Chapter Text
Oliver retint un grognement de déception en ouvrant les yeux sur un lit vide. Il n’était pas rare que Kara parte à l’aube pour s’occuper de problèmes à l’autre bout du monde et il chérissait les matins où il se réveillait dans ses bras. Les rideaux épais laissaient passer les rayons du soleil, baignant la chambre d’une douce lueur qui ne lui agressait pas les yeux. Le réveil indiquait neuf heures trente, l’équivalent d’une grasse matinée pour lui, ce qui n’était pas étonnant car la veille avait été mouvementée et son corps avait bien eu besoin de repos. Heureusement qu’il n’avait pas à se rendre à la mairie le samedi.
Les draps glissèrent sur son torse nu alors qu’il se redressait en se frottant le visage pour en chasser les dernières traces de sommeil. Il s’assit au bord du lit avec un petit sourire à l’idée de passer le weekend avec son fils. Ça faisait presque un an qu’il était entré dans sa vie et même si les choses avaient été compliquées au début, entre Samantha qui était blessée, leurs mensonges et sa double identité de justicier, tout s’était apaisé avec le temps. Chaque instant passé avec lui était un cadeau.
William avait même formé un lien fort avec Kara qui l’adorait aussi. Et malgré les criminels qui tentaient sans cesse d’attaquer sa ville, malgré les politiciens qui lui mettaient des bâtons dans les roues dans chacun de ses projets, malgré les nouvelles menaces extérieures qui défiaient l’imagination, Oliver n’avait jamais été si heureux. Il allait bientôt épouser la femme qu’il aimait. Sa relation avec son fils était au beau fixe. Et ils allaient passer leur dimanche à la plage.
-Papa ?
Il l’avait appelé Oliver pendant si longtemps que l’entendre l’appeler comme ça l’emplissait à chaque fois d’une douce chaleur. Cette fois, un poing de glace se referma sur son cœur. Le murmure brisé de son fils venait de mettre à jour une de ses plus grandes craintes. Avec appréhension, Oliver leva le regard vers la porte entrebâillée, signe de la sortie précipitée de Kara, pour le poser sur William. Immobile, il le fixait avec un air à la fois peiné et horrifié, sous le choc de sa découverte.
Devant ses yeux innocents s’affichait le tableau morbide peint dans sa chair.
Oliver déglutit, une boule à la gorge l’empêchait presque de respirer. Il avait tout fait pour lui cacher ces marques, pour l’épargner, pour ne pas l’effrayer, mais aussi parce qu’il ne voulait pas que son fils réalise qu’il n’était pas toujours le plus fort. Que certains de ses ennemis avaient brisé des parts de lui qui ne guériraient jamais.
Il devait réagir, gérer la situation, c’était lui l’adulte, lui le père. Il attrapa le t-shirt le plus proche et l’enfila avec des gestes fébriles, sans manquer l’inspiration brusque de William lorsqu’il eut un petit aperçu de son dos. Oliver savait que ce jour était inévitable et il était temps qu’il affronte la réalité en face comme il l’avait toujours fait.
-Entre, dit-il en lui faisant signe de le rejoindre.
William poussa la porte en hésitant, le regard fixé sur son t-shirt comme s’il pouvait toujours voir les cicatrices à travers. En pyjama et pieds-nus, les cheveux ébouriffés, il sortait du lit. Lorsqu’il s’arrêta devant lui en triturant nerveusement sa manche, la tempête qui s’était déclenchée en Oliver s’apaisa aussi subitement qu’elle s’était levée. Il n’avait qu’une chose à faire. Rassurer William.
-Qu’est-ce… Qu’est-ce qu’il t’est arrivé ? demanda-t-il en croisant enfin son regard.
Cinq ans d’enfer. Cinq autres années de combats incessants.
Assis sur le lit, Oliver était à sa hauteur et voyait déjà les rouages tourner dans son cerveau. William était très analytique et établissait certainement déjà plein de théories sur ce qu’il venait de découvrir. Pour qu’il ne s’imagine pas d’horreurs, il lui parlerait franchement, sans non plus entrer dans les détails sordides. Il regrettait l’absence de Kara, avec une parole, un sourire, elle aurait allégé l’ambiance. Oliver posa la main sur ses genoux, paume en l’air, dans une invitation silencieuse. William la prit immédiatement, les doigts tremblants. D’une pression, il espérait lui transmettre de sa force et de son calme.
-Je sais qu’elles ne sont pas belles à voir et qu’elles peuvent être effrayantes, mais tu n’as pas à t’inquiéter. Ce sont juste des marques.
