Chapter Text
“Très chère soeur,
S’il te plait, je t’en conjures, fais attention à toi lorsque tu seras à Snezhnaya. Je sais que tu veux prendre soin de ceux qui ne le peuvent pas eux-même, mais ne te mets pas en danger pour leur bien. Reste calme et n’attire pas l’attention. Si ton futur mari te blesse d’une manière ou d’une autre, que Lumine te ramène immédiatement. Pour ton bien, nous sommes prêts à risquer une guerre.
Jean.”
“Tu penses que ses inquiétudes sont injustifiées?”
Jean est une personne qui s'inquiète facilement, c’est bien connu. Elle s’attarde sur les pires dénouements possibles et se force toujours à donner le meilleur d’elle-même juste pour éviter qu’ils puissent voir le jour. Bien que cette qualité ait aidé Mondstadt à de nombreuses reprises par le passé, ça n’a pas toujours été nécessaire. Barbara en était bien consciente. Elle espérait qu’au vu du contexte, sa sœur n’ait pas de réelles raisons de s’inquiéter ainsi.
Lumine, de son côté, se contenta de la fixer. Pendant la demi-seconde où son regard croisa le sien, Barbara eut le temps d’y lire son hésitation. Ce fut bref, mais elle ne l’a pas rêvé.
Pour ton bien, nous sommes prêts à risquer une guerre , c’était la promesse de Jean. Rien que d’y penser, ça l’a rendait malade - une guerre déclarée uniquement par crainte d’un seul homme. Cela devait bien être une des pires raisons de faire preuve de violence que Barbara ait jamais entendue.
Pendant que la princesse se plongeait un peu plus dans ses pensées, Lumine eut tout le loisir de voir sur son visage une multitude d’émotions défiler. De l’inquiétude, de l’optimisme, un début de peur qui fit doucement trembler ses mains. Elle savait qu’en l’espace de seulement trente secondes, Barbara se forcerait à retrouver son calme, mais simplement pousser cette inquiétude sous le tapis ne suffira pas à la faire disparaître.
Néanmoins, Lumine approcha sa main de la sienne pour emmêler leurs doigts ensembles, un geste d’une amie à l’autre, une tentative de lui apporter un peu de confort. “Hey,” Elle lui murmura, “je serais là. Je le déchirerai en deux à mains nues s’il ose un jour porter la main sur toi.”
“Mais cela voudrait dire déclencher une guerre,” Barbara lui offrit un sourire hésitant. “Je n’ai aucune envie de rendre les choses plus compliquées entre Mondstadt et Snezhnaya.”
“Tu n’auras rien à voir avec ça. Ce sera tout moi.”
“Cela ne me plairait guère plus, Lumi.”
Renforcer les liens entre les deux nations était l’objectif principal de cet engagement. La dernière guerre les ayant opposés datait d’il y a maintenant une décennie, mais les cicatrices chez chacun des survivants ne s’étaient pas encore toutes refermées. Envoyer Barbara à Snezhnaya était aux yeux de la Tsarine la garantie d’une paix à long terme.
Elle et Tartaglia - apparemment, ce n’était même pas son véritable nom - auraient des enfants. Ces enfants épouseront à leur tour des individus à la fois de Snezhnaya et de Mondstadt, et ainsi de suite. Le résultat d’une telle union serait la naissance de liens familiaux si nombreux qu’il deviendrait presque impossible pour les deux nations d’entrer en guerre dans les cent prochaines années.
C’était un plan fondé sur des bases fragiles, mais il avait tout de même ses chances. Après tout, Barbara était une partisane du pacifisme et de la paix.
Lumine par contre n’en avait rien à faire.
“Je ne te quitterais pas, je le promets. Je suis certaine de pouvoir sortir victorieuse d’un combat contre lui s’il cherche un jour à vouloir te blesser.”
“Lumine,” Barbara tourna la tête vers la fenêtre de la calèche en mouvement, son regard suivant le paysage défilant au loin. “Tartaglia, Childe, quel que soit son nom… J’ai entendu tellement de rumeurs à son sujet. Il est l’un des guerriers les plus redoutés de tout Teyvat.”
“Cela ne veut pas forcément dire qu’il sera mauvais avec toi.” Elle répliqua doucement. Cette pointe d’hésitation dans sa voix, Lumine la détestait. Sur le moment, c’était bien la dernière chose dont Barbara avait besoin.
Les yeux de la princesse restaient tournés vers sa fenêtre. “Il est connu pour être cruel et sans pitié sur le champ de bataille.”
“Je suis connue pour la même chose.”
“Tu n’es pas cruelle, mon amie,” dit-elle, “Tu n’es pas comme lui, du moins de ce que j’ai entendu.”
Lumine savait bien qu’elle arrivait au bout de ses arguments. Après tout, elle avait entendu bien plus de choses à son sujet que Barbara. Les servants et marchands locaux de Mondstadt étaient bien plus ouverts à l’idée de partager leurs potins à un chevalier plutôt qu’à une princesse. En vérité, le nom Tartaglia était souvent chuchoté en paire avec d’autres comme La Signora et Il Dottore… Des assassins et des hommes dérangés bien connus pour avoir notamment conduit des expériences sur des humains. Tout pointait sur le fait que ces deux-là comptaient parmi ses collègues de travail.
Il n’y avait que très peu de chances pour que Tartaglia soit quelqu’un de normal. Aucun humain ordinaire ne pouvait être un Exécuteur des Fatui. Manque de chance pour Barbara, il se trouvait également être l’un des princes de Snezhnaya, faisant ainsi de lui un candidat parfait pour le mariage.
