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Relationships:
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Language:
Français
Stats:
Published:
2021-05-11
Completed:
2021-05-21
Words:
5,026
Chapters:
5/5
Comments:
13
Kudos:
4
Hits:
96

La lettre

Summary:

Il fait nuit, et Luna pense à la lettre qu'elle a reçu de Ginny. Que faire, se demande t-elle, devant ses rêves qui s'écroulent ?

Chapter 1

Notes:

(See the end of the chapter for notes.)

Chapter Text

Il faisait sombre au dehors. Assise sur la fenêtre de sa chambre, Luna cherchait à distinguer les animaux qu'elle pouvait entendre vadrouiller mais elle n'y parvenait pas. Se contenter de les écouter était agréable, cependant. 
Elle étira ses jambes puis se blottit plus confortablement dans la vieille couverture qu'elle avait trouvé en faisant du rangement ce matin. Il faisait frais, ce qui était assez plaisant pour une nuit d'été, mais elle n'était pas habituée à le ressentir sur sa nuque. C'était une drôle de sensation, qu'elle avait l'impression de n'avoir jamais ressenti. Sa décision de couper ses cheveux avait été impulsive. La guerre était finie ; elle n'avait même pas duré un an. Mais il lui semblait important de clôturer tout ceci, même si ce n'était qu'un symbole : se couper les cheveux ne l'empêchait pas de se réveiller la nuit, à bout de souffle, ou de paniquer lorsqu'elle se retrouvait dans des endroits trop sombres. (La dernière fois, en se promenant près d'un lac avec son père, elle avait senti l'odeur d'humidité, qu'elle chérissait tant auparavant et c'était senti si mal que son père les avait transplané hors de portée d'un danger qui n'existait plus.)
Luna rajusta sa position sur le bord de la fenêtre. Au moins cet air frais était sec, léger et portait l'odeur des lilas à ses narines. Le front posé sur le mur, elle inspira et ferma les yeux. Il fallait qu'elle aille dormir. Son père s'inquiétait qu'elle se réveille de plus en plus tard chaque jour, elle qui était d'habitude plutôt matinale, habituée à ce qu'il la réveille pour partir faire des randonnées, ou pour l'aider à l'édition du Chicaneur. Son père s'inquiétait ; il fallait qu'elle aille dormir.
Dormir. 
Dormir ? Dormir, quand sa tête était pleine, prête à déborder ? Dormir, quand elle avait reçu aujourd'hui une nouvelle si incompréhensible, qui la remplissait d'un sentiment trop proche de la colère ? 
Elle se leva soudain et arpenta sa chambre d'un pas brusque pendant quelques secondes, avant de s'arrêter net. A vrai dire, elle avait essayé de rester occupée toute la journée, de ne pas penser à la lettre. Bien sûr, elle y avait du coup pensé sans cesse, plus bouillonnante de sentiments heure après heure, minute après minute. Elle avait presque peur de ce qu'elle avait lu, comme si tout son futur, ses espoirs étaient passés au blender, mélangés, troubles. Elle jeta un coup d'œil vers son bureau. La lettre était toujours là, à peine perceptible dans la pénombre. Elle ne l'avait lu qu'une fois, assise là-bas, puis ne l'avait plus touché.


Après la bataille de Poudlard, il était apparu très clairement à Luna que beaucoup de choses allaient changer. Elle ne pouvait pas se mentir sur ce qu'elle voulait faire, ou être. Les conversations qu'elle avait eu avec Dean, quand l'ennui l'emportait sur l'horreur, l'avait poussé à enfin mettre des mots sur ce qu'elle ressentait. Ils correspondaient d'ailleurs toujours fréquemment. Il se préparait à se lancer dans une carrière de dessinateur en freelance, et le père de Luna avait eu l'air enthousiaste quand Luna lui avait montré les caricatures politiques joints à une de ses lettres. Clairement, il trouverait du travail. Pour l'instant, néanmoins, il se reposait chez sa grand-mère maternelle avec le reste de sa famille. Il lui écrivait souvent à propos de mondanités, de petites chamailleries qu'il attribuait à sa mère et de l'ambiance très calme de ce village dans le Nord de l'Angleterre. Elle savait qu'il préparait déjà sa colocation avec Seamus. Ils n'avaient tous les deux pas explicité leurs raisons de cohabiter à leurs familles respectives mais ils étaient amis de longue date ; leurs parents étaient plus que satisfaits d'une décision qu'ils voyaient comme responsable et économe.
Si lui pouvait le faire, pourquoi pas Luna ? Elle en avait parlé à son père, qui, sans grande surprise, avait bien reçu la nouvelle. Neville aussi, ce dont elle avait été moins sure. La surprise passée, il avait ri.
« Tu sais que certaines personnes pensaient que nous sortions ensemble ? Je crois que Parvati pense toujours que je démens juste pour garder notre vie de couple privée. » Mais Luna n'avait pas exactement l'esprit aux plaisanteries, et quand elle eut donné plus de détails, Neville non plus.
« Et Harry ? avait-il demandé avec ahurissement. Tu penses qu'il est au courant ? »
Non. Elle ne le pensait pas. Et c'était bien cela le problème.


Honnêtement, Luna ne pouvait même pas se rappeler exactement du moment où tout avait commencé. Elle était tellement contente d'avoir une amie, qui ne se moquait jamais d'elle et qui n'avait pas honte d'être vue en sa présence. C'est vrai qu'elles privilégiaient toutes les deux leurs heures passées ensemble, et que Ginny était prompte à annuler ses rendez-vous avec son copain du moment si Luna avait besoin d'elle. C'est vrai qu'elles s'arrangeaient souvent pour entrer en douce dans le dortoir de l'autre pour se faire des soirées pyjamas et passer la nuit ensemble. C'était vrai, aussi, qu'elles se tenaient parfois la main. Tout cela lui semblait parfaitement innocent.
Peut-être que cela avait commencé la première fois qu'elles s'étaient embrassés, parce que Ginny voulait voir la différence entre les lèvres d'une fille et celles d'un garçon.
(La différence selon elle, était simplement que Luna s'hydratait les lèvres. C'est beaucoup plus agréable, avait-elle dit d'un ton pensif. Ensuite, elle l'avait embrassé une nouvelle fois. C'était tellement plaisant, alors pourquoi ne pas continuer ?)
Peut-être que cela avait commencé quand Luna s'était mise à penser à son amie le soir, à des heures où, comme beaucoup d'adolescentes elle fermait ses rideaux et lançait des sorts de silence, en prétendant que c'était pour ne pas qu'on l'entende ronfler, et pas parce qu'elle prévoyait de passer quelques moments la main dans sa petite culotte.
Ou peut-être était-ce la première fois que Ginny avait pris sa défense, alors même qu'elle se connaissaient à peine, qu'elles n'avaient jamais échangé plus de quelques mots maladroits et que Luna avait espéré, le cœur battant, avoir enfin trouvé sa personne.

Le commencement n'était finalement pas si important. Ce qui changeait réellement tout, ce n'était pas quand ou comment Luna était tombée amoureuse de Ginny. C'était la lettre, toujours sur le bureau, couverte de mots écrits à l'encre noire, remplie d'excuses si plates qu'elles en étaient blessantes et qui réduisait à néant les rêves de Luna.

Notes:

Si vous avez apprécié, merci de laisser un kudos et un commentaire ♥
Je publierais le prochain chapitre dans quelques jours!