Work Text:
Part 1.
« Mais qu'est ce qui m'arrive... Je m'en prends à mon royaume... à mes amis... Je m'en prends à Raiponce... »
Les bras de Cassandra s’enroulaient autour de son propre genou, en prononçant ce dernier nom. Son esprit loin d’ici, durant un court instant, s’imaginant, tenir Raiponce dans ses bras, pour une de ces étreintes dont elle était tant friande.
Elle réalisait seulement à quel point étreindre son amie lui manquait. Aurait-elle seulement l’occasion de recommencer ce geste un jour ?
Si seulement elle n’était pas partie avec autant d’impulsivité et de colère, l’avant-veille. En la laissant à son sort sous la montagne. Et si ça avait été sa dernière chance ?
« ...Il faut que je me rachète »
Sa résolution l’avait fait sortir de cette position recroquevillée. Bondissant sur ses pieds. Bien décidée à arranger les choses avec Raiponce. Mettre les choses au clair. Elle était sur une mauvaise pente… Définitivement. Et devenir la méchante de cette histoire n’avait jamais été son objectif.
Mais il n’était peut-être pas trop tard pour tout arrêter. Pour avoir son pardon. Même après le dernier coup qu’elle lui avait fait, dans la galerie de mine… Elle n’était pas certaine de mériter ce pardon qu’elle espérait.
Alors qu’elle se redressait, le cœur battant au rythme d’une chance qu’elle devait tenter, un bruit de voix attira son oreille, alors qu’elle se redressait.
Vladimir - « Princesse ? Princesse Raiponce ? »
Attila - «Vous êtes là, princesse ? Eeeeeeeeeeoooooooh !”
Satyre- « Saaaatyyyyre ? »
Ses sourcils se froncèrent.
Les types du canard boiteux ? Les voir passer ici n’était pas si surprenant. Après tout, la taverne n’était pas si loin d’ici. L’objet de leur cri, en revanche, était intriguant.
Veillant à ne pas se faire voir, restant dans l’ombre des arbres, Cassandra s’approcha de l’origine de ces cris, pour les observer de plus près.
Attila, Ulf, Vladimir, et le Satyre. Ils continuaient, en regardant tout autour d’eux, et en avançant à travers les bois, à hurler le nom de Raiponce. Cela voulait-il dire qu’elle était dans le secteur ? Cassandra savait qu’elle aimait parfois trainer avec ce groupe d’idiot…
Le satyre – « Oh, regardez, j'ai trouvé une princesse ! »
Lança le plus petit et le plus à l’ouest, en regardant dans la direction de Cassandra. Toujours à côté de la plaque, celui-là. Mais l’attention des autres, attirée sur elle, la fit grincer des dents et reculer d’un pas.
Attila – « Ce n'est pas la princesse ! C'est Cassandra !»
Le Satyre – « Ou plutôt... La princesse de mes rêves, ma beauté ? »
Le grand sourire que le satyre lui adressait lui souleva l’estomac, arrachant une grimace de dégoût à son visage. Avant de se désintéresser de lui. Il n’était pas le dangereux du groupe. Elle leva légèrement les mains devant elle. Elle n’était pas là pour attaquer, après tout… Pas cette fois.
Cassandra –« Doucement... Je suis là pour Raiponce aussi, je »
Vladimir – « Vous l'entendez ! Elle a capturé la princesse ! Attrapons la ! »
Quelle bande d'idiots... Mais les mots qu’ils criaient l’alertaient. Raiponce avait-elle eu des ennuis ?
Est-ce que…
Elle leva le bras, faisant jaillir un grand rocher noir plat pour les repousser alors qu’ils se précipitaient vers elle. Elle ne souhaitait pas spécialement se confronter à eux. Pas qu’elle en ait peur, mais… Elle n’avait vraiment pas envie de faire plus de mal que ce qu’elle avait déjà fait.
Il fallait pourtant qu’elle ait le fin mot de cette histoire. Bien qu’au fond d’elle, elle ait peur de déjà connaitre la réponse.
Elle pouvait sentir ses tripes se tordre d’angoisse à cette idée.
Non, ça ne pouvait pas être ça.
Cassandra – « QUOI, la princesse ? Qu'est ce qu'il se passe ? »
Fermant le poing. De sa rage, une colonne de rochers noirs jaillit du sol, venant emprisonner les jambes du groupe, qui s’était redressé pour tenter de lui courir après et sur le haricot.
Attila – « Uh… Elle a disparu depuis plus de deux jours. Tout le monde est à sa recherche »
Les yeux de Cassandra s’ouvrirent en grand. Son coeur accélérant dans sa poitrine.
Plus de deux jours… ? Ça correspondait à…
En un geste, les rochers qui les emprisonnaient se désagrégèrent. Mais avant même qu’ils n’aient eu le temps de le réaliser, Cassandra était déjà loin. En train de courir, à perdre haleine.
Elle savait exactement où trouver Raiponce.
La peur lui donnait des ailes. Plus encore que lorsqu’elle avait fui sa tour. Courant, sans se retourner, sautant par-dessus buissons et rochers… Suivant un chemin qu’elle avait déjà emprunté, il y a deux jours.
