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If My Heart Beats Faster

Summary:

Lorsque le jour et la nuit se rencontrent, c’est tout un univers qui se retrouve bousculé. La lumière se teinte d’obscurité et l’ombre trouve une lueur à laquelle se raccrocher.

L’établissement élitiste de UA prend l'initiative d’accueillir en son sein un groupe de délinquants afin de leur éviter la prison. Parmi les élèves de UA, Momo Yaoyorozu, fille d’un riche couple d’entrepreneur, décide de prendre sous son aile, Kyoka Jiro, malgré son caractère extrème et peu avenant. Cette dernière refuse tout contact et se montre encore plus renfermée que le reste de sa bande.

Chapter 1: Silence

Chapter Text

POV - Kyoka Jiro

 

Le silence.

Je n’ai jamais rien demandé d’autre que le silence. S’il n’y a pas de bruit, il n’y a pas de souffrance.

- Kyoka ! Kyoka, tu en as encore pour longtemps ?!

Les exclamations de Joke me font émerger. De nouveau hors de l’eau, je prends de grandes inspirations pour retrouver mon souffle.

Terminée, la tranquillité. Bonjour, le bruit, les cris et la douleur.

Je quitte le bain et m’enroule dans une serviette avant de répondre d’une voix légèrement rauque :

- J’ai fini.

- D’accord, je peux entrer ? demande-t-elle.

- Hum...

Joke pousse la porte dépourvue de loquet et la referme derrière elle en s’avançant vers moi. Elle attrape la brosse à cheveux et me fait signe de me rasseoir sur le bord de la baignoire en prenant le tabouret pour elle. Je remets mes pieds dans l’eau et la laisse faire.

- Alors, comment tu te sens à l’approche de votre rentrée ?

Je hausse les épaules et garde mon regard fixé sur les remous provoqués par les mouvements.

- Je suis sûre que vous allez vous plaire là-bas. Et puis, vous serez ensemble.

- Est-ce qu’on reviendra ici ?

- Un week-end sur deux.

- D’accord.

Joke se saisit des ciseaux posés sur le lavabo et entreprend de réajuster ma coupe. Devoir aller en cours me rend fébrile, je n’en ai absolument pas envie.

- Dis-moi, Kyoka, tu continueras bien de prendre ton traitement pour essayer de rendre tes maux de tête moins violents, c’est important, d’accord ?

- Oui.

Je balance doucement mes pieds d’avant en arrière en attendant qu’elle ait terminé.

- Je pense que c’est pas trop mal. Regarde.

Je me lève et m’exécute. Mes cheveux sont coupés plus courts que d’habitude et seules deux mèches viennent encadrer mon visage démuni de toute émotion.

- Qu’est-ce que tu en dis ?

- C’est bien. Merci.

Elle soupire et s’arrête près de la porte avant de sortir.

- Tu n’es pas seule, Kyoka. Si tu as besoin de parler, tu peux t’adresser à n’importe qui ici, nous sommes là pour t’aider.

J’attends qu’elle sorte pour presser mes paupières l’une contre l’autre, sentant la brûlure de mes larmes contre ma peau.

Je me change, enfilant mon pyjama avant de me brosser les dents et de rejoindre ma chambre. Je m’allonge sans attendre sur mon lit et éteins la lumière avant de me blottir sous la couette, la remontant au-dessus de ma tête. Je respire le plus faiblement possible pour ne pas faire de bruit.

Le silence dans lequel je me suis réfugiée ne tarde pas à être brisé.

- C’est bon, Tête d’Orties, je peux le faire seul ! grogne Katsuki.

- T’es sûr ?

- Je te dis que oui !

Je garde les paupières closes et raffermis ma poigne sur l’épais tissu.

- Kyoka ? Eh, tu n’es même pas descendue manger, souffle-t-il en s’approchant du lit. Je t’ai ramené un petit truc, c’est moi qui l’ai fait alors t’as intérêt à la bouffer jusqu’à la dernière miette.

Je sors la tête de mon bouclier improvisé et me redresse pour m’asseoir en face de Katsuki. Il me tend une assiette en plastique sur laquelle est posée une tartine recouverte de confiture de myrtilles. J’attrape le morceau de pain et mords dedans en soupirant de satisfaction.

- T’aurais pu descendre quand même…

- Pas envie.

- On voulait que tu sois avec nous, commente-t-il.

