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Du soleil, une douce chaleur balayée par une légère brise et l’odeur de la terre humide des plantes de la serre. Juniper adorait ces jours radieux. Comme chaque matin, la jeune guérisseuse s’occupait des plantes médicinales dont regorgeait la serre attenante à la Maison de la Vie. La matinée était calme. La mer se trouvait à quelques centaines de mètres de là et seuls des bruissements de pas dans l’herbe verte perturbaient la berceuse des vagues se brisant contre les rochers.
Les pas approchaient, puis s’arrêtèrent. Juniper releva la tête vers la porte donnant sur l’extérieur.
Une jeune paladin, aux cheveux roux négligemment attachés, était appuyée contre le dormant de la porte de verre, un sourire crispé au visage, la main enserrant son épaule. Juniper, soudain grave, écarquilla de grands yeux horrifiés.
« Salut Junie, lança son amie. Dis-moi, tu aurais quelque chose contre-
Mais la guerrière n’eut pas le temps de terminer sa phrase que Juniper la saisit par son bras valide et la précipita sur un tabouret de bois avant de découper aux ciseaux sa blouse de lin. La guérisseuse ne put réprimer un hoquet d’horreur en découvrant la peau violacée et boursoufflée d’Athéna. Le souffle coupé, Juniper releva la tête, son regard flamboyant et interrogateur plongeant directement dans les yeux azur de son amie.
- Le dragon de Gavin m’a bavé dessus alors que je m’apprêtais à lui donner à manger… balbutia-t-elle.
Juniper explosa, la voix tremblante d’inquiétude.
- Athéna ! Tu sais pourtant que la bave de Drasoria est vénéneuse ! Enlève ta chemise et reste là. Je reviens.
Athéna n’eut pas l’occasion de rétorquer quoi que ce soit : Juniper avait déjà disparu d’un pas précipité dans la réserve de la Maison de la Vie. Résignée, la guerrière rousse s’exécuta. Son amie revint quelques secondes plus tard, un bol d’eau dans lequel trempait un linge et un bocal en verre, rond et teinté, en mains. Posant le tout sur la paillasse, elle s’empressa d’essorer le linge et de nettoyer le reste de salive de dragon de la peau d’Athéna.
Elle n’en revenait pas. Le mucus avait coulé sur tout son flanc gauche, touchant sur son passage l’hélix de son oreille, sa nuque, son épaule, son bras mais surtout son torse.
- Lève ton bras… Bon Dieu, Théna, comment as-tu pu te faire ça, soupira-t-elle.
Athéna hésita à lui raconter, remarquant son expression exaspérée. Finalement, elle se décida, sur le ton de la plaisanterie :
- J’ai trop tardé à donner à manger à la monture de Gavin… Et apparemment il mourait de faim. Il convoitait le seau de viande que j’avais dans les bras et sa salive est tombée sur mon épaule en s’infiltrant sous ma chemise… Un vrai morfal ce bon vieux Drasoria… »
Mais le récit de cette mésaventure ne réussit pas à d’étendre Juniper, qui était toujours aussi empressée dans ses mouvements. A grande peine, Juniper, ayant caler le bocal sous son coude, en tira le bouchon de liège de toutes ses forces. Lorsque ce dernier sauta, une vive odeur de camphre emplit la pièce.
La jeune botaniste plongea à même ses doigts dans un onguent mat et verdâtre avant d’étaler sans tarder la mixture sur le torse de la guerrière. Athéna tressaillit à la sensation de froid que lui procurait la pommade. Ou du moins… elle avait mis ce frisson sur le compte du froid.
Junie était focalisée sur son soin. Sa main continuait d’appliquer le baume d’un geste doux et léger. Ses doigts parcouraient chaque centimètre carré de sa peau violacée. Ses épaules, ses muscles, sa nuque, ses côtes…
Les yeux bruns de la botaniste s’écarquillaient à mesure qu’elle perdait ses moyens. Pourquoi son visage chauffait-il affreusement tout-à-coup ?! Juniper n’osait même plus respirer.
Il y eut un moment de flottement.
Même en se concentrant du mieux qu’elle pouvait sur l’étalement de la pommade, son esprit en revenait toujours au contact de la pulpe de ses doigts et de la peau d’Athéna. Juniper se rendait compte de l’absurdité de la scène et le rouge de ses joues virait au cramoisi.
