Chapter Text
Chapitre 1 : November rain
Je suis la Mort et je sais tout. Je connais votre passé et votre futur, et tout ce qui se situe entre les deux. Je suis omniprésente, omnipotente, omnisciente. Je suis partout autour de vous. Sortez dans la rue, regardez autour de vous. Regardez attentivement, en vous focalisant sur ma présence, et vous me verrez. Je suis la feuille qui tombe de l'arbre, je suis la terre que vous foulez de vos pieds, je suis vos pieds qui foulent la terre. Je suis le chat qui miaule, je suis le bébé qui pleure, je suis la fleur qui naît, je suis la fleur qui meurt. Je suis vous. Depuis l'instant de votre naissance,où vous avez commencé à mourir, depuis cet instant, vous m'appartenez. Vous ne pouvez m'échapper.
Je suis partout, en chaque être vivant, en tout ce qui n'est pas vivant, en tout ce qui est plus que vivant. Je sais tout. Je connais tout les mondes. Je suis le monde. Je suis dans le monde mortel, dans le monde sorcier, et dans les autres mondes, ceux que vous ne connaissez pas, que vous ne connaîtrez jamais, que vous ne voulez pas connaître.
J'ai tout vu. Toutes les horreurs, toutes les amours. Et aujourd'hui, je me suis levée du toit du monde depuis lequel je règne, et j'ai marché jusqu'à vous. Je suis venue pour vous raconter une histoire. Pas un film d'horreur, sûrement pas un conte de fée. Juste la Vérité, dans toute sa grandeur, dans toute son immensité. La seule chose qui ait de l'importance.
Soyons clairs : je ne vous permet pas de vous boucher les oreilles. Je ne vous permet pas de fermer les yeux. Cette histoire ne doit pas être ignorée. Cette histoire ne doit pas être oubliée. L'effacer de votre mémoire serait commettre envers moi une grave offense. Et seul Dieu, s'il existe, ou qui que ce soit d'autre, sait qu'il ne vaut mieux pas contrarier la Mort, si vous voulez vivre. Mais pire, bien pire, en effaçant cette histoire de votre mémoire, vous l'effacerez de votre cœur. Vous ignorerez volontairement la Vérité. Et ignorer la Vérité revient à mourir un peu.
Je vous considère maintenant comme prévenu.
Alors installez-vous, où que vous soyez. Préparez votre cœur à accueillir la Vérité. Tendez l'oreille, et écoutez mon histoire...
...Novembre. Le mois de la pluie, de la terre humide, des feuilles qui tombent en amères arabesques sur le sol. L'humidité qui semble sourdre de la terre elle-même. Cet instant où tout paraît pousser un dernier soupir, où tout est noyé dans une immobilité infinie. C'est avec ce mois de mort de l'année 1977 que commença cette histoire, car il fallut bien qu'elle commençât quelque part. Ou peut-être ne commença-t-elle nulle part, justement. Peut-être ne naquit-elle que d'une imbrication des êtres et des circonstances. Peut-être n'est-elle que le fruit d'un hasard étrange...
Dans un couloir désert, une silhouette se faufila, plus légère que l'air, plus silencieuse que la brise. Elle s'arrêta devant un pan de mur nu, eut l'air de se concentrer un instant, puis fit trois allers-retours devant le mur. Une porte apparut, la silhouette l'ouvrit et s'engouffra dans la lumière qui venait de derrière, et la porte disparut derrière lui. Tout s'était passé si rapidement qu'on aurait pu croire à une apparition fantomatique, un vestige du passé revenu hanter le présent. Ça aurait été possible ; après tout, tout est possible à Poudlard.
Cependant, dans la Salle-sur-Demande, car c'était bien l'endroit, point de spectre maléfique ou de fantôme errant, mais seulement un adolescent. Il était mince, les cheveux et les yeux bruns, sa robe de sorcier ouverte sur l'uniforme rouge et or de sa maison. Ses yeux brillaient et il souriait, légèrement essoufflé par sa longue traversée du château. Il s'appelait Remus Lupin. C'est le premier personnage de cette histoire.
La pièce où il était entré était décorée avec goût. Elle avait l'apparence d'un loft, avec un coin cuisine équipé à la moldu, et deux portes dans le fond que l'on suppose donnant sur une salle-de-bain et une chambre. La salle était haute, si haute que le plafond se confondait avec les ténèbres du ciel extérieur, et il semblait même qu'il y brillait des étoiles. Le feu brûlant dans une grande cheminée en pierre projetait ses lueurs dansantes sur les murs tendus de toileries argent et or.
Sur le canapé de cuir noir faisant face à l'âtre, un autre jeune homme était assis, un gros volume à l'aspect ancien ouvert sur ses genoux. C'est le deuxième personnage de cette histoire. Il semblait être l'exact opposé de Remus. Il avait des cheveux noirs mi-longs qui tombaient devant ses yeux onyx et qu'il remettait derrière ses oreilles d'un geste agacé. Une expression d'intense concentration était plaquée sur son visage, qui lui donnait une allure quelque peu hostile. Pourtant, lorsqu'il releva la tête et aperçut l'autre adolescent, son visage s'éclaira d'un sourire magnifique, si lumineux qu'il sembla un instant éclairer toute la pièce, jusqu'aux ombres du plafond. Remus s'assit à côté de lui et posa ses lèvres sur les siennes en un baiser purement tendre dont ils ressortirent tous deux le cœur battant face à l'intensité de leurs sentiments.
