE et Murata. Le méchant Saitama appartient à wamaii.
J'ai choisi d'utiliser les noms des personnages dans leur acception francophone.

Je viens de tomber dans le piège du fandom One Punch Man et... dieu que c'est prenant. Après avoir vu et lu des dizaines de fan arts et fics, mon obsession me pousse à écrire à mon tour. J'espère que ça vous plaira. Les commentaires et critiques (positives comme négatives) sont plus que bienvenus!

Chapter 1: Portail

Notes:

Dans cet univers parallèle, Genos est inexplicablement absent. Il est peut-être mort dans le carnage qui a détruit sa famille, ou dans un accident de voiture enfant, ou n'est même jamais né, à vous de voir. Blast est absent aussi, et Tatsumaki est au premier rang de la classe S.

(See the end of the chapter for more notes.)

Chapter Text

Saitama lâcha un soupir. Ca faisait longtemps qu’il ne s’était pas autant ennuyé.

La dernière fois, ça s’était mal terminé.

Après avoir atteint sa pleine puissance, il avait voulu tuer le temps en jouant au héros. C’était un rêve de gamin. Il ne s’était pas attendu à grand-chose, mais au moins, ça allait l’occuper. Le distraire.

Au lieu de ça, ça l’avait déprimé.

Les journées, les semaines, les mois puis les années s’étaient répétés, identiques, inutiles. Il n’avait rencontré aucun défi. Alors il s’était fixé des objectifs : un certain Roulettes Rider l’avait informé de l’existence d’une Association des Héros, et il s’y était inscrit. Avait facilement passé les tests physiques. Avait voulu atteindre la première place. Un challenge qui lui semblait presque trop simple, mais il fallait bien commencer par quelque chose.

Il n’y était jamais arrivé. Il n’avait même jamais dépassé la classe B. Et ce n’était pas faute d’essayer.

Il avait passé son temps dans les rues, avait tué un tel nombre de monstres qu’il ne pouvait plus les compter, avait écarté tant de catastrophes qu’il s’était carrément lui-même impressionné. Ca n’avait pas suffi.

Ca ne suffisait jamais.

La plupart de ses exploits étaient passés inaperçus, ou avaient été attribués à d’autres. Au départ, c’était un peu de sa faute. Se pensant complètement imperméable à l’avis du reste du monde, il s’était effacé pour mettre en avant les autres héros, pour ne pas trop leur faire d’ombre. Il avait pensé pouvoir se faire à sa place ingrate de héros méconnu. Il s’était cru indifférent à la gloire que tant de ses collègues recherchaient.

En fait, quelque part au fond de lui, sans qu’il soit capable de l’admettre, il s’était dit que la vérité finirait par éclater d’elle-même. Que justice lui serait rendue.

Il s’était trompé.

Enfoncé de plus en plus profondément dans une spirale dont il avait perdu le contrôle, il avait compris : jamais le monde ne lui offrirait la reconnaissance qu’il cherchait malgré lui.

La reconnaissance à laquelle il avait droit.

Oui, ses années de héros avaient été d’un ennui mortel.

Les derniers mois, en revanche, avaient eu leur lot de fun.

Il lui avait suffi d’un déclic. L’Association des Héros lui refusait le premier rang. Il allait le prendre de force. Et n’allait pas se contenter d’être premier dans leur stupide classement. Il serait le premier tout court.

Ca avait été un massacre organisé.

Il n’avait pas voulu commencer par détruire le QG. Au contraire, il le gardait pour la fin. En attendant, il fallait faire monter le suspense, construire un crescendo. Il avait continué de tuer des monstres et des vilains. Mais il avait aussi commencé à tuer les classe C sur son chemin.

Il se souvenait avoir eu un rire jaune devant le corps inerte de Roulette Rider. Ironie, ironie.

Au départ, l’Association n’avait pas voulu y croire. Les héros disparus étaient considérés comme morts au combat. Comme simples mais malheureux dommages collatéraux. Selon les rapports officiels, le Chauve Capé avait été si concentré sur ses batailles qu’il n’avait pas pu les sauver.

C’était le début de la fin, et ils arrivaient encore à le sous-estimer.

Ils avaient demandé à ses collègues de classe B de le surveiller. Saitama avait pris le soin de les faire disparaître dans des conditions ambigües. Ca l’avait amusé.

