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Aziraphale avait enlevé son armure à l’entrée du château, et se tenait maintenant droit sur le banc où il attendait pour une audience avec le roi. Le voyage depuis le continent pour arriver à la cour d’Angleterre avait été dur et la mission qui l'avait conduit jusqu'ici était toute aussi fastidieuse. En dépit de ses premières années très positives, la cour de Camelot commençait à flancher face aux forces du mal. Dernièrement, beaucoup de pouvoir avait été utilisé pour aller à l’encontre de la volonté du dieu unique. Au ciel, les anges ne s'en sortaient plus avec la paperasse, pendant que sur terre, les chevaliers se disputaient de plus en plus souvent. Mais si Aziraphale réussissait à rétablir l'équilibre auprès de la table ronde, l'avenir de l'humanité serait plus radieuse.
L’ange entendait les doléances à travers la grande porte qui le séparait de la salle du trône. Le roi semblait être furieux, tandis qu’en face la répartit était toute aussi fleurie. Aziraphale regrettait de ne pas avoir un parchemin pour s’occuper l’esprit à autre chose. Il n'y avait rien de mieux que de lire les écrits humains. Si un jour durant son temps parmit les mortels, il réussissait à se faire un peu oublier par ses supérieurs, la première chose qu’il comptait faire était de travailler à collectionner ces merveilles.
- Bonjour Aziraphale.
L’ange sursauta et se retourna vers le nouveau venu. Il n’était pas souvent au château. Il avait donc encore du mal à retenir toutes les têtes. Mais celle-ci datait de bien avant son arrivée à Camelot.
- Crowley !
Le démon baissa ses lunettes pour lui offrir un sourire joueur :
- Aziraphale. Tu es ici pour rapporter ta quête contre le chevalier noir ?
Aziraphale ne put s'empêcher de sourire face à ce visage charmeur. Le croiser deux fois ? en une seule semaine ? il aurait presque pu croire en un miracle.
- Non. J’ai fait cela hier. Je leur ai dit que je t’avais raisonné. Le père n’était pas sûr du caractère glorieux de ce résultat. Mais par rapport à d’autres chevaliers moins… Dégourdis, j’ai réussi à satisfaire le roi. Aujourd’hui j’ai demandé une audience. Arthur échangé son épouse avec celle de Caradoc, et Lancelot est parti avec Guenièvre. Les cieux ne sont pas contents. La dame du lac a été déchue. Alors, c’est à moi d’essayer de rattraper les choses avec le roi.
Il se permit de donner un petit coup de coude à son collègue.
- Après tout, la quête du Graal doit continuer pour donner de l'espoir à l'humanité.
Le démon lâcha un petit sifflement admiratif sans s’arrêter de sourire. Il avait l’air aussi ravi que l’ange de pouvoir d’avoir ce petit temps entre êtres surnaturels, conscients de la dimension ineffable des évènements qui se jouaient autour d’eux.
- Sacrée mission. Tes supérieurs doivent vraiment tenir à l’affluence qu’apporte le sanglier de Cornouaille.
Aziraphale haussa les épaules comme toute réponse. Il savait que Michael avait déjà envoyé plusieurs notes pleines de récriminations aux différents bureaux angéliques travaillant autour de la quête. Plusieurs services avaient été fermés pour que tout le monde puisse se concentrer sur cette mission. Mais pour l’instant, dû à la difficulté que l’acquisition d’un corps physique représentait, Aziraphale était le seul agent des cieux pouvant intervenir librement sur terre. Et il n’était pas sûr de vouloir de cette responsabilité.
Il se décida finalement à arrêter d’y penser, pour profiter de la présence de son ami.
- Et toi, que fais-tu ici ? Le chevalier noir n’est plus ?
- Plutôt chevalière sur la fin… Malheureusement, le répugnateur local a découvert que j’étais “une femme Chevalier” et m’a considéré comme étant envoyé par Satan.
Aziraphale eu une petite grimace gênée. À force de voir des suppôts du mal partout, il fallait bien que cet idiot de prête tombe juste au moins une fois. Le sourire de Crowley s’agrandit un peu, appréciant l’ironie de la situation.
- J’ai dû laisser tomber mes fonctions. C’était ou ça, ou le tuer. Mais malheureusement, je n’ai pas le droit de toucher à un cheveu de sa tête. Mes supérieurs pensent que l’humanité se précipitera plus rapidement vers sa perte s’il survit.