Je baisse les yeux mais Katsuki relève mon menton et me sourit.

- C’est pas grave. C’était super bruyant en plus. Ta nouvelle coupe te va super bien, c’est Joke qui l’a fait ?

- Oui. Katsuki ?

- Qu’est-ce qu’il y a ?

- Je veux pas qu’on aille dans cette école de bourge, j’veux qu’on retourne chez nous, murmurai-je.

Ses yeux se voilent de tristesse alors qu’il se rapproche de moi pour s’appuyer contre le mur. Je me glisse contre lui et cale ma tête près de son épaule.

- J’aimerai qu’on puisse mais c’est pas possible. On a plus le choix, tu le sais bien. C’est ce qu…

- Non, le dis pas.

- D’accord.

Il reste silencieux pendant que je termine mon maigre repas.

- Tu restes avec moi ? fis-je, agrippant doucement son T-shirt.

- Ouais. Ouais, je reste.

Rassurée par sa présence, je m’allonge et pose ma tête sur ses cuisses. Il passe ses doigts entre mes mèches et lance ma playlist sur son portable. La musique emplit la pièce et mon corps se détend instantanément.

- Katsuki ! Katsuki, il est revenu ! s’exclame Eijiro en pénétrant dans ma chambre.

Je sursaute et me redresse, frottant mes yeux en me blottissant contre Katsuki.

- Pourquoi tu hurles, abruti ?! grogne ce dernier.

- Oh, pardon, Kyo’. Je t’ai pas fait mal ? Tu vas bien ?

J’opine pour le rassurer alors qu’une légère douleur persiste toujours dans ma tête.

- Le gars, là, All Might, il est en bas avec Joke.

- Qu’est-ce qu’il fout là, ce con ?

- On a qu’à aller voir, proposai-je.

Sur la pointe des pieds, on s’approche au maximum du rez-de-chaussée où leurs paroles nous parviennent.

- ... pas faire ça. Enfin, Toshinori, tu as vu toi-même ce que ces gamins ont vécu.

- Je sais, je sais tout ça mais ils ont déjà beaucoup de chance d’avoir échapper à la prison. Ils sont presque tous majeurs, quatre d’entre eux auraient dû aller en prison.

Je grimace face à ses paroles. L’endroit où on nous envoie risque d’être pire encore.

- S’il te plaît, tu ne comprends pas à quel point ils ont souffert ? Ils ont le droit de lui dire au revoir, ça pourrait les aider à tourner la page. Surtout Kyoka. Elle est la plus renfermée des six, elle ne parle presque pas et reste plongée dans un cauchemar sans fin. Je ne veux même pas imaginer ce qu’il se passe dans sa tête.

Katsuki émet un son agacé en attrapant ma main alors qu’Eijiro baisse les yeux. Nous avons tous les trois compris de quoi il retournait.

- Désolé, Joke, mais c’est non. Je ne peux pas demander une nouvelle faveur pour eux. Il se fait tard, je vais rentrer. Je reviendrais les chercher lundi matin pour qu’ils rejoignent leur classe à UA. Prends soin d’eux en attendant.

La porte claque et le silence refait surface.

- Merde, gémit Joke en s’asseyant à table, plaçant sa tête entre ses mains.

- On devrait aller la voir, déclare Eijiro, inquiet.

Katsuki opine et nous entraîne vers le salon.

- Joke, c’est pas ta faute, affirme le garçon aux cheveux rouge.

- Les enfants ! Qu’est-ce que vous faîtes debout ? Je vous croyez couchés.

Elle essuie ses yeux humides et nous offre un immense sourire.

- Vous avez entendu, n’est-ce pas ?

- Tu as fait suffisament pour nous, nous te sommes reconnaissant de nous avoir accueillis.

Joke soupire en nous fixant tour à tour, elle se lève et s’approche de nous. Sa main droite se pose sur mes cheveux, la gauche sur ceux d’Eijiro. Entre nous deux, Katsuki affiche une moue triste, contrairement à ce que la plupart des gens pensent, c’est un garçon sensible dans le fond, pas juste un ado au tempérament explosif.

- Ne vous inquiétez pas, je ferais en sorte que vous puissiez y aller.

La chaleur de sa paume sur mon crâne apaise tout mon corps. Comme à son habitude, Joke affiche cet air enjoué qui la caractérise. Les larmes brûlent mes yeux quand elle plonge son regard empli d’espoir dans le mien.