-Tu m'as manqué, Sev, murmura Remus à l'oreille de celui qui était son petit-ami depuis presque un an.
-Toi aussi, répondit Severus en le serrant dans ses bras. Oh, Remus... -un silence - j'aimerais tant que l'on puisse se voir plus souvent que quelques heures la nuit...
Son amant lui adressa un sourire attristé. Lui aussi aurait voulut qu'ils se voient plus que leurs rendez-vous vespéraux dans la Salle-sur-Demande. A part ces moments-là qui leur semblaient hors du temps, et pourtant si brefs, ils ne faisaient que se croiser entre deux salles de cours, échangeaient parfois des baisers volés dans des couloirs déserts... Mais il y avait peut-être une solution, songea Remus. Il y pensait depuis un moment déjà, mais redoutait plus que tout la réaction du Serpentard. Cependant, il fallait qu'il fasse quelque chose. Cette situation n'avait que trop duré. Malgré tout l'amour qu'ils éprouvaient l'un envers l'autre, le Gryffondor ne savait pas combien de temps leur couple pourrait supporter cet état de choses. Personne ne peut vivre caché indéfiniment. Il fallait qu'il aborde le sujet.Remus rassembla alors le légendaire courage de Gryffondor qui semblait lui faire défaut, pour une fois.
-Sev...Il faut qu'on parle.
Bon, c'était peut-être un peu maladroit comme entrée en matière. En tout cas, pensa le loup-garou avec un ricanement intérieur, s'ils avaient été un couple hétéro, ça aurait à coup sûr été lui la fille.
-Écoute, reprit-il d'une voix légèrement plus assurée - mais alors très légèrement , hein - peut-être... Peut-être qu'il y a une solution pour qu'on se voie plus.
Severus fronça les sourcils, devinant sans peine où son petit-ami voulait en venir. Remus reprit :
« J'aimerais dire à mes amis que nous sommes ensemble... Oh, rassure-toi,ajouta-t-il précipitamment en sentant que son vis-à-vis se tendait, je ne le crierais pas sur tous les toits. Juste à James, Sirius et Peter. Je sais que vous ne vous appréciez pas vraiment...
-Quel sens de l'euphémisme, railla le Serpentard.
-...mais c'est important pour moi de leur dire, reprit Remus comme s'il n'avait pas été interrompu. J'espère qu'ils finiront par l'accepter. Ce sont mes meilleurs mis, donc je ne me vois pas leur cacher quelque chose de si important pour moi. Ce qu'ils pensent m'importe mais... il faut que tu saches que je resterai avec toi, quoi qu'ils en pensent.
Severus resta un instant silencieux. Il savait combien les Maraudeurs comptaient pour son petit-ami, et combien il lui en coûterait de les perdre. Le Serpentard sentit une vague de chaleur au fond de sa poitrine en se rendant compte que Remus serait prêt à sacrifier ses amis pour lui. Merlin, qu'il l'aimait...
-Et puis... continua-t-il, hésitant franchement cette fois, je pense...Je pense qu'il faudrait le dire à Lily aussi.
Severus se ferma aussitôt à l'entente du nom de la jeune fille. Remus le remarqua et le serra contre lui.
« Tu sais, même si vous êtes en froid pour le moment - il sentit plus qu'il n'entendit son petit-ami ricaner amèrement contre son épaule- tu comptes toujours pour elle. Je suis sûr qu'elle sera heureuse de savoir pour...nous. En plus, c'est mon amie aussi...
-Tu sais que les gens risquent de ne pas bien réagir ?
-Je suis certain que ça ira. Après tout, qu'est-ce que ça peut leur faire ? On est juste deux personnes qui s'aiment, on n'a rien d'exceptionnel, on ne fait rien de mal... Ça va aller, je le sais. »
Remus avait parlé d'un ton si confiant que Severus était presque tenté de le croire sur parole. Parce que c'était plus simple de se dire que tout irait bien, de se le répéter jusqu'à ce que les mots s'inscrivent au plus profond de son âme. Mais c'était faux, il le savait. Il ne pouvait tout simplement pas croire que tout irait bien dans le meilleur des mondes. C'était une utopie dont il avait compris combien elle était erronée depuis des années.
Il observa un instant le visage de son petit-ami. Il était si empreint de gentillesse et d'innocence que Severus s'en voulait de devoir le détromper. Il avait depuis si longtemps prit conscience de la noirceur du monde qui l'entourait - son cher père y avait joué un rôle important, il fallait le reconnaître - qu'il ne se souvenait même plus de ce que c'était de croire encore à la beauté du monde. Mais depuis qu'il était avec Remus, il avait l'impression que les ténèbres qui l'entourait étaient un tout petit peu moins sombres. Comme si la lueur de candeur et de confiance qui brillait dans les yeux de son amant l'éclairait comme la flamme vacillante d'une chandelle dans l'obscurité. Mais Merlin sait comme c'est dur de tenir une chandelle sous la froide pluie de novembre...
Le Serpentard n'avait pas envie de lui dire comme le monde est sale, comme les gens sont mauvais. Il n'avait pas envie de voir s'éteindre cette flamme dans les yeux de son amour. Il savait assez ce que c'était, de vivre sans espoir. Alors, il décida qu'une fois, juste une fois, il pouvais faire confiance au monde. Rien qu'une fois...
Ils se quittèrent au point du jour, pressés de commencer la nouvelle vie qui allait être la leur. Ensemble.