Aziraphale s'autorisa une petite grimace. Décidément, son camp devrait commencer à faire des vérifications auprès des gens qui se présentaient comme portant la parole de dieu. Certain semblaient plus servir les démons que les anges.
- Et donc, qu’est ce que tu fais là ?
- Tu ne vas pas aimer.
- Comment ça ?
Crowley fit une grimace révélatrice.
- Et bien, en bas, on m’a chargé de voir où en était les différents entre le roi et Lancelot. Et si je pouvais faire en sorte que Lancelot tente de tuer Arthur. S’ils en viennent à la guerre, mon camp en profitera pour faire disparaître le Graal hors de porté des humains.
Aziraphale sentit les poils de sa nuque se dresser. C’était bien plus violent que ce qu’il avait pu imaginer.
- Donc, encore une fois, nous sommes ici pour nous arrêter l’un l’autre.
- Plus vite tu accepteras cela, plus vite nous pourrons arrêter de perdre notre temps à faire des missions que l’autre annule, râla franchement le démon.
Aziraphale se contenta d’un mouvement de tête agacé pour faire comprendre qu’il ne reviendrait pas sur cette discussion. Soudainement la voix du roi retentit dans le couloir.
- Allez, Suivant !
Aziraphale offrit un sourire contrit à Crowley.
- Et bien, il semblerait que ce soit mon tour. Bonne journée.
Crowley lui lança un dernier sourire, presque charmeur.
- Bonne journée à toi.
Arthur leva les yeux vers le nouveau venu et faillit s'étrangler.
- Aziraphale ? Qu’est-ce que vous fichez là ? Je croyais que vous deviez repartir pour l’Aquitaine.
- En effet mon roi. Mais malheureusement, j’aurais une requête personnelle à vous adresser d'abord.
Arthur vit son beau-père commencer à s’agiter du coin de l’œil.
- Non mais sérieusement, ce n’était pas possible de l’adresser hier quand tout le monde était là ?
Aziraphale adressa un sourire désolé à la famille royale.
- Il s’agit d’affaires privées, qui ne concerne pas la table ronde.
Arthur leva un sourcil circonspect. Il était très fatigué en ce moment. Il ne savait pas comment communiquer avec sa femme, il voyait ses chevaliers s’agiter, et Lancelot lui manquait. Aziraphale était aussi efficace que son ancien ami, mais bien moins présent.
Néanmoins, il était heureux de voir un visage bienveillant à la cour, aussi il n’hésita pas trop à prendre sa défense :
- Au moins, ça me fait un chevalier qui ne mélange pas tout. Ça change. De quoi s’agit-il ?
Léodagan se redressa.
- Parce que vous trouvez que je mélange tout ?
Arthur lui jeta un regard noir.
- Ah vous, vous allez pas commencer ! Je dois me coltiner votre présence et celle de votre femme à chaque repas. Et depuis que j’ai accepté votre crétin de fils à la table ronde, il n’y a pas un instant ou vous ne me gonflez pas avec vos histoires de famille.
Léodagan fit mine de se lever, sûrement pour menacer de partir si sa présence incommodait autant son gendre. Aziraphale se précipita vers l’avant et s’exclama.
- Sire, s’il vous plaît. Ma requête ?
Arthur ferma les yeux, et se força à respirer profondément pour reprendre son calme. Léodagan se rassit doucement dans son fauteuil en fusillant les deux autres du regard.
- Allez-y Aziraphale.
L’ange fit une rapide prière intérieure avant de se lancer.
- Et bien voilà. C’est à propos de votre femme. Rome et les royaumes voisins pensent que vous n’êtes plus digne de votre rang.
Le sanglier de Cornouaille cligna deux, trois fois des yeux, complètement atterrés.
- Mais de quoi est-ce qu’ils se mêlent, eux ? Est-ce que je viens les emmerder au sujet de leurs coucheries ? Et puis c’est qui les autres ? Le roi Burgonde ? Comme si qui que ce soit pouvait lui traduire ma situation maritale.
Aziraphale haussa les épaules. Pour le coup, il savait que son mensonge n’était pas très abouti.
- C’est des bruits que j’ai entendus durant mes aventures. Les autorités religieuses s'inquiètent aussi. Tout le monde à peur de fâcher D… Les dieux.