- Allez, venez, il faut retourner vous coucher ou vous serez fatigués demain.

À l’étage, elle souhaite une bonne nuit aux garçons qui partent dans leur chambre et pose sa main sur ma joue, me poussant à la regarder.

- Kyoka, je te promets que je ferais tout pour que tu puisses y aller. Ils n’ont pas le droit de vous interdire ça, murmure-t-elle.

Je mords ma lèvre et hoche la tête avant d’entrer dans ma chambre et de me coucher. Mina est déjà endormie dans le lit face au mien. La pénombre enveloppe la pièce et Joke me lance un dernier sourire avant de fermer la porte.

***

Mes mains sont pleines de sang.

Son sang.

Mes vêtements en sont imbibés.

Il dégouline de mes cheveux.

Il s’étale autour de moi, à perte de vu, il n’y a plus que ça.

Le niveau monte un peu plus à chaque seconde.

Ce bain de sang m’engloutit, atteint mon cou et me submerge.

Je sursaute et me redresse, le coeur battant à tout rompre.

Un bruit incessant vient d’établir son camp dans ma tête et toutes mes pensées s’embrouillent.

Je quitte ma chambre et dévale les escaliers en courant pour rejoindre la cuisine. Lorsque j’actionne le robinet et passe mes mains en-dessous, l’eau se teinte de rouge. J’ai beau frotter de toutes mes forces, ma peau s’est imprégnée de son sang. Je plante mes ongles dans ma paume. Je veux que ça disparaisse, je ne veux plus voir mes mains maculées de son sang.

- Kyoka ? Kyoka ! Chérie, qu’est-ce qu’il t’arrive ? Eh, Kyoka, écoute-moi, s’exclame Joke d’une voix à moitié endormie.

Elle saisit mes mains et me tire de force de mon état de transe. Mon coeur s’affole et les larmes dépassent la barrière de mes paupières. Je tombe à genoux, le corps secoué de sanglots douloureux. Lorsque je porte mon regard sur mes mains, il y a juste les traces rougies des griffures que je viens de m’infliger. Pas de sang.

- Tout va bien. Tout va bien.

Joke répète ces mots jusqu’à ce que ma respiration se calme. Mes pleurs ne tarissent pas. Les vannes ouvertes ne veulent plus se fermer. Depuis maintenant trois
semaines, je cache ma peine en évitant le contact avec les autres, mais ce cauchemar…

Je suis tellement fatiguée de tout ça.

- Kyoka, tu te sens mieux, ma grande ? s’inquiète Joke.

J’enfouis mon visage contre son cou en serrant son T-shirt entre mes poings. Une douce odeur de lessive s’en échappe. La même dont sont parfumés nos vêtements
depuis qu’on vit ici.

Joke saisit l’arrière de mes genoux, calant son autre main en bas de mon dos et se lève, me portant comme si j’étais un poids plume. Ce que je suis, tout compte fait.
Elle me dépose au bord d’un lit deux places au matelas moins rêche que ceux qui occupent nos chambres. Ma tête s’enfonce dans un coussin et elle se glisse à côté de moi avant de rabattre le draps sur nos deux corps. Je tremble toujours autant malgré sa présence rassurante.

- Kyoka, tout va bien. Tu ne crains rien ici, vous allez tous bien. Tu as envie d’en parler ?

Sa main balaie des cheveux tombés devant mon visage et son sourire apaise doucement les battements de mon coeur. Après quelques minutes dans le silence, je lui raconte ce que j’ai vu. Joke me rassure, me rappelle que ce n’était qu’un cauchemar et que je n’aurais plus jamais à me retrouver dans de pareilles situations.
Sauf que, moi, ma vie dans la rue avec Katsuki et les autres me convenait très bien. Si seulement ce justicier du dimanche ne s’était pas dressé en travers de notre chemin, on serait encore libres, heureux et tous ensemble.

***

Ma tête repose sur l’épaule d’Eijiro, qui a son bras sur les miennes, pendant que nous regardons la télé. Mina et Hanta sont installés sur la grande table du salon et s’affrontent dans une partie de Uno alors que Denki est avachi sur l’un des fauteuils, les yeux rivés sur la console de jeu offerte par Joke.

Alors que je me concentre sur le programme qui défile à l’écran, tout devient noir autour de moi.

- Bouh, souffle Katsuki en retirant de ma tête la serviette qu’il vient de lâcher dessus.