Ce n’est qu’en apercevant, devant elle, une forme familière sur la branche d’un arbre, qu’elle s’arrêta. A bout de souffle.
Cassandra – « Hibou ?! »
Revoir son partenaire de toujours lui faisait chaud au cœur. Malgré l’air sévère qu’il affichait en la regardant.
Part 2.
Deux jours plus tôt
Rapunzel – « Retiens ton souffle, Pascal »
Le gaz envahissait les lieux de plus en plus. Mais elle avait beau frapper, encore et encore de toutes ses forces, à coup d’épaules contre les rochers éboulés… Ceux-ci ne cédaient pas.
Et l’effort la forçait à respirer. Tenter d’avoir quelques dernières goulées d’air pur… Mais le gaz s’y était déjà mêlé. Sa tête se mit rapidement à tourner et ses poumons à bruler.
Faible… Elle allait tomber. Elle le sentait.
Elle devait… Se rattraper…
Elle eut tout juste la force de faire quelques pas, se rapprochant d’un grand rocher.
Raiponce – « Cass… »
Elle aurait voulu crier son nom. L’appeler, assez fort, avec assez de son cœur, pour la faire revenir. Mais seul un murmure s’échappa de ses lèvres essoufflées. Sa dernière pensée allait vers son amie, alors qu’elle s’effondrait contre le rocher. Sa conscience l’abandonnant.
Pascal, qui avait une plus petite bouche, avait pu respirer un peu plus longtemps sans que ce soit de l’air vicié.
Mais il ne pouvait pas faire grand-chose, face à d’aussi grands rochers. Si ça n’était tenter d’attirer la taupe géante jusqu’ici… Et espérer qu’elle ouvre le chemin pour eux. Elle était assez forte pour ça, non ?
Le bruit de la boite à musique avait semblé l’énerver. C’était peut-être leur seule chance de s’en sortir.
Retenir son souffle. Courir à travers le gaz. Tourner la manivelle. Soulever la boîte à musique, pour que le son résonne dans le couloir souterrain. Pourvu que ce soit suffisant…
Le rugissement qui s’en suivit, au moins, indiquait qu’il avait entendu. Rapidement, la taupe sortit d’une galerie dans le mur. Se précipitant vers la direction de la boîte à musique, furieux.
Pascal eut tout le temps de plonger sur le côté en se débarrassant de la boîte à musique.
Les grands coups de pattes de la bête éjectaient des cailloux et rochers partout. Jusqu’à croiser celui ou Raiponce était étendue. Celui-là ne fit pas exception, et Raiponce fut éjectée plus loin, contre un des murs de la galerie, heurtant violemment celui-ci. Lui arrachant un gémissement.
Qui détourna l’attention de la boîte à musique. Il avait reniflé deux fois, et n’était visiblement pas heureux de se trouver dans ce gaz non plus. Revenant sur ses pas… Il vint se saisir de Raiponce dans sa gueule. Avant de se mettre à courir en sens inverse avec, l’emmenant sans doute pour s’en faire un casse-croûte !
Pascal commençait à se sentir faible, lui aussi. Il avait besoin de respirer, mais s’il le faisait, ce serait pire.
Tout ce qu’il pouvait faire pour l’heure… C’était étendre sa langue un grand coup pour aller se coller à cette fichue taupe, et rejoindre Raiponce. Tant qu’il ne faisait que la transporter, c’était tant mieux : il l’éloignait du gaz.
Retournant dans la galerie par laquelle il était arrivé, en la trainant. Les attaches de ses cheveux s’accrochant dans des pierres, se brisèrent rapidement, libérant sa chevelure à même le sol… Avant de donner un grand coup dans les rochers tout autour, les creusant pour refermer le passage, et empêcher le gaz d’envahir la galerie.
Sur l’extrémité de ses cheveux.
Après quoi… Il continua à l’entrainer. Pendant un moment, du moins. Jusqu’à se retrouver coincé, par les cheveux de Raiponce, enterrés sous les rochers plus loin. Il tenta bien de tirer, au point que Pascal commençait à craindre qu’il ne lui brise la nuque.
C’était le moment pour lui d’agir. Même s’il se sentait faible. L’air était toujours vicié, poussiéreux, et si la concentration de gaz y était moins importante… Elle n’était pas suffisante pour qu’il récupère des forces pour le moment.
Mais il devait utiliser celles qu’il lui restait. Courant le long du corps de la taupe, pour venir lui envoyer un grand coup de langue dans l’oreille. Puis, courir de nouveau alors qu’il tournait pour tenter de frapper cette petite chose qui le dérangeait. Lui en renvoyant un en plein museau. Avant de sauter devant lui, et de se mettre à courir.
Comme il l’espérait, la taupe abandonna sa prise sur Raiponce, pour commencer à lui courir après, guidé par la plus petite taupe sur sa tête. Maintenant, il fallait qu’il parvienne à se sauver !
