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Archive Warning:
Category:
Fandom:
Character:
Language:
Français
Series:
Part 20 of Elayan's Bradbury Project 2021
Stats:
Published:
2021-05-22
Words:
4,391
Chapters:
1/1
Hits:
7

Le Coeur de Vicky

Summary:

Vicky est descendu jusqu'aux profondeurs de la terre pour en ramener un artefact bien particulier.

Notes:

[Projet Bradbury #20b] Cette nouvelle a été écrite en une semaine seulement, et relue une seule fois avant publication.
Challenge un peu spécial pour la 20e semaine puisque chaque jour, mon Copain de Plume et moi avons rédigé entre 500 et 1000 avant d'échanger nos nouvelles. Un résultat fort intéressant qui me donne très envie de recommencer ! Et vous, saurez-vous reconnaitre à quel moment les plumes sont échangées ?

Work Text:

Vicky trébucha au sol et éparpilla toutes ses affaires. Elle ne voyait rien du tout, aucune lumière n’était là pour lui venir en aide. Elle n’entendait que les gazouillement inquiets de son fidèle compagnon ailé, Rainac. Vicky tâtonna à quatre pattes le sol à la recherche de quoi faire de la lumière. La chute avait été violente pour éparpiller comme ça ses affaires, à moins que l’obscurité n’allonge d’autant plus les distances qu’elle percevait. Les lieux n'étaient pas le meilleur endroit qu’elle aurait pu trouver pour perdre sa lumière. Au moment de s’affaler sur le sol, Vicky se trouvait dans une galerie étroite, la faible lumière qu’elle avait apportée ne l’éclairait même pas assez pour voir ou elle posait les pieds. Il faisait si noir qu’elle pensait descendre au coeur même des enfers, là ou nulle lumière n’était jamais parvenue. Sans ce guide lumineux avec elle, les contours étroits de la galerie semblaient si éloignés l’un de l’autre. Elle balada ses mains du mieux qu’elle pouvait mais ne trouva rien. Au cœur de cette noirceur, Vicky sentait les murs s’approcher d’elle. Elle ne les voyait pas, ni ne les touchait, mais elle ressentait la galerie se resserrer sur son âme pour l’étouffer de l’intérieur. L’aventurière était une habituée des explorations dangereuses, mais être perdue ainsi au milieu de la terre dans des ténèbres impénétrables avait de quoi terroriser même le cœur des plus téméraires. Soudain, d’une main baladeuse, elle toucha du bout de sa main une cage.

- C’est toi, Rainac ?

Le fidèle oiseau lui répondit d’un gazouillis affirmatif.

- J’arrive ! prévint-elle. La lampe était accrochée à ta cage.

Guidée par le chant de l’animal. Vicky attrapa la cage et la serra contre sa poitrine. Ce bref moment de tendresse la réconforta bien plus qu’elle n'espérait. Ainsi revigorée, elle reprit sa chasse à la lampe. Elle ne tâtonna les alentours pas longtemps avant de tomber sur trouver une bonne partie de ses affaires, en particulier la lampe tant recherchée.

- Dieu soit loué, Rainac, elle est intacte ! Me faut mon sac maintenant, tu l’as pas vu ?

Vicky continua ses recherches en restant proche de la cage, ses affaires ne devaient pas être loin. Elle était maintenant contre un des murs de la galerie. D’une main, elle s’appuya sur le bord et put se remettre sur ses jambes. Avec sa main libre et ses pieds, elle palpa le sol jusqu'à trouver son sac. Le contact de sa main sur la paroi lui donna un frisson qui lui parcourut tout le corps. La pierre était froide et humide. Au travers de la roche, Vicky pouvait ressentir une légère vibration. Par endroit, elle pouvait même ressentir un léger filet d’eau, comme si la galerie suait à large goutte.

- Ah ! Voilà ! triompha Vicky en heurtant quelque chose du pied. Viens ici, toi.

