Chapter Text
La salle autour de Marie était bondée, principalement des jeunes femmes et des jeunes hommes, qui tout comme elle, commençaient à se demander s’il était vraiment judicieux de sortir aussi vite de chez eux à trois heures du matin, certains étaient même venu ici en sous-vêtements. Marie leva les yeux au ciel, elle, au moins, elle avait pensé à enfiler un manteau avant de sortir en pilou-pilou dans les rues en plein mois de décembre.
Un raclement de gorge attire tout à coup l’attention de l’assemblée. Marie tourne le regard comme les autres. Il y a un bureau, qui n’était pas là avant, elle y mettrait sa main à couper, et une femme, assise derrière le bureau. Elle appuie son visage émacié sur ses longs et maigres doigts, avant de sourire de toutes ses dents si blanches qu’elles brillent presque dans la pénombre.
Instinctivement, Marie recule d’un pas, comme le reste de l’assemblée. Une petite alarme résonne dans sa tête, c’est sans doute ce que ressentent les premières victimes des vampires et démons dans les films… avant de mourir tragiquement pour les doux yeux du public captivés. Marie secoue la tête, elle a sans doute trop regardé la télévision les dernières semaines, c’est bien le problème d’être insomniaque.
C’est d’ailleurs pour cela qu’elle est tombée sur cette étrange publicité, étrange et presque flippante, maintenant qu’elle y pensait. La publicité lui avait promis une vie pleine de rebondissement, de cosmos et de chevalier. En tant que fan hardcore de Saint Seiya, Marie avait tout de suite été captivée, la simple mention du mot cosmos avait chassé toute sa fatigue, ses yeux s’étaient rivés sur l’écran, alors qu’elle s’était mis à prier silencieusement pour un nouveau film ou d’un nouveau spin-off.
Mais la publicité avait proposé mieux que ça, des myths cloth, GRATUITE, pour les 100 premières personnes à arriver dans l’entrepôt délabré à l’extérieur de la ville. C’était une proposition qui ne pouvait pas être ignorée au vu de leur prix ahurissant. Ainsi, avant même de peser le pour et le contre, ou même de se dire que fixer un rendez-vous dans un entrepôt délabré à la sortie de la ville en pleine nuit n’avait rien de rassurant. Marie avait sauté dans sa voiture, une vieille Clio qui tombait en ruine, pour se rendre à l’adresse indiquée en bas de l’écran.
Était-ce une bonne idée ? Maintenant, qu’elle y était, elle en doutait. Mais, on n’a qu’une vie, et personne de sain d’esprit n’aurait pu résister à cette publicité. C’ÉTAIT DES MYTH CLOTH GRATUITE, FOUTRE DIEU ! Une opportunité qui ne se représenterait sans doute pas une autre fois dans sa vie !
La femme terrifiante au sourire lumineux se racla la gorge, Marie reporta son attention sur elle alors que l’intensité de la lumière baissait pour lui donner une apparence plus lugubre encore. D’un geste, elle écarte les bras et son discours commence.
« Bonjour et bienvenu ! sourit la femme de toutes ses dents avant de baisser les bras. Je suis enchantée de vous voir tout aussi nombreux répondre à l’appel d’Athéna. Vous êtes les heureux élus, ceux qui, bravant le froid et la nuit ont oser se rendre jusqu’à nous pour obtenir une récompense. Et quelle récompense mes amis ! Votre vie à partir de demain va changer. Adieu dépression, anxiété, insomnie et crise de panique, adieu solitude, mélancolie, tristesse et crise d’angoisse. Demain, vous oublierez vos vies ennuyeuses, vos journées mornes et sans plaisir, le beau temps dehors qui ne vous apportait plus le moindre rayon de soleil ne sera plus qu’un lointain souvenir. Demain sera un jour nouveau, le premier d’une vie meilleure ! »
Des chuchotements excités se font entendre dans la salle et Marie ne peut s’empêcher d’hocher la tête à chacun de ses mots. Ce que dit la femme semble merveilleux, c’est vrai qu’entre son travail déprimant, son patron exécrable, ses collègues plus proches d’une armée de zombies que d’humain, ses nouvelles à la télévision toujours plus affligeante, elle n’avait pas ressenti la moindre lueur de bonheur depuis… depuis trop longtemps pour s’en souvenir exactement.
« Moi et mes équipes avons travaillé d’arrache-pied durant des mois, des années pour vous offrir ce qu’il y a de mieux. »
Le sourire de la femme s’élargit encore plus, mais le public était si captivé qu’il ne s’inquiéta pas, derrière eux les portes s’ouvrirent laissant passer une horde de domestique chargé de plateau débordant de petit four et de boisson, Marie prit un verre et une chouquette sans même s’en rendre compte et continua d’observer la femme qui venait de sauter de sa chaise d’un geste souple pour s’asseoir sur le bureau, ses pieds étaient chaussés de talons si grand qu’il semblait impossible de tenir debout avec, ses doigts fins pianotaient sur le bord du bureau alors qu’elle continuait son discours.