Ce qu’il tentait de faire. Courant, tout droit, aussi vite que possible. La taupe courait bien plus vite que lui… Et un grand coup de patte l’envoya voler sur le côté. Et rebondir sur des rochers. Dont il adopta vite vite la couleur, pour se cacher, ne bougeant plus d’une écaille.
Ce n’est qu’une fois que la taupe eut abandonné, et soit finalement reparti dans ses galeries, qu’il se précipita vers Raiponce.
Elle était toujours inconsciente au sol. Respirant difficilement. Quelques bribes de gaz s’échappaient d’entre les rochers, gardant l’air légèrement vicié.
De ses dernières forces, Pascal tenta de tirer sur ses cheveux pour les défaire de leur piège, en vain. Les rochers étaient trop lourds.
Tout ce qu’il pouvait faire, était venir se pelotonner contre Raiponce. Essayer de la réveiller en pressant un peu son visage…
La tête de Raiponce tournait.
Elle ne savait plus vraiment ou elle était. Ni combien de temps elle était restée inconsciente. Ouvrant les yeux, pour se retrouver dans le noir complet. L’air était étouffant, et ses poumons lui faisaient mal.
Elle se sentait affreusement faible. Bien trop pour faire quoi que ce soit avec ses cheveux. Y compris les faire briller. En tentant de remuer, elle pouvait juste sentir que ceux-ci étaient coincés par quelque chose. Mais elle n’avait pas la force de se lever.
Contre elle, elle pouvait sentir Pascal. Son petit couinement lorsqu’elle remua. Lentement, la mémoire lui revenait.
La montagne… Le gaz…
Sa gorge était affreusement sèche. Ses poumons la brulaient. Elle toussa, faiblement, et cette simple toux lui arracha une violente douleur aux côtes.
Raiponce – « Oh, Pascal… »
Murmurait-elle d’une voix difficile. Alors que le caméléon venait se frotter contre sa joue.
Raiponce – « Tu n’as pas pu trouver de sortie… ? Je suis désolée, Pascal… »
Elle avait à peine fini sa dernière phrase, qu’une nouvelle quinte de toux la déchira. Lui faisant tourner la tête si violemment, et si douloureuse, que sa conscience s’échappa de nouveau.
Part 3.
A bout de souffle, le cœur tambourinant, Cassandra déboula devant l’endroit ou elle avait laissé s’ébouler les rochers, deux jours plus tôt.
La sortie de la montagne. Là où elle avait laissé Raiponce.
Jusqu’alors, elle ne s’était pas inquiétée de savoir comment elle allait sortir. La culpabilité qui l’avait traversée en l’abandonnant, elle l’avait enfouie profondément, sous une couche de colère et de ressentiment. Et ensuite… Elle n’y avait plus pensé. Raiponce était pleine de ressources. Elle ne s’était pas imaginée qu’elle ne trouverait pas de moyen de s’en sortir.
Hibou l’avait suivie jusque-là. Venant se percher sur une branche d’arbre proche, pour la regarder faire.
D’un geste rageur, elle leva le bras. Des rochers noirs vinrent soulever toutes les pierres effondrées. Pour ouvrir de nouveau le tunnel qui débouchait là. Celui-là même qu’elle avait laissé s’effondrer pour piéger Raiponce à l’intérieur, deux jours plus tôt.
Immédiatement, une importante quantité de gaz orangé se déversa vers l’extérieur. La forçant à reculer. Elle n’avait pas eu le temps de retenir sa respiration suffisamment, pour ne pas sentir ses poumons la brûler, lui arrachant une quinte de toux, alors qu’ils se répandaient, et s’échappaient dans l’air.
Ses yeux s’élargirent, son cœur manquant un battement.
Ce gaz…
Cassandra – « Raiponce ?! »
Inutile d’appeler ici, évidemment. Raiponce ne pouvait pas être restée là-dedans. Ce gaz était bien trop toxique.
Elle agita les bras, pour évacuer ce qu’il restait de gaz autour d’elle, retenant sa respiration, en rentrant dans le couloir, le temps que l’air redevienne respirable.
Avant de se figer.
Le sac de Raiponce était toujours au sol. A l’exact même emplacement, que celui ou elle l’avait vu tomber lorsque le wagon s’était écrasé.
Raiponce n’avait même pas pris la peine de le ramasser ?
Elle manqua de s’étrangler, en réalisant ce que ça signifiait. Gémissant un “non” plaintif, qui lui fit accidentellement relâcher son souffle.
Ce gaz… Lorsqu’elle était coincée là avec elle, c’était à cause des failles crées par ses rochers noirs qu’il s’échappait.
Est-ce que…
Est-ce que c’était elle, qui avait fait jaillir ce gaz du sol en même temps que ses rochers, à sa sortie ?
Est-ce que les cris que Raiponce avait poussé, en l’appelant, lorsqu’elle l’avait abandonnée à son sort…
Était-ce un appel à l’aide, alors qu’un gaz mortel commençait à l’entourer ?
Les genoux de Cassandra heurtèrent le sol. Les mains à plats, les bras tremblants.