Toujours inconscients de sa véritable force, les classe A ne s’étaient pas fait prier pour aller le chercher. L’Association n’avait même pas eu besoin de mettre sa tête à prix. Ils le détestaient, et ne le craignaient pas assez pour l’éviter. Ils s’étaient répartis en groupes, avaient pensé pouvoir compenser sa surprenante puissance par leur nombre et leurs stratégies. Ce type n’était qu’un humain, après tout.

Les premiers combats frontaux leur avaient donné tort. En plein jour, sans plus se dissimuler, Saitama les avait exécutés sans sourciller. Et avait, par la même occasion, provoqué la ruine de la plupart des centres-villes. Les victimes civiles ne l’intéressaient pas, mais il y avait quelque chose de jouissif à ne plus retenir sa force. À ne vraiment plus penser aux conséquences.

Ca avait enfin fait réagir l’Association. Elle avait commandé à tous les classe S de s’engager dans la bataille. Parmi eux, peu avaient obéi. Et tous l’avaient regretté. Ainsi avaient disparu, sans gloire et sans l’ombre d’une chance, Batte-Man, Pri-Pri Prisonnier, Bang, et même la classe S rang 1, Tatsumaki, entre autres. Et les derniers classe S, terrorisés, s’étaient éparpillés. L’Association lui avait enfin accordé le statut de menace niveau Dieu, et les héros restants avaient cessé de se présenter bêtement à lui sur un plateau d’argent. Ils se cachaient.

C’est à ce moment-là qu’il avait dû commencer sa traque.

Cette deuxième phase avait été des plus divertissantes. Il avait trouvé un almanach au pied d’un banc, à côté du cadavre d’un gamin, probablement tué par l’onde de choc d’un coup de poing ou intoxiqué par la fumée du centre-ville qui flambait. Ca lui avait été très utile. Il ne voulait laisser aucun héros derrière lui.

Il avait trouvé la plupart des héros manquants par hasard, en faisant ses courses ou en allant manger. Il avait veillé à laisser certains quartiers intacts pour pouvoir continuer son hobby du shopping. D’ailleurs, il s’était fait faire une nouvelle cape, plus sinistre, plus proche de son état d’esprit actuel.

Les centres urbains ayant fortement diminué, il avait trouvé plusieurs héros manquants rassemblés dans les seules zones encore habitables. Et, en les torturant un peu, il avait pu en dénicher beaucoup d’autres. Chien-de-garde-man, Kamikaze, King en faisaient partie. King. L’homme le plus fort du monde avait été une sacrée déception.

Il avait été étonné du peu de héros qui s’étaient cachés dans la campagne. Ils avaient sans doute été retenus dans le coin par leur soi-disant sens de l’honneur. Ou par la présence de famille et de proches.

Enfin, il avait dû faire face à la réalité : il arrivait au bout. Il ne manquait plus que deux héros à son palmarès, et ils étaient probablement planqués dans le QG de l’Association. Mais Saitama hésitait. La destruction du QG devait être l’apothéose de son grand jeu, qu’il avait attendue avec impatience, mais qu’il redoutait aussi. Et après ? Qu’allait-il faire une fois son objectif atteint ? Régner sur ce qu’il avait laissé du monde humain en dictateur ? S’attaquer aux monstres qui grouillaient probablement sous la surface de la Terre et n’osaient plus se montrer ?

Saitama lâcha un soupir.

Ca faisait une bonne heure qu’il était assis sur un monticule de gravats face au QG de l’Association. Il faisait face à l’apogée de son projet, et se sentait soudain blasé. L’excitation qu’avait allumée en lui sa nouvelle vie finissait par s’éteindre. Il n’avait même plus envie d’aller jusqu’au bout. Ca allait lui prendre quelques minutes, puis il serait à nouveau seul face au vide de son existence. Au fond, qu’est-ce que ça changeait, de détruire l’Association ? Elle était au plus bas. Elle ne s’en remettrait pas.

Ou bien, peut-être qu’elle s’en remettrait, et qu’elle reviendrait à lui… ?

Ca, c’était une idée. Laisser à l’Association une chance de se relever. Pour, plus tard, pouvoir tout recommencer. S’occuper en attendant. Ca prendrait du temps, mais ça en vaudrait peut-être la peine.

Il fallait seulement qu’il s’assure que l’Association renaisse de ses cendres. Qu’il ait la garantie qu’elle se reconstruirait. Et ce n’était pas gagné. Il craignait de lui avoir fait trop peur pour qu’elle saisisse la moindre occasion de se rebeller. Comment l’encourager à reprendre le travail après l’avoir mise à genoux ?