Arthur regarda le visage sincère et inquiet de son chevalier. Puis, il repensa à la dame du lac qu’il avait dû sortir des cachots il y a une semaine. Malgré cela, il décida d’ignorer le sentiment de culpabilité qui lui montait à la gorge.
- Oui, mais peut être que moi, j’en ai marre de devoir satisfaire les divinités de tous et chacun. Est-ce que vous savez ce que ça fait, de devoir obéir à la volonté de pauvres types qui vous font courir à droite et à gauche sans aucun sens ?
Aziraphale évita de donner une réponse franche au roi, même si il imaginait parfaitement la situation.
- Mais Sire, vos hommes comptes sur vous. Le royaume compte sur vous...
Le roi fixa Aziraphale, tandis que l’émotion le submergeait complètement. Perceval, Caradoc, sa femme, son ex-femme et sa famille, Bohort, la dame du lac… C’est vrai. Beaucoup comptaient sur lui. Mais cela faisait des années qu’il en était ainsi. Et aujourd’hui, il n’était plus sûr de pouvoir vivre à la hauteur des espérances que tous avaient placés en lui Il se tourna vers son beau-père et encore une fois vers son chevalier. Il chercha une réponse pertinente au fond de lui, mais ne trouva qu’une espèce de vide profond.
Il fallait qu’il prenne une pause tout de suite. Avant qu’il dise ou fasse quelque chose d’impardonnable. Il expira alors profondément, puis se leva dans le plus grand du calme et sortit de la salle, incapable de s’expliquer, juste porté par la recherche de calme.
Ses deux subordonnés restèrent estomaqués quelque instants. Puis Léodagan osa enfin :
- Non mais, il faut le comprendre. On avait les deux pécores qui sont passés avant vous.
Dans le couloir, Crowley, qui avait tout entendu, se leva du banc et claqua des doigts pour se donner une apparence plus masculine. Ce n’était pas ici qu’il arriverait à semer la discorde. Autant essayer d’attaquer le problème par un autre angle.
Lancelot dévisagea quelque secondes le visiteur qui venait de pénétrer son camp. Le type avait énormément tanné ses gardes pour tenter d’obtenir une entrevue avec lui. Les éclats de voix avaient étés tels que le chevalier errant avait fini par descendre pour voir de quoi il en retournait. Il faisait donc maintenant face à un homme bien trop fin pour faire un chevalier compétent, mais sur de lui, et qui tenait des propos bizarrement moins cons que la moyenne des pécores du coin.
- Et donc vous pouvez me répéter qui vous êtes ?
- Le chevalier noir. Je suis un ennemi d’Arthur. Malheureusement, une des rencontres avec un de ses chevalier m’a forcé à chercher des alliés.
Le regard que lui jeta le Lancelot était presque insultant.
- Vous avez perdu contre un des débiles de la table ronde ? Et vous venez me demander de l’aide ? Je suis désolé, mais je refuse de m’entourer de soldats aussi incompétents.
Crowley grinça des dents pour de bon. Ces têtes de mules de camelot donnaient des migraines à tous les êtres surnaturels qui osaient les côtoyer. Mais il était un agent du mal, de la discorde. Hors de question qu’il est plus de mal que l’angelot pour accomplir son devoir.
- Il s'agissait d’Aziraphale.
Lancelot fronça les sourcils pendant une seconde, avant d’égaigner son épée pour commencer à la nettoyer et se donner une contenance. Aziraphale continuait donc d’agir sous la bannière de Camelot ?
- Il est vrai qu’il est plus compétent que les autres. Que vous a-t-il fait subir ?
Crowley essaya d’imaginer une histoire qui pourrait concorder avec ce que Aziraphale avait dit au père Blaise. Puis décida finalement de laisser tomber Pour un récit plus à son avantage.
- Il m’a attaqué par derrière. Et il a du talent à l’épée. Il y avait un autre ’homme avec lui qui savait se battre aussi.
Il décida de tirer la comédie jusqu’au bout, et s’agenouilla cérémonieusement devant Lancelot.