Elle ne s’imaginait que trop bien la scène. Raiponce… Son regard horrifié en réalisant qu’elle venait tout juste de se faire abandonner par elle. Piégée derrière un éboulement, alors que du gaz mortel commençait à s’échapper et envahir les lieux. L’appelant au secours, espérant qu’elle revienne la sortir de là.
Qu’elle la laisse mourir ici… A cause d’un malentendu, parce qu’elle n’avait pas voulu la croire lorsqu’elle lui avait affirmé ne pas avoir pris ce miroir.
Elle imaginait Raiponce s’époumonant, malgré la brulure du gaz, espérant qu’elle change d’avis, qu’elle revienne la sortir de là…
Mais elle n’était pas revenue. Elle l’avait abandonnée à ce sort. Ignorant ce que son cœur lui hurlait. Ignorant ses sentiments, les enfouissant sous une nouvelle couche de colère.
Une sensation humide et brulante, roulait sur ses paupières. Tombant au sol. Des larmes, qu’elle n’avait même pas sentie monter.
« Raps… »
Non. Elle ne devait pas s’effondrer ici… Ca n’était pas le moment.
Le sac de Raiponce était là… Mais sa princesse blonde, elle, n’y était pas. Ca voulait dire qu’elle avait sans doute trouvé un moyen de se sortir de là. Sans doute étourdie, aveuglée par le gaz ou… N’importe quoi qui l’ait fait oublier de récupérer son sac.
Elle était sans doute encore quelque part dans les environs. Avec toujours besoin de son aide.
Elle n’a besoin de personne pour la protéger, tu te souviens ? Elle l’a dit elle-même.
Cassandra grinça des dents en se redressant, chassant la petite voix qui se moquait d’elle dans son esprit. Elle l’avait bien trop écoutée, ces derniers temps. Ramassant le sac de Raiponce, pour le mettre en bandoulière. Avant de prendre le temps d’observer les lieux un peu plus en détail, essuyant ses yeux d’un revers de poignet.
Le gaz s’était suffisamment dissout dans l’air, pour qu’il soit de nouveau respirable, mais ses yeux étaient embués, et la piquaient.
Malgré ça, elle pouvait apercevoir près de l’endroit ou elle avait ramassé le sac de Raiponce, quelque chose qui ne la rassurait guère. Des profondes traces de griffure dans le sol, et sur les murs. Le genre qui aurait pu être laissée par… Une grosse taupe.
Ainsi que…
Du bout des doigts, elle ramassa ce qu’il restait de sa boîte à musique. L’observant quelques instants. Elle était tordue, inutilisable. En miettes.
Sa mâchoire se crispa.
Avec rage, elle rejeta l’amas de métal inutile, pour le fracasser contre un rocher. Faux souvenir d’amour d’une mère qui n’avait que prétendu l’aimer. Instrument d’une tromperie de plus, qui l’avait menée à tous ses mauvais choix.
Avant de reprendre sa marche, à pas prudents. Plus elle avançait, moins la lumière venant de l’entrée ne perçait. Au point qu’elle faillit manquer l’éclat blond près du sol.
Elle s’arrêta net, pour regarder ça de plus près. Se penchant, pour se saisir de la matière qui dépassait d’un amas de rochers sans pouvoir en être délogée, et la faire rouler entre ses doigts.
Ca… Elle avait passé assez de temps à les brosser ou à être empêtrée dedans, pour reconnaître les cheveux de Raiponce. Et elle savait bien assez à quel point ils étaient impossibles à arracher ou couper. Ce qui voulait dire…
Se redressant en un bond, elle leva le bras, coude plié. Pour faire jaillir plusieurs rochers noirs tout autour de cet éboulement de rocheux. Priant pour ne pas provoquer une nouvelle faille dans le sol.
La poussière soulevée tout autour la fit tousser. Plissant les yeux pour tenter de voir quelque chose dans la pénombre…
« Raiponce! »
Elle était là. Etendue au sol, recroquevillée en chien de fusil derrière cet éboulement. Sûrement trainée ici par cette fichue taupe.
Cassandra se précipita en avant, pour tomber à genoux devant elle. Morte d’angoisse. La tournant délicatement sur le dos, pour prendre son visage entre ses mains, les yeux grands ouverts.
« Non non non non non... Raiponce s'il te plait… Tu n'es pas… »
Ses mains gantées tremblaient en tenant son visage. Raiponce était complètement inerte. Pascal lové dans son cou, immobile, lui aussi.
Les images de ce qui avait dû se passer continuaient à défiler dans l’esprit de Cassandra sans qu’elle ne puisse les retenir. Le gaz avait dû lui faire perdre conscience. L’animal la trainer jusque là… A ce moment là, elle devait être consciente, encore, pour avoir adopté une telle position recroquevillée… Mais incapable de s’échapper.
«Tu ne peux pas être... »
Murmura-t-elle, penchée au dessus d’elle, dans le noir… Les larmes commençaient de nouveau à monter à ses yeux.
Combien de temps était-elle restée ainsi ? A espérer, qu’elle revienne la chercher ? Qu’elle la sorte de cet enfer dans lequel elle l’avait elle-même jetée ?