Un rictus apparut au coin de ses lèvres.

Un espoir.

Il devait leur laisser un espoir.

S’il leur montrait une faiblesse, s’il leur laissait une porte ouverte, ils n’arriveraient pas à passer au-delà de leur désir de vengeance. Ils ne pourraient pas résister à l’envie de lui faire payer sa traîtrise et son infamie.

Saitama se leva en souriant férocement. Il fallait qu’il joue la comédie. Qu’il entre, commence son massacre, puis se montre fatigué, diminué. Il fallait qu’ils y croient.

Ca pouvait marcher.

***

Son poing encore enfoncé dans le ventre d’un employé, Saitama constata avec satisfaction la présence de Metal Knight dans les locaux. Il venait de déboucher d’un couloir et lui parlait. Lui proposait un combat à l’extérieur de la tour. Quelle prétention. Comme si la perspective d’un combat avec le robot téléguidé de Bofoy était suffisamment intéressante pour l’éloigner du QG.

D’autant qu’il comptait bien garder son public. L’audience était primordiale dans son plan. Il avait besoin de témoins. Ici, il y avait encore des membres de l’administration, et surtout, Saitama se savait filmé, observé par les directeurs. Alors, il commença sa scène.

- J’ai une contre-proposition. Tu m’attaques dans les dix prochaines secondes, ou je rase tout d’un coup.

Un tressaillement parcouru les membres de l’Association encore présents dans la grande salle, planqués derrière des meubles, en-dessous des bureaux, dans les coins des murs. Comme Metal Knight semblait hésiter, d’un geste du doigt, Saitama incita le héros de classe S à venir à lui ici et maintenant.

La charge fut fulgurante. Saitama esquiva plus lentement qu’à son accoutumée, laissant le héros le frôler. Fit mine de riposter, toucha à peine son armure, l’envoya s’écraser dans un mur sans lui causer trop de dégâts. Metal Knight revint aussitôt sur lui. C’était le moment. Subtilement, Saitama commençait à se laisser ralentir, à retenir ses coups, à se laisser toucher. Il essayait de contrôler ses expressions, d’avoir l’air concentré, puis perturbé. Il évitait d’en faire trop et d’éveiller les soupçons, et tuait négligemment quelques spectateurs, comme sans le faire exprès.

Il s’étonnait de l’absence de réaction du robot, qui n’avait pas l’air de vouloir faire le moindre geste pour sauver les membres de l’Association.

D’ailleurs, il n’avait même pas l’air de donner tout ce qu’il avait. En baissant intentionnellement sa garde, l’ancien héros s’était attendu à recevoir beaucoup plus de coups que ça. Peut-être même à saigner un peu. Il laissait assez d’ouverture pour se prendre quelques bonnes frappes.

Mais il n’en était rien. Metal Knight restait étrangement hors d’atteinte, sans se risquer à attaquer son opposant de trop près.

Saitama fronça les sourcils.

Ca n’avait pas de sens.

Dans une telle situation, un héros de classe S était censé tenter le tout pour le tout. Prendre tous les risques.

Metal Knight était-il si effrayé pour sa vie qu’il ne protégeait pas les civils ?

Ou bien… Cachait-il quelque chose, lui aussi ?

Saitama se figea, tout à fait inconscient des tirs du robot qui semblaient ricocher contre sa peau.

Il avait presque oublié : Bofoy n’était même pas physiquement dans son armure. Que pouvait-il bien perdre à donner tout ce qu’il avait ? Il n’avait pas de raison de protéger son robot, et ne semblait pas spécialement vouloir protéger les employés non plus.

À quoi jouait Metal Knight ? Aucune de ses attaques ne semblait destinée à le tuer. Ca aurait probablement été impossible de toute façon, mais pourquoi n’essayait-il même pas ?

C’était presque comme s’il voulait seulement… gagner du temps.

L’idée piquait sa curiosité.

Il reprit le combat en observant son adversaire de plus près. Oui, c’était ça. Il refusait de mettre son armure en danger, mais pas par peur de mourir ou de ne plus pouvoir protéger le QG. S’il gardait le robot aussi intact que possible, c’était pour pouvoir continuer de l’occuper, lui. Et le chauve, tout à son projet d’apparaître plus faible et fatigué, avait failli ne pas le remarquer.

