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In the dark

Summary:

Être humain est quelque chose que Ichigo ne peut plus être depuis des siècles, avoir froid, respirer ou mourir sont des notions totalement abstraites pour lui. Néanmoins, celui qu'il était, cent ans plus tôt a totalement disparu, laissant place à quelque chose de nouveau. Qui est-il ?

Ce soir-là, il pensait sauver une simple humaine d'une mort des plus brutales et inexplicables. En réalité, ne serait-ce pas plutôt cette simple humaine qui le sauva ?

Chapter Text

Ichigo Kurosaki marchait dans les rues de Tokyo en se forçant à tenir un rythme raisonnable et à affaisser ses épaules comme le faisaient tous les humains. La nuit était tombée depuis plus d'une heure à présent et pourtant, les rues étaient toujours aussi pleines. L'orangé avait pensé pouvoir être tranquille en partant aussi tard de l'hôpital dans lequel il travaillait, mais apparemment il s'était lourdement trompé. Il pesta dans sa barbe en se rappelant que cette période de l'année était très prisée, aussi bien par les japonais que les touristes venus du monde entier. Le temps passait étrangement vite et Ichigo ne s'était même pas rendu compte qu'avril venait de pointer le bout de son nez.

Intentionnellement, il remit convenablement la lanière de sa sacoche sur son épaule droite. C'était loin d'être un geste naturel pour lui, mais il était nécessaire qu'il le fasse s'il voulait se fondre dans la masse humaine. L'homme éternellement jeune poussa un faux soupir, avant d'accélérer légèrement le pas. Il commençait à avoir soif et le bruit des poches de sang dans son sac ne l'aidait pas à le calmer. Il laissa un fin sourire étirer ses lèvres lorsqu'il remarqua qu'il était bientôt arrivé dans la rue de l'appartement qu'il partageait avec son meilleur ami, Chad.

Soudain, quelqu'un lui rentra, littéralement dans l'épaule. Bien trop pressé de pouvoir enfin étancher sa soif, Ichigo ne l'avait pas vu arriver et n'avait pas pu l'esquiver. Réactif à cette agression, il tourna vivement sa tête et poussa un grognement bestial à l'attention de l'homme qui l'avait bousculé et qui continuait son chemin, sans se poser la moindre question. Habituellement, l'orangé aurait lui aussi poursuivi sa route sans accorder plus de son temps à ce genre d'humain. Cependant et malheureusement pour ce brun, il avait soif et donc l'idée de débarrasser la planète de quelqu'un d'aussi grossier ne le dérangeait réellement pas.

L'homme d'une quarantaine d'années s'arrêta brusquement et se retourna, le téléphone toujours contre son oreille et il lança un regard noir en direction de Ichigo. Tout en lui respirait la méchanceté et son ego était à coup sûr surdimensionné, cela se voyait à son menton bien trop remonté. La colère de l'immortel monta d'un cran ; ses canines caressaient à présent sa lèvre inférieure et tout ce qu'elles souhaitaient, c'était sortir et mordre la fine peau de sa jugulaire. L'envie grandit en l'orangé et il sentit sa gorge s'assécher. Ce n'était pas bon. Rapidement, le médecin se détourna et mordit violemment son poing pour contenir toutes ses pulsions meurtrières.

« Non, rien, juste un type bizarre dans la rue. Ouais, tous des débiles. Hm, du coup, tu me disais ? »

Ichigo grogna à nouveau et affirma sa prise sur son poing, son propre sang coulait à flot le long de sa gorge, un horrible goût de fer se répandit dans sa bouche et il ne put que grimacer. Son sang était infect, mais il valait mieux qu'il boive le sien que celui de l'humain, pour leur bien à tous les deux. L'orangé accéléra le pas tout en baissant la tête, tentant de ne pas attirer l'attention et surtout de ne pas paraître paniqué. Si jamais il croisait un ennemi, il était fichu, il était loin d'être en état de se battre. Vivement, il sortit un mouchoir en tissu de son blouson et l'appliqua sur son poing, cachant sa blessure, qui déjà, se refermait. Intérieurement, il espérait que ses yeux devenus rouges suite à sa perte de contrôle reprenaient leur couleur initiale ; un beau marron-noisette.

L'immortel fit semblant de soupirer de soulagement en constatant qu'il arrivait enfin devant son appartement. Tremblant, il saisit le porte clefs qui se trouvait dans la poche gauche de son manteau et ouvrit la porte d'entrée. Il la ferma derrière lui en un violent coup de pied, puis, avec sa vitesse surhumaine, il fonça en direction du micro-ondes. Toujours aussi tremblant qu'un dépendant ressentant le manque, il saisit l'une des poches de sang qui se trouvait dans son sac et la plaça sur la plaque en verre, avant de la faire chauffer.

Les trente secondes suivantes furent les plus longues de toute sa vie. La vibration du micro-ondes lui donnait mal à la tête et c'était sans parler de sa gorge si sèche qu'il souhaitait l'arracher de son corps pour tout simplement ne plus subir cette douleur. Il avait été idiot, il avait eu une urgence à l’hôpital ce midi et il avait décidé de ne pas boire sa dose, pensant que cela n’aurait aucun impact. Il avait donc attendu trop longtemps pour se rassasier et maintenant il était sur le point de craquer. Heureusement qu'il n'était plus un nouveau-né depuis bien longtemps, autrement, l'homme qui l'avait percuté ne serait plus en vie à l'heure actuelle.