Ses deux frères aînés étaient déjà mariés. Ses deux autres frères étaient encore bien trop jeunes pour être mariés. Cela ne laissait que Tartaglia et Barbara, qui se trouvaient être d’un âge similaire. Une paire parfaite pour un mariage politique utile.
Barbara, la douce et angélique Barbara, promise à un homme redouté et avide de conflits.
Le cœur de Lumine ne pouvait que souffrir face à une union aussi malheureuse. Barbara n’était pas seulement la maîtresse qu’elle servait, elle était aussi sa meilleure amie. “Nous allons trouver une solution, je te le promet.”
La princesse finit par lui offrir un sourire. “Toutes les deux, nous nous sommes retrouvés dans de bien pires situations, n’est-ce pas?”
“Oui. Un seul homme n’est rien comparé à cette horde de voyous à laquelle nous avons fait face par le passé.”
Toutefois, il était vrai que cette horde de voyous en question n’était pas aussi entraînée au combat que pouvait l’être le prince de Snezhnaya, et les deux femmes étaient tombés sur leur campement par accident alors qu’elles s’étaient retrouvées perdues en forêt. Mais cela ne changeait rien au fait qu’elles s’en étaient sorties indemnes. Lumine manipulait son épée comme si elle n’était rien d’autre que l’extension de son bras, protégeant ceux sous sa responsabilité contre les plus dangereuses des situations.
Barbara força ses pensées à se focaliser sur ces aventures passées au côté de son chevalier. Après tout, ces dernières représentaient à ses yeux un sujet bien plus positif que leur situation actuelle. “Tu m’a toujours protégé, je sais qu’avec toi à mes côtés, tout se passera bien.”
“Je resterai avec toi le plus souvent possible,” lui assura Lumine en lui serrant doucement la main, “Mais tu sais, il y aura forcément des moments où je ne pourrai pas être là. Donc…”
Comme il aurait été bon pour elle de rester logée dans cette bienheureuse ignorance. La réalité de la chose écrasa immédiatement Barbara de tout son poids, ne faisant que faire trembler un peu plus douloureusement son cœur déjà bien fragilisé. Lumine ne faisait que lui répéter une vérité, mais néanmoins, elle ne pouvait que se sentir affligée face à cela.
De fraîches larmes commencèrent à éclairer le coin de ses yeux, “Oh Barbatos. Oh, Lumi, je vais devoir coucher avec lui, je n’ai pas le choix c’est ça?”
Le visage entier du chevalier pâlit instantanément. Ce sujet-ci avait été évité avec grande attention depuis l'annonce officielle des fiançailles. Barbara n’avait tout simplement pas voulu y penser, mais tout le monde savait que c’était inévitable. Après tout, son rôle principal dans cette union serait de donner naissance à des héritiers destinés à co-régner sur deux nations en paix. Des enfants qu'elle se devrait de porter. Et un homme violent, la touchant de ses mains dégoûtantes-
“J-Je crois que je vais être malade.” Comme pour illustrer ses propos, Barbara mit ses deux mains contre sa bouche et ferma fermement les yeux. Les doigts froids de Lumine vinrent doucement caresser les cheveux lui tombant sur le front.
“J’aimerais pouvoir prendre ta place,” confia-t-elle dans un murmure, “J’aimerais pouvoir te libérer de toutes ces responsabilités.”
Même la fraîcheur de ses mains ne pouvait rien contre la vague de chaleur envahissant soudainement la princesse. Désormais, ses larmes coulaient librement le long de ses joues alors que sa gorge se serra un peu plus. “T-Tout ce q-que je veux c’est servir les Dieux. J-J’aurais du devenir u-une soeur dès l’instant où n-nous avons reçu cette offre de mariage.”
Elle avait bien eu par le passé l’intention d’intégrer la chapelle et de faire vœu d’abstinence. Jean ainsi que son mari avaient tous deux approuvé ce choix, mais c’est l’ensemble des autres familles nobles de Mondstadt qui trouva le moyen de convaincre Barbara de revenir sur cette décision. Non seulement les familles Lawrence et Goth avaient protesté contre cela, mais aussi la classe marchande. Même les ouvriers avaient eu leur mot à dire dans tout ça. Snezhnaya était la plus riche nation de Teyvat; à ses côtés, Mondstadt ne pouvait que prospérer.
Et Barbara, restant fidèle à elle-même, se força à accepter cette union.
C’était là un rare moment où son masque d'optimisme tomba en morceaux, révélant la jeune fille effrayée qui était cachée en dessous. Ce n’était pas tous les quatre matins que Lumine avait l’occasion de voir ce côté plus secret de son amie. La plupart du temps, son optimisme l’emportait sur toute la négativité pouvant assombrir son cœur. Mais ici en l'occurrence c’était différent. C’était vraiment sans espoir.
“Je veux te libérer de toute cette douleur,” Lumine se déplaça pour venir prendre place à ses côtés, enveloppant son corps tremblant de ses bras. “Je suis sincère. Si je pouvais prendre ta place, je…”
Si elle pouvait prendre sa place, elle le ferait.
Les deux filles connaissaient tout de l’autre. Et beaucoup avaient déjà fait la remarque comme quoi elles se ressemblaient. Avec leurs traits doux et leurs grands yeux, elles pouvaient presque se faire passer pour une paire de sœurs.
Cette réalisation lui fit l’effet d’une claque reçue en plein visage.