Encore quelques minutes de duel et il finit par constater que, quand il lui en laissait l’occasion, Metal Knight se remettait systématiquement en position de combat au même endroit. Devant le couloir d’où il venait.

Saitama eut un rire sauvage.

Il esquiva une nouvelle charge du héros et fonça dans cette direction.

***

Le couloir donnait sur un escalier menant au sous-sol. Saitama hésita, mais la réaction de Metal Knight sur ses talons, soudain beaucoup plus agressif, confirma qu’il approchait. De quoi, il ne le savait pas encore. Mais ça avait l’air intéressant.

Ignorant les menaces et les provocations du héros de classe S, qui tentait sans doute désespérément de l’arrêter, il enfonça la porte blindée qui était apparue à la fin d’un autre couloir, et eut un temps de pause. Il se tenait surélevé à l’entrée d’une salle baignée d’une lumière dorée intense, surnaturelle. Tout le gratin était là : Sytch, le brun à la barbe de trois jours et le type à lunettes qu’il avait souvent vus à des réunions quand il était encore héros, le Petit Empereur et… deux vieillards en blouses blanches, dont l’un était probablement Bofoy en personne. Tous avaient été surpris en plein travail, penchés sur des écrans, des moniteurs, des consoles, des machines qui vrombissaient, faisaient vibrer l’air surchauffé par tant d’appareils stimulés en même temps.

Sur le mur du fond de la pièce brillait la source de cette lueur dorée, une forme arrondie irrégulière visiblement pas plus large qu’un torse humain, mais dont les bords sombres semblaient s’élargir doucement. La forme semblait légèrement mouvante, la couleur jaune s’éclaircissait jusqu’à atteindre un centre d’un blanc éclatant, et Saitama dû cligner des yeux, un peu aveuglé.

Un ordre ramena son attention au reste de la salle.

- Vous savez ce que vous avez à faire !

Puis tout alla très vite. Le robot, qui arrivait du tunnel, et le Petit Empereur se ruèrent sur lui, tandis que les représentants de l’Association se précipitaient vers des commandes enfoncées dans le mur, et que les deux scientifiques s’activaient sur leurs consoles. Le chauve s’accroupit pour esquiver la charge de Metal Knight – qui, décidément, n’avait pas un style de combat très original – et saisit la tête du Petit Empereur dans ses mains avant de l’écraser au sol. Il ne se releva pas.

Le robot était à nouveau sur lui lorsqu’une paroi lumineuse d’un rouge translucide se dressa entre eux et le reste de la salle. Probablement du fait des trois membres de l’Association qui avaient fait apparaître plusieurs leviers de visiblement nulle part. Curieux, l’ancien héros envoya Metal Knight sur le nouvel obstacle, et ne fut pas déçu du résultat : le robot explosa violemment, sans que rien ne traverse le voile pourpre, ni débris, ni flamme. Avec un sourire farouche, Saitama se dressa de toute sa hauteur et toisa les cinq hommes restants de l’autre côté de la paroi.

Sytch et les deux autres hommes en costume s’affairaient sans efficacité, au bord de la crise de panique. L’un des deux scientifiques, sourcils froncés et mâchoire serrée, pianotait de plus en plus rapidement sur son clavier : lui, au moins, avait l’air de savoir ce qu’il faisait. Derrière lui, la flasque de lumière avait atteint la taille d’un être humain.

Le dernier occupant de la salle, en blouse blanche, les dents longues, se tenait debout, stoïque, et regardait Saitama droit dans les yeux. L’air à la fois nerveux et confiant.

Défiant.

C’est Bofoy.

Le sourire de l’ancien héros s’élargit, plus sincère. Le dernier de la classe S était là, à sa portée. Il soutint son regard sans broncher, se déshabilla tranquillement, et fit deux pas en avant, passant la barrière de protection comme si elle n’existait pas.

Il entendit des exclamations de stupeur du côté des trois directeurs, mais son regard resta rivé sur Bofoy, qui s’était figé, les yeux écarquillés, le souffle coupé. Comme frappé par la foudre.

Saitama profita de la confusion générale pour écraser son poing contre les commandes incrustées dans le mur, et le rideau rouge tomba. Il récupéra ses vêtements, se rhabilla, et n’eut qu’un bond à faire pour s’approcher de Bofoy et le saisir par le col de la chemise.

Son rictus pouvait presque s’entendre dans sa voix quand il lui demanda :

- Tu pensais pouvoir m’arrêter avec un effet de lumière, Metal Knight ? Je suis déçu.