Cassandra aurait cru sentir son cœur se faire lacérer à cet instant, tant la douleur était vive. Venant poser son front contre celui de son amie, des larmes roulant sur ses joues.
“Raps… Je suis tellement désolée…”
Tout était de sa faute.
Elle l’avait tuée.
C’était elle qui les avait fait tomber toutes les deux sous cette montagne.
C’était elle qui avait trahi sa parole d’une trêve entre elles.
L’abandonnant, la piégeant là-dessous, dans un gaz mortel, avec une taupe géante.
Elle l’avait tuée.
Sa petite princesse. Sa meilleure amie. La personne qu’elle aimait le plus au monde. La personne qui avait toujours vu le meilleur en elle. Qui avait toujours cru en elle, malgré tout ce qu’elle avait pu faire. La personne qu’elle avait un jour juré de protéger.
Elle l’avait tuée.
Toute l’énergie qu’elle pouvait avoir la quittait. Envahie par les ténèbres.
Elle avait connu sont lot de peine par le passé.
Mais jamais comme ça.
Crispant ses doigts, les enfouissant dans les vêtements de Raiponce, au dessus de sa poitrine, elle se pencha plus encore. Venant blottir son visage dans ceux-ci, en se laissant tomber allongée à côté d’elle. Se fichant de la poussière et de la bave que la taupe avait laissé.
Il n’y avait plus que du vide. Son cœur était vide.
Son esprit, engourdi, ne ressentait plus rien. Plus rien ne comptait.
Sa lumière s’était éteinte. Et avec elle… Alors elle s’éteindrait, elle aussi. Laissant les dernières larmes qu’elle avait eu la force de produire s’écouler, absorbées par les vêtements dans lesquels son visage était enfoui.
C’était ça, que ça faisait. De n’avoir plus rien à perdre.
Plus rien.
Sauf, peut-être, la tirant de cette léthargie... la très légère, très lointaine sensation de battement, contre son visage.
Un instant, elle crut sentir ses propres tremblements.
Mais non.
C’était quelque chose de plus profond que ça.
Faiblement, contre le visage de Cassandra, posé sur sa poitrine... Le cœur de Raiponce battait encore.
C’était un battement si faible. Si ténu. Comme une flamme mourante, qu’un simple coup de vent aurait pu éteindre. Si faiblement qu’elle ne pouvait même pas sentir son souffle.
Mais la vie ne l’avait pas encore quittée.
Rouvrant brusquement les yeux, Cassandra se redressa.
Ouvrant les lèvres, stupéfaite de ce qu’elle voyait.
Sous ses yeux, une étrange lueur s’était créée. A travers les vêtements de Raiponce, une lumière se dessinait à travers de lumineuses arabesques, bleu et dorées. Qui serpentaient le long de sa poitrine, s’élevant dans les airs, tout autour d’elle.
Le spectacle était aussi beau qu’incongru. L’éblouissant presque, ces arabesques de lumière dansaient en les entourant. Dessinant une immense fleur de lumière dorée qui naissait du cœur de Raiponce, entourée d’un immense cercle dans lequel tournait un croissant de lune bleu.
Cassandra n’avait pas l’œil d’un artiste, comme pouvait l’avoir la princesse. Pourtant, la beauté de ces lumières la gardait béate. Il ne lui semblait jamais rien avoir vu d’aussi beau.
Et puis, les particule de lumière retombèrent. S’évanouissant dans l’air, la laissant dans le noir, et stupidement abasourdie. Incapable de réagir à ce qu’elle venait de voir.
Du moins, jusqu’à entendre le bruit d’un long soupir, qui ne venait pas d’elle. Ainsi qu’un petit couinement, qui attira son regard vers le bas.
« Raps… ? »
Pascal avait commencé à remuer. Se délogeant de la gorge de Raiponce… Qu’un léger souffle avait soulevé.
Part 4.
Cassandra n’avait pas la moindre idée de ce qu’il venait de se passer là.
Sans doute un non-sens mystique, de réunion de la Larme de Soleil et de la Pierre de Lune, larmes, ou n’importe quelle autre histoire. Le même genre qui avait amené les cheveux de Raiponce à repousser et à regagner des pouvoirs mystiques. Ou bien, comme elle lui avait raconté maintes et maintes fois, la manière dont les pouvoirs de la Larme de Soleil avaient sauvé la vie de Fitzherbert.
Pour l’heure, elle n’aurait pas pu s’en préoccuper moins.
Une seule chose comptait : il n’était pas trop tard. Pas encore.
Le plus délicatement possible, elle avait glissé sa main sous la nuque de Raiponce. Pour la redresser un peu. Il lui avait semblé entendre sa voix murmurer quelque chose, sans qu’elle en soit certaine, trop assourdie par les battements furieux de son propre cœur emballé.
Elle glissa un bras sous les genoux de la princesse, et l’autre sous ses omoplates. Avant de la soulever, en se relevant. Veillant à ce que Pascal reste bien accroché à elle. Hors de question de laisser le petit caméléon derrière.
