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Le soleil était couché depuis plusieurs heures maintenant, donnant au monde la lune et les étoiles pour seules sources de chaleur.
La lumière des lampadaires s'étalait sur leurs délicats visages, créant dans leurs yeux l'éclatant reflet de l'autre. Le symbole de l'infini formé par leurs mains jointes semblait être la seule chose qui les connectait, mais penser cela était se tromper sur toute la ligne. Les battements de leurs cœurs étaient synchronisés, et ils résonnaient à leurs oreilles, constituant le seul bruit percevable dans la nuit.
Celui aux cheveux azur contemplait les traits du visage de celui aux cheveux couleur lave. De grosses tâches rouges surmontaient ses joues, il paraissait fuir son regard.
- Reki, tout va bien ?
L'interpellé écarquilla les yeux à l'entente de son nom. Prononcé de cette voix calme, il traversa son corps et vint se loger dans son cœur. Qu'est-ce que Langa lui avait manqué ! Cette manière particulière de lui adresser la parole, le regarder, dire son prénom...
Un frisson parcourut son échine, de sa poitrine émana une chaleur indescriptible qui envahit son corps jusqu'au bout des doigts. Il avait l'impression qu'ils prenaient feu, et, par réflexe, il brisa la promesse qu'ils formaient depuis un bon nombre de minutes, replia ses genoux contre son torse, les entoura de ses bras frêles, et cacha son visage dans ceux-ci.
- Eh, qu'est-ce qu'il y a ?
Reki sentit une main se poser sur son crâne, passer dans ses épis indomptables, puis descendre le long de sa nuque. Que Diable Langa était-il en train de faire ? Ses tripes s'entortillaient, ses membres tremblaient, son cœur bondissait dans sa poitrine, à tel point qu'il avait peur qu'il ne sorte de celle-ci. Cependant, la sensation de la main chaude de Langa sur sa nuque froide à cause du vent frais de la nuit lui procurait un sentiment agréable, presque de sécurité.
- Reki, regarde-moi.
Il ne se contrôlait plus, son corps ne répondait plus. Les ronds qu'effectuait Langa sur sa peau avec son pouce le rendaient fou. Sa tête lui criait de se ressaisir, en vain. Ce n'était qu'un simple geste, pourtant, Reki ne le percevait pas ainsi. On ne l'avait jamais touché comme cela.
- Reki !
Il obéit. Son corps n'écoutait que la voix de Langa, il semblait disconnecté de son esprit. Leurs yeux se trouvèrent immédiatement. Reki remarqua l'expression apeurée qu'arborait Langa, et il s'en voulut un bref instant, le temps que Langa efface cette expression et pose sa main sur sa joue douce. Il n'avait pas la moindre idée de ce qu'il faisait, mais le contact de sa paume chaude sur sa joue fraiche l'apaisait. S'il le pouvait, il passerait l'éternité ainsi, seul avec lui, pour source de lumière la flamme d'une bougie qui valserait entre eux.
- Langa, je-
- Tu sais, je n'aurais jamais pensé tomber aussi vite, avoua celui aux yeux de mer, coupant la parole à son ami.
Il approcha son front et le colla à celui de Reki. Les yeux clos, il faisait le vide dans son esprit, fuyant tous les souvenirs déchirants de ces dernières semaines. Reki était là, il ne partirait plus, il en était certain.
Ce dernier, quant à lui, n'avait pas les yeux fermés. Au contraire, grands ouverts, ils fixaient attentivement les lèvres de Langa. Fines, paraissant si chaudes, si tendres...Ils ne voyaient qu'elles.
Langa ne le remarquait pas, trop absorbé par les pensées qui fusaient dans son esprit et qu'il essayait de balayer, mais le nez de Reki se rapprochait dangereusement du sien. Leurs lèvres n'étaient séparées que de quelques centimètres, quelques minuscules centimètres. L'attirance que Reki ressentait ne le perturbait plus, il n'en tenait plus compte. Seul l'être face à lui avait une importance.
C'est alors que, lorsque leurs bouches allaient se rejoindre, une sonnerie retentit. Reki, revenant à lui, s'écarta à la vitesse de l'éclair, et extirpa le téléphone de la poche de sa veste.
- Allô ?
Langa le regardait, la main qui, auparavant, était posée sur la joue de son ami, tendue dans le vide. Il la ramena vers lui, la sensation de la peau douce et rugueuse de Reki, en raison de ses nombreuses blessures, toujours ancrée dans sa paume.
- D'accord, j'arrive.
Reki raccrocha puis s'adressa au garçon qui lui avait fait perdre la tête quelques secondes avant :
- Je dois rentrer, ma mère commençait à s'inquiéter.
- Je vais te raccompagner, soupira Langa d'une mine triste.
Ce dernier se leva, tendit une main à Reki, qui l'attrapa instantanément, puis ils récupérèrent leurs planches. Le plus grand se plaça sur la sienne, et commença à rouler, quand, soudain, il s'aperçut que le plus petit ne l'imitait pas. Il gardait sa planche sous le bras, le regard baissé vers ses pieds.
- Reki ! hurla Langa en descendant de son skate et accourant vers lui. Pourquoi tu ne me suis pas ?
Le roux se figea. Comment lui expliquer ? Comment formuler son souhait ? Il voulait seulement passer le maximum de temps avec lui, marcher à ses côtés, lui raconter toutes les anecdotes inimaginables qui traverseraient son esprit, sentir son cœur battre, rien qu'une fois encore, terriblement fort dans sa poitrine...
- Allez, viens.