-Tu as été blessé, dit-il dans un souffle.
Il réalisait qu’il n’était pas invincible. Même s’il le savait déjà et détestait le savoir en mission, en danger, il avait eu devant les yeux la preuve formelle que son père n’était pas toujours le plus fort. Sauf qu’il oubliait le principal. Il était là, vivant, avec les marques prouvant sa résilience.
-Oui. Mais je m’en suis sorti à chaque fois. Je te promets de toujours, toujours, me battre de toutes mes forces pour revenir à la maison. Et tu viens de voir que je survis à beaucoup de choses.
Il avait visé juste car des larmes perlèrent au coin des yeux de William. Sa plus grande peur était de le perdre alors qu’ils venaient à peine de se trouver.
-C’est lui qui te les a faites ?
Le souvenir des langues de flamme lui dévorant la chair se fit vivace et il porta inconsciemment la main à son cœur, sur son tatouage de bratva ravagé. Chase. Il n’avait jamais su ce qu’il avait dit à William pour le tourmenter quand il l’avait kidnappé mais il le hantait encore.
-Certaines, répondit-il avec sincérité. Mais il ne fera plus jamais de mal à personne. Tu le sais n’est-ce pas ?
William acquiesça, comme incapable de prononcer le moindre mot, et battit des cils pour s’empêcher de pleurer et se montrer fort. Oliver l’attira à lui pour le prendre dans ses bras et le réconforter mais William résista et planta ses pieds dans le sol, refusant de combler le pas qui les séparait. Un coup de couteau aurait fait moins mal. Il dégoûtait son propre fils.
-Ça te fait mal ? demanda-t-il dans un murmure, la voix tremblante. Si je te touche ?
Le soulagement lui coupa le souffle. William s’inquiétait juste pour lui. Comme toujours.
-Non, elles ne me font plus mal depuis longtemps. C’est promis, ajouta-t-il devant la mine dubitative de son fils. Sinon je n’aurais jamais survécu aux bras de Kara, tu sais combien ses étreintes peuvent être intenses.
Un petit rire passa les lèvres de William qui se jeta dans ses bras. Oliver l’accueillit chaleureusement alors qu’il s’agrippait à lui comme s’il avait peur de le voir disparaître. Il l’embrassa dans les cheveux, une nouvelle part de son âme apaisée par l’acceptation simple de son fils qui n’avait pas montré le moindre dégoût pour son corps malmené.
-Pourquoi tu ne laisses pas les gens avec des super pouvoirs combattre à ta place ? demanda-t-il dans son cou.
Parce qu’eux aussi se blessaient et prenaient des coups. Ils n’en gardaient pas forcément des cicatrices mais ça ne voulait pas dire qu’ils ne ressentaient pas les lames les traverser, les coups leur briser les os, les flammes les brûler. Sauf qu’il ne pouvait pas dire ça à son fils. Il recula légèrement et prit son visage en coupe, essuyant les traces de larmes de ses pouces.
-On a tous nos combats à mener. Et n’oublie pas que je ne suis plus seul. La plupart de ces cicatrices, je les ai eues avant de savoir me battre, avant d’avoir une équipe à mes côtés. Et tu sais que Kara est là pour moi maintenant.
Il acquiesça et Oliver le serra à nouveau contre son cœur, murmurant à son oreille qu’il l’aimait.
Un courant d’air et un cliquetis indiquèrent l’arrivée de Kara dans l’appartement. À tous les coups, elle avait entendu leur discussion de l’autre bout de la ville et n’avait pas voulu les interrompre. Elle passa la tête par la porte entrebâillée et son expression émue confirma ses suspicions. Ses cheveux tombaient en cascade dans son dos et ses lunettes n’étaient pas sur son nez, elle était bien partie en mission en tant que Supergirl même si elle s’était déjà changée et portait une blouse à carreaux rouge et un jean. Magnifique. Un sourire s’étira sur les lèvres d’Oliver, sa simple présence était un réconfort. Elle toqua doucement pour attirer l’attention de William qui ne l’avait pas encore remarquée et Oliver lui fit signe qu’elle pouvait entrer.
-Tu nous espionnes depuis longtemps ? demanda-t-il, un soupçon taquin.
-J’ai juste entendu la fin, se défendit-elle. J’étais… occupée.
Il lui demanderait plus tard comment s’était passée sa mission, l’important était dans ses bras. Kara s’assit à côté de lui et posa une main sur sa cuisse en signe de soutien.