La femme se précipita sur l’objet mystérieux et lacha un soupir de soulagement. Elle avait enfin retrouvé son sac. Elle l’ouvrit et entreprit la fouille. Le manque de lumière ne la dérangeait pas, tout dans son sac était parfaitement rangé à sa place précise, certaines manies pouvaient se révéler très pratiques dans les moments périlleux. Vicky n’eut aucun mal à trouver son petit briquet fétiche. Elle l’embrassa et l'actiona immédiatement. Ce n’était pas la première fois que ce petit objet innocent allait lui sauver la vie, ce n’était sûrement pas la dernière fois pensa-t-elle. Une faible lumière jaillit du mécanisme et pourfendit les ténèbres qui s'étaient installées. La lueur était si faible que Vicky eu du mal à retrouver la lampe. Elle balaya d’un regard perçant les environs.

- Salut, toi, sourit-elle en attrapant sa cage.

Rainac était un petit canari jaune. Il accompagnait Vicky dans toutes ses aventures. Lui aussi en avait vu des belles, comme en témoignait sa blessure qui l’avait privé d’un œil. Nombreux sont ceux qui avait voulu la convaincre de changer d’animal, mais ils avaient vécu tant de choses ensemble que Rainac était dorénavant bien plus qu’un simple animal destiné à mesurer l’air de ces galeries mortelles.

Vicky attrapa la lampe qui était à côté de la cage et l’alluma. Une douce lumière jaillit de l’appareil et inonda la galerie, finissant de chasser la noirceur des lieux. La femme se releva avec la cage dans une main, et la lampe dans l’autre. Dans ces galeries étroites, la petite taille de Vicky était un véritable atout. Elle était recouverte de la tête au pied de saleté et de suies. Elle se dépêcha de rassembler tout son attirail dans son sac et le jeta sur ses épaules, une des bretelles avait été arrachée et pendait le long de son corps. L’attirail de Vicky et son allure ne laissait aucun doute sur le fait qu’elle était habituée à pareille situation, ou à bien pire.

- Il est temps d’y aller Rainac, on a eu ce qu’on est venu chercher ! À la maison !

L’oiseau émit un gazouilli joyeux, Vicky lui répondit d’un sourir chaleureux. Ils parcoururent ensemble les galeries de la mine jusqu’à la sortie, ils avaient passé la partie difficile avant leur épisode ténébreux. Les deux amis entretinrent une conversation tout le long de leur chemin de retour. À mesure qu’ils remontaient du cœur de la Terre, les couloirs étaient de plus en plus praticables. Après une bonne heure de remontée alternant ascenseurs et boyaux étroits, il arrivèrent enfin sur des galeries plus plates et plus faciles à arpenter. Des rails avaient été installés au sol pour acheminer les provisions et ramener les trouvailles. Il suffisait de les suivre jusqu'à la sortie de la mine.

- On y est, mon ami ! A nous l’air libre, annonça Vicky.

Rainac, sentant l’air frais lui titiller les narines, chanta gaiement pour accompagner le bruit de l'ascenseur qui les ramenait à la surface. Tout à coup, la cabine trembla. Une brise fraîche les accueillit comme pour leur souhaiter un bon retour. Vicky sortit de l'ascenseur et franchit les derniers mètres qui la séparait de l’extérieur. Elle pouvait de nouveau respirer un air frais. Avec un sourire, Vicky posa la cage de Rainac sur un rocher. Elle ferma les yeux et leva le visage vers le ciel en s'étirant de plaisir sous la tendre chaleur du soleil.

- Qu'est-ce que c'est bon, toute cette lumière, murmura-t-elle.

Un sifflet résonna dans la carrière qui entourait l'entrée de la mine. Vicky leva les yeux et vit la silhouette d'un homme qui agitait une casquette bleue au bout de son bras. La dernière navette était sur le point de partir. Vicky agrippa la cage de Rainac et se mit à courir. Elle ne voulait pas la rater.

- On a failli partir sans vous ! lui cria le petit homme bedonnant en vissant sa casquette sur son front dégarni.

Vicky lui lança un large sourire en guise de réponse. Elle se sentait légère, malgré son gros sac à dos qui pesait sur ses épaules. Elle était sous le soleil, elle n'était plus dans le noir, et le ciel était clair et radieux, que demander de plus ?

- Merci, très cher monsieur ! chantonna-t-elle en grimpant dans le vieux bus.