Il ne lui laissa pas le temps de répondre et abattit son poing fermé sur le sommet de son crâne. Il aimait bien défigurer ses anciens alliés.

Au moment où le corps inerte de Bofoy touchait le sol, un cri retentit :

- Tout est perdu ! PROCÉDURE D’ANNULATION !

Saitama observa, intrigué. C’était la même voix que quelques instants plus tôt : elle venait du dernier scientifique. Sytch se précipita vers un terminal proche de la tache du mur du fond, mais en fut poussé par les deux autres.

- On peut encore le faire ! grogna l’un d’eux.

- NON ! FERMEZ CE PORTAIL IMMÉDIAT—

Saitama s’était mis en mouvement. Avait liquidé d’un seul geste les trois hommes proches du…

… du portail ?

Qui… rétrécissait.

Il se tourna vers le dernier être encore en vie. L’examina attentivement.

L’homme avait des cheveux gris rassemblés en une affreuse coupe au bol. Et un très gros nez. Des gouttes de sueur roulaient le long de ses tempes. Il eut un rapide coup d’œil vers la console sur laquelle s’affairait Sytch quelques secondes plus tôt.

Saitama n’était pas sûr de comprendre.

- Bien, bien, bien… Je suppose que tu n’as pas la moindre envie de m’expliquer ce qui se passe ici.

Le vieillard ouvrit la bouche, la referma, se força à répondre, la gorge enrouée.

- M-monsieur le Chauve Capé…

Il haussa un sourcil à la mention de son ancien surnom de héros.

- Toi, t’as vraiment envie de souffrir.

- Je-je suis désolé ! s’écria le scientifique. Pardonnez-moi ! Je… ne voulais pas vous manquer de resp--

Un étau se serra sur sa gorge, l’empêchant de terminer sa phrase. Il porta ses mains à son cou, tentant désespérément de se libérer. Soudain, il ne sentait plus le sol sous ses pieds.

- Abrège. Qu’est-ce que vous maniganciez, tous ?

Saitama avait gardé sa voix calme et froide, s’efforçait de tenir l’autre en l’air avec toute la précaution dont il était capable. Il fallait lui laisser assez d’air pour qu’il puisse parler.

Et aussi éviter de lui briser la nuque.

L’autre inspirait par saccades douloureuses, son corps entier tremblait, ses mains s’agrippaient à son gant rouge. Ses yeux inquiets, de nouveau, glissèrent vers le mur du fond.

Saitama suivit son regard. Le portail, si c’en était bien un, continuait de rétrécir.

Qu’est-ce que ça signifiait ? Il n’en avait aucune idée. Mais l’Association avait fait tout son possible pour le tenir écarté de ce portail. Encore maintenant, l’homme dans ses mains avait l’air de vouloir le ralentir.

Il devait faire un choix. Vite.

Il émit un bruit de gorge amusé.

- Bon, va falloir que j’aille constater par moi-même.

Il lâcha le scientifique, qui s’écroula au sol, la respiration sifflante. Se dirigea vers le mur du fond. La lumière dorée s’était amenuisée, pourtant elle l’éblouissait toujours. La tache était réduite à la moitié de sa taille, mais il pouvait encore passer.

Il y a quelques instants, il se demandait quoi faire du reste de sa vie. Maintenant, il se tenait devant l’inconnu. Et ça promettait d’être fun.

Il avait pris sa décision.

- Qu’est-ce que j’ai à perdre, de toute façon ?

Il bondit dans le disque d’or.

***

- NON !!!

Le cri du professeur Kidob résonna longtemps dans la pièce désormais vide et sombre.

L’ennemi était parti. Il avait affiché ce satané sourire carnassier sur son visage en franchissant le portail, qui s’était refermé peu de temps après.

Avec difficulté, le professeur s’efforça de se redresser en position assise contre les ordinateurs encore chauds dans son dos.

Le son des appareils s’éteignant les uns après les autres autour de lui faisait écho à la dernière étincelle d’espoir qui venait d’être soufflée en lui.

Ils avaient été si bêtes.

Il avait été si bête.

L’Association n’avait d'abord pas voulu croire la rumeur selon laquelle Saitama était devenu mauvais. Mais la dernière prédiction de la voyante Ridma datait de moins de six mois, et l’hypothèse avait été suffisamment inquiétante pour que la direction mette en place un programme secret.