Une fois la princesse bien installée dans ses bras… Il fallait maintenant sortir d’ici. Aller respirer l’air frais extérieur. Ca ne pourrait que lui faire du bien, de sortir de cet environnement vicié et toxique.
Prenant une grande bouffée d’air en sortant de là, avant de réajuster un peu la position de sa princesse dans ses bras, baissant les yeux vers son visage. Pour s’assurer qu’elle respirait toujours.
« Tiens bon, princesse... »
Murmura-t-elle. Sans vraiment savoir si elle entendait ou non.
Mais elle respirait. Elle était vivante. Et c’était un soulagement immense, face à la douleur qu’elle avait ressenti en pensant l’avoir perdue pour toujours.
Qu’importe qu’elle lui pardonne un jour. Que les choses se rétablissent. Tout ça n’était rien, face à ce vide qu’elle avait ressenti à l’idée de voir sa vie s’éteindre.
La seule chose qui lui importait, pour l’heure, était de voir la petite étincelle de vie qui l’habitait encore se régénérer. Voir cette flammèche mourante restaurée, redevenir le feu de joie vif et vivace qu’elle avait toujours été.
Et pour cela, il fallait déjà répondre à une première question : où aller ?
La ramener au château… Elle le ferait sans doute plus tard. Quand Raiponce aurait repris un minimum de forces. Pour l’heure, elle ne pouvait pas faire un trajet si long en la portant ainsi.
Sa tour… L’idée la fit frémir. Zhan Tiri se trouvait là-dedans. L’ancien, cruel démon ayant juré de détruire son royaume, Zhan Tiri. Sa tour n’était pas une option.
Le vieux cottage était détruit, et c’était tant mieux. Mais elle ne pouvait pas non plus s’y réfugier, bien que c'était l’endroit le plus proche.
Le Canard Boiteux… N’était pas si loin que ça. Avec un peu de chance, les thugs seraient toujours dehors en train de chercher Raiponce. Mais elle craignait qu’il ne soit pas vide… Et elle ne pouvait pas à la fois s’occuper de Raiponce, et gérer ces idiots. Qui penseraient sans doute que c’était elle qui l’avait fait disparaitre, et l’avait blessée.
Oh, et ça serait très éloigné de la vérité, peut-être ?
Elle se mordit la joue, pour faire taire cette fichue voix culpabilisante. Il fallait qu’elle réfléchisse clairement.
Non, aucun lieu n’était adapté. Le mieux restait de la mener près d’un point d’eau. C’était le plus urgent. Toutes les autres idées étaient des tentatives idiotes de justifier de la garder près d’elle le plus longtemps possible. Et le moment était mal choisi pour être égoïste.
En jetant un coup d’œil vers la princesse dans ses bras, Cassandra prit simplement la direction de la rivière proche.
Les cheveux blonds trainant au sol étaient vraiment un problème. Ils la ralentissaient, s’accrochant dans tous les obstacles possibles, sous l’oeil d’Owl, qui les suivait.
Elle parvint malgré tout à atteindre son but, mais il était clair qu’elle ne pourrait pas la mener jusqu’au château ainsi. La déposant avec toute la précaution du monde en lui appuyant le dos contre un arbre. Soulevant délicatement Pascal, pour l’installer sur les genoux de la princesse. Le petit Pascal était faible, lui aussi, mais réveillé. Il la regardait avec des yeux incertains.
“Je sais, Pascal. J'ai été une horrible personne, ces derniers temps. Mais je vais prendre soin de vous deux, cette fois.”
Sceptique, le caméléon. Elle n’osait même pas croiser son regard, pour l’heure. Préférant le relever vers les yeux de Hibou, qui n’avait cessé de l’observer. Elle s’en voulait de devoir lui demander un service, alors qu’il venait tout juste d’accepter de nouveau d’être près d’elle, mais...
« J'ai besoin de toi, mon grand… Je ne pourrais pas aller jusqu'au chateau. S'il te plait, ramène Fitzherbert ici. »
Aussi insupportable soit-il, elle savait qu’elle pouvait lui faire confiance pour s’occuper de Raiponce. Et qu’il saurait la ramener en sécurité au château. Pas comme les pubs thugs, qui même si par miracle avaient autant de bonnes intentions qu’ils voulaient le faire croire, étaient bien trop idiots pour être dignes de confiance.
Plus, Fitzherbert viendrait avec Maximus. Il était rapide, et endurant. Il la ramènerait bien plus vite en sécurité, qu’elle aurait pu le faire en la portant à pieds. Vu l’état de Raiponce, elle avait besoin de soins le plus vite possible. Ca n’était pas allongée dans les bois qu’elle pourrait récupérer correctement.
Avec un hululement, Hibou s’était envolé, en direction de la ville. Lassant de nouveau Cassandra seule avec elle-même, un caméléon méfiant, et une princesse inconsciente. Qui devait littéralement être en train de mourir de soif.
Se concentrant un instant, Cassandra créa dans sa main une composition de rochers noirs ayant plus ou moins la forme d’un bol.