Le petit homme s'asseyait à peine sur son siège, derrière le volant. Il lui jeta un coup d'œil amusé par dessous la visière de sa casquette.

- Qu'est-ce que vous allez donc chercher, là-bas ? demanda-t-il.

Vicky était en train d'attacher du mieux qu'elle pouvait la cage de Rainac à l'aide de la ceinture de sécurité, malheureusement bien trop lâche pour encore mériter son titre. Elle prit tout son temps, même pour pousser son gros sac sous son fauteuil. Ce ne fut que lorsqu'elle fut complètement installée qu'elle regarda le chauffeur droit dans les yeux. Elle posa son index en travers de ses lèvres.

- C'est un secret, minauda-t-elle.

L'homme gloussa, mais il tourna la clé avec un peu d'humeur pour démarrer son moteur. Il observa toute la longueur intérieure du bus avant de reprendre :

- Entre nous, c'est vraiment un secret ? La mine est fermée, je crois bien, j'ai plus vu un mineur depuis deux mois. Moi je fais la navette parce que je suis payé pour, mais y'a bien que vous qui vient encore jusqu'ici.

Le sourire de Vicky ne quittait pas ses lèvres. Son visage était figé dans une expression polie et avenante.

- Vraiment, dit-elle d'une voix très douce, je ne peux pas vous le dire.

Le chauffeur se rembrunit et ne lui adressa plus la parole. Vicky soupira pour elle-même. Il ne l'attendrait sans doute pas, la prochaine fois. Elle piocha un petit biscuit des tréfonds de sa poche et le tendit à Rainac, à travers ses barreaux. Vicky se fichait pas mal de l'avis de cet inconnu, après tout, il n'y avait que l'oiseau qui comptait pour elle. Elle regrettait souvent de devoir le laisser si souvent dans sa cage… De l'autre côté de la fenêtre, le paysage défilait, prairies fleuries et bosquets de troncs mousseux. Pour sûr, le canari adorerait voleter dans ces paysages, au point de s'y perdre à tout jamais. Le ciel bleu prenait des teintes de rose et violet. Une étrangeté, quand on y pensait, puisque le soleil, lui virait du blanc à l'orangé.

- Terminus, annonça sèchement le chauffeur.

Vicky n'avait même pas réalisé que le bus était arrêté. Avec autant de soin qu'elle l'avait installé, Vicky détacha Rainac et il lui fallut de longues minutes avant qu'elle sorte enfin du bus. Elle avait sentit jusque dans l'air l'impatience du chauffeur. La porte claqua juste dans son dos et le bus partit, la laissant sur le trottoir. Vicky resserra la bretelle encore vaillante de son sac, vérifia que Rainac allait bien, et prit le chemin vers son hôtel. Elle avait besoin d'un bon bain avant de rencontrer son client.
L’aventurière entra et fila à l'étage sans même un regard vers l'accueil. Le réceptionniste la salua de loin et tenta de l’interpeller, c’était peine perdue. Vicky était déjà dans l'ascenseur, au moins celui-là ne grinçait pas et ne risquait pas de s’écrouler d’un moment à l'autre. Elle entra comme une furie dans sa chambre, qui avait été soigneusement nettoyée et arrangée pendant son absence. Elle jeta ses affaires en direction du lit, posa délicatement la cage de Rainac sur une table puis alla sans attendre se faire couler un bain.

- À toi, maintenant, annonça-t-elle à l’intention de son ami Rainac. Tu as bien mérité toi aussi un peu de repos.

En attendant que l’eau remplisse la large baignoire, Vicky donna à manger et à boire à son fidèle canari.

- Toi aussi, t’en a bavé, le consola Vicky en pointant un doigt à l'intérieur de la cage.

Après cet instant de complicité, l’aventurière épuisée alla défaire son sac. Elle rangea tout son attirail de mineuse et finit par contempler l’objet de sa folle quête. Elle avait vraiment dû redoubler d'effort et d’imagination pour le récupérer. Elle espérait que son client ne l’avait pas dupée et qu’il tiendrait sa promesse. Elle avait dû tout sacrifier pour atteindre son but, vraiment tout, il fallait maintenant que ça en vaille la peine. La femme replaça le précieux butin au fond de son sac et se dirigea dans la salle de bain.

