Chapter Text
– On est amoureuses ! Je ne vois pas pourquoi on devrait continuer de se cacher.
– Vraiment ? Tu n’en as donc vraiment rien à faire de moi ? Tu ne trouves pas que j’en ai assez bavé cette année, peut-être ? D’abord on me vole mon héritage, ensuite tu aides Salomé à me faire cocu, puis toi et tout l’institut, vous me prenez pour un assassin, et pour finir tu me mets en HP… C’était vraiment nécessaire d’en rajouter ?
– Louis, arrête de tout ramener à toi, ça n’a rien à voir…
– Bien sûr que si ! On dirait que tu fais tout pour gâcher ma vie. T’aurais pu choisir n’importe qui, mais non, tu choisis un de mes profs ! Une femme, en plus.
Cette discussion, ils l’avaient déjà eue des dizaines de fois. La première fois, Olivia était là. C’était lorsqu’elles avaient annoncé officiellement à Louis qu’elles étaient ensemble. Comme Claire l’avait prévu, Louis l’avait très mal pris. Elle avait cependant espéré qu’avec le temps, les choses s’apaiseraient. Mais à chaque fois qu’ils abordaient le sujet, ça finissait en dispute. Louis lui reprochait d’en rajouter encore plus alors qu’il en avait suffisamment bavé cette année. Claire essayait de lui faire comprendre que c’était sa vie, ses choix. Elle avait dû faire beaucoup de sacrifices pour arriver là où elle en était professionnellement, tout en gérant un enfant seul. Elle ne regrettait rien, bien sûr. Mais ce bonheur qu’elle ressentait avec Olivia, elle ne l’avait pas ressenti depuis bien longtemps. Depuis sa relation avec le père de Louis, probablement. Alors elle ne voulait pas passer à côté.
Au début, elle avait de toute façon essayé de taire ses sentiments. Parce qu’elle se pensait hétéro à 100 %. Parce qu’elle avait peur de perdre Olivia comme amie. Et parce qu’elle savait que Louis ne le prendrait pas bien. Mais depuis, beaucoup de choses avaient changé. Elle avait admis être attirée et même amoureuse d’Olivia. Elle le lui avait même dit. Elle avait manqué la perdre mais finalement, Olivia lui avait retourné ses sentiments. Depuis, elle était presque sur un petit nuage. Un nuage dont Louis essayait de la faire tomber à chaque fois.
Fatiguée de toutes ces disputes, et dans la peur de voir son fils lui tourner à nouveau le dos, Claire avait songé, l’espace d’un instant, à mettre fin à sa relation avec Olivia. L’idée même lui était cependant insupportable. Pourquoi devrait-elle se priver de ce bonheur ? Son fils n’avait pas à diriger sa vie amoureuse. Ça ne le concernait pas. Cela, il devait le comprendre.
– Louis, on en a déjà discuté. Je n’ai pas choisi, c’est arrivé comme ça.
– Mais oui, bien sûr. T’as juste pensé qu’à ta gueule, comme d’habitude.
Claire soupira, à bout.
– Et donc tu voudrais que je fasse quoi, hein ? Que je la quitte ?
– Oui ! Et de préférence avant que tout l’institut ne soit au courant, répliqua-t-il sans ciller.
Elle déglutit avec difficulté et détourna le regard. Quand elle reprit la parole, ce fut d’une voix plus calme, dans l’espoir de raisonner son fils.
– Tu te rends compte de ce que tu me demandes ? Si je te demandais de quitter Elodie, tu accepterais, toi ?
– Mais ça n’a rien à voir ! s’exclama Louis. Tu le fais exprès ou quoi ?
Elle perdait patience.
– Écoute, je n’ai pas l’intention de quitter Olivia. Ni de me cacher plus longtemps. Je suis bien avec elle, alors il va falloir que tu l’acceptes. Que ça te plaise ou non.
Elle savait qu’il n’apprécierait pas mais elle ne devrait même pas avoir à se justifier devant lui. Son fils n’avait pas à lui dicter qui elle avait le droit de fréquenter ou non.
– Génial. Je ne sais même pas pourquoi on en parle, de toute façon je n’ai pas mon mot à dire ! Je vais encore m’en prendre plein la gueule mais bon, ça t’en as visiblement rien à foutre.
– Louis…
– Laisse tomber, je me casse. J’en ai assez entendu.
Impuissante, elle le regarda prendre son sac.
– Louis, s’il te plaît, on n’a pas fini…
La porte claqua derrière lui. Fatiguée de toutes ces disputes, Claire se passa une main sur le visage et s’assit sur le canapé. Elle ne savait plus quoi faire avec Louis. Il ramenait toujours tout à lui et prenait tout ce qu’elle faisait personnellement. Ne pouvait-il pas seulement voir à quel point Olivia la rendait heureuse ?
Le son d’un vibreur se fit alors entendre. Elle releva la tête et saisit son téléphone, qui se trouvait sur la table basse devant elle. Un mince sourire éclaira son visage en voyant le nom de la personne qui l’appelait.
– Allo ?
– Bonjour toi.
Son cœur rata un battement au son de sa voix.
– Tout va bien ? reprit la personne au bout du fil.
– Oui, oui. Enfin… Je me suis encore pris la tête avec Louis.
– Je vois…
– Je ne sais plus quoi faire avec lui. À chaque fois que j’essaye de le raisonner, c’est pire. Il est buté.
– Écoute, on n’a rien à se reprocher. Sois patiente, il finira par l’accepter. T’as pas à culpabiliser pour ça.
– Je sais… mais il a tellement souffert cette année.
– Peut-être, mais ce n’est pas une raison pour que tu te sacrifies. T’as le droit au bonheur.
– Mmm… J’aimerais juste que les choses s’apaisent.
– Ça viendra. Laisse faire le temps.
– Je ne sais pas si le temps aidera, justement.
Il y eut un petit silence.
– Tu appelais pour quoi ? demanda Claire.
– Il faut une raison pour t’appeler, maintenant ? plaisanta l'autre femme.
– Non, mais d’habitude tu envoies plutôt des messages.
– J’avais envie d’entendre ta voix.
Son cœur rata un nouveau battement et elle se surprit à sourire béatement.
– Ça me fait du bien d’entendre la tienne aussi.
– Et me voir, ça ne te ferait pas encore plus de bien ?
– Si, bien sûr.
– Je peux passer ce soir, alors ?
– J’en ai très envie. Mais Louis sera sans doute là, ce soir. Ce n’est peut-être pas une bonne idée.
– Tu sais, ce n’est pas en se cachant qu’il va finir par accepter notre relation.
– Tu as raison. Mais je voudrais juste éviter de jeter de l’huile sur le feu. Je n’ai pas envie de me disputer encore avec lui ce soir ou de subir ses remarques.
– Je comprends. Viens à l’hôtel dans ce cas ? On dînera ensemble. Ou bien on se fera commander quelque chose.
– D’accord. Je serai là dans une heure.
– J’ai hâte de te retrouver.
– Moi aussi.
Elle espérait que bientôt, elles n’auraient plus à se cacher.
– Oh, et, Olivia ?
– Oui ?
– Je doute qu’on ressorte ce soir de ta chambre, déclara-t-elle, un sourire amusé sur les lèvres.
Le rire d’Olivia lui réchauffa le cœur.