Le professeur avait intégré l’organisation quelques années plus tôt, lors de sa recherche du cyborg fou qui avait détruit tant de villes. Il avait décidé de mettre son cerveau au service de la justice. Et il avait été choisi pour faire partie de l’équipe confidentielle.

Ca faisait des mois que le professeur travaillait dans ce laboratoire avec le Petit Empereur et Metal Knight. Qu’ensemble, ils avaient étudié le projet fou d’une machine à remonter le temps. Si seulement ils pouvaient revenir en arrière, essayer de parler à Saitama avant qu’il ne tourne mal, le raisonner… Ou peut-être en apprendre plus sur son pouvoir, trouver sa faiblesse… le mettre hors d’état de nuire.

Leurs expériences avaient abouti à un résultat inattendu. En fait d’une passerelle dans le temps, ils avaient trouvé une passerelle entre les dimensions. Les implications de cette découverte étaient énormes. Peut-être infinies. Mais ils n’avaient pas le temps pour des considérations théoriques.

C’était tout ce qui important : gagner du temps. S’ils ne tentaient rien, ce monde, leur monde, était condamné. Il fallait que l’équipe de chercheurs puisse continuer son travail à l’abri. Hors de portée de ce fléau niveau Dieu. Peut-être qu’ailleurs, dans une autre dimension, avec le temps nécessaire, ils trouveraient un moyen de revenir chez eux, de revenir en arrière, de tout recommencer. De se donner une nouvelle chance.

Leur science permettait de créer un portail vers une seule autre dimension, la plus proche. C’était risqué. Peut-être qu’un autre Saitama était aussi en train de détruire cet univers. Peut-être qu’il s’y passait quelque chose de plus grave encore que dans leur monde d’origine.

Et même si cette dimension était miraculeusement dans une meilleure situation que la leur, ils risquaient d’y amener, contre leur volonté, leur Saitama.

Mais ils étaient acculés. Terrorisés. Alors ils avaient estimé que c’était un risque à prendre. Ils avaient organisé des lignes de défense grâce à la technologie dévastatrice de Metal Knight. Ils avaient mis sur pied des protocoles d’arrêt d’urgence, au cas où. Leur portail n’était pas encore au point, mais quand il le serait, ils devraient avoir la garantie de pouvoir le fermer à leur souhait.

Ils ne s’étaient pas attendus à voir arriver le fléau aussi tôt. Saitama avait fini d’exterminer les héros de toutes les classes et avait débarqué au QG. Il était passé au travers de toutes leurs lignes de défense sans la moindre difficulté. Il n’avait même probablement pas remarqué la moitié des dispositifs destinés à l’arrêter.

Le portail était prêt, mais il mettait du temps à s’ouvrir. Et, une fois Saitama arrivé dans le laboratoire, il était déjà trop tard. Il fallait agir comme convenu : installer le dernier obstacle, sur lequel Metal Knight et le Petit Empereur avaient tant travaillé ; surtout, il fallait refermer le portail. Empêcher qu’il l’emprunte. À tout prix.

Pourtant, Kidob avait hésité.

Avait voulu croire en la dernière barrière de Bofoy. Si elle avait pu le retenir, ne fût-ce que pour quelques minutes, l’équipe aurait peut-être eu le temps de passer avant que le portail ne se referme, et avant que Saitama ne les rejoigne…

Grave erreur. Le fléau était passé comme si de rien n’était. Évidemment. Le portail se refermait trop lentement ; il allait pouvoir passer. Il fallait activer manuellement la commande d’urgence.

Sytch y était presque arrivé.

Si les deux autres crétins de l’Association n’avaient pas tant voulu sauver leur peau…

Le professeur secoua la tête. Il avait, lui aussi, commis des erreurs. Et, de toute façon, il était trop tard.

Saitama était passé dans cet autre monde dont personne ne savait rien. Et il n’avait, a priori, aucun moyen de rentrer.

Le fait d’avoir survécu ne lui faisait ni chaud ni froid. Qu’il ait finalement une chance de vivre dans un monde mis à feu et à sang, mais débarrassé de son Saitama n’avait aucune importance.

L’autre monde était condamné.

Et c’était de sa faute.

Notes:

J'espère que ça vous a plu! N'hésitez pas à me donner votre avis, quel qu'il soit!
Je suis sur tumblr maintenant! On s'appelle, on se fait une bouffe? https://personneman.tumblr.com/