“Barbara.”
“O-Oui?” Elle renifla et leva le visage en direction de son amie, se retrouvant ainsi face à une paire d’yeux brillant d’une excitation familière. Cette lumière dans ses yeux ne pouvait signifier qu’une chose: Lumine avait un plan. Un plan au moins aussi malicieux que celui les ayant par le passé amené à vider tous les placards de la cuisine ou à se glisser en douce en dehors du château.
Et pourtant, cette idée bouillonnant dans l’esprit du chevalier était bien plus dangereuse que tout ce qu’elles avaient pu faire par le passé. “Corrige moi si je me trompe mais, si j’ai bien compris, ce Tartaglia peut demander une annulation du mariage à tout moment si tu ne lui plais pas, c’est ça?”
“...O-Oui?”
“Si on ignore le côté terriblement misogyne de tout cela, c’est l’occasion parfaite de l’utiliser à notre avantage.”
Ses yeux rougis encore bien larmoyant se plissèrent doucement, “Qu’est ce que tu veux dire par là?”
“Ce que je veux dire par là c’est que…” Le sourire de Lumine s’élargit un peu plus alors qu’elle prit les deux mains de Barbara dans les siennes. “...Je pourrais me faire passer pour toi et l’effrayer.”
“L’effrayer?” Elle laissa échapper, surprise par une telle proposition.
“Tout ce que les gens de bonne famille veulent chez une femme est qu’elle se montre douce, qu’elle déborde de féminité tout en connaissant sa place et qu’elle leur offre de beaux enfants. C’est un fait-”
“Diluc ne voulait pas du tout de tout ça.”
Lumine soupira face à son interruption. “Diluc est un cas à part, tout comme ta soeur. C’est d’un homme de Snezhnaya avide de pouvoir dont nous sommes en train de parler là, tu sais bien comment ils sont.”
Barbara n’aimait pas dire du mal des autres, encore plus si ce jugement était principalement basé sur leur pays d’origine. Toutefois, elle devait bien avouer que toutes les personnes originaires de Snezhnaya qu’elle avait pu avoir l’occasion de fréquenter s’étaient montrées tout simplement malpolis. Ils étaient arrogants et exigeants, puis c’était aussi la nation d’origine des Fatui, qui étaient encore plus arrogants - au point même où ils en arrivaient à faire concurrence avec la noblesse lorsqu’il était question de fierté.
“Je… Je sais oui,” elle commença, hésitante, “mais je ne comprends toujours pas de quoi tu parles.”
Se lançant dans son explication, Lumine rayonnait de fierté, “Je peux être toi, et tu peux être moi. Je serais Princesse Barbara Pegg et je ferai face à tout ce que peux donc bien te réserver ce prince, à ta place. Il me suffira de rester moi même et quand il verra à quel point je ferais une mauvaise femme, il annulera cette union et tu seras libre.”
Sur le moment, Barbara se retrouva comme détachée de la réalité, bien incapable d’enregistrer quoi que ce soit d’autre que les bruits que pouvaient faire leur caleche, alors qu’une roue venait de rencontrer une bosse de plus dans sa trajectoire.
Échanger leurs places. Devenir un chevalier, se revêtir de cette même tenue composée d’une pièce d’armure et d’une robe légère que Lumine avait l’habitude de porter, emprunter son nom. Son jeu d’acteur n’avait rien de mauvais et elle n’avait rien contre l’idée d’endosser ce rôle.
Toutefois.
“Mais tu es féminine toi aussi, Lumine,” elle rétorqua, “J’entends les autres servants parler de toi tout le temps. Pourquoi ce prince de Snezhnaya penserait différemment?”
Elle secoua la tête. “Les membres de la royauté sont différents. J’ai tendance à poignarder des choses pour mon plaisir personnel et je mange comme un cochon. Compare juste ton bras avec le mien, aucun enfoiré de prince arrogant comme lui ne voudrait d’une femme avec de tels muscles.”
“Je trouve tes bras très jolis,” marmonna Barbara.
“J’ai du sang sur mes robes et pas la moindre patience pour tout ce qui concerne le politique,” Lumine continua, “s’il pense vraiment que je suis toi, alors il ne manquera pas d’annuler ce mariage après avoir vu à quel point je ferais une femme terrible pour lui. Ou plutôt toi, à quel point toi, tu serais une femme terrible.”
Après une telle déclaration, un moment de silence retomba. Le doux regard de la princesse ne quittait plus Lumine, comme si elle cherchait sur elle un argument de plus à utiliser contre cette folle idée. “Mais que faire si après ça, il n’est toujours pas décidé à tout annuler?”
“Snezhnaya ne se trouve pas dans la même position que Mondstadt,” lui rappela-t-elle, “ils n’ont besoin ni de notre argent, ni de nos ressources, cette union est proposée uniquement pour son enjeu politique. Fais moi confiance, contrairement à toi, rien ne force ce prince à t’épouser.”
Lumine n’avait pas besoin d’en dire plus, le sous entendu était là. Son avenir dépendait de si oui ou non il la trouverait suffisamment jolie et agréable pour la condamner à se retrouver prisonnière d’un mariage malheureux. La vie était injuste, Barbara en était bien consciente. Mais jamais avant n’avait-elle été confrontée d’aussi prêt à cette réalité.
Elle restait hésitante, “Mais s’il finit par tomber amoureux de toi? Il voudrait alors t’épouser toi, pensant que tu es Barbara Pegg.”