Un bruit strident et aigu s'échappa de l'appareil, informant Ichigo que le réchauffage de la poche de sang était terminé. Sans attendre, il utilisa sa vitesse surnaturelle pour la saisir et la mordre à l'aide de ses canines. Cela ne valait pas le sang qui était directement aspiré d'un humain, malgré tout, le micro-ondes permettait de chauffer le liquide rouge, lui donnant un peu plus de saveur. La satisfaction, entre aspirer la vie d'un humain en buvant son sang et simplement s'hydrater à l'aide d'une poche de sang n’était définitivement pas la même. Malheureusement, voici la vie que menait le jeune Kurosaki, il ne l'avait pas choisi, mais cela n'en restait pas moins la sienne.

En sentant enfin le doux nectar parcourir sa gorge, l'immortel poussa un gémissement de bonheur tout en fermant les yeux à cause du plaisir. Il but sa collation jusqu'à la dernière goutte avant de jeter la poche dans la poubelle presque pleine. En poussant un faux soupir, il s'étira et il lui suffit d'un simple coup d'œil en direction de son téléphone portable pour savoir qu'il était temps pour lui de se mettre au travail. L'orangé était médecin à la National Medical Clinic, mais ce n'était pas sa principale occupation, loin de là.

Ichigo se changea rapidement et troqua les vêtements qu'il avait porté toute la journée contre des habits d'un noir profond. Avant de sortir de son appartement, il enfila un long et chaud manteau, pour ne pas attirer le regard des passants, les nuits restant encore fraîches, même à cette période de l'année. Il glissa les mains dans ses grandes poches, tout en déposant les clefs de la porte d'entrée dans celle de droite. Le bel homme aux yeux noisette était irrité, il n'était pas resté longtemps dans l'appartement, mais il n'avait pas croisé Chad pour autant. Il aimait bien son colocataire et était déçu de ne pas avoir pu échanger quelques mots avec lui avant d'aller faire des rondes dans les rues de Tokyo. Ce travail non plus, il ne l'avait pas choisi au point où il se demanda s’il était réellement maître de sa vie.

Sans le moindre bruit, l'immortel traversa les rues de la métropole japonaise. Bien évidemment, Ichigo aimait cette ville, il n'était pas né ici, mais il était d'origine japonaise, donc c'était toujours avec beaucoup d'émotions qu'il foulait de ses pieds ce pays dont il avait vu les hauts et les bas. Malgré tout, pour son travail nocturne, il préférait de loin d'anciennes villes comme Paris par exemple. En effet, dans la capitale française, les constructions faisaient toutes à peu près la même taille, lui permettant ainsi de faire sa ronde sur le toit des bâtiments pour avoir une meilleure vue sur ce qu'il se passait. Ce n'était pas le cas pour Tokyo dont les grattes ciels étaient aussi semblables que disparates.

L'orangé se concentra sur ses sens tout en continuant de parcourir les larges rues de la capitale. Son ouïe était à la recherche du moindre cri de détresse tandis que son odorat était à l'affût du moindre effluve de sang. Pour le moment, les rues sombres de Tokyo étaient très calmes, néanmoins, Ichigo savait que cela ne durerait pas ; cela ne durait jamais. La paix ne durait jamais, pas quand il en venait aux hommes, il l'avait constaté à des milliers de reprises tout le long de son éternelle existence. Sans qu'il ne le fasse exprès, ses épaules s'affaissèrent et son visage se déforma à cause de la tristesse qui parcourait chaque parcelle de son corps. Il aurait pu être étonné de son comportement, s'il n'avait pas à ce point coulé dans ses propres pensées.

Soudain, un cri déchirant fut poussé et l'air devint plus lourd. Le médecin fronça les sourcils et se concentra pour savoir d'où venait cet appel à l'aide. Malheureusement, il n'y arriva pas malgré ses efforts, il ne sentait pas de sang, le meilleur moyen de localiser quelqu'un, à la vue de sa nature. L'immortel commença à courir, à un rythme raisonnable, dans les rues de Tokyo, à la recherche de ce qu'il savait être une femme. Tout en courant, il se souvint qu'il devait respirer comme un humain ; inspiration, courte expiration suivie d'une autre courte expiration pour ne pas avoir de point de côté. De plus, il balança ses bras d'avant en arrière, les coudes repliés. Il lui avait fallu des années pour savoir parfaitement imiter la course à pieds et de longues et pénibles heures passées dans les parcs, à observer les humains faire leur jogging.

Brusquement, il stoppa sa course. Elle était là. Comprenant qu'il avait été trop loin, l'orangé fit demi-tour et discrètement, jeta un coup de d'œil à la ruelle qu'il avait dépassé. Il put clairement voir une jeune femme collée contre le mur d'un immeuble, les larmes aux yeux alors que des murmures de supplication s'échappaient de ses lèvres. Ichigo n'était pas un loup-garou, malgré tout, il savait qu'elle transpirait la peur et ce, à des kilomètres à la ronde. Il ne se sentit pas le moindre du monde soulagé en voyant qu'elle n'avait pas été blessée, cependant, il fronça les sourcils en remarquant ce qui se tenait au-dessus d'elle, menaçant. Un manticore.