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"Bonne nuit Yuuta" (a secret good night)

Summary:

"Il observait toujours lorsqu'il fut décidé qu'il serait envoyé à l'autre bout du monde. Il observait peut-être même de trop près, car il sentit alors quelque chose remuer au fin fond de lui-même, une bête perfide, non pas féroce, mais maligne. Elle l'asphyxiait, une douleur qu'il n'avait jamais ressenti, le frustrant de l'oxygène dont il semblait avoir tant besoin. Et puis elle le mordait, encore et encore, souvent très tard le soir, lorsque personne ne pouvait le voir, et qu'il pouvait se permettre l'humiliation de verser quelques larmes."

Notes:

J'ai écris ce petit quelque chose à trois heure du matin après une semaine à ne lire que du Inuokko... Et je dois dire que ce ship a un énorme potentiel tragique.
Ce qui est bien triste d'ailleurs ! Mais bon, comment ne pas utiliser ce potentiel ?

Je m'excuse d'avance pour les éventuelles fautes d'orthographes, et vous souhaite une excellente lecture !

(See the end of the work for more notes.)

Work Text:

 

Dès leur première rencontre, Yuuta s'est dévoilé comme étant un timide garçon, celui qui ne souhaite jamais faire de bruit, imposer sa présence. Celui qui veut être oublié, non pas parce qu'il aime sa solitude, mais car il considère que les autres se portent bien mieux sans lui.
Yuuta était ce garçon là, lors de leur première rencontre, et il l'est resté un long moment après cela. Cela n'avait sans doute rien d'inhabituel pour quelqu'un ayant vécu des choses si horribles à un si jeune âge.

Un après-midi, après que Maki l'a mit au tapis – comme à chacune de leur séance d'entraînement suivant son arrivée au lycée –, Yuuta s'était fendu en excuses, implorant leur pardon, et s'adonnant à une pathétique démonstration d'auto-flagellation. "Désolé, je ne vous suis d'aucune aide. Je suis inutile et faible. Désolé."
La jeune fille, extrêmement émue derrière son masque d'irritation s'était empressé d'aller trouver leur professeur et de demander des explications sur le comportement "puérile et tragique" de leur nouveau camarade.
Maki, elle, avait toujours été cette fille forte et charismatique, celle qui s'impose et qui se bat. Qui ne ferme la bouche sous aucun prétexte, même lorsque cela aurait été préférable. De fait, il lui arrivait d'être blessante, outrageusement honnête.
Et pourtant, avec Yuuta, cela lui était compliqué. Celui-ci n'avait pas le réflexe de se défendre, cet instinct humain de prouver sa valeur et de s'affirmer. Lorsque Maki lui criait dessus, il s'excusait, tête basse et voix vibrante de sincérité. Et Maki ne tint pas longtemps avant de perdre quelque peu de sa sévérité, s'attendrissant comme une adulte devant un enfant en larmes. Eventuellement, elle finit par l'accueillir entièrement au sein de ce qui avait été un trio, et qui était désormais destiné à être un quatuor.

De son côté, Panda n'eut aucun mal à faire une place à leur nouveau camarade. Au contraire, il fut sans doute le plus amical et chaleureux des trois élèves. Car il était Panda, un être fait d'amour et si non pas d'humanité, alors de tolérance et d'acceptance.
Ce dernier avait beaucoup de mal à voir Yuuta se donner autant de mal à se faire tout petit, à se frapper les doigts constamment, si bien qu'il tentait de le complimenter et de le soutenir deux fois plus qu'il ne l'aurait fait avec qui que ce soit d'autre – c'est-à-dire déjà beaucoup.

Quant à Toge... Il était ce garçon silencieux, à l'air distant et indifférent, et dont le vocabulaire se limitait à des ingrédients de cuisine. Alors évidemment, tout portait à croire que sa relation avec Yuuta serait, si non pas mauvaise, au moins compliquée.
Toge lui même l'avait cru, au départ, notamment car il lui était plutôt compliqué de se mélanger aux autres. Rien d'anormal, une fois encore, puisque les autres ne préféraient de toute façon pas côtoyer quelqu'un comme lui.