“Cela n’arrivera pas.”
“Comment tu peux le savoir?”
“Je le sais, c’est tout,” C’est avec confiance que Lumine hocha la tête, “Je vais le défier en combat singulier et le menacer de l'émasculer une fois victorieuse, les hommes détestent ce genre de chose. Crois moi, il sera dégoûté par ma personne avant la fin de la semaine.”
Cela ressemblait de plus en plus à un plan parfait. Lumine avait fréquenté les membres de la royauté depuis suffisamment longtemps pour savoir comment se comporter en véritable princesse, et elle connaissait la vie de Barbara aussi bien qu’elle connaissait la sienne. Depuis leur plus tendre enfance, les deux filles étaient meilleures amies. Lumine a commencé à travailler au château en tant que servante à l’âge de sept ans, tout en s'entraînant au maniement de l’épée. Dès l’instant où elle eut prouvé sa loyauté, elle fut assignée au service de Barbara.
Lumine avait raison; A elles deux, elles pouvaient le faire. Mais la conscience trop bienveillante de Barbara refusait encore à ce qu’elle garde le silence, “Je refuse de te demander de faire tout ça pour moi. Ce problème ne concerne que moi.”
Si noble de sa part. Manque de chance, sa meilleure amie la connaissait par cœur. De ce fait, elle savait exactement où appuyer pour arriver à ses fins. “Je vois, je vois… Dans ce cas, j’espère bien que tu es préparée.”
“Bien sûr que je le suis.” Immédiatement, elle marqua une pause, tournant la tête en direction de son chevalier. “Préparé pour quoi, exactement? Tu sais quelque chose que j’ignore?”
Elle s’était faite avoir. Lumine fit de son mieux pour paraître naturelle. “Oh, ce n’est pas grand chose. J’ai juste entendu une rumeur un jour comme quoi à Snezhnaya, ils n’avaient aucune morale. Mais alors, vraiment aucune. Ils ont des relations sexuelles avant le mariage, les hommes aiment toucher les fesses des femmes comme bon leur semble-”
“Qu-Quoi?”
Devant l’horreur évidente affichée sur le visage de son amie, Lumine ne manqua pas de sourire. “Eh oui. De vrais animaux, ma dame. Et les membres de la royauté ne sont pas différents, parfois même le premier rendez-vous peut-être amené à se terminer dans un lit. Je veux juste être certaine que tu es consciente de ce que ce prince pourrait essayer de faire.”
Barbara était devenue bien pâle. Lèvres entrouvertes dans l’horreur, l’une de ses mains vint difficilement se poser contre sa poitrine, comme pour essayer de calmer les battements soudains de son cœur. Vraiment, elle était faite pour être une sœur.
Bien sûr, rien de tout cela n’était vrai. Jamais Lumine n’avait entendu pareille rumeur au sujet des habitants de Snezhnaya et de la famille royale. Elle savait simplement ce qu’il lui fallait dire pour suffisamment effrayer la jeune princesse.
A l’âge de onze ans, Lumine a fait la promesse que quelque soit le danger, elle serait là pour la protéger. A quinze ans, elle avait gagné le droit de se faire appeler chevalier, devenant ainsi la plus jeune femme à porter ce titre dans toute l’histoire de Mondstadt. De son point de vue, cette situation n’était qu’un danger de plus auquel elle devait faire face. La sécurité ainsi que le confort de Barbara se devaient de toujours être sa priorité. Seulement, cette union menaçait tout cela. De ce fait, Lumine se devait de prendre les choses en main.
Et Barbara était bien consciente de ça. Et pourtant, elle se retrouvait de nouveau au bord des larmes, victime de ses propres émotions. “N’oublie pas que toi aussi, tu as ta propre vie à vivre. Tu n’as pas à faire ça pour moi.”
“C’est là que tu te trompes,” A travers son sourire et ses mots, Lumine n’avait pas voulu avoir l’air si amère et monotone, “Aether est partit et il ne veut pas être retrouvé. Mes parents sont morts. Toi, Jean et Diluc, vous êtes ma famille. Et je serais prête à tout pour ma famille.”
Sans un mot de plus, les deux filles échangèrent une longue embrassade. Seules des paroles pleines d’appréciation à son égard parvinrent à quitter les lèvres de la princesse, alors que ses mains tremblotantes serraient le derrière de la cape de Lumine. Il n’y avait place pour rien d’autre que des remerciements, ainsi qu’une dernière preuve d’empathie.
“Juste, promets moi de faire attention,” lui souffla Barbara à l’oreille, “s’il te plait, fais en sorte que cela ne dure pas trop longtemps. Je ne voudrais pas qu'il t’arrive quoi que ce soit.”
En réponse, Lumine lui caressa doucement les cheveux. “Ne t’en fais pas, tout se passera bien.”
C’était un mensonge. Quelque chose se passait déjà mal.
“Ce n’est pas comme ça que tu es supposé tenir une épée, ma dame.”
Lumine n’avait pas réfléchi au fait que cela puisse être aussi difficile pour Barbara de se glisser dans sa peau de chevalier. Plus tôt, les deux filles débordaient de confiance en leur capacité à se faire passer pour l’autre. Et pourtant, voilà que Barbara se retrouvait à tenir la fine lame de Lumine comme si sa vie en dépendait. Ses doigts commençaient même à en devenir blanc tellement elle les serrait.
“Je ne me bats pas,” rappela-t-elle, posture des plus tendue, “S-Si je dois utiliser cette arme, ce sera uniquement en cas de légitime défense, sache-le."