« La fondation Graad connaît vos problèmes, l’épidémie de solitude qui vous touche est un fléau qui se doit d’être endigué. Ainsi, nous avons créé un produit ré-vo-lu-tio-nai-re. Un produit dont vous rêvez tous depuis votre plus tendre enfance… ou depuis le visionnage de Toy Story. Ce produit va bouleverser votre vie tout entière et changer votre vision du monde à tout jamais. »
Marie fronça les sourcils à ce nom, persuadé de l’avoir déjà entendu quelque part et plusieurs fois en plus, mais pour le coup impossible de se souvenir d’où, ni de ce que c’était. Ses yeux papillonnent sur la salle un instant, tout le monde semble être dans le même état, enfin, Marie hausse les épaules alors qu’un domestique apparu de nulle part lui offre un nouveau plateau de petit four, elle en attrape plusieurs goulûment la bave aux lèvres. Ils sont tellement délicieux ! Pourquoi se poser des questions sans intérêt ? À nouveau, le public est captivé, il ne pipait mot attendant avec impatience la suite de sa phrase que Saori avait laissé en suspend pour ménager le suspense et observer la réaction de la foule.
« Vous ne vous sentirez plus jamais seul, vous ne vous sentiez plus isolé, ni mal aimé, le bonheur fera partie de votre quotidien, vous allez transpirerez la joie et la sérénité par tous les pores de votre peau. Pour le créer, il nous a fallu des années de recherches, de test, des échecs nombreux nous ont fait chuter, mais tels les chevaliers d’Athéna toujours nous nous sommes relevées. Aujourd’hui, Mesdames, Messieurs, Cher Public, vous allez bénéficier en avant-première et gratuitement du produit de notre dur labeur. J’ai l’honneur, moi, Saori Kido de vous présenter le nouveau venu de la fondation Graad, les Myth Cloth vivantes ! »
Il y eut d’abord un long silence et Marie entendit un verre tombé derrière elle, puis des chuchotements commencèrent à retentir de plus en plus présent et de plus en plus fort. Elle jeta un regard autour d’elle, certains se penchaient vers leur voisin, quand d’autre comme elle semblait chercher une caméra cachée. Mais Saori continua alors que les domestiques ramenaient le calme dans le hangar à coup de petit four et de boisson.
« Vous me direz, Cher Public, c’est bien joli tout ça, mais qu’entends-tu par-là « vivante » ? Et c’est vrai, qu’est-ce que je veux dire par là ? Ne craignez rien, je vais tout vous expliquer. Les myth cloth sont des figurines bien jolies, mais bon, il faut se rendre à l’évidence, ce ne sont que des figurines, impossible d’avoir une conversation, de leur raconter vos journées, vos malheurs et vos joies, elles ne vous entendent pas, ne vous comprennent pas. Elles se contentent de vous regarder de leurs yeux morts et sans vie et vous restez seul dans votre chambre sans amis ni personne avec qui parler. La fondation Graad l’a bien compris et elle vient aujourd’hui à votre secours. Moi et mes éminents scientifiques avons créé des versions vivantes de ses jolis bijoux, des versions vivantes qui deviendront vos amis et vos soutiens les plus précieux dans l’adversité. »
Un léger brouhaha se faisait toujours entendre dans la salle et Marie s’arrête dans son mouvement alors qu’elle était sur le point de dévorer un nouveau morceau de pizza.
« Oui, vous avez bien entendu, continue la femme plus fort pour couvrir le bruit des chuchotements. Vivante, vous pourrez donc avoir en votre possession de véritable chevalier d’Athéna prêt à défendre la veuve et l’orphelin, mais aussi à vous tenir compagnie lors des longues nuits d’hiver. Ces petites créatures sont produites en édition limitée, et vous serez les seuls chanceux à en posséder. N’est-ce pas merveilleux ? »
À côté du bureau, Marie entend quelqu’un s’étouffer, elle incline la tête, un peu surprise. Mais n’y prête rapidement plus attention.
« Je sais tout ce que vous allez me dire, « mais Madame ces petits chevaliers ne seront-ils pas difficiles à entretenir et ne risquent-ils pas de détruire ma maison et tout le quartier en piquant une crise de colère parce qu’un de leur collègue a encore fini tout le paquet de cookies et a remis la boite dans le placard plutôt que de la jeter au recyclage ? » »
Pour le coup, c’était très spécifique. À sa propre question, la femme se mit à rire et une alarme commença à résonner dans la tête de Marie, avant d’être à nouveau interrompu par l’apparition d’un domestique armé de petit-four et de boisson, quand elle releva la tête vers la femme, Saori ne riait plus et souriait d’un air charmeur.
« Je vous rassure, ils ne sont pas invivables. Et même si c’était le cas, le service après-vente viendra rapidement à votre secours pour gérer les crises qu’ils pourraient provoquer. Vous n’avez rien à craindre. Ces produits révolutionnaires sont là pour vous aider à être plus heureux et mieux dans votre peau. »
Plus heureux et mieux dans sa peau, plus heureux et mieux dans sa peau. Ça sonne comme une douce mélodie aux oreilles de Marie que sa vie morne et ennuyeuse désespère. Un sbire sort de la pénombre pour chuchoter quelque chose à l’oreille de Saori, elle acquiesce l’air sérieux son regard perçant darde sur la foule rassemblée devant ses yeux, puis elle hoche la tête avant de faire signe à l’homme aux cheveux verts de se reculer.
« Ces Myth Cloth vivantes, donc, sont de parfaites répliques des chevaliers d’Athéna, et ce, jusque dans les moindres détails ! Maintenant, je vais laisser la place à l’un de mes confrères pour vous expliquer l’entretien que demandent ces créatures. »
