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Nyx et Mogan venaient de fermer boutique. Ils étaient crevés. En cette douce soirée d'été sous le signe d'une brise caressante, il y avait eu pas mal de remue ménage à l'auberge. Mais plus encore, quelqu'un avait déposé un petit chat errant devant leur porte. Noir, touffu, aux poils mouillés. Il tremblotait. Dans son maigre carton, l'animal frigorifié enroulé d'une maigre serviette, parce qu'il avait beaucoup neigé, miaulait à tout rompre. Nyx s'était précipité sur la petite bête, qu'il avait emporté à l'intérieur sous l'oeil circonspecte de Mogan. L'homme avait caressé sa barbe châtaine de quelques jours, dévisageant son petit-ami qui posa la bête sur le comptoir du bar, la frottant vigoureusement avec la serviette, avant de l'approcher de la cheminée. L'elfe s'agenouilla devant l'âtre, ses cheveux noirs tressés tombant dans son dos.
Il tentait de réchauffer le chaton.
Mogan poussa un soupir. Il aimait les animaux, bien sûr, mais il ne voyait pas comment ils pourraient s'occuper d'un si jeune chat, et avant ça, ils n'avaient rien à lui donner pour manger. Il savait qu'il ne fallait surtout pas donner du lait de vache aux chatons, ou aux chiots, contrairement à ce qu'on pouvait penser, c'était le meilleur moyen de les rendre malade.
« Un chat devant une auberge, ils sont pas fous, les gens ? »
Nyx haussa les épaules.
« Je sais pas, peut-être qu'ils pouvaient pas s'en occuper ? Au moins, on l'a trouvé.
—Nyx, qu'est-ce que tu veux qu'on en fasse ? »
Agacé, Mogan était fatigué. Il avait envie d'aller se pieuter, pas de baby-sitter un chat. Aussi mignon soit-il.
« Ramène-moi d'abord de l'eau et un peu de pâté écrasé, il a l'air assez vieux pour manger. Il faut qu'il se nourrisse. »
L'animal cessa de miauler, se frottant contre Nyx. Il commençait à ronronner. Mogan observa le visage strié de tâches de rousseur de son amant se fendre d'un sourire. Il ne pouvait rien lui refuser quand Nyx souriait. Le jeune homme prit le temps de s'avancer pour caresser le crâne de son compagnon avant de courir en réserve pour chercher ce qui serait nécessaire au bien-être de leur visiteur inopiné.
Chose faite, il remplit une petite écuelle d'eau, déposa une assiette de pâté sur le comptoir. Nyx tint précautionneusement l'animal dans ses bras en le posant à côté, de sorte qu'il puisse manger. Sans doute affamé, le chat ne se fit pas prier. Il s'accroupit, la courbure féline de son petit corps s'agitant de soubresaut lorsqu'il faisait l'effort pour avaler une quantité de pâté.
« Doucement, bonhomme, » rit gentiment l'elfe, passant un doigt le long de sa colonne vertébrale, « doucement, ce n'est pas ton dernier repas. »
Le chaton n'en eut que faire. Mogan observa son amant gagatiser devant cette petite chose.
Nyx caressait l'animal, et Mogan fut surpris qu'il ne grogne pas. Un animal si affamé aurait pu vouloir protéger sa nourriture.
Ayant manger, le bébé se roula contre Nyx, ronronnant encore plus fort. L'elfe le prit dans ses bras, l'animal s'y blottissant. Ok, là Mogan devait s'avouer vaincu. Impossible de ne pas être attendri devant ça. Le sorcier dut se résoudre à la situation, devant la face illuminée de tendresse de son amant.
« Va à l'étage avec le petit, je vais ranger la salle.
—Tu ferais ça ? »
Nyx, de ses yeux verts écarquillé, avait un regard si doux que Mogan rougit.
« Ouais, va dormir, il a l'air de t'aimer, en plus.
—Merci, mon coeur ! »
Lui plantant un baiser sur la joue, le petit brun ne se le fit pas dire deux fois. Il grimpa les escaliers jusqu'à la chambre, Mogan restant dans la salle de réception, avec la tâche de monter les chaises sur les tables, faire les derniers nettoyages et vérifier la comptabilité. Ça ne le gênait pas, pour ce soir, de laisser à Nyx un peu de répit.
Le jeune homme passa la main dans ses cheveux châtains, et se mit au travail. Il laissa l'âtre brûler encore un peu, sachant de toute façon qu'il ne tarderait pas à s'éteindre. Après avoir fermé les volets, contemplant un peu la neige, il monta au lit lui aussi.
Entre les draps d'un lit deux places, couvert d'une couette en peaux d'ours, Nyx dormait, le chaton au creux de ses bras. Il était si minuscule... Mogan se déshabilla, rentrant dans le lit et prenant son amant dans une étreinte pour un câlin.
Le chaton se releva, venant se coller contre lui.
Si Mogan grimaça, il se dit malgré tout que ce petit animal était adorable.
Ils avaient fait une bonne trouvaille. Et ce chaton, en Nyx, venait d'acquérir un protecteur dévoué.
Fin
