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« Antonio,
Cela faisait six mois que nous sortions ensemble, Antonio. Les six meilleurs mois de ma vie. J'avais l'impression de vivre continuellement sur un petit nuage, nous filions l'amour parfait. Tu était merveilleux avec moi, doux, entreprenant, charmant et bien d'autres qualités encore. Je t'aimais comme un fou et je t'aime encore à en mourir.
Mais j'ignore si tes sentiments pour moi sont toujours présents ou même s'ils ont existé un jour... Je sais que c'est horrible de penser ça de toi qui a partager six mois de ma vie mais c'était la vérité.
Depuis que j'ai découvert que tu me trompais régulièrement avec cette femme dénommée Liane, je doute de plein de choses. De trop de choses pour être honnête. Cette demoiselle est plutôt belle mais sa réputation de garce la précède. Lorsqu'elle veut quelle que chose, elle ne s'arrête que quand elle l’obtient. C'est pour cela que lorsque j'ai appris la liaison qu'elle avait avec toi, je n'y avais cru qu'à moitié. Mais je n'ai plus pu nier la vérité lorsque je vous ai vu ensemble dans une position pour le moins compromettante et qui ne laisse pas le moindre doute. Et ce n'était sûrement pas la première fois vu comment tu te comportais avec elle et vice-versa.
J'avais senti mon cœur se détruire face à cette scène et je ne crois pas qu'il soit réparé un jour... Ça été terrible pour moi que tu me cherches même pas à te faire pardonner ou à te justifier... C'est pour cette raison que j'étais seul chez moi, le cœur en miette et une bouteille d'alcool dans la main.
Trop de bruit
Pour trop de nuit qui pensent
Je passais davantage de temps à me saouler chez moi plutôt que dans le palais de Joseph II où il y avait de grande chance de te croiser. Je m'en fichais de perdre mon emploi, je t'avais perdu.
Je ne faisais plus de différence entre le jour et la nuit, entre le matin et le soir... J'étais toujours et encore dans mon fauteuil à regarder le tapis sans le voir, perdu dans des souvenirs de nous deux.
Dis moi Antonio, m'as tu aimé un jour ? Ou je n'étais qu'une distraction pour toi ?
Quand valse l'absence
Dans ce bal
Ton silence est un cri qui fait mal
Le pire est sans nul doute que tu ne cherches pas m'atteindre d'une quelconque façon qu'il soit. C'est comme si je n'existais plus, comme si je ne valais pas la peine qu'on s'inquiète pour moi. Peut-être est-ce le cas... Tu arrives même à me faire douter de moi, chose que personne n'a réussi à faire avant toi, pas même Aloysia.
Je devine
Ton visage sur les ombres
Je te vois partout, dans les ombres sur les murs, dans mon verre d'alcool, parfois même à la place de mes serviteurs qui s'inquiètent pour moi. Les pauvres, je ne dois pas être un maître très sympathique actuellement.
Les souvenirs sombres
M’assassinent
Lorsque je suis trop pris dans ma peine, je deviens comme fou. Je ne vois plus personne, je reste là, immobile à ne rien faire plus j'expose et je détruis tout de qui est à proximité. Il ne reste plus grand chose en bonne état, dans le salon. Les domestiques ont essayé de sauver le plus d'objets possible mais je pense avoir détruis une bonne moitié de tout de que je possède.
Puis, une fois ma crise passé, je me rassis et ne bouge plus jusqu'à que quelqu'un m'apporte un repas que je toujours touche à peine ou jusqu'à une nouvelle crise.
Je dors sur des roses
Qui signent ma croix
La douleur s'impose
Mais je n'ose pas
Manquer de toi
J'ai l'impression que si je dis ou si je pense clairement que tu me manques, que j'ai besoin de te revoir, ne serait-ce qu'un seul instant, ma peine va devenir encore plus présente. Je sais que cela n'a pas de sens mais, pour moi, si j'annonce clairement ma douleur, c'est comme si je perdais face à toi.
Depuis quand je te considère à nouveau comme un rival ? Je l'ignore mais ça me fait sans nul doute plus mal que ta tromperie. Cela veut dire que, entre nous, c'est vraiment fini, que plus jamais je ne pourrai à nouveau dormir entre tes bras, qu'il me sera impossible de ne pas douter de toi et c'est ça qui me détruis.
Je me remémore tout ce que nous avons fait depuis six mois. Je ne fais que ça, je pleure sur le passé, chose que je n'ai jamais fait. Tu as vraiment un don pour me changer même lorsque tu es loin de moi.
Dans mes nuits, tu a été présent, tu me réconfortais lors de mes cauchemars sur mon père et l'avancé de sa maladie.
Dans la pluie, tu a été présent, j'ai toujours eu peur des éclairs et toi, tu me réconfortais toujours.
Dans les rires, tu as été présent, c'était souvent toi qui initiais nos fou-rires, volontairement ou pas.
Dans le pire
De ma vie, tu as été présent, tu m'as aidé à tenir le coup après la mort de mon père, sans toi, la douleur aurait été encore plus forte.
Mais tu m'a abandonné comme ma mère et mon père avant toi, comme Joseph II après l'échec de Figaro, comme tout ces soit disant amis que je m'étais fait à la cour et qui n'ont pas hésité à me poignarder dans le dos. Toi aussi tu as aidé à enlever Figaro de l'affiche mais tu t'en es excusé et tu m'as aidé à m'en sortir, chose que personne d'autres n'a fait. Même Constance s'est empressée de me quitter pour un autre lorsque je n'avais plus d'argent pour payer toutes ses folies.