“Je le sais bien.” Dans le cas où quiconque venait à menacer la princesse, Lumine était toujours celle chargée de passer à l’action. Souvent, cela voulait dire menacer de la pointe de son épée une horde de fans toujours aussi fous de Barbara, ou simplement faire décamper des voleurs pendant que sa princesse était occupée à ramasser des plantes dans les bois. Et là encore, cette dernière trouvait toujours le moyen de se plaindre du manque de pacifisme dans chacune de ses actions.
Maintenant, c’était cette même épée dont Lumine c’était servie à de maintes reprises qu’elle tenait dans ses mains. Et il aurait été difficile pour elle de paraître plus ridicule.
“Comme ça oui, détends toi.” Tout en parlant, Lumine l’aida à ajuster la position de ses doigts, “Je doute que tu ais à devoir t’en servir, de toute façon. Je pourrais me charger de ma propre défense.”
Un autre argument en la faveur de son plan qui avait définitivement convaincu Barbara; A plus d’une occasion, il y aurait des moments où Lumine n’aurait pas été autorisée à se tenir aux côtés de la princesse. Si Tartaglia se révélait être aussi violent que pouvait le suggérer les rumeurs, alors Barbara se montrerait incapable d’être en mesure de se protéger. Lumine, au contraire, s’était déjà montrée plus d’une fois capable de briser les doigts des fans les plus enthousiaste de la jeune femme.
Néanmoins, la princesse avait encore du mal à se rendre compte de ce que leur plan pourrait impliquer. Si elles avaient de la chance, elles seraient autorisées à rester ensemble la majeure partie du temps. Mais dans le cas contraire, Barbara ne savait pas à quoi s’attendre.
“Tu n’es pas nerveuse?” Souffla-t-elle tandis que Lumine terminait d’ajuster sa main, observant au passage quelques flocons de neige danser dans les airs avant de venir fondre sur sa cape.
“Je le suis,” Répondit-elle, “mais si je venais à m’étaler sur le sujet, tu ne ferais que paniquer un peu plus.”
La princesse soupira et lui lança un regard accusateur, digne d’une mère sur le point de gronder son enfant, “Tu peux me dire si quelque chose te tracasse. Je préfère le savoir plutôt que te voir tout garder pour toi ainsi.”
“Ce n’est pas grand chose, vraiment.”
Lumine avait l’habitude de garder ce genre de choses pour elle. Pas étonnant qu’après, Barbara s’amusait à comparer ses capacités émotionnelles à celles d’une brique, que c’était rare qu’elle s’intéresse aux choses quand ce n’était pas nécessaire.
En vérité, Lumine était nerveuse. Elle baissa les yeux, observant l’ensemble des motifs complexes ornant la robe bleue et blanche dont elle était désormais vêtue. Sur ses manches, les emblèmes de Mondstadt avaient été brodés avec attention. Encore une fois, le fait que les deux filles possédaient une corpulence similaire était une chance. Puis, personne n’oserait sans doute relever le fait que la robe de la princesse semblait juste un peu trop courte pour elle.
Ces maigres incohérences étaient plus que négligeables, tout se passerait bien. Et comme le disait Lumine de toute façon, le prince se lassera bien vite d’elle.
C’était dans la calèche que les deux filles avaient échangé leurs tenues respectives. Les chevaliers de Favonius chargés de les accompagner savaient que questionner leur princesse au sujet de ce changement soudain de tenue ne les mènerait à rien. Ce ne serait pas la première fois de toute façon qu’ils se retrouveraient témoins de l’une de leurs farces. Et pourtant, lorsque Lumine sortit à son tour du calèche, elle ne manqua pas de fusiller du regard l’attendant.
“Ne parlez à personne de ce que vous venez de voir,” lui demanda-t-elle à voix basse, “lorsque vous rentrerez à Mondstadt, dites à sa Majesté que tout c’est passé pour le mieux. Vous n’avez remarqué rien d’anormal.” Il s'apprêtait à ouvrir la bouche pour protester quand Lumine l’interrompit d’un mouvement sec de la main, “si vous tenez à Barbara, faites ce que je vous dis.”
Il tenait à Barbara. Tout le monde tenait à Barbara et se souciait de son bien être - ce n’était pas pour rien qu’ils avaient tous pris un abonnement pour le journal local partageant chaque semaine ses dernières actualités.
La poche de moras que Lumine lui glissa dans les mains termina d’acheter son silence. Ses lèvres étaient scellées.
Les deux jeunes femmes commencèrent à s’avancer en direction de la cour du palais. De hauts murs entouraient la structure. A l’arrière de Zapolyarny toutefois, il n’y avait nullement besoin de telles protections. Une large montagne dominait le palais, projetant sur les toits de ce dernier son ombre. C’était comme si contre toute attente, il avait poussé contre le flanc de la falaise telle une verrue des plus brillante.
Mais il faisait froid. Bien trop froid. Pourquoi quiconque voudrait vivre dans de telles conditions était un vrai mystère pour Lumine.
Devant elle, Barbara se tendit en remarquant leur escorte qui les attendait dans la cour. Elle se stoppa dans sa marche si abruptement que Lumine manqua presque de percuter son dos. “A-Attends! Il faut que tu marches devant moi.”
“Quoi?” Lumine chuchotta, alors que l’escorte se rapprochait d’elles.
"Ça t'es déjà arrivé par le passé de marcher devant moi?” Barbara siffla avec hâte, “Non, jamais. Je suis Lumine et tu es moi. Donc, c’est à toi d’ouvrir la marche.”
