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Êtes-vous déjà tombé malade ? Cette question peut sûrement vous paraître stupide, n'importe qui répondrait que oui et, à part passer pour un idiot, demander une chose pareille n'aurait aucun intérêt. Mais êtes-vous déjà tombé amoureux ? Et si oui, lorsque vous vous en êtes rendu compte, n'avez-vous pas ressenti les mêmes symptômes que lorsque vous attrapez un vilain rhume ? La seule différence semblerait être que la maladie de l'amour est elle, parfaitement incurable. Et Kaoru l'a bien compris lorsqu'il a réalisé que quelque chose en lui commençait peu à peu à changer...
Kaoru n'avait en réalité que faire de la vie des autres. Du moment qu'aucun homme ne tombait amoureux de lui, il pouvait vivre sa vie comme n'importe quel lycéen plus ou moins normal. Même s'il est impossible de paraître un tant soit peu ordinaire lorsque nous sommes élève à Yumenosaki. Et pourtant, qui aurait cru que, du jour au lendemain, il puisse tomber amoureux du garçon le plus adorable du monde, lui qui ne cesse de répéter inlassablement qu'il préférait mourir plutôt que de devoir toucher un homme ?
Morisawa Chiaki, son nom sonnait comme une mélodie à ses oreilles et, chaque fois qu'il l'entendait, son cœur faisait des siennes. Ce n'était qu'à ses côtés qu'il était incapable de formuler des phrases compréhensibles. Depuis combien de temps dure cette histoire ? Kaoru lui-même ne saurait comment répondre à cette question. Comment a-t-il pu céder à la pureté de son cher camarade de classe alors qu'il refusait chaque câlin qu'il lui proposait il y a à peine un mois ? Sa seule et unique volonté était de pouvoir rester à ses côtés, mais il était certain que son vœu ne pouvait pas être exaucé aussi facilement. Kaoru le savait mieux que quiconque, mais comment est-il censé s'y prendre lorsque les signaux évidents qu'il envoie à Chiaki lui passe complètement au-dessus ?
Aujourd'hui encore, les cours semblaient interminables. La fin de l'année approchait cela dit, et Kaoru ne s'était toujours pas déclaré. Sûrement attendait-il l'occasion rêvée, ou simplement le moment parfait où il serait en mesure d'avoir suffisamment de courage pour tout avouer. Ce n'était cependant certainement pas pour tout de suite. Pour le moment, il se contentait de faire de son mieux pour attirer l'attention de Chiaki. Lui parler était loin d'être la chose la plus évidente à faire, mais il se devait de paraître un minimum naturel pour ne pas éveiller les soupçons.
L'idée était très clichée, mais Kaoru voulait absolument venir voir Chiaki et lui proposer de manger quelque chose qu'il avait lui-même préparé. Même s'il finira par dire qu'il lui a fait une telle proposition parce qu'il a trop cuisiné, en réalité, Kaoru avait passé plusieurs heures le matin même à confectionner le repas parfait pour le brun. À tel point qu'il n'avait rien préparé pour lui-même. Mais son alimentation lui importait peu, du moment que cela lui permettait de voir le sourire de son bien-aimé.
« Ah, Moricchi... Tu comptes manger où ? » demanda Kaoru, un peu perdu.
"Moricchi", c'était ainsi que le blond surnommait Chiaki. C'était un nom mignon que le principal intéressé semblait apprécier.
« Sûrement à la cafétéria, pourquoi ? Je me suis rien préparé, j'ose plus toucher à la cuisine depuis que Takamine m'a dit que j'étais pas vraiment fait pour ça, haha... » répondit Chiaki, encore un peu blessé par les mots de son cadet.
L'occasion était beaucoup trop belle. Kaoru souhaitait absolument se retenir de dire qu'il n'y avait pas mis tout son amour, mais c'était plus fort que lui. Il y avait encore un peu trop de monde dans la salle pour qu'il puisse se prendre le râteau le plus humiliant de sa vie. Alors il tendit timidement la boite qui contenait tout ce qu'il avait cuisiné pour son héros.
« A-Alors ! Tiens. J'ai voulu me préparer à manger ce matin, mais j'en ai trop fait, alors... dit Kaoru, le regard ailleurs.
— Vraiment ?! Woah, merci Hakaze ! Tu n'es même pas ma petite amie mais ça me fait super plaisir de recevoir ça de ta part ! »
Les mots peuvent blesser. Et Kaoru s'en est bien rendu compte en entendant les paroles de Chiaki. Son cœur ne pouvait pas endurer un tel échec, sa seule volonté à présent était de disparaitre à tout jamais, Chiaki était-il à ce point stupide pour ne pas comprendre les intentions du blond ? C'était trop douloureux, mais ce n'est pas comme si Chiaki avait refusé de manger ce qu'il avait préparé. Les larmes lui montaient tout de même aux yeux et malgré cette humiliation il ne pût s'empêcher de sourire.
Le fait que Chiaki ait si gentiment accepté ce cadeau lui faisait chaud au cœur, surtout qu'il lui était impossible de résister à son sourire. Kaoru souffla du nez, se sentant tristement un peu trop lâche. Ce n'est pas comme s'il n'aurait pas apprécié que Chiaki le considère comme sa petite amie... Cependant, une voix familière vint d'un coup gâcher cette ambiance si pure.
« ... T'es stupide, Morisawa ? »
Cette voix venait d'Izumi, une personne que Kaoru ne connaissait que trop bien. La présence même de ce garçon mettait le blond mal à l'aise: Chiaki était bien souvent trop proche de lui et cette constatation le rendait vraiment jaloux. Kaoru répliqua alors, il était hors de question qu'Izumi insulte Chiaki de la sorte sans aucun contexte.
« Senacchi, pourquoi tu-
— Toi aussi, t'es vraiment un abruti, Hakaze.
— Qu'est-ce que j'ai fait ?! »
Chiaki ne comprenait pas. Izumi était devenu d'un coup si mesquin et il ne lui fallut pas longtemps avant de se mettre à réfléchir à la question que lui avait posé son ami. Il n'avait rien dit d'idiot, mais Kaoru semblait savoir de quoi voulait parler Izumi. Ce dernier s'approcha du blond et lui prit le poignet, l'emmenant soudainement en-dehors de la salle, à l'abri des regards, laissant Chiaki seul, perdu et ne comprenant pas le moins du monde ce qui venait de se passer sous ses yeux.
« Lâche-moi, qu'est-ce que tu me veux ?! s'écria Kaoru, confus.
— C'est insupportable de te voir galérer autant. répondit Izumi sur un ton agressif. Qu'est-ce que t'es au juste, une adolescente en pleine puberté ?
— Tais-toi... »
Kaoru ne voulait pas l'admettre. Il avait l'habitude de côtoyer un nombre incalculable de filles, mais avec Chiaki, il perdait tous ses moyens. Probablement parce qu'il n'était jamais véritablement tombé amoureux auparavant. Le brun était son premier amour et c'était pour cette raison qu'il était incapable de rester stable devant l'élu de son cœur.
« De toute façon, je t'ai jamais parlé de tout ça ! Comment t'as su ?
— Tu passes toutes nos heures de cours à regarder Morisawa quand il a la tête ailleurs.
— Je ?! Me dis pas que c'est aussi évident que ça ?! »
Les joues du blond devinrent soudainement si rouges vives qu'il lui était impossible de cacher son amour à présent. Toute la classe devait déjà être au courant de ses sentiments, sauf Chiaki. Il ne pouvait pas s'en empêcher, le regard perdu de son héros était irrésistible et adorable. Et puis, ce sont après tout les seuls instants où Chiaki semble calme et vulnérable.
« Tu veux me faire déprimer, c'est ça...? Je veux pas lui faire de mal... Je l'aime sincèrement ! C'est pour ça que je me rends pas compte quand je le regarde autant ! Il brille tellement ! J'adore quand il sourit grâce à quelque chose que j'ai fait ou dit ! Il est tout le temps trop mignon ! »
Ainsi commença le monologue interminable de Kaoru Hakaze. Izumi n'en avait cependant que faire des histoires de cœur des autres et fit un pas en arrière pour souligner sa gêne.
« Ne recule pas ! cria Kaoru, embarrassé.
— Le problème, c'est que j'en ai rien à foutre de tes problèmes. Va lui dire qu'on en finisse, tu me donnes la gerbe.
— Mais je veux pas ! C'est pas facile à faire, tu sais ?! »
Izumi lâcha un soupir, exaspéré. Pourquoi n'allait-il tout simplement pas avouer lui-même la vérité à Chiaki ? Il devait sûrement se dire que Kaoru serait capable du pire s'il n'était pas celui qui avouait ses sentiments. En réalité, peut-être même que les laisser se mettre ensemble serait la pire des choses pour Izumi, il finirait probablement par tenir la chandelle. Et personne ne veut se retrouver dans une situation pareille. Mais leur bonheur pourrait tout aussi bien lui faire plaisir, cependant, il était hors de question qu'il avoue cette stupide pensée.
Kaoru était toujours aussi mal à l'aise, il ne s'imaginait certainement pas devoir avouer son amour pour un autre homme un jour. Le problème principal étant que Chiaki était trop adorable et qu'il était impossible pour Kaoru de lui résister quand il lui souriait aussi innocemment.
« Tu devrais au moins lui proposer de rentrer avec toi de temps en temps. Ça te permettrait de te rapprocher de lui. proposa Izumi.
— Comment tu veux que je fasse ça ? Je suis même pas capable de tenir une discussion avec lui... »
Izumi poussa un soupir exaspéré. S'il ne pouvait pas au moins avouer à Chiaki que Kaoru l'aimait, il pouvait au moins faire en sorte que leur relation aboutisse à quelque chose. Il entra alors de nouveau dans la salle de classe et s'approcha de Chiaki pour lui parler.
« Morisawa, t'as une seconde ? Kao m'a dit qu'il voulait faire le trajet jusqu'à chez toi après les cours. »
Kaoru suivit Izumi aussi tôt, mais ne s'attendait pas à ce qu'il soit bien plus entreprenant que lui. Il se mit soudainement à rougir et à perdre ses moyens. C'était bien trop inattendu pour lui et il n'avait même pas réfléchi à ce qu'il dirait si Chiaki refusait pour une quelconque raison. Ce dernier se mit à regarder Izumi, déboussolé. Pourquoi Kaoru n'est pas lui-même venu lui proposer ? Il s'approcha alors de lui et lui adressa un joli sourire.
« Je veux bien, mais pourquoi tu ne me l'as pas dit directement ? » demanda Chiaki sur un ton douçâtre.
