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Category:
Fandom:
Characters:
Additional Tags:
Language:
Français
Series:
Part 1 of Elayan's Bradbury Project 2021
Stats:
Published:
2021-01-08
Completed:
2021-01-08
Words:
5,444
Chapters:
4/4
Comments:
4
Kudos:
1
Hits:
56

Cerise Sucrée

Summary:

Après des années sur l'île de Pâques, Minima revient au Pôle Nord qui l'a vue grandir. Mais elle vient avec une mission.

Chapter 1: La Fille Prodigue

Notes:

[Projet Bradbury #1] Cette nouvelle a été écrite en une semaine seulement, et relue une seule fois avant publication.
Je n'en suis pas mécontente, ça colle assez bien avec ce que j'avais planifié. Bien évidemment, ça pourrait être mieux amené et quelques éléments mériteraient d'être retravaillé, mais pour un travail d'une semaine, ça me va très bien comme ça !

Chapter Text

Le contrôleur de trains Jerry siffla trois fois, comme autant de crissements dans le silence cotonneux. La neige tombait dru depuis la veille et un manteau neuf s'était déposé sur la croûte éternelle qui recouvrait le Pôle Nord. Il était tôt et le hall de gare était encore calme. Pour Jerry, qui avait passé toute sa vie ici, ce n'était rien de plus qu'un autre matin gris. Il avait des habitudes et des manies accrochées à lui plus sûrement encore que la neige aux guirlandes multicolores qui ornaient toutes les rues de la capitale industrielle. Il scannait la foule du regard, avec l'attention et le détachement d'un lutin d'âge mûr parfaitement rodé à son métier.

C'est alors qu'il la vit.

Elle descendait d'un wagon avec une grâce naturelle. Une bourrasque glacée s'engouffra dans ses cheveux roses, aériens, les enroulant brièvement comme une barbe-à-papa. Ils retombèrent autour de son visage joliment rosi par le froid comme s'ils n'avaient jamais été dérangés. Il la vit acquiescer poliment à un autre voyageur qui lui tendait sa valise. Puis elle fit quelques pas sur le quai, le regard porté sur le ciel, un sourire rêveur sur sa petite bouche rouge.

Jerry retira machinalement sa casquette pour frotter son crâne lisse. Il était rare de croiser des Confiseurs ces derniers temps, mais il était certain que c'était la première fois qu'il voyait celle-ci. Elle avait de l'allure comme personne n'en avait au Pôle. Elle avait une silhouette de rêve, comme celle d'une pêche. Au milieu d'un océan de bonnets et chapeau de toutes les couleurs, elle était la seule à avancer tête nue. La rougeur de son nez, ses joues et ses oreilles semblaient faire partie intégrante de sa tenue.

Elle disparut de son champ de vision, avalée par la foule qui demandait à quitter le quai. Jerry cligna alors des yeux et se rappela qu'il avait des obligations. Il enfonça sa casquette sur son crâne et empoigna le premier passeport qu'on lui tendait pour procéder aux vérifications d'usage.

Il fut tout de même surpris quand, quelques minutes plus tard, il découvrit le sceau de la famille des Lutins Confiseurs Rouges sur une pièce d'identité. Il leva les yeux et trouva le visage de la lutine de tout à l'heure. La première émotion qui lui parvint fut brutale. Elle était si proche qu'il pouvait sentir son parfum sucré. Son estomac se contracta, juste avant que d'autres émotions ne se présentent comme un bouquet varié et contradictoire.

Les sourcils de la lutine se haussèrent avec inquiétude, mais ses lèvres rouges s'ourlèrent d'un sourire délicat.

- Tout va bien, monsieur ? demanda-t-elle.

Sa voix était chantante comme un été, se dit Jerry, avant de se gifler mentalement pour revenir à la réalité. Il était resté à la fixer béatement bien trop longtemps, il devait avoir l'air d'un sacré idiot ! Il émit un rire qu'il voulut bourru mais qui sonna malheureusement aussi bête qu'il l'était.

- Veuillez m'excuser, Miss… Minima, lut-il. Vous êtes Confiseuse, n'est-ce pas ?

Le sourire de la jolie lutine se réchauffa. Elle émit un léger gloussement dont la signification échappa totalement au contrôleur de trains. Ce qui ne l'empêcha pas d'en apprécier les éclats.

- Je comprends votre surprise, dit-elle, l'œil brillant. Nous sommes cousins, pas vrai ?