Cet échange de place fut des plus maladroits. Elle poussa Lumine en avant tout en tirant ses épaules en arrière, principalement dans l’effort d’arranger sa posture. A la vue de tout cela, l’escorte ne sembla que soulever un sourcil curieusement.
“Révérence!”
Lumine tressaillit face à la demande soudainement murmurée et s’empressa d’offrir une révérence. La personne face à elle ignora bien poliment le fait qu’elle manqua de trébucher dans la hâte de son mouvement. “Ma dame, je vous souhaite la bienvenue au Palais Zapolyarny. Si vous voulez bien me suivre.”
Le Palais Zapolyarny. Le lieu de vie du prince le plus redouté de tout Teyvat.
Que leurs astuces et stratagèmes commencent.
Leur escorte leur fit signe de continuer en direction du chemin recouvert de neige leur faisant face. En bordure du chemin, des rosiers séchés semblaient les accueillir, leurs bras épineux levés comme pour saluer leur passage. Frénétique, Lumine s’avança à grands pas, son estomac serré et son cœur battant dans la gorge.
Personne dans la famille de Barbara n’avait jamais rencontré Tartaglia. Il était seulement le troisième prince de Snezhnaya, loin d’être le premier en ligne pour l’héritage du trône, et n’avait aucun intérêt ni en politique ni en diplomatie. Il avait aussi l’air de ne pas apprécier les bals, n’ayant jamais assisté au festival célébrant chaque année l’anniversaire de la fondation de Mondstadt. Les dires au sujet de son comportement ainsi que son apparence variaient grandement d’une personne à l’autre.
Certains disaient que sa carrure était au moins aussi imposante que celle d’une montagne. Qu’il chevauchait un cheval aussi noir que la nuit et dominait de sa taille l’ensemble de ses soldats. D’autres affirmaient qu’il avait tout d’un démon, sombre et que ses yeux apparaîtraient froids et morts. Une ou deux histoires parvenues à ses oreilles affirmaient que le prince était parfaitement normal, bien qu’un peu moche, et qu’il sentait le poisson. Lumine ne savait pas trop quoi croire. Elle l’imaginait être un grand barbare ne s’habillant que de peaux d’animaux. Dans sa tête, il ne s’était probablement jamais lavé, ses dents devaient être jaunes et pourries, et il n’aurait sans doute pas la moindre manière.
Au vu du profil, il était tout naturel que Barbara ne l’approche pas plus que nécessaire. Pour elle, Lumine ferait ce sacrifice.
Les deux filles approchaient des grandes portes du palais. La robe de Barbara était un peu trop lourde à son goût, emportant avec elle de la neige collante à chacun de ses pas. Elle n’avait pas le choix, une princesse ne pouvait pas se présenter pour sa première rencontre avec son fiancée habillée de cuirs et d’une robe légère. Derrière elle justement, Barbara semblait se battre avec les lacets du corset en cuir qu’elle venait de lui emprunter.
Leur plan était vraiment sur le point d’entrer en action. Encore quelques pas, les portes se rapprochaient. Son cœur battait la chamade et l’anxiété grandissait en elle.
Les gonds de la grande porte gémirent soudainement et surprirent Barbara qui était toujours occupée à nerveusement trifouiller ses lacets. Levant les yeux vers Lumine, elle agrippa le dos de sa cape pour se réconforter, “Ma dame, ê-êtes vous sûre d’être prête?”
Le serviteur les ayant escortés jusque-là leur jeta un drôle de regard. Lumine l’ignora et glissa son bras dans celui de Barbara. “Oui, bien sûr. Je suis excitée de le rencontrer.” Un mensonge efficace.
C’était sans doute bien rare de voir une princesse s’avancer bras dessus bras dessous avec une servante/chevalier, toutefois, Lumine savait que ce ne serait pas suffisamment étrange au point d’éveiller le moindre soupçon. Ce contact physique qu’elles partageaient était un réconfort bienvenu quand l’anxiété dans l’air autour d’elles semblait monter en flèche. Un hall d’entrée ne leur avait jamais paru aussi étouffant, aussi angoissant. Plus question de reculer désormais, elles allaient jusqu’au bout.
Avec un peu de chance, personne ne finira exécuté à l’issue de cette mascarade. Cette inquiétude, Lumine avait choisi de la garder pour elle.
Comme si elles étaient dans une cave, chacun de leurs pas résonnait bien plus fort qu’il ne le devrait. La seule chose lui permettant de ne pas penser uniquement à ce bruit était le chuchotement frénétique de Barbara lui parvenant, “V-Votre altesse, et si vous…”
“Hm?” Lumine tourna les yeux dans sa direction. Leur escorte s’arrêta de marcher afin de laisser parler les filles entre elles - toutefois, son impatience commençait à se faire sentir.
“Et si tu tombes vraiment amoureuse de lui?” Elle murmura, cette fois plus proche de son oreille. “Si par hasard, il se révélait être exactement ce que tu recherches chez un homme?”
Tomber amoureuse en seulement une semaine était impossible, et Lumine n’avait pas l’intention de faire durer ce petit jeu plus longtemps que ça. De plus, pour ce qui était question des hommes, elle doutait qu’un barbare puant le poisson puisse se révéler surpasser la moindre de ses attentes.