Kaoru ne savait plus où se mettre. Chiaki était bien trop proche de lui à présent, le regarder dans les yeux était un véritable défi. Mais il prit sur lui et commença peu à peu à se calmer. S'il n'était même pas capable de proposer à son héros de le raccompagner, alors il ne sera définitivement jamais capable de sortir avec lui.
« Pardon... C'est juste Senacchi qui m'a devancé sans me dire qu'il allait te prévenir. La prochaine fois, je te demanderai directement. ♪» annonça Kaoru, enjoué.
Le blond était plutôt fier de lui. Non seulement il n'a pas bégayé mais il a aussi sous-entendu qu'il y aura une prochaine fois. C'était l'occasion rêvée pour essayer de se rapprocher de son ange. Voire même lui faire sa déclaration ! C'était cependant sans compter sur la météo. La fin de l'après-midi fut vite venue et, même si tout annonçait un grand soleil resplendissant, il pleuvait tant qu'une inondation aurait pu avoir lieu.
« ... Il pleut. annonça Chiaki, dépité.
— ... En effet. »
Kaoru répondit de la même manière et espérait que la pluie puisse cacher les larmes qui coulaient à flot le long de ses joues si pales qu'on aurait pu croire qu'il était sur le point de s'effondrer de fatigue. Cette maudite pluie venait de gâcher la seule lueur d'espoir qu'il restait à notre pauvre Kaoru. Chiaki lui demanda s'il avait un parapluie sur lui, mais le blond n'avait rien, à part sa tristesse et son désespoir infini. S'il en avait eu un, la pluie l'aurait enchanté et il aurait pu protéger l'élu de son cœur. Malheureusement, cette situation était inattendue et Kaoru n'était pas le seul a être déçu.
« C'est tellement ennuyant. »
Izumi s'est approché d'eux, un parapluie gigantesque à la main. En les voyant trempés par la pluie, il se mit à soupirer pour la énième fois cette journée et regarda Kaoru, exaspéré.
« Je vous ai arrangé ce rendez-vous pour rien en fait ? demanda-t-il, agacé.
— C'était pas un rendez-vous ! »
Les joues de Kaoru reprirent une couleur vive, ce qui fit doucement rire Chiaki. Ce dernier y voyait d'ailleurs une très bonne opportunité à saisir et prit la main de Kaoru pour venir s'abriter sous le parapluie de Sena, suffisamment grand pour accueillir au moins trois personnes.
« Sena ! Sena, attends ! Attends, attends, attends ! ☆ Tu ne vas tout de même pas laisser tes chers amis sous la pluie ! Ton parapluie est super grand, tu peux bien nous faire une fleur ! ☆ »
Chiaki laissa d'abord Kaoru s'abriter avant de lâcher sa main afin d'attraper le bras de Sena, l'empêchant ainsi de s'enfuir. Ce geste ne fit cependant pas plaisir à Kaoru, lui qui était pourtant ravi que Chiaki vienne lui tenir la main si soudainement. Il se décida finalement à détourner son regard, empêchant ses pulsions meurtrières de faire surface.
« Évidemment qu'il est grand, mais c'est pas pour laisser des clampins se protéger ! C'est pour ne pas gâcher mon incroyable beauté. En plus vous êtes complètement trempés, ça me dégoûte ! »
Cette idée ne plaisait ni à Izumi, ni à Kaoru finalement. Il aurait sûrement préféré devoir supporter cette pluie infâme plutôt que de laisser Chiaki se rapprocher autant d'Izumi. Mais si c'est ce que son héros voulait, alors il ne pouvait pas refuser. Izumi finit par se faire à l'idée qu'il ne pouvait pas s'échapper et dû faire le trajet avec ses deux merveilleux amis qu'il aimait tant. Chiaki ne pouvait pas s'empêcher de sourire, sûrement ravit d'être placé entre Kaoru et Izumi. Il en profita d'ailleurs pour attraper le bras de Kaoru afin de lui proposer un potentiel second "rendez-vous".
« Désolé que ça se soit mal passé, Hakaze. On pourra faire le trajet ensemble demain, pour se rattraper ? ♪ »
Le concerné tremblait, "sûrement avait-il froid", se dit Chiaki en sentant son corps proche du sien. La pluie l'avait entièrement recouvert, et pourtant, ces frissons étaient dûs à l'excitation que ressentait le blond face à la demande de son ami. Sans attendre un instant, il lui offrit son plus beau sourire et accepta, comblé, pendant qu'Izumi détournait son regard, se persuadant tant bien que mal qu'il n'était pas là pour tenir la chandelle.
Le lendemain, lorsque Kaoru arriva en cours, son sourire fut si éclatant qu'il était impossible de ne pas être aveuglé. Et puis, Kaoru était bien trop beau pour ce monde. Chiaki n'était pas encore arrivé, mais Izumi était déjà là, alors le blond prit le temps de le saluer. Il était si rayonnant que sa simple présence irritait Izumi au plus haut point, alors il ne lui répondit pas, fatigué de toute cette histoire. Les cours allaient bientôt commencer de toute façon. Quant à Chiaki, il arriva pile à l'heure, accueillit par une toute mignonne salutation de Kaoru.
« Bonjour Moricchi ! ♪ Tu m'as manqué...
— Mh ? Hehe, c'est rare d'entendre ça venant de toi ! Toi aussi, tu m'as tellement manqué, Hakaze ! ☆ »
Chiaki se mit à rougir, sans trop de raison. Il admira Kaoru l'espace d'une seconde, le temps que la cloche se mette à sonner. Peut-être avait-il été charmé par ce joli sourire, mais qu'il ne voulait tout simplement pas se l'avouer... À l'heure du midi, Chiaki revint voir Kaoru, toujours aussi énergique et enjoué, tandis que son ami était déjà entièrement vidé de ses forces, ennuyé par les cours interminables du vendredi matin.
« Hakaze ! On mange ensemble aujourd'hui ? » demanda Chiaki.
Kaoru et Chiaki ne mangeaient pas si souvent ensemble, mais c'était surtout dû au fait que le blond séchait la plupart de ses cours. Il ne refusa cependant pas la proposition de Chiaki et le suivit, restant suffisamment proche de lui pour avoir l'occasion de lui prendre la main à tout moment. Enfin, c'est ce qu'il aurait aimé pouvoir faire, mais ces cinq pauvres centimètres qui séparaient leurs mains lui faisaient bien plus peur que la mort. Kaoru essayait de se concentrer pour pouvoir s'approcher un peu plus du brun, mais c'est à cet instant qu'il se mit subitement à parler.
« Dis-moi, Hakaze...
— Ah ! Euh oui, qu'est-ce qu'il y a ? »
Chiaki semblait inquiet et triste à la fois. C'était soudain, Kaoru n'avait rien dit, rien fait pour mettre l'amour de sa vie dans cet état. Mais il comprit enfin quand Chiaki reprit la parole.
« Pourquoi tu traines de moins en moins avec des filles ? Tu es tombé malade ?! Il t'est arrivé quelque chose de traumatisant ?! »
Chiaki était vraiment adorable. Probablement l'homme le plus pur du monde, qui pouvait remarquer chaque petit détail anormal de la vie de l'un de ses amis. Prêt à aider n'importe qui dès que possible, Kaoru a compris à cet instant qu'il était définitivement condamné et qu'il ne pouvait maintenant plus revenir en arrière après être tombé amoureux de lui. Un sourire agréable se dessina sur ses lèvres et il répondit à la question de son ami, secrètement heureux qu'il s'inquiète pour lui.
« Non, pas spécialement... Enfin, je suis sorti avec une fille récemment, mais c'était un vrai pot de colle, je pouvais pas rester plus longtemps avec elle. Je lui ai donné un faux numéro et une fausse adresse pour qu'elle me lâche, mais j'ai peur qu'elle finisse par me retrouver un jour... Mais c'est rien de bien inquiétant ! Elle m'aimait juste un peu trop. »
Il ponctua sa phrase d'un petit rire. Cette fille n'était pas venue l'embêter depuis quelques jours maintenant, alors il estimait qu'il s'était débarrassé d'elle une bonne fois pour toutes. En réalité, il ne voulait pas donner la véritable raison: s'il ne fréquente plus aucune fille, c'est simplement parce que Chiaki l'intéresse beaucoup plus. Chiaki se sentit bien plus rassuré mais demanda tout de même à Kaoru de l'appeler s'il avait besoin d'aide à un moment ou à un autre.
« Si jamais tu as un quelconque problème avec elle, n'hésite pas à m'appeler d'accord ?! N'oublie pas que je suis un héros ! ☆
— Mh, oui, mais c'est Moricchi que je veux maintenant. Pas un héros... »
Chiaki ne s'attendait pas à une réponse pareille, c'était assez facile à deviner puisque ses joues se mirent à devenir légèrement écarlates. Ses mains devinrent quelque peu moites et son regard fuyant n'échappa pas à Kaoru qui ne pût s'empêcher de le taquiner.
« Hehe, tu rougis, c'est trop mignon. ♪
— Non... Arrête de te moquer de moi, j'étais sérieux quand je disais ça ! »
Ses joues devinrent plus rouges et Kaoru se mit à rire, c'était la première fois qu'il voyait Chiaki aussi embarrassé. Son désir le plus cher à cet instant était sûrement que le temps s'arrête à jamais... Heureusement, le soir venu, Kaoru pouvait encore un peu profiter du brun. Il ne pleuvait pas et le soleil commençait déjà à se coucher, laissant place à un magnifique ciel orangé. L'ambiance était parfaite, Kaoru était presque assez confiant pour faire sa déclaration maintenant. Oui, presque, c'est pour cette raison qu'il ne l'a pas fait d'ailleurs, quel gâchis.
Ces cinq centimètres les séparaient toujours, ni l'un ni l'autre n'osaient s'approcher. Leurs discussions étaient tout de même très animées, le rire si bruyant de Chiaki pouvait encore se faire entendre à des kilomètres. C'est sûrement pour cette raison qu'il a fini par vouloir se poser un moment pour acheter quelque chose à boire à lui et son cher ami.
« Hakaze, il y a une supérette là-bas. Tu peux m'attendre cinq minutes, le temps que j'achète un truc à boire ? ♪ Tu veux quelque chose ? demanda Chiaki.
— Mh, je m'en fiche, prends-moi juste quelque chose de sucré. »
Chiaki acquiesça et récupéra les quelques pièces que lui tendit Kaoru. En l'attendant, ce dernier se décida à pianoter sur l'écran de son portable, fatigué de devoir répondre aux centaines de messages qu'il recevait par jour de la part de Rei. Ne serait-il pas temps pour ce maudit vampire de le laisser tranquille une bonne fois pour toutes ? Kaoru émit un léger soupir avant d'entendre quelqu'un appeler subitement son nom. Ce n'était pas la voix de Chiaki, il n'avait pas une voix aussi féminine tout de même.