- C’est pour cela que je vous demande votre aide. Pour obtenir ma revanche, détrôner Arthur, et m’aider à récupérer mes terres volées
C’était l’histoire officielle du “chevalier noir” : il racontait à qui voulais l’entendre qu’a son arrivée, Arthur lui avait volé son château et ses terres près de Camelot. Il se présentait donc comme le seul roi de grande Bretagne qui n’avait pas été accueilli à la table ronde. Crowley n’aimait pas trop cette histoire, tirée par les cheveux. Mais le stagiaire démoniaque qui avait eu cette idée était un neveu de Belzebuth. Il avait donc du prétendre approuver ces sornettes et plus tard il n’avait pas réussi à trouver mieux. Par chance, les ennemis d’Arthur avaient réussi rendre son histoire crédible en racontant le même genre d’ânerie pour tenter de salir la réputation du porteur d’Excalibur. Et comme disaient les humains : plus c’est gros, plus ça passe.
Malheureusement pour le démon, Lancelot ne l’entendait surement pas de cette oreille, car il plaça soudainement la pointe de son épée contre la gorge de son visiteur.
- Je pense, Chevalier noir, que vous ne savez pas à qui vous vous adressez. Je me fiche de la gloire et du pouvoir. Renverser Arthur ? Pour quoi faire ? Récupérer sa bande d’abrutis ? Non. Moi, je ne veux que le Graal. Et Guenièvre, car je l’aime. Tout le reste, je m’en contre fiche.
Il baissa son épée, et transperça Crowley de ses yeux bleus, froids et décidés.
- Je l’ai trahis, Mais Arthur reste un homme bon qui a toute mon estime. Je ne l’attaquerai pas si je n’y suis pas obligé.
Il prit une grande inspiration.
- Aller. Maintenant cassez-vous. Vous m’avez fait assez perdre mon temps.
Crowley retrouva Aziraphale à la taverne, en train de fixer le fond de sa pinte. Il s’assit en face de lui, et lui offrit un regard conciliant.
- Alors ?
- Michael veut que j'abandonne. Il pense que la quête du Graal va être un échec. Arthur Blasphème, les chevaliers ne sont pas unis. Il n’y a pas d’harmonie. Donc il considère qu’il n’y a plus rien à faire.
Crowley fronça les sourcils devant l’air dépité de l’ange.
- Mais tu n’es pas convaincu ?
Aziraphale pris une grande inspiration :
- Non. Je pense qu’Arthur va très mal, et que lui tourner le dos est la pire chose à faire.
Crowley regarda son pendant angélique, ses yeux tristes et sa mine concernée. On aurait dit un chien battu. Et même s’ils étaient ennemis, Crowley ne voulait pas le laisser comme ça. Il essaya d’imaginer ce que Belzébuth lui ferait subir s’il suivait l’idée qui commençait à lui venir. Mais Il se devait malgré tout de réconforter l’ange.
- Mh. ça me simplifie la tâche pour les pourrir donc. Un peu trop même. Je pense que je vais laisser tomber ma propre mission ici.
Aziraphale avait froncé les sourcils en entendant la première phrase, Mais maintenant il fixait Crowley avec toute la reconnaissance possible dans ses yeux. Il reprit contenance pour demander calmement.
- Tu… Tu es sûr ?
Le démon écarta la question d’un geste de la main.
- Mais oui. Si ton patron considère que c’est gagné pour nous, ça me va parfaitement. De toute façon, Les humains n’ont pas besoins de moi pour se pourrir entre eux.
Aziraphale semblait maintenant briller de l’intérieur.
- Oh… Merci… Je… Puis-je t’offrir un repas ou quelque chose ?
Crowley se perdit dans les yeux de l’ange. Il s’installa plus confortablement sur son tabouret.
- Oh ! Je ne sais pas. Je ne connais pas trop les sucreries du coin. Tu aurais quelque chose à me recommander ?
Après avoir bien mangé avec son ennemie naturelle, Crowley quitta Aziraphale au pied de l’auberge pour rejoindre le vieux continent.
- Adieu, compagnon.
Il voulut lui faire un petit signe de la main, mais se figea brusquement. En jetant un coup d’œil sur le côté, il eut tout juste le temps de voir une ombre noire disparaître entre les buissons, ne laissant derrière elle qu’une aura menaçante.
Crowley claqua de la langue, exaspéré. Il n’avait jamais rien ressenti de pareil à part en enfer. Mais cela confirmait ses soupçons : les humains n’avaient pas besoin des démons pour faire le mal.