En réponse, elle lui jeta un regard noir, chuchottant en retour, “Je marierai un homme plus mature, quelqu’un de gentil et brave comme Cyrus. Je l’ai toujours su. Ne te fais pas de soucis pour mon coeur, ce n’est pas une tête de cochon avide de conflit comme lui qui parviendra à le charmer.”
Il était impossible pour leur escorte d’entendre la moindre de leurs paroles échangées, mais il les fixait du regard comme pour les inciter à stopper leurs chuchotements et se remettre au plus vite à avancer. Lumine s’écarta et reprit sa posture initiale. Naturellement, il prit cela comme un signe de continuer à les guider à travers le vaste hall d’entrée.
Des portraits de vieillards des plus austères décoraient le moindre espace sur les murs. Des ancêtres, sans doute. De vieux rois, qui se pensaient suffisamment nobles pour mériter d’être ainsi peints. Tournant au bout du hall, ils s’engagèrent dans un grand escalier. Les échos provoqués par chacun de leurs pas ne faisaient que gagner en volume.
Même à travers ces murs épais, Lumine pouvait sentir sur elle un courant d’air. C’était comme si aucune quantité de bois ou de plâtre ne serait jamais suffisante pour définitivement les protéger du froid de Snezhnaya. Barbara se rapprocha de Lumine et évita les servantes à côté desquelles elles passèrent - personne n’osait croiser leur regard. Leur marche continuait, encore et encore. Après tout ça, ce serait certainement encore plus difficile pour Lumine de correctement faire une révérence. Et cette fois, ce serait la faute à ses jambes douloureuses.
Enfin, le quatrième étage était en vue. Le couloir leur faisant face était plus court que les précédents, mais il n’était pas aussi calme. Chaque étage semblait comme abandonné. Les servants se faisaient discrets et les gardes faisaient de leur mieux pour se fondre dans le décor, aussi immobiles que des statues. A l’exception de ses nouveaux invités, le palais apparaissait complètement vide.
Toutefois, cette pièce-ci était occupée. Des éclats de rires et de légers bruits de pas emplissaient la pièce, ces signes de vie emplissant en retour le cœur de Lumine d’un espoir nouveau. Barbara, réalisant la situation, libéra son bras et se glissa à l’emplacement juste derrière son épaule droite. Elle se tenait là où Lumine s’était toujours tenue, ravalant ses peurs, essayant de se montrer aussi digne que le serait un chevalier entraîné dans un tel contexte.
Ça y est. Elles y étaient enfin.
“Votre Altesse;” le serviteur s’inclina respectueusement face à elle avant de s’écarter pour ouvrir la porte. Afin de se faire entendre par les occupants de la pièce, il éleva soudainement la voix, “Votre Majesté, votre Majesté, votre Altesse, votre Altesse, votre Altesse, votre Altesse, votre Altesse, votre Altesse, et… votre Altesse, permettez moi de vous présenter son Altesse Barbara Pegg de Mondstadt.”
Lumine n’était pas sûre quoi penser d’une telle introduction.
Mais elle était exacte. Il y avait bel et bien neuf paires d’yeux tournés dans sa direction depuis divers coins de la pièce. Elle n’avait pas la moindre d’idée qui elle se devait de saluer en premier - son Altesse peut-être; ou peut-être son Altesse. Ce que c’était dur à comprendre, la noblesse.
Au final, elle décida de poser son regard sur la personne de la pièce qui lui sembla être la plus importante; Une femme d’âge moyen à la chevelure blonde parsemée de touches grises cascadant sur ses épaules à l’image d’un rideau parfaitement repassé. Son regard était impassible, mais il ne manqua pas d’analyser calmement la fille se tenant à l’entrée.
Cela ne pouvait être que la Tsarine. Barbara appuya doucement sur le bas de son dos, ramenant Lumine jusqu’alors plongée dans ses pensées à la réalité, lui rappelant au passage comment elle était censée agir dans une telle situation. Frénétiquement, ses mains aggripèrent chaque côté de sa robe et elle offra à la femme devant elle sa meilleure révérence. “Bonjour, votre Majesté. Et…” un regard en direction de l’homme qui était sans aucun doute son mari - il essayait de camoufler un début de sourire, ce qui donnait bien envie à Lumine d’elle-même ricaner en retour. “Votre Majesté.”
“Vous pouvez vous relever,” la Tsarine leva la main avec dédain. De cette dernière, elle introduit un jeune homme se tenant à ses côtés. “Voici Pavol, mon premier-né. Anastasia, ma deuxième.”
Pavol était un homme au visage ordinaire et à la chevelure sombre, tandis que sa sœur Anastasia avait la chevelure rousse la plus sauvage qu’elle ait jamais vue. Après leur introduction, ils s’inclinèrent/lui offrirent une révérence. En réponse, Lumine fit une révérence à son tour.
“Et voici Alexander,” cette fois-ci, c’était en direction d’un plus jeune homme arborant un sourire digne de celui d’un loup qu’elle tourna son attention, “A ses côtés se trouve Tonia, ma plus jeune fille.”
Les deux échangèrent une révérence.
“Dans le coin, c’est Anthon, mon deuxième plus jeune. Et pour finir Teucer, mon plus jeune. Il est seulement âgé de huit ans, donc je vous prie d’excuser son manque de politesse.”
Il aurait été difficile pour la Tsarine d’avoir l’air plus ennuyée. Cela n’empêcha pas Lumine de faire une révérence de plus - ses chevilles et ses jambes commençaient vraiment à la faire souffrir. “Ne vous en faites pas. Il n’est en rien impoli.”