Elle entra dans son bain chaud et s’allongea sur toute la longueur de la baignoire.

Vicky ne sut pas combien de temps elle avait passé dans la baignoire lorsqu’elle fut réveillée par la sonnerie du téléphone de sa chambre. Elle sortit précipitamment de la baignoire et alla décrocher en vitesse.

- Bonjour, Mademoiselle, un homme est arrivé pour vous et vous attend dans le petit salon devant la réception, annonça un homme au travers du combiné.

- Très bien, merci, dites lui que je fais au plus vite.

Elle raccrocha l’appareil en vitesse et se précipita au plus vite dans la salle de bain pour ne pas inonder encore plus sa chambre. L’heure n’était plus aux bains relaxants. Elle vida la baignoire et prit une douche pour éliminer les dernières traces de suie et de crasse qui étaient encore collées à sa peau ou à ses cheveux . Vicky finit de se préparer du plus vite qu’elle put, mais en ne négligeant rien. Elle avait à cœur de se présenter face à son client en lui proposant au moins une prestance égale à la sienne.

Elle coiffa de façon simple ses cheveux pour qu’ils n’aient plus l’air d’explorer une mine et se para de ses meilleurs habits. Des plus beaux qu’elle avait apportés du moins, elle n’était pas venue pour assister à des soirées de gala, mais pour crapahuter dans des mines obscures et dangereuses. Elle enfila un pantalon et un haut simple, mais sans trous et sans taches, ce qui était suffisamment inhabituel pour Vicky pour les considérer comme de beaux habits. Elle passa ensuite une veste et attrapa l’unique bretelle restante de son sac qu’elle jeta sur son dos.

Vicky arriva dans le hall d’entrée de l'hôtel et se précipita en direction du petit salon. Elle n’eut pas besoin de le chercher longtemps. Il était là, un grand homme était attablé dans un coin du salon, à l'écart de tous les autres clients. Vicky savait que même assis, il demeurait plus grand qu’elle. Il arborait sur le haut de son crâne un haut de forme d’une grande qualité. Il portait également un costume gris, sûrement du sur mesure vu la taille du bonhomme. Des boutons de manchettes en or finissaient de donner cette impression de richesse qui émanait de cet homme. Dès qu’il aperçut Vicky, il lui jeta un rapide coup d'œil avant de détourner le regard en arborant une moue de dégoût à peine voilée.

L’aventurière détestait cet homme du plus profond de son cœur, lui et tout ce qu’il représentait. Mais c’était malheureusement le seul au monde qui était encore capable de l'aider. Il fit un léger mouvement du bras pour l’inviter à prendre place face à lui.

- Bonjour, M. Askin, vous avez fait un bon voyage ? demanda Vicky d’un ton impertinent.

Elle connaissait déjà la réponse. Elle savait qu’il devait profondément détester les endroits secs et poussiéreux comme le trou où elle lui avait donné rendez-vous. Cette petite pointe d’insolence avait le goût d’une petite victoire pour VIcky.

- Très bien, répondit M. Askin. Et vous, Mademoiselle Vicky, vous avez fait une belle balade ?

Le sang de Vicky ne fit qu’un tour, il savait très bien que c’était tout sauf une simple balade, elle avait dû descendre dans les plus profond recoins de la Terre pour trouver ce pourquoi il l’avait engagée. Vicky ravala sa fierté et masqua sa colère, les enjeux était plus important qu’un orgueil froissé. Elle attrapa son sac et le déposa avec bruit sur la petite table ronde où ils étaient assis.

- C’est ce que je pense, Mademoiselle ? s’enquit-il d’un sourcil perplexe.

- C’est exact, regardez, montra Vicky en ouvrant son sac.

Le sac semblait contenir quelque chose de vivant, un battement sourd pouvait se laisser entendre à ceux qui tendaient l’oreille.

- Voici le Cœur de La Terre, comme promis, encore palpitant et chaud. J’espère que vous remplirez votre part du contrat.