Reki releva la tête, et la vision qu'il eut l'émerveilla. Quel était ce sourire si brave, si doux, si étincelant que lui partageait Langa ? Il se retourna et se mit à marcher, tandis que l'émerveillé courut pour le rattraper.
Leurs rires berçaient la nuit froide sous laquelle ils se trouvaient. Celui de Langa était merveilleux. S'il en avait eu les moyens, Reki l'aurait enregistré pour le rejouer toutes les nuits, se rappelant leurs incroyables retrouvailles.
Tous les cinq mètres, le roux était forcé de s'arrêter, par peur de se faire pipi dessus tellement il riait.
- Reki...
- Oui ? le questionna-t-il en croisant ses mains derrière sa tête, inspirant profondément pour se calmer.
Langa sembla hésiter un court instant, avant de répondre :
- J'aimerais juste que tu saches que depuis le premier jour, je ne voyais que toi.
Il fallait un effort surhumain, un effort surhumain pour cacher toutes les émotions qui déferlaient en lui. En une soirée, il était passé par la peur, la tristesse, la colère...et voilà que cette seule phrase parvenait à les chasser, les remplaçant par la joie.
- Toi qui ne t'exprimes jamais, tu enchaînes déclarations sur déclarations aujourd'hui ! ricana-t-il, dissimulant son air gêné.
Langa se contenta de sourire.
Aucun d'eux ne reprit la parole. Ils profitaient simplement de la présence de l'autre.
Alors qu'ils continuaient à marcher, le regard de Reki se posa sur le bras ballant de Langa. Il était pris d'une folle envie : celle de lui tenir la main. Sentir la chaleur de sa paume contre la sienne, envahissant son corps entier...
Il plaça ses bras le long de ses hanches et tenta de se décaler vers la gauche, de manière à atteindre la main de Langa. Lorsqu'elle fut à sa portée, il mouva son auriculaire, qui frôla la peau qu'il désirait toucher. Il était terrifié de la réaction que pourrait avoir Langa. Mais avant qu'il n'ait pu ranger ses mains dans ses poches, il sentit des doigts s'enlacer aux siens. Son pouls s'accélérait, son cœur battait à tout rompre, il n'avait jamais pensé que tenir sa main le comblerait de ces sensations toutes plus étranges les unes que les autres. Mais il les aimait, et il ne souhaitait s'en séparer.
***
Après une dizaine de minutes de marche, ils atteignirent enfin la maison de Reki. L'allée était illuminée de quelques faisceaux posés çà et là dans le jardin, et cela en donnait un côté chaleureux.
Reki resserra son emprise sur la main de Langa. Il était l'heure de se séparer, et bien qu'ils se reverraient le lendemain, Reki était terrifié à l'idée de le laisser partir. Qui sait ce qu'il se passerait lors de leur prochaine rencontre ? Il ne voulait pas que cette nuit se termine, elle était trop parfaite pour cela.
- Il faut que tu y ailles Reki. On se verra demain -enfin, tout à l'heure- au lycée !
Reki gonfla ses poumons, expira longuement, et lâcha Langa avec regret. Il avait la terrible impression que son cœur venait de se déchirer, son âme tout entière par la même occasion, il en avait horreur.
- Bonne nuit Reki, j'y vais, dit-il doucement, ses paroles accompagnées d'un regard si tendre, tandis qu'il caressait timidement la joue de son ami.
Il lui sourit puis se tourna, son ombre créée par les faisceaux restant proche de Reki tandis qu'il s'éloignait.
- Je ne peux pas le laisser partir comme ça, chuchota-t-il.
Il serra les poings, puis hurla le nom de son ami. Celui-ci se retourna, alors que le roux courait vers lui.
- Langa, attends, ne pars pas tout de suite !
Il arriva à son niveau, agrippa son bras et leva les yeux vers lui. Il ne fixait que ses lèvres, il ne pensait qu'à cela, elles le rendaient fou, il ne pouvait plus supporter.
Ses mains se posèrent sur les joues de Langa, et leurs lèvres se touchèrent, rien qu'un bref instant.
Celui aux cheveux couleur mer, pris par surprise, n'avait su comment répondre à ce baiser. Il demeurait immobile tel un piquet, se demandant si ce qui venait de se produire était bien réel.
- Je suis désolé, je n'aurais pas dû faire ça, lâcha Reki, la gorge nouée.
Langa ne réfléchit pas une seconde de plus. Il attira Reki à lui, et posa délicatement ses lèvres sur les siennes.
Il ne savait comment s'y prendre, il laissait son instinct le guider.
Ses bras entourèrent la taille de Reki, le serrant un peu plus contre son torse, tandis que ceux de Reki s'enroulèrent autour du cou de Langa. Il approfondissait ce baiser maladroit qui retournait ses entrailles, le faisant trembler de tout son être. Leurs cœurs tentaient de se rejoindre à travers leurs poitrines, ils s'abandonnaient l'un à l'autre, il n'y avait qu'eux, debout face à ce qui avait essayé de les séparer, mais personne ne serait jamais assez fort pour y arriver.
- Reki, murmura Langa en collant son front contre celui qu'il venait d'embrasser.
Ce dernier se concentrait sur la chaleur du torse de Langa. Il porta sa main à celui-ci, agrippa le t-shirt qui recouvrait sa peau, puis murmura à son tour :
- Je vais y aller. A tout à l'heure, Langa.
- A tout à l'heure, Reki.
Ils s'étreignirent affectueusement, mémorisant ces derniers instants ensemble, et ils se quittèrent, tous deux plus heureux qu'ils ne l'avaient jamais été.