En se tournant vers l'origine de cette voix, Kaoru déglutit: c'était la fille dont il avait parlé à Chiaki quelques heures auparavant. C'était la dernière personne qu'il avait envie de voir à l'heure actuelle, alors il recula sans aucune hésitation, dégoûté par la présence de cette femme qui semblait le fatiguer de seconde en seconde.
« Ugh, laisse-moi tranquille... dit Kaoru, le regard fuyant.
— Non ! J'arrive pas à croire que tu m'aies donné un faux numéro ! Tu sais à quel point j'étais triste quand je suis tombée sur quelqu'un d'autre quand j'ai appelé ?! »
Comment Kaoru pouvait-il se sortir de cette situation à présent ? Même répondre à Rei était devenu dix fois plus amusant que de devoir supporter cette personne. Il priait juste pour que Chiaki revienne au plus vite et son souhait fut exaucé dans la seconde. Sans trop comprendre la situation, le brun s'est avancé vers eux, mais il eut rapidement une révélation en se souvenant de la conversation qu'il avait eue avec Kaoru.
Il lui donna les deux boissons qu'il venait d'acheter et vint s'accrocher brusquement à son bras. Surpris, Kaoru se laissa simplement faire, se doutant bien que Chiaki avait probablement un plan pour régler ce problème. Seulement, il était loin de s'imaginer que son ami avait élaboré un plan plutôt special.
« Hi Kaoru ! My wonderful boyfriend ! ♪ C'est la fille dont tu m'a parlé ? »
Chiaki aborda un sourire narquois, légèrement provocateur. Il lança un regard emplit de sous-entendus à la fille qui se tenait devant lui, tandis que Kaoru réfléchissait encore à la situation. "Kaoru" ? Le brun l'avait toujours appelé par son nom de famille, "Hakaze". Qu'il l'appelle ainsi, par son prénom, lui fit immédiatement perdre la tête, mais plus important encore : pourquoi de l'anglais ? "My boyfriend" ? Kaoru commençait peu à peu à saisir, mais il était certain d'une chose, il n'allait pas tenir bien longtemps si Chiaki continuait comme ça.
« Hein ? T'es qui ? demanda la personne concernée sur un ton hargneux.
— Kaoru est déjà pris ! Je suis son petit ami ! Et je ne le laisserai à personne, alors va-t-en ! »
Chiaki attrapa le cou de Kaoru et y passa son bras. Il lança un regard de détresse à son "petit ami", comme pour le supplier de jouer le jeu, même si c'était gênant au possible. S'il voulait que son plan fonctionne, Kaoru devait bien faire semblant, alors il prit un air plus confiant et approcha Chiaki de son corps.
« Exactement ! Personne ne peut se mettre en travers de notre amour, alors laisse-nous tranquille. annonça Kaoru sur un ton mesquin.
— V-Vous me dégoûtez... Ne vous approchez plus jamais de moi ! » répondit-elle avant de s'enfuir en courant.
À présent assez éloignés du champ de vision de cette fille, Kaoru et Chiaki se lâchèrent, encore un peu bouleversés par ce qui venait de se passer. En réalité, Chiaki avait peur de la réaction de Kaoru, son idée lui était venue sur un coup de panique, mais il était au moins satisfait d'avoir pu sauver son ami.
« Haha... Hahahaha ! ☆ Je t'avais dit que j'étais un héros ! s'écria Chiaki, tout content.
— J'ai failli faire une crise cardiaque...
— Désolé ! Désolé, désolé ! C'était vraiment la seule idée qui m'était venue à l'esprit ! Mais elle sera la seule à penser qu'on est ensemble... Personne d'autre ne sera au courant. Pardon, je sais que tu n'es pas attiré par les hommes, j'aurais dû trouver une alternative. »
Chiaki s'excusa mille fois, confus. Son idée n'était pas la meilleure, mais elle a au moins eu le mérite de fonctionner. Et Kaoru ne pouvait en être que reconnaissant, c'était la raison principale pour laquelle il ne pouvait pas en vouloir à son héros. Enfin, principale, le monde entier sait que cette idée a ravi Kaoru à un point indescriptible.
« Ne t'en fais pas... Ça ne me dérange pas plus que ça... Je suppose que ça va, du moment que c'est toi. »
Kaoru venait de dire quelque chose de très compromettant à l'instant, et Chiaki s'en rendit vite compte. Le temps que les deux réalisent ce qui venait d'être dit, un blanc inconfortable s'installa durant un long moment, si long que le blond paniqua et tendit sa boisson à Chiaki en tremblant.
« T-Tu m'as pris un soda finalement ?! Je suis sûr qu'il est super bon ! reprit Kaoru, le visage entièrement rouge.
— Ah ! Ah oui, oui, oui ! J'ai jamais goûté cette boisson, mais en la voyant, je me suis dit que tu aimerais, hahaha ! »
Le blond ingéra d'un coup une si grande quantité de soda que Chiaki se demanda comment il ne s'était pas étouffé à cet instant. Il reprit un peu ses esprits et détourna son regard : dire une chose pareille de cette manière, heureusement que son ami n'est pas assez futé pour comprendre qu'il était sérieux. Cependant, une chose lui revint à l'esprit, la façon dont Chiaki l'avait appelé lorsqu'il a joué le rôle de son faux petit ami.
« ... Tu m'as appelé Kaoru, pas vrai...? demanda le blond.
— Mh ? Oui, c'était... pour qu'elle pense qu'on est proches. Je continuerai de t'appeler Hakaze maintenant, ne t'en fais pas ! »
Une profonde tristesse s'empressa d'envahir Kaoru lorsqu'il entendit ces paroles. Il aurait aimé devenir plus proche de celui qui venait de le sauver il y a quelques minutes à peine. La simple possibilité de lui prendre la main était devenue à présent si lointaine que Kaoru n'y pensa déjà plus. Leur amour était-il donc voué à l'échec ? Chiaki n'avait pas l'air de vouloir se rapprocher de son ami, mais ce dernier voulut tout de même tenter le coup jusqu'à la fin.
« Ça te dirait de... venir chez moi pour manger ? Il commence à se faire tard et mon père est pas chez moi aujourd'hui. ajouta Kaoru avant de boire à nouveau.
— Tu veux bien ?! J'avais oublié de te le dire avec tout ce qu'il s'est passé, mais... Ton bento était délicieux, hehe. ♪ Ça me ferait plaisir de goûter à ta cuisine encore une fois. »
Kaoru lui adressa un petit sourire et se mit à marcher jusqu'à chez lui. Ce n'était maintenant plus très loin, mais le trajet se fut cette fois-ci en silence, un silence qui pourtant voulait dire beaucoup de choses. Une fois à l'intérieur, Kaoru laissa Chiaki se poser sur le canapé. Il lui demanda d'attendre calmement, le temps de lui cuisiner quelque chose de savoureux. Chiaki lui répondit alors qu'il pourrait l'attendre même éternellement s'il le fallait. Cette réponse était digne de lui.
Le blond voulait marquer le coup, essayer de faire en sorte que Chiaki comprenne enfin ce qu'il ressent. Même si des mots valaient bien mieux que des messages subliminaux, Kaoru ne se sentait pas encore prêt à lui dire. Il espérait que le brun finisse par comprendre ses signaux, un jour ou l'autre. Il prépara alors une simple omelette dans laquelle il avait mis l'entièreté de son amour, mais eu l'idée discutable d'y faire un cœur par dessus avec du ketchup. "Peut-être que c'est une mauvaise idée", se dit Kaoru en continuant de dessiner son cœur, mais l'envie d'offrir cette omelette lui était irrésistible.
« Tu veux de l'aide, Hakaze ? Ça fait un moment que tu es dans la cuisine... »
À l'entente de cette proposition, Kaoru sursauta en criant de peur. Chiaki n'était pas venu le voir une seule fois depuis tout à l'heure, sa présence ici était inattendue. C'était un peu logique après tout, Kaoru se souvenait de ce qu'avait dit Chiaki à propos de ses talents culinaires désastreux.
« Non, ne t'en fais pas... Je viens de finir ton assiette. »
Les mains tremblantes et le visage cramoisi, Kaoru attrapa la dite assiette et la tendit à son ange. Ce dernier la prit entre ses mains et resta quelques secondes immobile, essayant de déchiffrer le message codé qu'avait laissé le blond sur son omelette.
« ... Ah ! Je sais, c'est un poisson, pas vrai ?!
— Quoi ? De quoi ? »
"Un poisson" ? Les yeux de Chiaki semblaient briller de mille feux, mais Kaoru ne comprenait absolument pas ce qu'essayait de lui dire son ami. Il jeta un rapide coup d'œil au dessin qu'il avait fait sur l'omelette avant de regarder le brun de nouveau, déconcerté.
« Tu as dessiné un poisson avec le ketchup non ? Hehe, ça me fait penser à Kanata ! Vous êtes super proches en plus ! »
Chiaki fit part de son interprétation et Kaoru ne savait plus quoi dire, ni penser : ses talents de dessinateur étaient si douteux que Chiaki lui-même n'était pas en mesure de deviner un cœur ? Et même si c'était le cas, c'est juste blessant. Kaoru ne pouvait rien faire d'autre que se retenir de verser toutes les larmes de son corps et se mit à applaudir sur un ton monotone.
« Ha... Haha, oui, oui, un poisson... Bravo, t'as deviné, youpi... Je te ferai une seconde omelette pour... te féliciter...
— Vraiment ? C'est trop gentil, Hakaze ! Je t'aime ! ☆ »
Ponctuer sa phrase par un "je t'aime" était bien la chose la plus cruelle que pouvait faire Chiaki à cet instant. Kaoru n'avait qu'une seule envie et c'était celle de disparaître de cette planète. Mais pourquoi mourir maintenant lorsque l'on peut profiter du sourire angélique de celui qu'on aime pendant qu'il mange votre cuisine ? Kaoru ne pouvait que le pardonner. Mais comme il n'avait pas pris le temps de se préparer quelque chose, il s'empressa de voler la fourchette de Chiaki et lui déroba une bouchée d'omelette. Mais la réaction de Chiaki n'était pas celle qu'il attendait.
« Pardon ! Tu as pris tellement de temps à me cuisiner cette omelette que tu n'as sûrement pas eu le temps de t'en faire une... annonça Chiaki sur un ton attristé.