De son côté, Athéna non plus n’était pas en reste de cette sensation. La tension émanant de son amie était palpable et se communiquait à elle. Le toucher de Juniper, pareil à une onde électrique, la désarçonnait complètement. Elle était si proche, à quelques centimètres à peine… Refusant de laisser son esprit vagabonder au risque de se mettre dans un embarras insurmontable, Athéna se força à se concentrer sur tout ce qu’elle pouvait bien avoir sous les yeux. Juniper avait de petites mèches folles qui lui tombaient devant des yeux plus brillants que jamais. Sa longue chevelure ondulée lui tombait en cascade sur ses épaules, et dégageait ce parfum si familier, si réconfortant… Presque grisant. Ses yeux azur ne pouvaient s’empêcher de remarquer comment la jeune botaniste mordillait nerveusement le coin de sa lèvre. Et en parlant de ses lèvres…
« Ç-ça ne pique pas trop ? »
La voix fébrile de Juniper avait résonné dans la serre dans un léger bégaiement.
Athéna battit des cils dans un léger mouvement de recul, sortie de sa torpeur, pinça ses lèvres et tut un juron dans un souffle rageur. Ses yeux s’étaient clos tandis qu’elle se maudissait intérieurement d’être repassée sous le joug de ses pensées.
« Théna ?
Athéna reprit contenance et balbutia précipitamment :
- N-non. Ça va mieux depuis que tu… enfin… avec la pommade. Ça me brûle déjà moins…
Athéna voulut se frapper le front, excédée, mais se contenta de rougir alors qu’elle pestait de nouveau dans sa barbe.
Juniper finit bientôt son travail et se releva avant de s’essuyer les mains à l’aide d’un chiffon. Elle contempla un instant son œuvre puis fronça les sourcils et fulmina :
- Je lui en toucherai deux mots, moi, à ce Gavin ! Non mais ! Laisser les autres s’occuper de sa monture, qui plus est la plus vénéneuse des écuries, franchement !
Il était rare de la voir montrer son ressentiment. Athéna s’en amusa et sourit.
- Il n’y est pour rien, c’est moi qui lui devais un service.
Juniper se radoucit mais garda une mine boudeuse. Quelques minutes plus tard, la botaniste lui ramena une chemise de lin neuve toute propre. La guerrière l’enfila, se redressa et finit de la rentrer dans son pantalon. Juniper continuait d’observer sa blessure.
- Ta peau devrait retrouver son aspect normal d’ici ce soir, en attendant n’enlève pas la pommade, et ne t’expose pas au soleil dans les trois prochains jours.
Elle releva soudain les yeux et planta son regard dans celui de son amie rousse.
- Théna, promets-moi que tu feras plus attention à l’avenir.
La jeune femme acquiesça. Juniper prit ses mains dans les siennes. Elle rougit légèrement.
- Si jamais il y a quoi que ce soit, reviens me voir…
Athéna lui sourit.
- Et… J’ai le droit de venir te voir même si je n’ai rien ou je dois demander à Gavin de me confier son Drasoria plus souvent ?
Juniper écarquilla de grands yeux horrifiés. La guerrière gloussa. Junie se renfrogna, mais un sourire timide éclaira bientôt sa mine inquiète alors qu’elle riait elle-même de sa réaction, accompagnant son amie.
- Euh… Hum, oui évidemment que tu peux venir, viens autant que tu veux. » murmura doucement la botaniste, encore plus rouge, si c’était possible.
Athéna parut ravie. La jeune femme rousse enserra son amie dans ses bras, la remercia chaleureusement et lui adressa un dernier grand sourire accompagné d’un geste de la main avant de repartir. Athéna se retourna plusieurs fois sur sa route, les yeux rieurs face à la jeune femme restée abasourdie dans sa serre, avant de disparaitre au tournant du chemin.
Juniper était restée immobile, comme sonnée, même bien après que le bruissement des pas dans l’herbe s’est évanoui. Ses joues lui paraissaient refroidir, elle porta un regard sur ses mains tremblantes. Le souvenir du contact avec Athéna était encore fort, au point que ses sens en soient trompés. Juniper souffla lentement et calma son cœur qui cognait dans sa poitrine.
C’était une bien drôle de visite.