Il serrait contre son corps une petite poupée, l’observant avec des yeux aussi grands et ronds que la lune. Le sourire que Lumine lui offrit fit naître sur son visage un sourire à pleines dents.
Elle avait maintenant rencontré toutes les autres Altesse, toutes à l’exception d’une. Dans le lot, il n’y avait aucun barbare bien en chair, personne n’était couvert de sang, pas le moindre chien enragé à l’horizon. Elle en venait à se demander si Tartaglia était réellement présent.
La Tsarine ne lui donna pas plus de temps pour réfléchir sur le sujet. Soupirant, elle tourna son regard devenu des plus glaçants en direction d’une personne se tenant de l’autre côté de la pièce. Ce ne fut que maintenant que Lumine le remarqua - un jeune homme d’environ son âge, peut-être d’un ou deux ans son aîné, assis sur le rebord de la fenêtre, l’une de ses jambes se balançant avec paresse au-dessus du sol. Bien qu’il était identique en termes de caractéristiques physiques au reste de la famille, il semblait avoir décidé de se tenir à l’écart tel un étranger.
Des cheveux roux. Une peau pâle parsemée de quelques tâches de rousseur sur un nez droit. En réponse au regard noir accusateur de la Tsarine, il se contenta de plisser un peu plus son regard analytique.
Aucun mot ne quitta ses lèvres.
Une fois de plus, la Tsarine soupira. “Je m’excuse.”
“Oh, ce n’est rien!” Lumine s’empressa de glisser avec un sourire. Elle baissa la tête poliment avant de s’écarter pour laisser l’occasion à Barbara - la véritable Barbara - d’être remarquée par la famille, “Voici Lumine, mon chevalier personnel ainsi que ma dame de compagnie et plus proche confidente. Merci encore de m’avoir laissé l’avoir ici à mes côtés.”
Barbara leur offrit un sourire qui n’aurait pas pu avoir l’air plus artificiel. On aurait dit un robot dont les lèvres sont tirées vers le haut par deux fils invisibles. Lumine s’empressa de reprendre sa place initiale, la protégeant ainsi de nouveau des regards curieux.
“C’est tout naturel.” Répondit le Tsar. Il s’agissait là de sa première parole depuis son arrivée dans la pièce, Lumine remarqua toutefois que son sourire maladroit avait persisté à travers la présentation de chacun de ses enfants. Il n’avait en rien été perturbé par les regards noirs non subtils de sa femme à l’attention du mouton noir assis près de la fenêtre.
Aussi gentil que le Tsar semblait être, telle une neige fraîchement tombée, ce fut bien vite un silence des plus gênant qui recouvrit la pièce. Teucer et Anthon chuchotaient dans l’oreille de l’autre tandis que Tonia leur donna un coup de coude, visiblement ennuyée par leur comportement. Le plus âgé, Pavol, semblait complètement inintéressé par sa présence face à eux, tandis qu’Anastasia ouvrait et fermait sa bouche à plusieurs reprises, comme si elle débattait intérieurement sur quel sujet aborder. Alexander se contentait de sourire.
Gênant. Terriblement gênant.
“Je vous prie de m’excuser,” soudainement, la voix de la Tsarine se fit entendre. Elle se redressa de toute sa taille - étonnamment, elle était plus petite que ce que Lumine aurait imaginé - et passa devant l’ensemble de ses enfants, ses pas la dirigeant sans tarder vers le jeune homme à la fenêtre. Lumine ne la quitta pas du regard alors qu’elle se pencha pour glisser quelque chose de son pied.
Ce ne fut que quand les yeux bleus du jeune homme s’écarquillèrent de peur qu’elle réalisa enfin ce que la Tsarine tenait à la main.
“J-Je rêve où c’est sa chaussure?” Lumine souffla en direction de Barbara. La princesse déguisée garda le silence, trop occupée à observer avec horreur la scène se déroulant sous leurs yeux.
Un coup sec résonna dans la pièce. Tout le monde, y compris le serviteur resté à la porte, tressaillit face à un tel bruit.
“Ajax Mikhaelovich Alekseev!” La Tsarine hurlait à l’attention de sa victime, tandis que ce dernier ne pouvait que lever les bras devant lui dans l’espoir de se protéger de cet assaut soudain à base de chaussure. “Arette donc de faire ton zasranets et va donc te présenter à ta fiancée! Mudak! Quel garçon minable, t’as trop peur de parler à une fille, c’est ça?”
“Je n’ai pas peur, mamushka- Ow!”
Une autre gifle. Un autre gémissement de douleur, alors que le pauvre s’agenouillait désormais dans l’espoir de prendre la fuite, mais l’assaut de la pantoufle pliable semblait sans fin. Lumine observa avec horreur ce jeune adulte se faire absolument détruire par sa propre mère.
Ça ne pouvait être que Tartaglia. C’était le fiancé de Barbara.
“Excusez-moi,” Anastasia s’approcha, ayant visiblement enfin décidé ce qu’elle souhaitait lui dire. Elle prit les deux mains de Lumine dans les siennes, choisissant d’ignorer le chaos en fond provoqué par le meurtre en direct de son petit frère, “je voulais juste vous dire, en avance…”
Elle marqua une pause. Tartaglia reçut un coup fatal sur le côté de la tête. Le Tsar continuait de sourire, comme si la scène devant ses yeux n'avait rien d’hors du commun.
Anastasia grimaça de pitié, “...Je suis tellement désolée que vous devez rejoindre cette famille. Toutes mes condoléances.”