— Non, ne t'en fais pas. J'aurai tout le temps de me préparer un truc après que tu sois parti. Pour le moment, je veux juste profiter de toi et... ♪ Hum... Pourquoi tu rougis ? »
En effet, les joues de Chiaki étaient devenues quelque peu rosées. Peut-être que ce détail le rendait encore plus mignon, mais Kaoru ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter pour lui. Pour toute réponse, le brun commença à bégayer sans le vouloir, le regard fuyant.
« Hein ? P-Parce que... Euh... Tu as pris ma fourchette, alors... C'était un peu comme un baiser indirect... Non ? »
Kaoru ne s'en était même pas rendu compte, pourtant, c'était sûrement la première chose à laquelle il aurait dû penser. Le blond devint aussi rouge que son ami et lui rendit sa fourchette tandis qu'un malaise s'installait doucement entre eux. Peut-être bien que Chiaki n'aurait jamais dû dire ça... Pour se faire pardonner, il proposa au blond de l'aider à cuisiner, même s'il était une véritable catastrophe derrière les fourneaux. Kaoru pouvait bien lui apprendre quelques astuces après tout, non ?
Chiaki a fini par rentrer tard, personne ne s'attendait à ce qu'ils restent aussi longtemps ensemble. Mais ce qui est sûr, c'est que ce fut un réel plaisir pour Kaoru. Peut-être que Chiaki a fini par tomber amoureux de lui après ces longues heures passées ensemble, qui sait ? Kaoru a fini sa soirée à crier intérieurement, cloîtré dans sa chambre en se rappelant de chaque minute qui s'était écoulée auprès de l'élu de son cœur. Son sourire, ses gestes, le nombre incalculable de fois où leurs mains se sont touchées... Kaoru commençait un peu à devenir aussi naïf qu'une héroïne de romance. Mais peut-être était-ce pour le mieux...
Le lendemain, il n'avait qu'une seule envie : revoir Chiaki. C'était probablement la seule chose qui le rendait heureux à l'heure actuelle, mais les cours de la matinée ne l'enchantaient pas plus que cela. Finalement, Chiaki pouvait bien attendre, Kaoru n'avait aucune envie de participer à des heures de classe interminables et ennuyantes, alors il décida de toutes les sécher. Malgré tout cela, il était encore si impatient de revoir Chiaki qu'à l'heure du midi, il s'empressa de se rendre dans sa salle de cours, s'attendant à y voir Chiaki. Mais rien. Le brun n'était pas à sa place habituelle, ni même dans la classe tout court.
Kaoru demanda quelques informations à Izumi, mais ce dernier ne sut pas lui répondre, "je suis pas Morisawa à la trace comme un vulgaire chien", lui répondit-il. Kaoru ne pût que se résigner à chercher dans les endroits qui lui paraissaient le plus logiques, mais c'est à cet instant qu'il reçu un message. Un peu paniqué, il prit son portable et soupira en voyant que ce n'était que Rei mais eut une poussée d'adrénaline en lisant le message qui lui disait que Chiaki était dans la salle du club de musique et qu'il voulait le voir. Kaoru se précipita alors à l'endroit indiqué et y trouva Rei et Chiaki. Ce dernier semblait un peu attristé, voire inquiet au possible. Mais lorsqu'il vit Kaoru entrer, il se jeta immédiatement sur lui, tout paniqué.
« Hakaze ! Où est-ce que tu étais ? lui demanda un Chiaki tout affolé.
— Moricchi ? Pourquoi t'es avec... Sakuma ?
— Hakaze ! Je me suis inquiété pour toi, ne fais plus jamais ça ! »
Kaoru se figea en voyant le visage de Chiaki. Il semblait à la fois énervé et vexé, c'était la première fois qu'il le voyait ainsi. Ce n'était pas habituel, c'est certain, surtout que le brun était de nature très doux et gentil. Qu'il se précipite sur lui de cette manière, Kaoru se sentait aimé et protégé. Chiaki ne faisait qu'accomplir son devoir de héros finalement, mais le blond semblait bien plus important que tout le reste.
« Ne dis pas ça comme si j'avais pas l'habitude de sécher certains cours... répondit Kaoru sur un ton amusé.
— Mais ne le fais plus ! C'est important de travailler dur, d'accord ?! »
Chiaki attrapa sa main et commença à inspecter Kaoru de haut en bas, comme pour être sûr qu'il ne lui était rien arrivé. Une fois certain que cet imbécile n'avait fait que passer ses heures de cours à se la couler douce, Chiaki redevint d'un coup un peu plus calme et expliqua sa venue dans la salle de ce club.
« J'ai demandé à Sakuma de t'envoyer un message. Je me suis rendu compte qu'on s'était pas échangé nos numéros, hehe ! En même temps, tu ne voulais pas au début de l'année...
— Ah... Désolé, j'étais stupide à cette époque... »
Kaoru émit un soupir et donna son numéro à Chiaki. Tout heureux, son héros lui adressa un tendre sourire, rassuré de pouvoir appeler ou envoyer des messages à son ami dès qu'il aura quelque chose à lui dire. Cependant, Chiaki n'avait pas mangé de toute la journée et ne pouvait déjà plus attendre, surtout que les autres membres de Ryuseitai l'attendaient. C'est ce qu'il a dit à Kaoru quand ce dernier lui a proposé de manger avec lui. Un peu dépité, le blond ne pouvait qu'accepter son destin et c'est avec un pincement au cœur qu'il dû dire au revoir à Chiaki.
« ... Tu peux le dire, tu sais.
— Hiii ?! Ne viens pas derrière moi, tu m'as fait peur ! »
Cette voix appartenait à Rei, évidemment. Rei qui ne faisait qu'observer la scène qui s'offrait à lui depuis le début. C'était la première fois qu'il voyait Kaoru agir de manière aussi douce avec un homme, mais il voyait bien que ses lèvres brûlaient d'envie de révéler un secret bien gardé. Un peu gêné, Kaoru détourna son regard pour éviter à tout prix de croiser celui de Rei tandis que son visage commençait à devenir imperceptiblement écarlate.
« ... Moricchi est vraiment... adorablement adorable. » avoua subitement Kaoru.
Ce dernier cacha immédiatement son visage de ses mains. Dire une chose pareille devant quelqu'un, c'était définitivement toujours aussi embarrassant. Quant à Rei, il ne pût s'empêcher de rire gentiment, amusé par le comportement de son ami, quoiqu'un peu vexé qu'il ait jeté son dévolu sur un autre que lui.
« Vous vous êtes vite rapprochés... constata Rei, un sourire au coin des lèvres.
— Parce que j'ai tout fait pour ! J'aimerais qu'on aille plus loin... Mais qu'est-ce que je fais s'il me rejette ?! »
Kaoru commençait déjà à avoir des pensées négatives. Finalement, Chiaki avait mille raisons de refuser de sortir avec lui et ces raisons le hantaient au plus profond de son cœur. Après tous les efforts qu'il avait fourni, ce serait une catastrophe si Chiaki finissait par ne pas vouloir de lui. Surtout qu'avec tout le temps qu'ils avaient passé ensemble, Kaoru avait fini par développer des sentiments encore plus puissants. En le voyant si perdu, Rei se décida à donner quelques idées à son ami, un peu pressé que leur relation évolue.
« Tu n'as qu'à lui proposer un rendez-vous.
— Un rendez...?! Ça va pas ou quoi. s'indigna Kaoru en devenant un peu plus rouge.
— C'est pourtant la seule manière qui te reste pour essayer de le séduire. »
Rei avait raison. Si Kaoru n'agissait pas plus rapidement, alors Chiaki finira par se lasser de lui ou pire, à trouver quelqu'un de plus entreprenant ou plus intéressant. C'était la chose la plus horrible qui pouvait arriver. Mais Kaoru n'avait pas suffisamment de confiance en lui pour accomplir un tel exploit.
« Je saurais même pas où l'emmener... C'est une idée stupide. rétorqua le blond, déprimé.
— Tu n'as pas besoin de te fatiguer pour ça, un simple tour au café suffirait à le rendre heureux. ♪ Chiaki ne t'attendra pas éternellement, tu sais ? Si tu ne te dépêches pas, quelqu'un d'autre te le volera.
— Je pourrais dire la même chose pour toi, j'ai l'impression que quelqu'un essaye de te voler Tenshouin depuis un bon moment déjà... »
Rei s'arrêta. Il lança un regard amusé à Kaoru et se mit à sourire, comme s'il était prêt à l'égorger pour ce qu'il venait de dire à l'instant. Le blond déglutit et détourna son regard, regrettant déjà d'avoir cité ce nom si dévastateur.
« Bref, reprit Rei, Chiaki a sûrement d'autres prétendants. Il n'est pas gentil qu'avec toi et il a l'habitude de s'inquiéter de tout et de rien. Je suis sûr que tu t'es senti spécial quand tu as reçu ce message, mais c'est faux. Chiaki continuera de s'affoler chaque fois que tu disparaîtra, c'est sûr, mais quand tu lui feras ta déclaration, il y a de fortes chances pour qu'il te rejette.
— Uuuh, tu n'as pas besoin d'être aussi réaliste ! Et puis, je vois même pas qui d'autre pourrait être amoureux de lui.
— Mmh, probablement Shinkai.
— ... Si c'est juste Kanata, alors ça va, c'est pas une trop grande menace. »
Rei répondit d'un rire charmeur. Il ne pouvait rien faire d'autre à part l'aider de toute manière, mais il espérait tout de même pouvoir assister à la floraison de leur futur amour. Sur ces mots, Rei invita Kaoru à manger ce midi. Peut-être bien qu'ici, c'était lui qui s'était fait rejeter, mais il voulait au moins profiter de Kaoru encore quelques secondes avant qu'il ne l'abandonne pour de bon.
Après les cours de l'après-midi et les activités de club, comme Kaoru n'avait pas pu entièrement profiter de Chiaki, il décida d'aller le voir au gymnase. Il repensait surtout à la proposition de Rei qui était celle de demander au brun s'il était disponible pour un rendez-vous. Kaoru n'avait toujours pas beaucoup d'idées pour cette sortie, mais il se disait qu'il pouvait improviser le moment venu. Il s'était assez rapproché de Chiaki pour pouvoir lui parler normalement, n'était-ce pas là déjà un bon déroulement ?
Une fois au gymnase, il aperçu son amour avec les autres membres du club de basket. Ils semblaient finir un match et, comme Kaoru ne voulait pas déranger, il resta à l'entrée pour observer Chiaki. Il ne pouvait pas détacher son regard de ce dernier, il paraissait plus différent quand il était sérieux et concentré. Kaoru voulait absolument voir Chiaki sous toutes ses facettes et celle-ci en faisait partie. À la fin du match, Chiaki s'est empressé de donner la balle qu'il tenait à Subaru et s'est dirigé vers Kaoru sans même qu'il ne s'y attende. Surpris, Kaoru voulu immédiatement s'enfuir, mais son héros lui attrapa le bras et commença à rire bruyamment.
