Work Text:
Fanart de Aoede
Je suis là, debout, en haut des escaliers. Je sais que je suis supposé les descendre et venir vous rejoindre Mère et toi dans le Salon. Enfin, c’est ce que je crois savoir.
Mais je n’ai pas besoin d’être dans la même pièce que vous. Je n’ai même pas besoin d’être au même étage que vous pour vous entendre. Vos cris résonnent dans toute la maison. Même Kreattur n’ose sortir de sa cuisine, pourtant je suis sûr qu’il serait ravi de profiter du spectacle. Il te hait autant qu’il vénère notre Mère.
Toujours les mêmes échanges. Tu la traites de harpie. Elle te répond que tu es la honte de cette famille. Tu contre-attaques en raillant que tu n’es que trop heureux de faire honte à une famille comme celle-ci.
Dis-moi Sirius, es-tu seulement conscient que pour lui faire mal à elle, tu me fais mal à moi ?
Père ne dit rien. Il pourrait même ne pas être présent, ce serait identique. Cette haine, ce n’est qu’entre elle et toi… Lui et moi n’avons jamais été que des témoins muets, des dommages collatéraux.
Il sort de la pièce, sans un regard en arrière. Trop fier pour se retourner et admirer le spectacle de son héritier qui le renie. Il sait qu’il t’a perdu il y a des années, peut-être même avant cette Répartition qui a mis le feu aux poudres.
Tu n’as jamais eu le caractère des Black, tu n’as jamais été docile, tu n’as jamais voulu suivre les traces de nos illustres aïeux. Tu es un Gryffondor et moi un Serpentard.
Dis-moi Sirius, pourquoi avons-nous laissé ces divisions qui nous été imposées nous séparer ?
Tu as toujours été si différent. Même lorsque nous étions enfants, tu ne voulais jamais jouer à effrayer les moldus et les Sang de Bourbe.
Toi, tu voulais sauver la princesse. Terrasser des dragons. Briser les Sortilèges. Vivre des aventures exotiques et lointaines. Tu avais juré de rester à mes côtés. Tu m’avais dit que tu m’emmènerais avec toi.
Dis-moi Sirius, t’en souviens-tu ?
Je prends mon courage à deux mains, descend les escaliers, puis pénètre enfin dans la pièce. Tu t’y tiens debout devant elle, essoufflé d’avoir tant hurlé mais le menton dressé, fier de ne pas t’incliner, si heureux de ne pas être comme eux… Comme moi.
Tu me lances un regard dédaigneux et instantanément je comprends. Tu vas partir. Je ferme les yeux une seconde, pour ne pas ressentir la douleur de cette perte.
Mais je sais que ton caractère téméraire et emporté, celui qui fait de toi le Gryffondor que tu es, ne supportera plus de se courber devant les réprimandes et les insultes.
Dis-moi Sirius, m’emmèneras-tu ?
Je n’y suis pour rien, je n’ai rien fait. Je n’ai jamais été qu’un spectateur, mais je m’excuserais bien, si je pensais que ça pouvait te faire changer d’avis. Mais je sais bien que cette fois elle en a trop dit, trop de méchancetés…
Sans même un dernier regard pour elle ou pour moi, tu sors de la pièce et monte quatre à quatre les escaliers qui vont vers nos chambres.
Elle me regarde. Quand elle se tourne vers moi, ses yeux s’adoucissent, alors que vers toi, ce ne sont que des fentes emplies de haine et d’amertume.
Elle arque un sourcil et un sourire narquois naît sur ses lèvres lorsqu’elle me demande si je suis heureux qu’elle ait enfin réussi à se débarrasser de toi.
Et c’est plus fort que moi, j’éclate de rire. Pas un rire gai, un rire fou. J’ai essayé d’en rire, de couvrir tout cela de mensonge… Ces disputes, ces insultes, ces brimades… J’ai essayé d’en rire, pour mieux cacher les larmes dans mes yeux. Parce que les Black ne pleurent pas. Les Black ne pleurent pas.
Tu as empaqueté tes affaires à la vitesse de l’éclair et te tiens immobile sur le seuil de la pièce. Quel spectacle dois-je te donner à rire comme un damné alors que mon frère quitte la maison ?
Mais que crois-tu ? Que je vais me jeter à tes pieds et supplier ton pardon ? Je sais qu’il est trop tard et qu’il n’y a rien que je puisse faire. Alors je ris. Je ris de ça, du reste. De ma vie qui s’effondre, s’émiette et se désagrège sous mes yeux.
Mon frère s’en va. Je sais ce que cela signifie pour moi. Je devrais prendre ta place. Faire un mariage de convenances avec une Sang-Pur, préserver la pureté du sang des Blacks, continuer la lignée. Je suis sûr que Mère sera fière quand je m’engagerai auprès du Seigneur des Ténèbres…
Je couvre tout cela de mensonges. Mon frère ne va pas me manquer parce que je le hais. Je ne l’admire pas de s’être dressé contre cet héritage si lourd. Je ne voudrais pas avoir la force de le suivre. Je ne voudrais pas qu’il m’emmène. J’en ris pour mieux cacher les larmes dans mes yeux. Parce que les Black ne pleurent pas.
Je te dirais que je t’aimais si je pensais que cela pouvait te faire rester. Je ne te l’ai jamais dit quand nos relations étaient encore acceptables, quand nous étions enfants, quand nous étions innocents... Alors maintenant que nous nous haïssons…
Dis-moi Sirius, est-ce que cela changerait quelque chose ?
Entre deux éclats de rire, je réalise soudain que toutes mes questions ne servent à rien car tu es déjà parti. Je pensais que tu attendrais que je te parle. J’ai méjugé tes limites, je t’ai poussé trop loin, je t’ai considéré comme acquis, je pensais que tu avais plus besoin de moi. Et ce rire dément qui me reprend, secoué de spasmes. Mère paraît ravie…
Maintenant je ferais n’importe quoi pour t’avoir à nouveau à mes côtés, mais je ne peux m’arrêter de rire, cachant les larmes dans mes yeux. Parce que les Blacks ne pleurent pas. Les Blacks ne pleurent pas. Les Blacks ne pleurent pas.
Dis-moi Sirius, tu crois que si je le répète assez, j’y arriverais ?