Il termine de sécher ses cheveux quand je le pousse du pied pour qu’il cesse de me cacher la télé.

- Les enfants, je vais faire des courses ! s’exclame Joke en dévalant les escaliers.

On se lève tous d’un même mouvement pour rejoindre l’entrée.

- Quoi ? Vous voulez tous venir ? On aura plus de place pour ranger les courses dans la voiture, il faudra s’entasser au retour.

- On n’a pas le droit de rester seuls, déclare Hanta.

- Oh, mais si. Je vous fais confiance, vous pouvez rester.

Mina et Hanta la remercie avant de partir reprendre leur partie tandis que Denki lève son pouce sans lâcher la Nintendo du regard.

- Vous m’accompagnez ? demande Joke.

J’opine et les garçons font de même. On s’apprête à sortir mais Eijiro nous arrête et se baisse devant moi. Soigneusement, il refait mes lacets, se redresse pour ajuster
mon écharpe et remonte correctement la fermeture éclair de ma veste.

- C’est bon, on peut y aller, sourit-il.

J’échange un regard amusé avec Katsuki avant de suivre Eijiro jusqu’à la voiture où patiente Joke.

Au supermarché, nous nous séparons pour être plus efficace. Avec les garçons, on doit trouver ce qu’il nous manque comme fournitures scolaires pour notre rentrée demain, quant à Joke, elle se charge de la nourriture.

- Il faut qu’on chope des agendas, déclare Katsuki, checkant la liste sur son portable.

- Ils sont là, cherchons les moins chers, propose Eijiro.

On en trouve six de différentes couleurs qu’on glisse dans le panier tenu par le blond.

- Seiki, reviens par là !

Un petit garçon court vers nous et percute ma jambe avant de tomber par terre. Plus loin, celle que j’identifie comme sa mère secoue la tête et s’approche. C’est quand je me baisse pour aider le gamin que sa voix résonne.

- Il n’a pas fait exprès, ce n’est qu’un enfant ! Ne le touchez pas où j’appelle la sécurité !

Surprise par sa réaction, je recule et sens la présence rassurante de mes amis dans mon dos.

- Viens, Seiki. Il faut faire attention, tu vois sur qui tu peux tomber, le gronde-t-elle. Vous, ne pensez pas que je ne vous ai pas reconnu. Je ne comprends pas ce que vous faîtes ici, vous ne devriez pas être là.

Katsuki passe son bras autour de mon cou pour me rapprocher de lui et Eijiro s’avance d’un air confiant vers la femme.

- Enfin, Madame, il y a un malentendu. Mon amie a juste voulu l’aider à se relever, elle ne lui a rien fait, c’est lui qui est tombé, déclare-t-il, souriant.

- Un malentendu ? Des gamins des rues comme vous n’ont rien à faire dans les endroits fréquentés comme ici, qui sait ce que vous allez encore faire.

- Rien, voyons. Nous faisons des courses comme tout le monde. On ne cherche pas à causer de soucis à qui que ce soit.

Sa voix se fait plus fébrile à mesure que les gens approchent.

- Un problème, Madame ? questionne un agent de sécurité.

- Oui, ces délinquants n’ont rien à faire là. Je crains pour la sécurité de mon enfant.

- C’est n’importe quoi ! braille Katsuki.

- Calme-toi, gamin. Vous trois, suivez-moi.

- On fait juste des putains de courses, merde !

- Kat’s, arrête.

Ma main serre fort celle de Katsuki alors que l’agent nous entraîne vers l’accueil du supermarché. Le brouhaha permanent de cet espace bondé me rend dingue, j’entends tous en écho, les conversations se mélangent. Tout le monde nous dévisagent comme si on venait de tuer quelqu’un, les parents serrent leurs enfants contre eux et les ados filment la scène.

Eijiro fait glisser mon casque de mon cou à mes oreilles. Le bruit incessant s’atténue enfin, les paroles en l’air disparaissent et mon bouclier se referme sur moi.

- Bon, les jeunes, je vais être obliger d’appeler mes collègues, vous n’avez rien à faire seuls, déclare l’agent. Retire ce casque quand un adulte te parle, toi.

Je m’exécute et grimace en retrouvant l’ambiance bruyante du supermarché.

- On est pas seuls ! Notre tutrice est là, bande d’abrutis ! Et vous avisez pas de lui parler comme ça !