« Hakaze ! Tu pensais vraiment que j'allais pas te voir ? Hahaha ! ☆ s'écria Chiaki, tout enjoué.
— Pardon ! J-Je voulais pas te déranger... »
Chiaki riait inlassablement et approcha Kaoru de l'entrée du gymnase et, par conséquent, des autres membres de son club qui paraissaient ne pas tout comprendre. Le blond semblaient embarrassé, comme s'il était sur le point de se liquéfier sur place, tandis que Chiaki continuait de rire de manière beaucoup trop étouffante juste à côté de lui. Leurs deux comportements complètement opposés attirèrent subitement l'attention de Subaru qui s'approcha de Chiaki pour lui faire une remarque à la fois particulière et blessante.
« Mmh... Je savais pas que t'avais un petit ami, capitaine. Pour une fois que quelqu'un t'aime~!
— C'est pas...! Enfin, on est pas ensemble ! Ne dis pas ce genre de choses, Akehoshi~! »
Chiaki répondit sur un ton plutôt humoristique, mais tout le monde avait bien remarqué que la petite taquinerie de Subaru l'avait mis mal à l'aise. De son côté, Kaoru se disait que c'était sûrement le bon moment pour impressionner Chiaki. Lui montrer à quel point il était doué en basket pourrait sûrement faire en sorte que le brun l'inonde de compliments. Ce plan n'était pas le pire, mais il n'était pas le meilleur non plus. Il suffisait de savoir jouer au basket finalement, n'est-ce pas ?
Kaoru prit alors l'initiative de récupérer la balle que Subaru tenait dans ses mains. Il demanda à Chiaki s'il pouvait lui montrer ses talents en sport et ce dernier accepta sans aucune hésitation, des étoiles dans les yeux, impatient de voir ce dont Kaoru était capable. Il se concentra un instant et se tourna vers Chiaki, un sourire charmeur aux lèvres. Il lui adressa un clin d'œil tout aussi séducteur et prit une voix assez douce pour faire comprendre à Chiaki qu'il voulait qu'il le regarde attentivement.
« C'est pour toi, Moricchi... ♪ »
Il lança alors la balle. Mais ce fut un véritable échec sans nom. La balle n'a même pas touché le filet, pire encore, elle était pratiquement à plusieurs mètres de ce dernier. Kaoru était en train de se décomposer sous les rires retenus de Mao qui étaient la seule chose que l'on pouvait encore entendre dans ce gymnase. Chiaki semblait un peu déçu mais récupéra aussi tôt une balle pour faire une démonstration à Kaoru.
« Attends, je vais te montrer comment faire ! » dit-il, plein d'énergie.
Il lança à son tour sa balle et fit un panier parfait sous les applaudissements admiratifs de ses cadets, tandis que Kaoru continuait de fondre, ne souhaitant qu'une chose : mourir. Mais on ne s'improvise pas champion de basketball du jour au lendemain et cela, Kaoru le retiendra pour l'éternité. Sur cet exploit, Chiaki se tourna de nouveau vers Kaoru avec un grand sourire, impatient que ce dernier le félicite pour ce qu'il venait de faire.
« Voilà ! ☆
— J'ai envie de mourir. prononça Kaoru sur un ton morne.
— Quoi ?! Pourquoi tu commences à parler comme Takamine ?! Ne meurs pas, Hakaze !
— Ah... Oui, je comprends ce sentiment. Cette constante envie de disparaître de ce monde... La vie est tellement injuste après tout...
— Ne l'encourage pas, Takamine ! »
Midori n'a pas pu s'empêcher d'y ajouter sa petite remarque, ravit que quelqu'un le comprenne enfin. Pendant ce temps, Kaoru continuait de tout simplement vouloir décéder tandis que Chiaki s'inquiétait à la fois pour son ami et son cadet.
« Qu'est-ce que je dois faire, Takamine ?!
— J'en sais rien... Tu me fais toujours des câlins pour régler les problèmes, comme si tu pensais que c'était magique. »
Midori soupira et Chiaki vint le câliner dans la seconde, comme pour appuyer les propos que son cadet tenait il y a à peine une seconde. Le problème avec Kaoru, c'est qu'il ne supportait pas les câlins de Chiaki. Chaque fois qu'il lui en proposait un, le blond se rétractait et Chiaki a fini par se résigner à le laisser tranquille au fil du temps. Cependant, c'est au même moment que Kaoru se redressa et s'empressa de partir avant que Chiaki ne le retienne.
« Hakaze ?! Tout va bien ? Pardon, j'ai dit quelque chose de mal ?! demanda Chiaki, affolé
— Lâche-moi ! T'es tellement stupide ! T'es un abruti ! Un imbécile ! Après tous les efforts que j'ai faits...! Uuuh, je te déteste, Moricchi~! »
Les cris du blond ont eu le don de surprendre Chiaki. Kaoru s'en alla aussi vite que possible sous le regard abasourdi de son ami qui avait comme un pincement au cœur, incapable de savoir ce qu'il avait dit ou fait de mal. Les larmes étaient sur le point de lui monter aux yeux, leur amitié venait-elle réellement de se briser en deux ? Malgré tout, Chiaki se dépêcha de ravaler ses larmes, tandis qu'un silence s'installait dans la pièce, jusqu'à ce que le brun prenne la parole, la voix cassée et légèrement morose.
« ... Takamine, je suis vraiment si stupide ?
— Quoi ? Bien sûr que oui, tu t'attendais à quoi comme réponse. »
C'était justement cette réponse qu'il attendait. Il souffla du nez, amusé, et releva la tête vers Midori, un grand sourire aux lèvres et les larmes aux yeux.
« Merci. Je crois que tu viens de me faire réaliser que... je suis tombé amoureux. Hehe... » révéla Chiaki, les joues roses.
Midori ne savait plus quoi répondre et se mit à rougir en comprenant que Chiaki venait de lui avouer qu'il était tombé amoureux de Kaoru. Le brun était tout aussi gêné et demanda à Midori de ne le répéter à personne. Malgré tout, il le remercia encore quelques fois avant de se diriger vers les vestiaires pour se changer rapidement. Une fois prêt, il attrapa son sac et couru dans la direction de Kaoru, le retrouvant assez vite. Cependant, il était maintenant trop loin pour que Chiaki le rattrape, mais c'était pour ce type d'occasion que le brun pouvait profiter de la portée de sa voix. Il cria alors son nom aussi fort que possible, suffisamment fort pour effrayer quelques élèves qui se trouvaient aux alentours.
« Hakaze ! S'il te plait, ne pars pas...! »
En entendant son nom, Kaoru s'arrêta une seconde avant de reprendre sa route. Il ne pouvait pas faire face à Chiaki... Pas maintenant. Il se dépêcha, mais entendit des bruits de pas si assourdissants qu'il pensait qu'un véritable monstre était en train de le pourchasser. Il s'arrêta alors et se tourna vers l'origine de ce vacarme, se retrouvant nez à nez avec son héros qui lui attrapa le bras pour qu'il ne puisse plus partir.
« Hakaze ! cria Chiaki une seconde fois.
— J-Je t'ai dit de me laisser tranquille... rétorqua Kaoru en essayant de cacher son visage.
— Non ! Comment je peux ignorer un ami qui pleure ?! »
Kaoru eut un sursaut. Ses larmes coulaient malgré lui, sa poitrine lui faisait si mal qu'il aurait pu s'effondrer dans la seconde si Chiaki ne le tenait pas. C'était comme s'il venait de se prendre un râteau... Le brun était tellement proche de lui, si proche qu'il pouvait entendre et ressentir sa respiration. Peut-être même que Chiaki pouvait entendre les battements de cœur incessants de Kaoru...
« Je veux... Je veux juste que tu me dises ce que j'ai fait pour te blesser ! Peu importe la raison, je ferai en sorte de tout régler ! Mais s'il te plait, ne dis plus jamais que tu me détestes ! Je... J'ai vraiment cru que j'allais me mettre à pleurer quand tu m'as dit ça... »
Le blond n'osait toujours pas croiser le regard de celui qu'il aimait tant. De sa main libre, il tentait désespérément de sécher ses larmes, se sentant comme un véritable monstre: comment a-t-il pu dire une chose aussi blessante à Chiaki ? Ce n'est pas Kaoru qui devrait pleurer, mais il sait que Chiaki était bien trop fier pour le faire. Ses sanglots étaient accompagnés de bruits incompréhensibles, comme un enfant qui venait de se faire gronder. Chiaki ne lâchait toujours pas son bras et continuait de regarder son ami avec détermination, jusqu'a ce qu'il finisse par se calmer et à parler de nouveau après quelques reniflements.
« Non... Je ne veux pas que tu t'excuses, tout est de ma faute... J'ai juste... piqué une crise de jalousie quand je t'ai vu câliner Takamine... Je sais que c'est stupide ! M-Mais ! Je me suis senti seul, tu sais ?! Tu ne me fais jamais de câlin ! »
Kaoru baissa la tête, tout déconcerté. Pour lui, c'était comme s'il venait d'avouer tous ses sentiments à Chiaki, il est vrai que ce n'était pas très commun venant de lui de demander un câlin de la part d'un homme. Mais le brun ne comprenait pas. Kaoru a passé toute l'année à refuser que Chiaki le touche, pourquoi a-t-il changé d'avis aussi soudainement ? N'en déplaise cependant au brun, son cœur battait la chamade à l'idée de pouvoir prendre Kaoru dans ses bras.
« ... Hein ? Vraiment ? Enfin, je... Tu as toujours refusé que je te câline avant, alors... J'ai simplement voulu respecter ton choix. a avoué Chiaki, un peu perdu.
— Quoi ? Ah... E-Eh bah je retire tout ce que j'ai dit ! J'adore quand tu me câlines, Moricchi ! A-Alors fais-le... S'il te plait~! »
Kaoru ne cessait de le supplier, comme s'il allait mourir si Chiaki ne le prenait pas dans ses bras dans la seconde qui suivait. Le concerné n'y comprenait plus rien, mais c'était difficile de résister à Kaoru lorsqu'il agissait d'une manière aussi innocente et mignonne. Il essayait tant bien que mal de retenir sa joie, mais lorsqu'il donna à Kaoru son câlin tant attendu, il était probablement à deux doigts de l'étouffer à cause de l'excitation.