Mais lorsque Yuuta ne s'excusait pas et qu'il ne se lamentait pas, il parlait. Beaucoup. Doucement, d'une voix fébrile et indécise, certes, mais à un débit plus qu'impressionnant.
Cela, mêlé au fait qu'il semblait étrangement comprendre Toge mieux encore que Panda et Maki, fit que les deux jeune garçons trouvèrent l'un dans l'autre une compagnie agréable, au départ, indispensable ensuite.

Avec le temps, et notamment à la suite de la libération de Rika, sa fiancée de 11 ans, décédée des suites d'un tragique accident, et revenue à la vie sous la forme d'une malédiction de grade S du fait de Yuuta, celui-ci trouva en lui la force d'évoluer. De ne plus être ce garçon chétif et dramatique, celui qui refuse toute compagnon par peur de blesser. La première étape fut d'accepter pleinement sa place au sein de ce quatuor plus qu'inhabituel, une famille réduite. Toge suivit, dès lors, son évolution avec le plus vif intérêt. Au départ, il le faisait par pur curiosité, une curiosité d'ailleurs partagée par Maki et Panda. Puis, lorsqu'il grandit assez pour que ces deux derniers ne se fassent plus aucun soucis pour lui, Toge resta le seul à observer, comme transfixé par la façon dont il s'épanouissait comme une fleur au printemps.

Il observait toujours lorsqu'il fut décidé qu'il serait envoyé à l'autre bout du monde. Il observait peut-être même de trop près, car il sentit alors quelque chose remuer au fin fond de lui-même, une bête perfide, non pas féroce, mais maligne. Elle l'asphyxiait, une douleur qu'il n'avait jamais ressenti, le frustrant de l'oxygène dont il semblait avoir tant besoin. Et puis elle le mordait, encore et encore, souvent très tard le soir, lorsque personne ne pouvait le voir, et qu'il pouvait se permettre l'humiliation de verser quelques larmes.
C'était étrange. Incompréhensible. Mais il continua à observer. Et plus le temps passait, plus Yuuta s'éloignait, jusqu'à ce moment fatidique où il disparut complètement. L'envie de hurler son prénom. Le désir de le suivre, de le chasser jusqu'au bout du monde. Mais il resta silencieux. Car il n'avait jamais eu le droit d'ouvrir la bouche, de faire valoir ses opinions et ses sentiments. C'était ainsi depuis toujours, depuis tout petit. Son clan avait été assez rigoureux dans son éducation pour lui faire comprendre que jamais, au grand jamais, il ne devait utiliser sa bouche pour sa propre personne. Elle ne lui appartenait pas, n'était pas chose sienne, bien que rattachée au reste de son corps. Et Toge avait alors tant acquiescé qu'il ne trouvait pas en lui la force de se convaincre du contraire.
Sa parole scellée, sa communication avec le monde, avec les autres, réduite à un minimum, le garçon avait appris à se satisfaire du minimum, même lorsque ce minimum était bien loin d'être satisfaisant.

En ce qui concernait Yuuta et son départ du Japon, ce minimum fut une embrassade, un "À bientôt" et une larme cachée. Ce matin-ci, Toge s'était dit que oui, son ami avait bel et bien grandi. Il était devenu fort, tellement qu'il était désormais utilisé comme outil à exorciser des malédictions partout dans le monde. Tellement fort qu'on lui retirait à lui.


Égoïste.


La voix dans sa tête était celle de sa mère.
Elle lui rappelait toujours à quel point il était honteux. À quel point il ne méritait pas l'amour et l'amitié qu'il recevait. À quel point il était ridicule d'aspirer à plus que le peu qu'on daignait bien lui offrir.
Et comme toujours, il acquiesçait.

Après le départ de Yuuta, les trois amis tentèrent de reprendre le cours de leur existence, mais l'absence se ressentait comme un membre amputé, comme une douleur fantôme rappelant à ses destinataires que rien ne sera jamais comme avant.
Et ils le ressentirent tous. Il n'était plus question de vivre comme avant, mais de s'accoutumer à vivre comme avant. Accepter une vie comme avant. Une vie où Yuuta n'existait pas. Où il n'était pas devenu une part d'eux-mêmes. Ce fut extrêmement compliqué, plus pour certains que pour d'autres. Panda, toujours optimiste, fit de son mieux pour voir le bon côté des choses, déjà bienheureux de voir revenir leur ami grandi de son expérience et beaucoup plus puissant. Maki, quant à elle, était bien trop fière pour montrer plus de sentiment que nécessaire, mais il était tout de même assez clair qu'elle se complaisait dans le scénario de Panda. Peut-être s'imaginait-elle déjà s'entraîner avec un Yuuta plus puissant encore qu'il ne l'était déjà.