Elle parlait d'une voix un peu trop basse pour le brouhaha ambiant. Jerry devait se pencher vers elle pour bien l'entendre. Il plissait même des yeux, comme si ça pouvait l'aider. Recomposer sa phrase dans sa tête ne fut pas immédiat. Il y avait des inflexions suaves dans sa voix, un léger accent sans doute, mais qu'il ne parvenait pas à situer.

- Presque, corrigea-t-il finalement en secouant la tête d'un air d'excuse.

Il faisait partie de la lignée des Confiseurs Jaunes, cousins éloignés des Rouges par des dizaines de générations, mais avec des affinités magiques encore très similaires. Jerry s'étonnait qu'elle ait pu reconnaître son origine. Tout d'abord parce qu'il exerçait un métier de sans-pouvoir. Ensuite, parce que cela faisait bien des années qu'il n'arborait plus la chevelure caractéristique des Confiseurs. Par nature, leur cuir chevelu était fragile et la casquette comprise dans l'uniforme des employés de la gare n'était pas optionnel. Le crâne de Jerry avait été poli en quelques mois seulement de sa choucroute dorée qui faisait sa fierté d'adolescent.

- Ne soyez pas gêné, dit Minima comme si elle lisait ses pensées, vous avez encore de très beaux sourcils.

C'était un compliment courant, dans cette branche de la famille, qu'on destinait surtout aux anciens. Mais elle avait l'air de véritablement le penser et cela porta droit au cœur de Jerry. Il sourit en lui rendant son passeport. Un unique tampon en forme d'œuf en marquait le dos. Les indices s'assemblèrent soudain dans la tête de Jerry, qui s'empressa alors de relancer le dialogue :

- Vous devez être une des filles de Mimosa. Vous venez rendre visite à vos parents avant le rush de printemps ?

Minima prit le temps de déposer son passeport au fond de son sac à main avant de lever à nouveau les yeux sur lui. Sa petite bouche rouge était toujours étirée du même sourire, mais son nez s'était plissé d'amusement.

- Ce sera sans doute plus définitif qu'une simple visite de courtoisie, dit-elle du bout des lèvres. Il semblerait que Noël ait plus besoin de Confiseurs Rouges que Pâques.

Jerry se décomposa. Il avait entendu dire que des lutins avaient disparu. Il avait entendu dire qu'il s'agissait de Confiseurs. Mais comme sa propre famille allait bien, il avait relégué l'information en arrière-plan. Minima revenait sans doute auprès de sa famille pour remplacer au pied levé des frères ou sœurs disparus.

Cependant, à la surprise de Jerry, Minima éclata de rire. Sa main gantée papillona dans les airs et son index vint lui presser le bout du nez. Le contrôleur de trains cligna des yeux avec stupeur.

- Allons, ne faites pas cette tête, lui dit-elle. Le Pôle Nord a beau prétendre le contraire, les Vilains Petits Lutins commettent des atrocités depuis des années. Ça ne peut pas toujours n'arriver qu'aux autres.

Jerry se sentait soudain très mal à l'aise. La voix de la lutine avait gagné en volume - ou bien était-ce la foule qui s'était dissipée ? Toujours était-il qu'il l'entendait maintenant très clairement. Il décelait des inflexions étranges dans son timbre. Quelque chose de décalé, de déphasé, de dérangé.

Les lèvres rouges de Minima s'arrondirent sur une petite sphère brillante. Elle s'en saisit délicatement. Sa main traça un élégant arc de cercle en direction de Jerry. La lutine glissa le bonbon dans la bouche du contrôleur de trains avec un sourire absolument charmeur. Puis elle ramassa sa valise et s'éloigna après un dernier signe de la main.

Jerry papillonna des paupières, tétanisé. Le bonbon était posé sur sa langue. Une simple bille sucrée. Elle fondait doucement. Alors que la silhouette de la lutine s'éloignait, le contrôleur de trains secoua la tête en haussant les épaules. On disait que Pâques rendait un peu fou, il y avait sans doute du vrai là dedans.

Ce qui ne l'empêcha pas de croquer le bonbon. La croûte de sucre céda facilement, révélant un coeur fruité qui le renvoya tout droit à un souvenir d'enfance, où il grimpait aux branches du cerisier de sa grande tante pour en dévorer les plus beaux fruits. 

La mère Mimosa pourrait se féliciter du retour de sa fille, elle était de toute évidence une excellente synthétiseuse.