Il desserra cependant son étreinte lorsqu'il s'aperçut que le blond avait du mal à respirer. Chiaki ne voulait pas lui faire de mal, loin de là. Il en profita aussi pour caresser ses longs cheveux qui lui semblaient devenir de plus en plus doux à chaque touché. Quant à Kaoru, même s'il n'osait pas serrer Chiaki contre lui à son tour, il ne pouvait pas laisser cette occasion et savoura chaque seconde qu'il passait contre son héros. Ils ne se disaient plus rien et Chiaki souriait, heureux de pouvoir prendre soin de celui qu'il aimait tant. Seulement, Chiaki brisa ce silence si agréable pour clarifier certaines choses.
« J'aime beaucoup Takamine, tu sais.
— Mmh... T'as qu'à te marier avec lui alors, pourquoi tu me dis ça... »
Kaoru gonfla légèrement ses joues, comme un enfant. Il était prêt à se remettre à pleurer et tremblait tellement qu'il voulut se détacher de Chiaki pour qu'il ne remarque rien. Il était prêt à piquer une seconde crise de jalousie, persuadé que son ami avait fait tout cela dans l'unique but de le calmer et lui avouer en réalité son amour pour son cadet. Kaoru ne voulait rien entendre de tout cela, mais Chiaki le retint et le repoussa suffisamment pour qu'il soit à présent à quelques centimètres de son visage.
« Mais je t'aime encore plus... ♪ » déclara Chiaki, un grand sourire aux lèvres.
Kaoru pensait rêver. Il ne savait pas ce qui paraissait le plus surréaliste : le fait que Chiaki lui ait dit qu'il l'aimait ou le fait qu'il soit assez proche de son visage pour l'embrasser. Chiaki se rapprocha encore un peu, comme prêt à déposer un baiser sur ses lèvres à tout moment. En réalité, Kaoru n'attendait plus que cet instant, même s'il ne comprenait absolument rien à ce qui était en train de se passer. Le regard de Chiaki était langoureux au possible, mais il se recula précipitamment en riant innocemment.
« Alors ne sois pas jaloux ! Je serai toujours bien plus proche de toi que de n'importe qui d'autre... » lui avoua Chiaki.
Même si Chiaki essayait de le cacher, Kaoru voyait bien qu'il rougissait. Un peu déçu tout de même en pensant s'être fait des films, le blond reprit aussitôt ses esprits pour ne pas montrer à quel point ce qui venait de se passer l'avait chamboulé. Il tenait tout de même à s'excuser une dernière fois avant de passer à autre chose.
« Merci... Je suis sincèrement désolé de t'avoir inquiété...
— Non, ne t'excuse pas ! J'aurais dû faire plus attention à tes sentiments ! Demande-moi n'importe quoi et je le ferai ! Pour me faire pardonner ! proposa Chiaki, déterminé.
— Vraiment... Vraiment tout ?
— Oui, tout ! Du moment que c'est en mon pouvoir ! Même si en tant qu'allié de la justice, je suis capable de tout faire, hahaha ! ☆ »
Kaoru repensa inopinément à l'idée de Rei. Il n'avait toujours pas le courage nécessaire pour proposer un rendez-vous, mais c'était le moment parfait pour le faire. Surtout que Chiaki ne sera pas en mesure de refuser. Kaoru resta silencieux durant un long moment, si long que l'on aurait pu croire qu'il s'était endormi sans crier gare.
« U-Un rendez-vous... finit-il par murmurer.
— Quoi ? Tu veux que je t'arrange un rendez-vous ? Mmh, je ne connais pas beaucoup de filles, mais j'espère qu'Anzu fera l'affaire !
— Non ! Je veux dire ! C'est avec toi... que je veux avoir ce rendez-vous... »
Cette révélation était une vraie surprise, mais Chiaki pensait encore que cette demande était due à une envie soudaine de passer du temps entre amis. Mais le brun n'était toujours pas convaincu et pensait que Kaoru voulait dire autre chose.
« Tu veux ramener Sena ? demanda-t-il d'un air naïf.
— Non ?! Je veux que tu sois seul avec moi... Pardon, j'aurais dû être plus clair : je veux avoir un rendez-vous avec toi et toi seul, Moricchi. Et tu n'as pas le droit de... de refuser... »
Chiaki se sentait un peu menacé, mais de toute manière, il avait fait la promesse d'accepter tout ce que lui demanderait Kaoru. Le héros se mit à rire gentiment et accepta avec plaisir. Après tout, une telle demande le satisfaisait tout autant que Kaoru. Sans même savoir que leur amour était réciproque, ils étaient sur le point d'avoir un rendez-vous, rien que tous les deux... Kaoru devint bien plus calme et rassuré lorsqu'il entendit le rire de Chiaki, mais éternua au même moment, tout tremblant.
« I-Il fait froid en ce moment... Je peux avoir un second câlin pour me réchauffer ? » demanda Kaoru, l'air de rien.
Il ne voulait pas que Chiaki se rende compte qu'il faisait cela uniquement pour profiter de lui. Le concerné était bien trop à l'ouest pour s'en rendre compte de toute façon et s'empressa de câliner Kaoru pour remplir sa mission, sous le regard indiscret de quelques élèves qui passaient par là... Sur ces mots, Kaoru dût choisir une date pour leur rendez-vous et le plaça pour samedi prochain, le temps de se préparer mentalement à ce qui allait se passer. Impatients, les deux se sont rapidement dit au revoir et, samedi enfin venu, une heure avant même celle qu'avaient décidée les deux amis, Kaoru était déjà au point de rendez-vous.
Le blond ne pouvait pas tenir sur place et avait envoyé plus d'une centaine de messages à Rei la veille pour lui demander des idées. Il a d'ailleurs pu en récupérer quelques unes, mais le vampire n'était pas toujours très utile ou proposait des endroits très inappropriés. Après tout, personne n'irait visiter un cimetière avec l'amour de sa vie... Alors qu'il continuait de paniquer, Kaoru s'était acheté une tonne de sucreries au café où il était censé retrouver Chiaki sans même s'en rendre compte. Son cœur battait si vite, comme s'il était prêt à exploser à tout moment. Peut-être allait-il réellement devoir visiter un cimetière, mais probablement dans une tombe.
« Hakaze ? Tu es déjà là ?! »
Le blond releva immédiatement la tête lorsqu'il entendit la voix de Chiaki. Les deux amis se retrouvèrent face à face, sans trop savoir quoi se dire, tous deux stupéfaits de se faire face quand l'heure du rendez-vous était censée être une heure après.
« J'ai mal lu l'heure ?! Je t'ai fait attendre ?! Désolé, je voulais pas ! s'écria Chiaki, inquiet.
— Non, pas du tout ! T'es même super en avance... C'est moi qui voulais venir une heure avant. Pour... Euh... Parce que j'avais peur d'arriver en retard... »
Kaoru glissa une mèche de ses cheveux derrière son oreille, le regard fuyant. Il avait passé la matinée à se préparer pour l'occasion, à choisir les vêtements parfaits, le maquillage le plus adapté et l'attitude la plus exemplaire. Chiaki semblait déconcerté, incapable d'avouer qu'il était venu une heure plus tôt à cause de la panique. Il adressa un sourire à Kaoru, un peu amusé de voir le gigantesque parfait, les pancakes, le framboisier et le fraisier qui se trouvaient devant lui.
« Tu es sûr que tu vas finir tout ça ? demanda le brun en riant.
— Mh, sûrement. J'avais déjà pris un gâteau au chocolat, un cheesecake, un cocktail et des muffins avant ça. »
Chiaki lança un regard limite horrifié à Kaoru. Comment pouvait-il encore être aussi beau et fin après avoir ingurgité autant de sucre ? Le héros semblait un peu jaloux: il prenait à chaque fois quelques kilos en trop quand il mangeait un plat à peine gras. Il ne connaissait pas cette passion de Kaoru pour le sucre mais trouvait ça vraiment mignon. Il laissa son ami un moment, le temps de commander, et revint s'asseoir en face de lui, constatant que le framboisier avait déjà disparu.
« Donc, où est-ce que tu voulais aller ? C'est toi qui décides, je ne ferai que te suivre ! ♪ dit Chiaki, un sourire aux lèvres.
— À ce propos... J'aimerais aller dans deux endroits différents ! Je voulais t'emmener au parc d'attractions. Je paierai tout !
— Vraiment ? Je peux payer mes places si tu veux, ça ne me dérange pas.
— Non... C'est moi qui t'invite. Je veux que tu en profites jusqu'au bout. ♪ »
Au fur et à mesure de leurs mots, le parfait de Kaoru semblait subir le même sort que le framboisier quelques minutes auparavant. Kaoru était plutôt rapide, avaler autant de sucre d'un coup, Chiaki n'aurait pas pu survivre. Après un moment de discussion et après que Chiaki ait pu assister à cet adorable moment où Kaoru profitait de ses pancakes, le gâteau au citron qu'avait demandé le brun arriva. Il prit quelques bouchées sans trop réfléchir, le regard rivé sur Kaoru. Sans savoir pourquoi, chaque geste que son ami faisait l'envoûtait à un point inimaginable, mais il détourna rapidement son regard. Tandis que Kaoru attendait patiemment que Chiaki finisse de manger après avoir terminé son fraisier, le héros lui lança un petit regard inquiet.
« ... Ne prenons plus rien à manger pour la journée, d'accord ? proposa Chiaki.
— J-Je ne vais pas grossir, tu sais ? »
Kaoru se sentait un peu vexé, comme si Chiaki essayait de sous-entendre que Kaoru mangeait peut-être un peu trop de sucre. Ce qui était une vérité en soi. Une fois leurs gâteaux finis, les deux amis se rendirent au parc dont parlait Kaoru qui, immédiatement à l'intérieur, proposa une attraction peu rassurante à Chiaki.
« Moricchi~! On peut essayer la maison hantée ?
— ...?! Pourquoi ?! Il y a plein d'attractions super cool dans ce parc non ?! Tu ne veux pas essayer la grande roue par exemple ? C'est une super idée la grande roue, tu trouves pas ?
— Mais on ressent aucun frisson dans une grande roue...
— On a pas besoin de ça pour s'amuser, tu sais ?! »
Kaoru ne voulait rien entendre. Il souhaitait absolument faire cette attraction avec Chiaki et ne comprenait même pas pourquoi ce dernier refusait. C'était l'occasion rêvée pour qu'ils se rapprochent, après tout, tout le monde sait qu'il suffit de se faire peur pour devenir plus proches, n'est-ce pas ?
« Moricchi... » supplia Kaoru au bord des larmes.