- Katsuki, arrête, tente Eijiro.

- Votre tutrice ? Je ne la vois nulle part. Son nom ? On va passer une annonce, si elle ne se pointe pas, vous risquez gros.

Quelques minutes plus tard, c’est une Joke affoler qui accourt vers nous. Elle pose ses mains sur mes joues et son regard jongle entre nous trois.

- Bonjour, vous me confirmez que ces gosses sont avec vous ?

- Oui, bien sûr. Qu’est-ce que vous leur avez fait ?

- Excusez-moi, je pense que la question devrait s’adresser à eux. Les délinquants, ici, ce sont ces trois-là.

- Je ne vous permets pas, Monsieur l’agent. Il semblerait que vous les ayez accusé à tort, je les envoie chercher des fournitures pour leur rentrée et je suis obligée de venir les chercher parce que vous les embarquez sans raison, c’est inadmissible.

Je ne crois pas avoir déjà vu Joke aussi en colère. Ses paumes sont plaquées contre mes oreilles et mes yeux s’embuent de larmes. Sans réellement me contrôler, je finis blottie contre elle, mes bras autour de sa taille. Joke se crispe un instant et finit par embrasser affectueusement mon front.

- Tout va bien, ma belle, on va terminer ses courses ensemble et rentrer à la maison, assure-t-elle.

***

Autour de la table, l’ambiance est morose, ce soir. C’est le dernier repas qu’on prend ici avant le week-end prochain. Au plus le moment fatidique de la rentrée approche, au plus mon estomac se tord. J’amène une cuillère de soupe jusqu’à mes lèvres. Pour une fois, le silence que je vénère tant me paraît lourd et insupportable.

- Ne faîtes pas cette tête, les enfants.

Joke pousse un soupir amusé et ébouriffe les cheveux de Mina, juste à côté d’elle. Cette dernière lui sourit et avale un morceau de pain sans prononcer un mot.

- Vous pourriez sourire, tout de même. On a passé de bons moments ensemble, non ?

Nous échangeons des regards tristes. C’est bien pour ça qu’aucun de nous ne sourit. Demain, on peut dire adieu à cette vie.

- Eh, Eijiro, Kyoka, ne pleurez pas, enfin.

Joke se lève et contourne la table, elle se poste entre nos deux chaises et passe ses bras autour des dossiers avant d’embrasser ma tempe puis celle de mon ami.

- Vous serez bien là-bas. Vous pourrez rattraper votre retard scolaire et vous construire un avenir. Vous serez logés et nourris, tout ira bien.

- On a pas envie d’y aller. On a rien demandé, d’abord, grommelle Katsuki, les yeux baissés vers son assiette.

- C’est vrai. L’école, on s’en fout. On a aucun avenir, tout le monde le sait, confirme Denki.

- Il n’a pas tort, la seule raison pour laquelle on est accepté là-bas, c’est pour que le dirigeant de cette école de gosses de riches soit vu comme le héros qui donne une seconde chance aux vilains petits canards, complète Mina.

Notre tutrice se redresse et recule un peu.

- Vous ne comprenez pas, cette école, c’est une chance pour vous. UA ouvre des portes partout, dans les domaines les plus importants. Avec un diplôme d’un tel établissement, vous pourrez vous ranger, trouver un emploi, vous créér une vie agréable.

- Non. Personne n’embauchera de gamins comme nous. Peut-être que Mina et Denki auront de la chance puisque leur casier judiciaire sera effacé à leur majorité, mais pour nous, c’est terminé, Joke, assène Katsuki en se levant pour débarrasser.

- Désolée, Joke. On est pas aussi positif que toi, déclare Hanta.

- Les enfants…

Elle détourne le regard en reniflant légèrement et quitte la pièce à grands pas.

- C’est mieux comme ça. Ce sera moins dur si elle ne place pas trop d’espoir en nous, commente Katsuki en posant sa main sur mon épaule.

- Elle s’est trop attachée à nous, encore une fois, quelqu’un va être blesser par notre faute, gémis-je.

- Kyoka, elle s’en remettra.

- Sauve-toi avant de sauver les autres. Tu comprends, il faut qu’on trouve un moyen de s’en sortir afin de ne plus perdre personne, affirme Denki.

J’acquiesce bien que la boule d’angoisse grossisse toujours plus dans mon ventre. La peur me paralyse à la simple pensée de devoir quitter cette maison pour quelques jours.