Askin la regardait avec intensité, ses yeux gris comme des pierres sous le rebord de son extravagant chapeau. Vicky retint un frisson de dégoût lorsqu'elle réalisa qu'il ne cillait pas. Il détourna enfin le regard pour observer le sac. Son expression était d'une infinie neutralité. C'était comme s'il ne mesurait pas les risques qu'elle avait encouru pour lui rapporter ce trésor. Ou pire : qu'il s'en fichait.

- Je dois d'abord vérifier qu'il s'agit bien du Coeur, annonça doucement Askin. Asseyez-vous, mademoiselle, je vous en prie.

D'une main, il l'invitait à s'asseoir en face de lui. De l'autre, il ôtait son chapeau pour le déposer sur la table, juste à côté du sac qui battait au rythme de son contenu. Ses cheveux, peignés avec soin, étaient si pâles qu'ils en étaient presque blancs. Vicky s'efforça de camoufler son impatience. Elle s'assit, feignant de savoir le faire comme une dame, le dos droit et un peu raide, les mains croisées sur les genoux. Mal à l'aise.

- Puis-je ? demanda Askin en désignant le sac.

- Oui, bien sûr, répondit Vicky avec un peu plus d'agressivité qu'elle ne l'aurait souhaité. C'est une pierre qui bat comme un cœur… qu'est-ce que vous voulez que ce soit d'autre ?

- Oh, si vous saviez, soupira Askin avec un sourire en demi-teinte, certains ne manquent pas de ressources pour présenter les pires escroqueries.

Vicky se mordit la joue pour ne pas lui aboyer dessus. Il l'insultait en disant cela et elle n'avait qu'une envie : l'insulter en retour. Mais un marché était un marché, et elle n'était pas assez bête pour ne pas reconnaître que cet échange se passerait mieux si elle restait, au minimum, polie. En silence, elle observa Askin déballer le trésor avec soin. La pierre, ronde et lisse, tenait tout juste dans la paume de sa main. Il la tenait juste au-dessus du sac, presque avec révérence. Loin du plateau de la table, les pulsations du Cœur étaient presque imperceptibles. Il semblait hésiter à le regarder de plus près.

- C'est bien lui, lâcha-t-il dans un murmure.

Son visage avait changé. Il avait perdu toute neutralité. C'était une joie débordante qui s'étalait sur ses traits, un bonheur démesuré, voire même... une passion idolâtre ? Vicky était perplexe. Elle ne savait pas ce qu'il comptait faire avec cet objet et elle préférait ne pas le savoir. C'était mieux comme ça.

- Je n'ai pas toute la soirée, mentit-elle avec fermeté.

Askin lâcha la pierre des yeux pour la regarder, elle. Vicky eut l'impression que les prunelles grises la touchaient réellement, physiquement, et elle eut un mouvement de recul instinctif. C'était comme si, jusque-là, il ne l'avait jamais vraiment regardée bien en face.

- Vous avez raison, mademoiselle Vicky, dit Askin avec un sourire extatique. Votre paiement, vous le méritez, pour vos efforts et votre incroyable performance. Donnez-moi votre main.

Vicky cligna plusieurs fois des yeux. La gêne qu'elle ressentait venait encore de grimper. Elle laissa tomber sa posture de dame pour s'adosser plus confortablement à sa chaise, mais elle ne se sentit pas moins incommodée pour autant. Son client ne se ressemblait plus lui-même. Sa froideur, sa hauteur... tout ça s'était envolé. Il ressemblait à un fanatique qui avait mis la main sur une relique sacrée. Avalant difficilement sa salive, Vicky lui tendit néanmoins la main droite. Une fois qu'il y aurait déposé le paiement, elle pourrait filer d'ici et le laisser à son délire.

Mais il ne bougea pas. Il la regardait étrangement. Une hésitation passa sur son visage, troublant un instant son sourire hébété. Askin posa délicatement le Cœur de la Terre sur le nid de tissus formé par le sac.

- Mademoiselle Vicky, articula-t-il avec soin, comme on parle à un enfant un peu idiot. Donnez-moi votre autre main.

Vicky sentit le sang quitter ses joues. Elle récupéra sa main droite pour enserrer son poing gauche. Pourquoi voulait-il sa main gauche ? Il n'y avait rien à voir sur sa main gauche, rien du tout, sa main gauche n'avait rien de spécial. Le sourire de M. Askin s'adoucit, et Vicky se sentit bouillir tant elle avait l'impression qu'il la regardait avec condescendance.