Ca n’était pas elle, l’artiste des deux… Et jusqu’alors, elle n’avait pas vraiment fait quoi que ce soit d’aussi précis. Mais ça ferait bien l’affaire pour recueillir un peu d’eau. Avant de se recentrer sur sa princesse, venant s’agenouiller près d’elle. Avec toute la délicatesse dont elle était capable, elle écarta de son visage une mèche de cheveux blonds.
Sa peau était si pâle, et ses cheveux si ternes… Ce qui était d’autant plus déroutant qu’ils étaient magiques.
« Allez, Raps... Il faut que tu boives . »
Ce fut un soulagement de constater que Raiponce avait toujours un réflexe de déglutition. Agenouillée face à elle, en lui soutenant la tête, son amie la faisait boire par petites gorgées.
L’eau lui arracha une toux faible, et Cassandra n’arrivait pas à interpréter, comme étant une bonne ou une mauvaise chose. Au moins, c’était quelque chose.
Le fond du bol après ça, fut tendu vers le caméléon.
« Toi aussi, Pascal… »
Il la regardait toujours avec suspicion. Sa méfiance était méritée, mais douloureuse à encaisser. Néanmoins, il accepta l’eau qu’elle lui tendait, sans se faire prier. Assoiffé. Avant de revenir se pelotonner sur les genoux de Raiponce, pendant que Cassandra remplissait de nouveau le bol.
Quelques gorgées de plus pour la princesse. Qui lui arrachèrent une nouvelle quinte de toux, plus forte, cette fois. Ses yeux papillonnèrent, s'entrouvrant légèrement. Son regard vaseux, semblant avoir du mal à se fixer, les paupières plissées comme si le jour l’éblouissait. Mais elle était consciente !
« Raiponce ! Est ce que ça va ? »
Une vague de soulagement l’envahit, en la voyant reprendre conscience. Elle allait vivre. Cette fois, elle en était certaine. Même s’il lui fallut plusieurs longues minutes pour réussir à fixer son regard, durant lesquelles Cassandra, lui tenant les épaules, n’osait la lâcher des yeux. Ses grands yeux verts fatigués parvinrent finalement à se poser sur ceux de son amie. Avant qu’elle ne murmure d’une voix éraillée.
« Cass… Tu es revenue… »
Part 5
Ses deux mains glissèrent des épaules de Raiponce, vers ses joues. Pour prendre délicatement son visage entre ses paumes, et la regarder.
Incorrigible princesse. Même après qu’elle l’ait abandonnée à la mort ou presque... Sa première phrase, était la confirmation de la certitude qu’elle avait, que Cassandra reviendrait. Elle n’avait jamais cessé d’y croire, tout ce temps ? Jamais cédé à la colère, à la résignation d’avoir été laissée là ?
Mordant sa lèvre inférieure, Cassandra détourna finalement le regard Ne pouvant soutenir celui que lui portait la princesse. Fatigué, mais rempli d’un amour qu’elle ne méritait pas de recevoir. Pas après l’avoir abandonnée ainsi. La seule chose qui avait sauvée Raiponce était littéralement le soleil, comme s’il avait protégé sa larme. Juste le hasard d’un rayon se reflétant dans un fragment de miroir. Pas un choix venant de son cœur, qu’elle ait compris par elle-même son erreur ou n’importe quel autre baratin que Raiponce lui servirait sans doute si elle était capable de parler.
Ses mains lâchèrent son visage. Pour simplement retourner se poser sur ses cuisses, alors qu’elle se laissait tomber assise à côté d’elle.
Elle se sentait affreusement mal. Honteuse, et coupable.
« Eugene va venir. Il va te ramener au château. »
Marmonna-t-elle. Avant de sentir quelque chose contre sa main.
Celle de Raiponce venait de se tendre, pour s’y accrocher. Reprenant, avec un de ses sourires typiques.
« Je savais que tu reviendrais »
Que pouvait-elle répondre à ça, honnêtement ? Qu’elle avait failli ne pas revenir ? Que si elle s’était décidée quelques heures plus tard, c’aurait sans doute été trop tard ? Que ça n’était pas ses remords pour son acte, mais la réalisation que cette petite fille n’était pas, mais alors pas du tout, son amie ?
Elle retira sa main de celle de Raiponce, le visage détourné. Avant de se rendre compte de l’impact que ce geste de rejet pourrait avoir, sur celle qui venait de la lui prendre, alors qu’elle était passée aussi près de la mort. Décidant qu’elle devait justifier d’un mouvement nécessaire pour avoir agi ainsi, Cassandra vint attraper délicatement les cheveux blonds qui trainaient au sol. Ils étaient lâchés, perclus de petites branches, emmêlés, et s’accrochaient partout. Impossible de faire le retour à Corona comme ça.
« Je vais t'aider à rattacher tes cheveux… »
Elle avait dit ça d’une voix douce, essayant d’apparaitre… Plus amicale que ce qu’elle avait pu être ces derniers temps.
Fort heureusement, Raiponce avait toujours des attaches en réserve dans son sac. Cassandra ne comptait plus le nombre de perles roses qu’elle avait disséminé à travers tous les 7 royaumes. Pendant un temps, durant leur voyage, elle s’était amusée à compter. Mais le compte était perdu depuis longtemps, évidemment.