-William ?
Il tourna la tête vers elle sans lâcher Oliver, les poings agrippés à son t-shirt.
-Ton père est entre de bonnes mains, lui assura-t-elle. Quand il combat les méchants, je l’ai toujours à l’œil. Et à l’oreille, puisque j’entends tout.
Il sourit et Oliver remercia encore le destin de lui avoir réservé une âme sœur si belle. En quelques secondes, elle avait diminué la tension de plusieurs degrés. William se détacha doucement de lui pour pouvoir mieux parler mais Oliver garda un bras dans son dos, pas tout à fait prêt à rompre le contact et son fils non plus.
-Je sais que tu es invincible mais… tu peux pas être toujours là.
-C’est vrai. Mais tu oublies quelque chose. Ton papa a une force incroyable. Tu sais qu’il m’a sauvée ?
William secoua la tête, surpris et curieux. À ses yeux, Supergirl était une superhéroïne invincible, c’était elle la protectrice d’Arrow, pas l’inverse.
-Quelques semaines après notre rencontre, j’ai été empoisonnée. Ton père est venu sur ma Terre, il a combattu des aliens et des soldats, il a démantelé une à une toutes les bases d’un réseau terroriste partout sur le territoire jusqu’à trouver un remède pour moi. Il a fait ça tout seul. Sans Team Arrow, sans Team Supergirl, juste lui, ses poings et ses flèches.
William le regarda avec une nouvelle admiration. Il valait mieux ne pas lui dire qu’il n’avait eu aucun soutien à cause de ses méthodes violentes que les amis de Kara n’avaient pas pu accepter.
-Je sais que ça peut être effrayant, de me savoir en danger, mais je sais me battre William. Et pour vous, ajouta-t-il en prenant la main de Kara, je remuerai ciel et terre, je ne m’arrêterai jamais.
-Je ne veux pas que tu te blesses, murmura-t-il.
Son regard se perdit à nouveau sur son torse au souvenir des cicatrices qui prouvaient que son père n’était pas invincible. Il avait évidemment remarqué qu’aucun d’eux ne lui avait promis que ça n’arriverait jamais, qu’il reviendrait toujours indemne. Ils ne voulaient pas lui mentir. D’un geste maternel, Kara passa la main dans ses cheveux ébouriffés.
-Ça peut arriver. Et on sera là pour l’aider à guérir.
-D’accord, dit-il avant de reprendre Oliver dans ses bras. Je t’aime, papa.
Son cœur s’enfla de bonheur et il lui retourna son étreinte, émerveillé devant ce petit garçon qui avait compris qu’il ne pouvait qu’être présent pour lui et accepter les risques. William se détacha de lui avec un petit sourire et enlaça Kara qui était presque collée à eux.
-Merci. Fais très attention à lui.
-Promis. En attendant, il y a une surprise pour toi dans la cuisine.
Ses yeux s’illuminèrent et il sortit découvrir ce que Kara lui réservait. Oliver l’attira à lui et l’embrassa sur la tempe, la remerciant pour son soutien. Comme d’habitude, elle avait été parfaite avec William.
-Ta mission s’est bien passée ? Qu’est-ce qui a retenu ton attention au point que tu ne nous écoutes pas ?
Elle rougit et l’exclamation joyeuse de son fils répondit à sa question.
-Des croissants ! Oh, et des éclairs, et… waouh, merci Kara !
-Je t’ai entendu te réveiller et je voulais t’offrir le petit-déjeuner, expliqua-t-elle. Le large choix de viennoiseries et leur odeur délicieuse m’ont légèrement distraite. Mais tu aurais dû voir cette petite boulangerie en Auvergne, c’est le paradis sur terre, et la vendeuse était adorable et j’ai peut-être dévalisé la boutique.
Il rit avant de l’attirer à lui pour un baiser plein de tendresse, heureux d’avoir à ses côtés une âme sœur si puissante et merveilleuse dont la plus grande faiblesse était son amour pour la nourriture.
-Merci, murmura-t-il contre ses lèvres, leurs souffles se mêlant. Et pas que pour les croissants.
Elle lui caressa doucement la joue et lui promit d’être toujours là pour lui comme il l’était pour elle. Des bruits de vaisselle dans la cuisine indiquaient que William préparait son chocolat chaud, il était temps pour eux de le rejoindre pour un petit-déjeuner royal en famille, avec des viennoiseries encore chaudes en provenance directe de France.
C’était leur normale et rien au monde, pas même son passé, n’avait le pouvoir de les affecter.