- Je suis navré si vous vous attendiez à autre chose, dit-il, mielleux à souhait, mais je n'ai pas de médicament miracle à vous offrir. Montrez-moi. Je dois voir.

Askin tendit ses mains, paumes ouvertes, prêt à accueillir celle de Vicky. Cette dernière dut se faire violence pour se convaincre qu'il fallait qu'elle le fasse. Elle n'avait pas fait tout ce chemin pour tout plaquer au dernier instant. Elle tendit lentement le bras. Elle serrait les dents comme si ça pouvait empêcher ses doigts de trembler. Askin referma ses mains sur la sienne. Ses paumes étaient tièdes.

- Votre peau est déjà très solide, commenta-t-il. Vous ne pouvez déjà plus plier les doigts, je me trompe ?

Vicky secoua la tête. Dans cette situation, elle se sentait vulnérable et elle détestait ça. Il palpait sa chair minérale et examinait les reliefs craquelés de sa peau grise. Elle détourna le regard. Elle ne voulait pas parler de ça. Elle voulait qu'il lui donne ce qu'il avait promis de lui donner pour régler ce souci, qu'ils en finissent et qu'elle puisse enfin s…

- Aïe ! cria-t-elle soudain.

Elle rétracta précipitamment son bras. Askin ne l'avait pas retenue. Sa paume désormais vide reposait, grande ouverte, sur la table. Dans l'autre main, il tenait une épingle qu'il détaillait de près. Vicky grimaça. Il lui avait piqué le doigt.

- Votre sang est noir, dit Askin, mais vous n'êtes pas encore désensibilisée. C'est intéressant.

- Notre marché ! siffla Vicky, à bout de nerfs.

- Calmez-vous mademoiselle, le mal dont vous souffrez n’est pas à prendre à la légère, répliqua-t-il.

Askin étudiait avec soin l’épingle qui avait une goutte du sang noir à sa pointe. Il marmonnait également des mots dont le sens échappait totalement à l'aventurière malade. Ce fut à la fin d’une de ces phrases incompréhensible que l’impatience de Vicky s’envola complètement. Askin était en train de faire quelque chose qui lui échappait. Le sang contenu dans la goutte au bout de la pointe se mit a bouillir et à changer de couleur, il passa par toutes les couleurs du spectre lumineux pour finalement revenir à sa couleur d’origine. Vicky jeta un œil sur son médecin de circonstance, il avait l’air tout aussi perplexe qu’elle.

- Que… Quelque chose ne va pas, M. Askin ? bégaya-t-elle comme si son destin en dépendait.

- C’est inhabituel, admit-il.

Askin reposa l’épingle dans une petite boîte prévue à cet effet. Il posa ensuite ses coudes sur la table et joignit ses mains sous son visage. Ainsi attablé, il faisait vraiment peur à Vicky.

- Il semblerait que vous ne nous ayez pas tout dit, mademoiselle Vicky, accusa-t-il.

- Comment ça ? Bien sûr que je vous ai tout dit, tenta-t-elle en cachant sa panique. Je suis malade, qu’avez vous besoin de savoir de plus ?

Vicky pouvait lire dans le regard d’Askin un mélange de colère et de déception, elle ne savait pas sur quel pied danser face à lui.

Tout à coup, Askin attrapa avec force la main gauche de Vicky et la tira vers lui. C’était si soudain qu’elle en fut attirée violemment contre la table. Askin releva la manche de la veste de la femme jusqu’au coude et révéla ainsi la même peau de pierre craquélée, elle semblait remonter plus loin encore.

- Vous nous avez caché ça, mademoiselle, tonna-t-il. Jusqu’où remonte l’infection ? Et pas de cachoteries sinon je vous laisse là, sans remède.

Vicky tira son bras dès qu’elle sentit l’emprise d’Askin se relâcher. Elle replaça correctement la manche de sa veste. Elle se sentait honteuse et peu maligne. Askin et les gens comme lui étaient les seuls encore disposés et capables de l’aider, pourquoi leur cacher ça après tout.