Elle pouvait se contenter de les rattacher, dans leur état. Juste faire quelque chose de moins gênant pour le transport. Pour laisser, lorsqu’elle serait de retour, n’importe quelle autre… servante s’en occuper. S’occuper de les démêler, de les débarrasser de leurs branches, de leur terre, les peigner.
C’était sûrement le travail de quelqu’un d’autre, de s’occuper de la longue chevelure de Raiponce, depuis qu’elle était partie. De la réveiller le matin, de brosser ses cheveux, de lui donner son planning de la journée. Et étrangement, cette idée lui procurait une certaine amertume. Elle n’arrivait juste pas à imaginer quelqu’un d’autre capable d’assumer ce rôle-là correctement.
Non, c’était stupide. Elle n’avait jamais aspiré à être dame d’honneur, et encore moins à le rester.
Mais pour une fois… Pour cette fois… ça ne l’aurait pas dérangée, d’être celle qui allait s’en occuper. De l’aider à en prendre soin, à les remettre en état. De s’occuper d’elle. De partager un peu de temps intime avec Rapunzel. De redevenir juste pour une fois, celle qu’elle avait été autrefois.
Son regard se posa sur celui de Raiponce. Elle semblait épuisée, et faible. Il y avait de quoi, après tout.
« Raiponce… »
Elle avait murmuré, sans même y réfléchir. Avant de se sentir idiote, et de retenir la pensée qui avait voulu s’échapper. Elle ne voulait pas rentrer dans une stupide conversation à propos de ses sentiments maintenant, qui ne pourrait aller que dans un sens de toute façon, puisque Raiponce pouvait à peine parler.
Mais elle avait murmuré son nom, et ça avait suffi à la concernée pour ouvrir les yeux. Pour la regarder. De ses yeux fatigués… Et exempts du moindre reproche. C’était peut-être ça, le pire. Si au moins, elle avait été furieuse contre elle, avait refusé de lui parler, ou… N’importe quoi.
Mais non. Elle semblait juste contente et soulagée de la voir. Comme si elle ne l’avait pas trahie, n’avait pas attaqué son royaume, presque tuée, trahie de nouveau et abandonnée à une mort certaine.
« …Eugene sera bientôt la, je pense. Comment tu te sens ? »
« Fatiguée. Un peu. Mais ça va aller, Cass. Merci. »
Merci. Elle avait osé la remercier. Roulant des yeux, Cassandra commença négligemment à retirer les branches les plus grosses des cheveux de Rapunzel. Il fallait quand même que ça reste attachable, pas vrai ?
C’était un travail long et minutieux, vu sa longueur.
Leurs regards se croisèrent.
Un regard entendu.
Aucun mot n’était nécessaire, pour se comprendre à cet instant-là.
Raiponce, comme elle, sentaient bien ce que ce geste évoquait pour chacune d’elle. Cette manière de s’occuper de ses cheveux… C’était un fragment de passé cristallisé, qui leur revenait. Un soupçon de « comme avant ». Comme une manière de fermer les yeux, de tout oublier, et de simplement laisser les choses se faire comme elles auraient pu rester pour l’éternité, sans… Tout ça.
Une fois les plus grosses branches retirées… Elle s’attaqua aux plus petites. Aux nœuds, aussi.
Elle savait que Raiponce gardait un peigne dans son sac, qu’elle avait toujours en bandoulière. Ce serait plus pratique de s’en servir…
Après tout… Il n’y avait pas de mal à ça, n’est-ce pas ? Raiponce ne semblait pas s’en plaindre. Au contraire, elle avait plutôt l’air d’apprécier, à voir le sourire qui se dessinait sur ses lèvres. Et ça n’était pas comme si elle pouvait faire grand-chose de plus en attendant que Fitzherbert se ramène.
Attrapant le peigne, elle se rapprocha un peu plus de la princesse. Elle avait besoin de se reposer. De recouvrer ses forces. Et mieux valait qu’elle s’allonge pour cela, plutôt que de rester adossée à cet arbre.
“Est ce que tu veux…”
Elle avait tapoté ses genoux, en murmurant ça. Avant de s’arrêter en pleine phrase. Stupide. Elle se sentait stupide, à demander ça. Comme si d’un coup, en un coup de baguette, tout pouvait être oublié. Et le pire, c’est qu’elle savait très bien que Raiponce allait malgré tout accepter.
Ça ne manqua pas. Elle acquiesça, commençant à remuer… Pour se laisser tomber contre elle. Littéralement. Cassandra eut tout juste le temps de la rattraper, pour venir se placer correctement, et l’accompagner à s’allonger le dos sur ses genoux, et la tête contre son ventre.
Raiponce était tellement mignonne ainsi. Les yeux fermés, à somnoler, en s’en remettant complètement à elle.
Un doux sourire se dessina sur les lèvres de Cassandra en l’observant. Avant de venir se saisir délicatement d’une mèche de cheveux, pour commencer à la peigner. Tenter de redonner à son abondante chevelure une apparence décente.
Il y avait du travail.