Chiaki ne pouvait pas refuser, encore moins quand Kaoru lui lançait un regard pareil. Mais c'était une idée suicidaire pour lui et il ne voulait pas que son ami se rende compte que c'était un froussard. Il accepta tout de même à contre cœur pour lui faire plaisir, se disant qu'il n'aura qu'à fermer les yeux pour ne pas avoir peur. Pourtant, une fois à l'intérieur, la seule chose que l'on pouvait entendre, malgré les nombreux visiteurs présents, étaient les cris incessants de Chiaki qui se mettait à hausser la voix chaque fois qu'il faisait un pas.
« Hiii ?! J-J'ai senti quelque chose dans mon dos...! Hakaze, ne lâche pas ma main ! Tu l'as lâchée ! Je vais pleurer, reprends ma main ! Hakaze ! »
Pour Kaoru, une situation pareille était surréaliste, mais surtout terriblement mignonne. Au début, Chiaki semblait confiant et répétait sans cesse qu'il avait fait plusieurs fois cette attraction par le passé. Mais dès le premier bruit, il a commencé à appeler à l'aide et à se tenir à Kaoru si fort qu'il aurait pu lui déchirer son pull. En réalité, même si Chiaki suppliait son ami de le sortir de là, Kaoru lui, souhaitait pouvoir rester contre Chiaki pour l'éternité.
« Tu sais que c'est juste des jouets ? C'est super mal fait en plus... dit Kaoru, un sourire aux lèvres.
— Noooon~! Ne me lâche pas ! Je vais mourir si je reste seul ! Ça fait peur ! Je veux sortir, Hakaze... Uuuh, c'est de ta faute...
— P-Pardon... Je ne lâcherai pas ta main alors arrête de crier.
— Mais tu l'as lâchée tout à l'heure...
— C'est toi qui es parti en courant. »
Chiaki pleurait un peu et tremblait en restant contre Kaoru. Il ne voulait plus le lâcher et gardait sa main dans la sienne, s'assurant chaque seconde qu'il ne l'avait pas délaissé en cours de route ou si Kaoru ne s'était pas fait dévorer ou kidnapper par un fantôme. Une fois à l'extérieur, Chiaki lâcha Kaoru pour de bon et essaya de reprendre une respiration normale. Il transpirait tant qu'on aurait cru qu'il venait de courir un marathon.
« ... Je ne savais pas que tu n'aimais pas l'horreur~... constata Kaoru, ravit d'avoir appris une nouvelle information.
— Désolé de t'avoir montré quelque chose d'aussi... Pathétique... Je voulais vraiment être ton héros ! »
Kaoru émit un soupir et s'approcha de ce Chiaki tout tremblant qui se tenait devant lui. C'était la première fois qu'il assistait à ça mais il ne voulait définitivement pas que ce soit la dernière. Il passa sa main dans ses cheveux bruns et les caressa avec tendresse.
« Je t'ai déjà dit que je n'avais pas besoin d'un héros. Et que c'était Moricchi que je voulais~... Ça me fait plaisir d'en savoir plus sur toi. C'était mignon en plus... »
Un sourire se dessina sur ses lèvres et Chiaki devint rouge d'embarras. Il ne s'attendait pas à ce que Kaoru finisse par découvrir son secret, mais se sentait comme soulagé, presque ravit que son ami soit enfin au courant de ses peurs et de ce qu'il détestait.
« ... Je ne voulais pas te l'avouer... Mais je suppose que du moment que c'est toi, alors ça va... »
Kaoru ne s'attendait pas à une telle réponse et regarda Chiaki avec stupéfaction. Son cœur se remit à faire des siennes et il se recula aussi tôt de son héros pour ne pas lui faire entendre les stupides bruits venant de sa poitrine. Sur ces mots, Chiaki proposa de passer à autre chose, encore surpris d'être en vie à l'heure actuelle et de ne pas avoir fait de crise cardiaque.
« On peut faire d'autres attractions maintenant ? Un peu moins effrayantes si possible, haha... »
Kaoru accepta sans hésiter. Il ne voulait pas que Chiaki soit encore traumatisé, alors il l'emmena faire quelques autres attractions beaucoup plus relaxantes. Il ne s'attendait pas à passer une si agréable après-midi, ni même à se rapprocher autant de Chiaki. Pourtant, il ne lui avait toujours pas avoué son amour incandescent... Il fallait y remédier à tout prix et Kaoru le savait. Il était temps pour lui de faire face à son destin.
Il y avait un second endroit qu'il voulait visiter avec Chiaki : l'aquarium. En plus d'être un lieu parfait pour les rendez-vous, c'était aussi l'endroit favori de Kaoru. Il pouvait y passer des heures, des souvenirs précieux de sa mère et lui lui revenaient souvent en tête lorsqu'il visitait ce genre d'endroit. Quant à Chiaki, il n'y était pas allé depuis de longues années maintenant. Il se faisait cependant tard et les visiteurs étaient de moins en moins nombreux, au plaisir de Kaoru. La tranquillité était préférable pour un moment comme celui-ci.
Malgré tout, les battements de cœur du blond ne voulaient pas s'arrêter. Chaque fois qu'il s'approchait de Chiaki, il ne pouvait s'empêcher de se mettre à paniquer et à tenter de s'éloigner. C'était comme si son ange avait des effets si néfastes sur lui qu'il aurait pu exploser dans la seconde. Il ne s'était toujours pas décidé à se déclarer. Lui qui pourtant pensait que cette fois-ci serait la bonne, c'était comme si cet amour était voué à l'échec pour l'éternité. Le laisser enfoui au plus profond de son cœur, peut-être était-ce finalement là la meilleure solution qu'avait fini par trouver Kaoru, bien trop désespéré pour continuer cette mascarade. Mais il faut se battre ! Rien n'arrive du jour au lendemain dans la vie.
Et même si les yeux de Kaoru brillaient autant que ceux d'un enfant le jour de Noël rien qu'en étant présent dans cet aquarium, Chiaki ne pouvait pas passer outre le détail que son ami paraissait quelque peu éteint et ailleurs. Malgré tout, Kaoru monopolisait la discussion et parlait de sa passion avec joie et Chiaki en était davantage heureux. Ce n'était pas souvent qu'il pouvait le voir ainsi, il voulait en profiter. Pour une fois que ce n'était pas lui qui parlait des héros qu'il admirait... Kaoru continuait de parler, encore et encore, sous l'oreille attentive de son cher ami. Les cinq centimètres qui les séparaient étaient encore plus présents qu'avant et peut-être était-il enfin temps de les faire disparaitre à jamais.
Chiaki s'arrêta dans sa marche, sans prévenir, forçant Kaoru à s'arrêter pour savoir ce qui lui arrivait. Sur le point de lui demander si quelque chose lui était arrivé, Kaoru entre ouvrit sa bouche, mais se fit rapidement prendre de court par Chiaki qui osa enfin attraper sa main pour la serrer dans la sienne. Kaoru poussa un cri apeuré, loin d'être habitué à ce que son ami se comporte de cette manière. Mais Chiaki ne pouvait plus attendre et voulait à présent impérativement que Kaoru lui avoue tout.
« ... J'ai vraiment passé une bonne journée aujourd'hui. C'est grâce à toi. Merci de m'avoir proposé ce rendez-vous, Hakaze ! ♪ J'aimerais bien qu'on le refasse un jour... »
Chiaki paraissait à la fois heureux et attristé, comme s'il venait de se rendre compte que ce moment passé ensemble prendra fin à la seconde où ils sortiront de cet aquarium. Ne voulant plus lâcher Kaoru, il détourna son regard, mais devint subitement plus sérieux et calme, ce que le blond ne remarqua pas immédiatement.
« Oui ! Avec plaisir ! J'aimerais bien retourner à l'aquarium avec toi... C'était reposant... Enfin non... J'aimerais visiter encore plein d'autres endroits avec toi ! répondit-il avec enthousiasme.
— Hehe, oui, avec plaisir. On aurait dit un enfant quand tu me parlais de toutes les espèces de poissons qu'on croisait. C'était trop mignon. ♪
— Ah... C'est parce que... Je les aime vraiment toutes ! J'aime bien cette espèce là, dit-il en pointant un poisson. J'aime bien celle-là aussi... Et elle ! J'aime juste tellement les aquariums... »
Sans même y prêter attention, Kaoru laissa de nouveau parler son cœur, mais s'arrêta bien assez tôt, à la grande surprise de Chiaki. Puis plus rien. Un long et insupportable silence s'installa entre eux, leurs mains se tenant toujours aussi fermement. Il n'y avait déjà plus aucun client présent ici et le visage embarrassé de Kaoru était à peine illuminé, mais Chiaki ne pouvait encore le percevoir que trop bien. Ni l'un ni l'autre n'osait prendre la parole, quelques secondes s'écoulèrent, puis quelques minutes, jusqu'à ce qu'enfin, Kaoru se décide à briser cette atmosphère si calme et pourtant si désagréable.
« Et... J'aime ça aussi. »
Sa voix était si inaudible qu'il pensait naïvement que Chiaki ne l'avait pas entendu. Le regard à présent rivé vers son héros, Kaoru le pointait du doigt, la gorge serrée et l'envie inopinée de lui sauter dans les bras.
« Je t'aime, Moricchi. » dit-il à présent d'une voix bien plus assurée.
Il lâcha la main de son ange au même moment. Il baissa la tête, honteux, n'arrivant toujours pas à croire qu'il ait enfin avoué ses sentiments à l'élu de son cœur. La réponse de Chiaki se faisait tant désirée que Kaoru ne pouvait plus tenir. Plus que quiconque, il savait qu'il ne pouvait pas échapper à son destin : peu importe ce que dira Chiaki, il sera obligé d'accepter cette fatalité. Sans même savoir pourquoi, au fond de lui, il pensait déjà que tout était peine perdue...
« Hehe... Hahaha ! Oui, je sais ! Mais je ne m'attendais pas à ce que tu fasses ta déclaration de cette manière, haha... »
Mais Kaoru ne s'attendait pas à une telle réaction. Pensant que Chiaki se moquait de lui, il voulait simplement partir le plus loin possible, changer d'école, de pays, de nom, de physique, d'identité... Mais une chose attira son attention : Chiaki savait ? Comment pouvait-il savoir que Kaoru l'aimait avant même qu'il ne lui dise ?
« J'ai dû faire semblant et jouer l'idiot, mais je ne pensais pas que ça marcherait aussi bien. ♪ avoua Chiaki comme si de rien n'était.
— ... Tu le savais ? Tu veux dire que tu savais que j'étais a... amoureux de...