Quant à Toge, il fit en sorte que personne ne puisse remarquer la bête qui lui enserrait toujours plus le cœur. Le seul avantage au fait qu'il était naturellement peu expressif fut qu'il n'eut pas véritablement à faire semblant, à porter un masque. Comme Maki et Panda le connaissaient bien, il devait parfois retrouver ce côté taquin et farceur de lui-même, honnête et sincère, que Yuuta avait d'ailleurs beaucoup aidé à développer. Autrement, il ne lui était pas compliqué de faire face à toutes ces journées sans son meilleur ami, à ces semaines puis ces mois.

Seules ses nuits posèrent problèmes. Toge avait certes toujours eu du mal à s'endormir, tout comme Yuuta d'ailleurs, sans lui, il fut frappé par de terribles épisodes d'insomnies. Condamné à des heures de cruelles introspection, le garçon fut frappé plus profondément encore par le songe que la présence de Yuuta était bien plus importante pour lui que ce qu'il pouvait imaginé. Ce n'était pas seulement un plaisir de l'avoir près de lui, et pas non plus un simple soulagement. C'était devenu une nécessité. Le sentir proche, à portée de main, lorsque tous les deux ne parvenaient tout simplement pas à s'abandonner au sommeil, si bien qu'ils se retrouvaient dans la chambre de Toge à jouer à des jeux vidéos ou à regarder des vieux films comiques d'années qu'ils n'ont pas connues.
La façon dont Yuuta était entré dans la vie de Toge avait été peu banal, sans doute même grossière. Il avait débarqué, malédiction de grade S collé à la peau, désireux d'être partout ailleurs que là, dans ce lycée, dans ce pays, sur la terre.
Alors comment avait-il pu faire son chemin si profondément dans le cœur de Toge ? À quel moment les choses avaient évoluées si fondamentalement sans même qu'il ne le perçoit ? C'était douloureux. Extrêmement cruel. Car maintenant il n'était plus là.
Dans une autre vie, où Yuuta n'était pas vraiment Yuuta, et où Toge n'était pas vraiment Toge, sans doute ce dernier n'aurait pas ressenti un tel vide, une telle peur. Ils n'auraient été que deux lycéens anonymes, dont l'un s'en était allé pour une formation à l'étranger. Mais ce n'était pas le cas. Ce n'était pas le monde dans lequel il vivait. Yuuta était parti exorciser des malédictions, des monstres assoiffés de sang. Il était si jeune! Et il devait malgré tout laisser sa vie, son pays, ses amis derrière lui pour sauver les autres. Car d'une certaine façon, il avait été maudit lui aussi par cette puissance qu'il détenait et qui lui frustrait le droit à une vie banale mais joyeuse. Une vie que Toge désirait de plus en plus lui offrir. Une vie qu'il désirait s'offrir à lui-même.


Égoïste.


Oui, il l'était.
Extrêmement.
Mais comment ne pas l'être après voir goûté à Yuuta avant de se l'être fait enlever.

Il était comme un enfant ayant goûté à une sucrerie pour la première fois. Momentanément gâté, pour toujours insatiable, à jamais insatisfait.
Il voulait toujours plus, encore et encore. Mais ne pouvait rien avoir. Car Yuuta était loin. Car même s'il était près de lui, il n'existait aucune chance qu'il puisse penser à lui de la même façon.
Alors Toge fermait les yeux. Il laissait couler les larmes fiévreuses de ses yeux meurtris par plusieurs nuits d'insomnies. Et il souhaitait bonne nuit à son meilleur ami, à voix haute, comme il ne l'aurait jamais fait en sa présence.
"Bonne nuit, Yuuta."
Je
T'aime.... 

Notes:

Donnez leur tout le bonheur, parce que très honnêtement, ils le méritent !