Trop de bruit
Pour mon esprit qui tangue
Sur mes rêves exsangues
Je n'ai plus envie de rien. Mes rêves d'opéras en allemand se sont éteints en même temps que notre relation. Je ne suis rien d'autre qu'une coquille vide. Moi, le compositeur surexcité, je ne suis plus rien sans toi, le maître de la Chapelle Impérial.
Drôle danse
La mémoire est un puits de souffrance
J'ai beau savoir que ça me détruis, je ne peux pas essayer d'oublier. Cela reviendrait à enterrer celui que je suis devenu auprès de toi. Mais si je ne fais rien, je vais finir par en mourir. J'ai presque honte d'en venir aussi loin pour une relation qui n'a durer que six mois mais d'un autre côté, j'ai toujours pensé que tu étais mon âme sœur, tu es le seul à avoir compter pour moi.
Au-dessus
De ton corps défendu
Mon amour pendu
Se balance
Désormais, je ne suis plus personne pour toi. Tu n'es jamais venu me voir et j'ai beau ne plus savoir combien de nuit j'ai passé dans cette pièce, je sais qu'il a dû s'écouler quand même quelques semaines, voir quelques mois. Je dois me résigner à ce que notre histoire se termine là. Mais, est ce qu'elle a vraiment commencé un jour pour toi ?
Je dors sur des roses
Qui signent ma croix
La douleur s'impose
Mais je n'ose pas
Effleurer les choses
Éclosent sans toi
La vie continue mais j'ignore si je veux la vivre sans toi à mes côtes...
Oh, ma rose
Ne fane pas
Malgré tout ce que tu m'as fait, je t'aime toujours et ce pour toujours. Tu es le seul et tu le resteras. J'espère simplement que tu es heureux, après de cette femme, Liane, d'une autre ou d'un homme. Peu m'importe du temps que tu vis pleinement ta vie. Mais j'espère aussi que tu t'en veux, que tu regrettes et que tu repenseras à moi de temps en temps. Je sais, je me contredis mais est-ce que la moindre chose que j'ai écrite ici à du sens ? Je l'ignores, je ne sais plus où j'en suis. Vas-tu seulement la lire ou trainera-t-elle sur ton bureau sans être ouverte ?
Je manque de toi
Dans mes nuits, je ne pourrai plus sentir tes bras musclés autour de moi, nous pourrons plus chercher ensemble la lune, nous ne pourrons plus parler toute la nuit de musique.
Dans la pluie, nous ne pourrons plus nous amuser à chercher des dessins formés par les gouttes d'eau sur les vitres.
Dans les rires, car je ne suis plus sur de pouvoir à nouveau rire. Pour moi, ce son est irrémédiablement raccrocher à toi.
Dans le pire
De ma vie
Tu m'avais promis d'être toujours là pour moi. Étais-ce encore un mensonge ? Une promesse faite dans le vide pour pouvoir mieux me détruire ? Je ne te penses pas aussi cruel mais je ne te pensais pas non plus capable de me tromper. Que dois-je croire ? Celui que tu étais avec moi ? L'homme doux et charmant qui prenait toujours soin de moi ? Ou celui qui m'a trompé puis abandonné ?
Je hais les roses
Autant que les sanglots
Moi qui me pensais invincible, je ne fais que de pleurer...
Il faut que je me reprenne ! Il faut que je me relève ! Même si cela me paraît impossible, je dois me montrer fort.
Tu m'as marqué au fer rouge, en bien comme en mal. Mais sois en sûr, Antonio, je ne regretterai jamais aucun des instants que nous avons passé ensemble. Je referais tout, encore et encore parce que je t'aime et que c'est sans doute la plus belle chose qui me sois arrivé dans ma vie. Qu'importe que cela n'ait rien signifier pour toi.
La vie s'impose
Je crois à nouveau
À mes rêves défunts
J'ose croire à une nouvelle vie même si elle est sans toi. J'ai perdu une partie de moi, jamais je ne la retrouverai mais je ne peux m'empêcher de penser que si je ne fais rien, ce serait comme si tu gagnais. Est-ce redevenu comme avant ? Est ce que ce sera à nouveau la rivalité qui nous unira ? Je veux croire qu'une nouvelle relation est possible entre nous. Même si je meurs d'envie que nous soyons à nouveau un couple, je me doute bien que cela sera très dur. Je ne perd malgré tout pas espoir et je me contenterai d'une amitié. Mais en as-tu envie ?
Je veux enfin
Oser la fièvre
Du parfum
Des roses...
Je t'aimerai à jamais Antonio ! Ce n'est pas une promesse, c'est un constat. Et même si tu ne liras peut-être pas cette lettre, je suis heureux d'avoir pu tout sortir. La maladie prend de l'avance sur ma santé, chaque jour, elle vole un peu du temps qu'il me reste mais je te demande de ne pas te presser pour me répondre. Je tiendrai jusqu'à que tu prennes ta décision.
Je t'aime mon Antonio.
Wolfgang»
Antonio Salieri serrait la lettre de son amant qu'il tient dans ses mains et des larmes roulaient sur ses joues. Il avait longtemps hésité à l'ouvrir ne voulant pas voir la haine que la seule personne qu'il a aimé mais il a trop tardé. À présent, c'est fini. Wolfgang Amadeus Mozart a rejoint les dieux et plus jamais il ne pourra le revoir, lui et son sublime sourire, lui et son énergie débordante.
Oui, Antonio Salieri a fait n'importe quoi, oui, jamais il n'aurait dû accepter les avances de cette femme, oui, jamais il n'aurait dû retourner la voir et cacher ça à son amour, oui, il aurait dû aller s'excuser mais sa fierté et sa peur étaient trop grande. Et maintenant c'est trop tard, il ne peut plus faire marche arrière, son Wolfgang est mort.