— Je m'en suis réellement rendu compte après avoir cuisiné avec toi l'autre jour... »
Ces moments passés ensemble dataient trop pour Kaoru. Assez pour comprendre que Chiaki savait depuis déjà bien trop longtemps à son goût. Son visage rouge vif ne se faisait pas indiscret et, dans l'agitation et l'émoi, Kaoru supplia Chiaki de ne pas le rejeter.
« Choisis-moi ! J-Je ne serai peut-être pas le meilleur petit ami du monde, mais ! Je peux faire plein de trucs ! Je sais faire la cuisine et le ménage... Je saurai même m'occuper des enfants !
— Haha, tu veux postuler pour devenir ma femme ou quoi ?
— ... Ce-Ça ne me dérangerait pas de porter la robe de mariée à notre mariage... »
La discussion devenait bizarre, mais Chiaki trouvait cela particulièrement drôle et mignon. Sans même le réaliser, ils tombaient tous les deux amoureux l'un de l'autre de plus en plus chaque seconde... Mais cette situation ne plaisait pas à Kaoru. Si son ami le savait déjà depuis un moment déjà, pourquoi ne lui avait-il rien dit ? Pourquoi l'avait-il laissé angoisser ?
« P-Pourquoi... Pourquoi tu ne me l'as pas dit ?! J'aurais pu éviter tellement de problèmes ! J'ai fait beaucoup d'efforts pour que tu le remarques et pour que je n'ai pas à le dire moi-même ! Je pensais que je n'avais pas été assez évident, alors j'ai fini par te l'avouer, mais...! C'est blessant, je vais pleurer, Moricchi~! Je retire ce que j'ai dit, je ne t'aime pas ! s'indigna Kaoru les larmes aux yeux.
— Non, ne dis pas encore que tu me détestes !
— ... Tu ne me l'as pas dit parce que tu ne m'aimes pas, c'est ça...? Pardon... Je sais que je devrais t'oublier... Un homme ne peut pas... tomber amoureux d'un autre homme... Mais je n'ai pas pu m'en empêcher, Moricchi~...
— Je n'ai... Je n'ai jamais dit ça. »
Un pincement au cœur, la voix brisée et le regard vide, Chiaki s'approcha de Kaoru, lui reprenant la main, refusant de la lâcher. Comment Kaoru pouvait-il encore penser que son ami ne l'aimait pas ? Le problème n'était pas son sexe, ni même le regard des autres : il l'aimait plus que tout au monde et il était de notoriété publique que Chiaki était plutôt du genre à ne pas abandonner avant d'avoir obtenu ce qu'il souhaitait.
« Tu ne m'as même pas laissé répondre ! Je ne te l'ai pas dit parce que je voulais que tu me le dises toi-même. J'avais peur que tu finisses par abandonner en pensant que je ne t'aimais pas, mais... »
Chiaki ne pouvait pas retenir ses sanglots indéfiniment. Il se mordit la lèvre, incapable de prononcer un mot de plus. Ce n'était pas digne d'un héros de pleurer devant les autres et pourtant, ses larmes coulaient à flots et, se sentant plus que pathétique, il eut le réflexe de cacher son visage.
« A-Attends, ne me regarde pas... demanda Chiaki, affaiblit.
— C'est moi qui devrais pleurer, tu viens de me mettre un râteau...
— Non ! Je t'aime Hakaze ! Je t'aime tellement, tellement, tellement ! Du plus profond de mon cœur ! Ne dis pas que je t'ai rejeté alors que j'attendais que tu m'avoues ton amour encore plus qu'un épisode de mes tokusatsu préférés~! »
Ses pleurs étaient aiguës et soudainement bien plus bruyants. Il reniflait et tremblait, ne souhaitant qu'une seule chose : que Kaoru le prenne dans ses bras. Mais ce dernier était trop occupé à se repasser en boucle les mots que venaient de prononcer Chiaki, "je t'aime Hakaze". Son cœur recommençait déjà à battre la chamade et son désir le plus profond à cet instant était de pouvoir crier de joie. Mais son héros pleurait encore et il ne pouvait pas l'ignorer. Il passa sa main dans ses cheveux bruns et se pencha vers lui afin de lui chuchoter ces quelques mots :
« Ne pleure pas, tout le monde va commencer à croire que je t'ai fait du mal...
— Mais tu m'as fait du mal... Me faire attendre comme ça~... C'est cruel ! »
Chiaki s'arrêta peu à peu de pleurer. Desirant toujours que Kaoru lui fasse enfin un câlin, il s'approcha encore de lui, le regard insistant et un sourire aux lèvres. Mais le blond avait une autre idée en tête.
« Si je t'embrasse, alors... Tu me pardonneras ? demanda Kaoru, le regard ailleurs.
— Mmh... Sûrement... »
"Mais je n'ose pas le faire", c'était ce que pensait Kaoru au fond de son cœur. Pouvoir enfin toucher et embrasser Chiaki à sa guise ne le rendait malheureusement pas plus entreprenant et il le comprit bien assez tôt. Il ne bougeait pas et regardait Chiaki tel un idiot, incapable de faire quoi que ce soit. Ce dernier pensait en avoir enfin fini avec ce Kaoru si coincé qu'il a toujours connu, mais il n'en était rien. Il ria tendrement, lui lançant un regard emplit d'amour et attrapa sa seconde main. Kaoru poussa un petit gémissement de surprise, admirant au passage chaque petit détail du visage de Chiaki.
« Je suis sûr que tes lèvres doivent être sucrées avec tout ce que tu as mangé tout à l'heure... » murmura le brun.
Kaoru se figea, un peu honteux. Ayant complètement oublié qu'il s'était goinfré de gâteaux un peu avant, il ne s'attendait pas à ce que Chiaki fasse cette remarque. Mais il lui lança un regard à la fois gêné et provocateur, sous-entendant qu'il n'avait qu'à vérifier par lui-même. Sans attendre, Chiaki attrapa les joues de son amant et déposa enfin un tendre baiser sur ses lèvres. Cette initiative était quelque peu maladroite et pourtant si agréable, à tel point que le héros en profita suffisamment pour mettre le blond mal à l'aise. Après tout, il ne s'attendait pas à ce que Chiaki finisse par lâcher ses joues pour balader ses mains sur son corps, rendant le tout bien trop érotique à son goût... Il se détacha de lui, complètement érubescent et supplia son petit ami de l'épargner.
« N-Ne me touche pas autant...!
— Hehe ! Désolé, c'est juste que tu étais... vraiment trop mignon... »
Chiaki n'aurait jamais pensé pouvoir se comporter ainsi avec quelqu'un. Il ne savait pas que Kaoru pouvait lui faire autant d'effet, mais il se recula, se retenant tant bien que mal de lui sauter dessus. Quant au dit Kaoru, il toucha ses lèvres du bout des doigts, le corps parcouru de frissons et la tête dans les nuages : il venait d'embrasser Chiaki... Oui, c'est sûr, un nombre incalculable de personnes auraient été ravies d'être à sa place. C'était comme un privilège, pouvoir entièrement profiter de la personne la plus adorable de l'univers, ce n'était pas donné à tout le monde. Un doux sourire aux lèvres, il chuchota une dernière fois ces mots, "je t'aime", donnant à Chiaki ce sentiment de satisfaction incomparable.
Ils passèrent ainsi les jours suivants ensemble, ne se séparant sous aucun prétexte. En retournant en cours, ils annoncèrent à Izumi qu'ils s'étaient enfin mis ensemble et, même si sa réaction ne le prouvait pas au premier abord, il était évident qu'il était en réalité très heureux de l'apprendre. Kaoru remercia mille fois Rei pour son aide et, lorsque Chiaki alla voir Midori pour lui annoncer la bonne nouvelle, la seule chose qu'il eut à répondre était qu'il serait vraiment heureux qu'il y ait de la pizza à leur mariage. Aujourd'hui encore, ils décidèrent de rentrer des cours ensemble. Il se faisait déjà tard, le soleil s'était couché et laissait à présent place à la lune et à un ciel parsemé d'étoiles. Les deux amants venaient enfin de terminer leurs cours, mais c'était sans compter sur le mal-être que ressentait Kaoru depuis déjà un petit moment.
« Moricchi, j'ai un problème...
— Quoi ?! Qu'est-ce qui se passe, Kaoru ?! »
Le blond ne pouvait s'empêcher de sourire chaque fois qu'il entendait son petit ami prononcer son prénom. Mais il devait continuer de jouer la comédie, Chiaki passait son temps à le taquiner et il était enfin temps qu'il prenne sa revanche !
« Je crois que j'ai une maladie grave... Si tu ne m'embrasses pas immédiatement, alors je risque de mourir dans d'atroces souffrances... »
Sans attendre une seule seconde de plus, Chiaki attrapa le bras de Kaoru et rapprocha ses lèvres de sa joue pour y déposer un léger baiser. Tout inquiet et affolé, il regarda son petit ami d'un air attristé, espérant avoir pu mettre fin à sa douleur sans fin.
« Ne meurs pas, Kaoru ! Mais est-ce que j'ai réussi à te soigner...? »
Kaoru ne s'attendait pas à une réaction aussi adorable. Enfin, il avait l'habitude que Chiaki soit mignon et attentionné, mais qu'il prenne cette histoire à ce point au sérieux, c'était plus qu'inattendu. Kaoru regarda Chiaki et attrapa sa cravate pour l'approcher de lui, le faisant comprendre assez rapidement ce qu'il désirait. Ils s'embrassèrent alors passionnément tandis que Chiaki profitait encore de ce moment pour dominer Kaoru, ce qu'il appréciait particulièrement faire. Un peu trop fougueux et entreprenant pour lui, Kaoru mit rapidement fin à ce baiser. Un peu déçu, le brun décida tout de même de venir lécher les lèvres encore bien trop sucrées de son petit ami, lui offrant aussi un sourire plus que narquois.
« ... C'était quoi ta maladie...? demanda Chiaki, curieux.
— Mh ? Ah... Sûrement la maladie de l'amour, haha. ♪ Et je crois qu'elle est en réalité incurable... »
Le héros commença à rire, bien heureux que cette maladie soit impossible à guérir. Il était à présent hors de question qu'il se sépare de Kaoru. Son Kaoru. Il glissa sa main dans la sienne avec délicatesse et leva les yeux au ciel, admirant le ciel étoilé qui s'offrait à lui.
« ... La lune est belle aujourd'hui ! » s'exclama Chiaki.
Au même moment, il se tourna vers Kaoru, ce dernier comprenant très vite le sous-entendu de son héros. Le regard rivé sur lui et les joues roses, Kaoru serra la main de son petit ami dans la sienne et se mit à sourire sincèrement, murmurant ces quelques mots avec exaltation.
« Mhm. Oui, je trouve aussi. ♪ »