Vicky se leva de sa chaise, jeta un rapide coup d'œil sur les alentours pour vérifier qu’ils étaient toujours seuls et tranquilles. Puis, d’une main, révéla son ventre. Askin pouvait ainsi voir l’étendue de l’infection. La peau minérale s’étendait jusqu’au niveau du nombril de Vicky.

- Ça part de là, ça remonte ensuite jusqu'à mon épaule gauche et jusqu'à ma main, détailla-t-elle en retenant sa peine. Tout est désensibilisé comme vous dites, sauf ma main. J’arrive encore à bouger mais cela me procure quelques douleurs.

Askin fixa Vicky dans les yeux pendant de longues minutes. Elle voyait au travers de ses yeux un mélange de pitié et de compassion qui la mettait encore plus mal à l’aise.

- Très bien, finit-il par dire d’un air grave. L’infection est beaucoup plus avancée que ce dont on avait convenu quand on a établi le contrat.

Vicky écarquilla les yeux de surprise. Elle n’avait pas anticipé le changement soudain de la compassion vers la négociation.

- Ça veut dire quoi ? Vous allez pas m’aider ? cracha-t-elle en approchant sa main valide de son sac.

- Restez calme, mademoiselle. Je vais quand même vous aider, rassura-t-il.

Vicky fut soulagée d’entendre ça. Elle se rassit et abandonna la posture défensive sur laquelle elle s’était réfugiée pour reprendre celle de dame.

- Votre état est plus grave que ce que je pensais, continua-t-il. Je ne sais pas si vous vous rendez compte de la gravité de votre cas, mademoiselle.

Vicky abaissa le regard et fit non de la tête. Elle n’avait vraiment jamais pris le temps de réfléchir à ça, il fallait l’avouer. Elle vivait sa vie comme elle se présentait.

- J’ai bien peur que l’infection gagne d’ici la fin du mois. Je peux vous aider mais vous n’aimerez pas la solution, promit-il.

Vicky retrouva un peu d’espoir, quoiqu’il fallait faire, elle le ferait, elle voulait vivre. Elle vit Askin s’affairer au dessus de l’épingle et reparler dans la langue incompréhensible.

- Voilà, finit-il par dire après plusieurs minutes d’étrange incantation. Prenez cette boite et piquez avec l‘épingle une personne. Une fois que ça sera fait, vous serez guérie.

Askin se leva, pris le sac avec le coeur et s'apprêta à partir

- C’est tout ? s’étonna Vicky ? Il arrivera quoi à cette personne?

Askin eut le regard noir.

- Elle mourra ! avoua-t-il. Pour vous soigner, trois personnes doivent endurer votre mal. Vu votre état, c’est la seule solution.

Askin déposa une main compatissante sur l’épaule droite de Vicky.

- Bonne chance, mademoiselle, encouragea le grand homme au chapeau en partant.

Vicky était sonnée. Elle contempla la petite boîte contenant l’épingle. Son sang n’était plus sur la pointe, l’aiguille était grise et craquelée, tout comme sa peau minérale. Vicky ne savait pas quoi faire. Elle resta là assise à la table, seule. Sa vie valait-elle la peine d’en condamner une autre ?

Elle resta là des heures à réfléchir. À la nuit tombée, elle se releva et monta dans sa chambre en silence.

- Je suis désolée, mon petit Rainac. j’ai bien peur que notre aventure finisse là, murmura-t-elle les yeux remplis de larmes.

Vicky ouvrit la cage et laissa son ami sortir et voler dans la chambre. Elle le regarda voler là quelque temps. Ça la confortait dans sa décision de voir ce petit animal vivre sa vie. Elle alla ouvrir la fenêtre et s’installa à une table. Malgré la promesse de liberté, Rainac vint se poser sur l’épaule de son amie, comme s’il savait qu’elle avait besoin de lui.

Vicky jeta au fond de ses affaires la petite boîte contenant l’épingle. Elle prit ensuite un papier à lettre et une plume.

Elle se mit à écrire. Ses larmes trempaient le papier.

 

« Mon cher Canari. Je ne pourrais pas tenir ma promesse de te revoir, et ça me brise le cœur. »

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