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De mouches à larves

Summary:

Headcanon, si les filles Dimitrescu revenaient à la vie.

(ceci est une veille fanfiction)

Work Text:

De sang et de mouches était fait le liquide épais et pâteux dans lequel son esprit baignait. Bela croisa ses bras autour de sa poitrine pour se réchauffer tout en cambrant son corps. Il n’y avait pas de courant d’air, mais elle pouvait sentir la chute de température dans son corps et la douleur qui en résultait. Elle ne sentait plus ses membres, pas mêmes ses dents en train de claquer, et encore moins la présence de ses sœurs.
Les derniers souvenirs dans sa tête étaient désordonnés. Elle avait passé un temps indéterminé à essayer de tout remettre en place, images, sons et sensations, pour finalement laissée tomber et se morfondre dans la culpabilité d’avoir échouée auprès de sa mère chérie.
Bela se recroquevilla plus encore. Elle ne sentait même pas les larmes couler sur son visage ni même le goût du liquide sanglant qui les absorbait.

Cassandra avait continué à donner des coups après son réveil dans le liquide rouge. Elle s'agita longtemps, son poing serrant une faucille imaginaire et ses membres frappant le néant. Elle ne cessait de ressentir cette sensation d’avoir perdu quelque chose de précieux et de fusionnelle, que sa rage lui renvoyait avec une plus grande douleur. Elle frappait le vide pour évacuer et relâcher toute sa peine, mais celle-ci ne voulait pas disparaitre.
Jusqu’à ce que soudainement, ses membres lâchent, ne répondent plus à ses ordres, et qu’elle soit obligée d’endurer la souffrance psychique, son esprit tentant alors de repenser à l’identité de ceux qu’elle avait perdu.

C’était un rêve pour elle, ou bien un long sommeil, Daniela s’amusa un instant à nager et à se détendre dans le liquide rougeâtre. Elle se sentait comme loin de tout, éloignée des ennuis du monde réel et de la souffrance qu'il lui avait fait subir. Et puis, elle connut la sensation de la solitude, d’avoir oubliée plein de choses tout en possédant celui de vouloir partager ce moment suspendu avec des personnes très proches d’elle.
Elle s’arrêta, ses tympans ne l’entendirent même pas hurler, crier ou prononcer des prénoms au hasard dans l’espoir de tomber sur celui qui lui parlerait. Mais si elle ne les entendait pas, comment pourrait-elle savoir lequel serait le bon ?
Elle aurait tellement voulu se réfugier dans un coin alors que l’immensité semblait la juger.

Leur situation fut ainsi durant un temps non existant. Puis leurs membres redevinrent soudainement sensibles. Le froid dans le corps devint plus fort, piquant maintenant toute leur peau. Leurs yeux se fermèrent de force. Toutes les sensations revinrent au galop, comme une bourrasque violente de vent glacial dans leurs os et leurs chairs. Les mouches reprirent leurs bourdonnements et leurs souvenirs reprirent place dans leur esprit. Alors que la lourdeur de leur corps s’installait, la douleur du froid devint insoutenable. Bientôt, elles sentirent le vent, l’odeur familière de leur maison et eurent tous le même désir dans leur cœur.
À leur réveil, elles eurent d’instinct le réflexe de s’éloigner des sources de froid jusqu’à atteindre un lieu où celui-ci fut moindre. Leur vision était floue, leurs oreilles quelque peu sourdes et leurs jambes plus capables de les soutenir. Elles ne comprenaient pas ce qui se passait, mais elles désiraient toutes les trois que le froid cesse. Seulement, elles ne rendaient pas compte que leur corps était beaucoup trop faible pour avancer, ne parvenant pas quitter la pièce.
Elles se mirent rapidement à pleurer et à geindre, aucune parole ne pouvant être prononcée. Et si… Et si personne ne venait ? Aucune ne savait que les deux autres étaient là. Elles se pensaient toutes seules, abandonnées, et vouées, peut-être, à mourir une seconde fois, dans le froid et la solitude.
Bela s’était cachée dans un coin, elle n’avait pas réussi à aller plus loin. Cassandra parvint à se faufiler dans le torse en métal d’une armure. Daniela rampa sous un canapé.
Elles allaient sans doute ne pas survivre à leur second réveil. Plus abritées, Cassandra et Daniela finirent par s’effondrer de fatigue. Bela se retint, avec difficulté et une grande détresse émotionnelle. Elle ne se réveillera pas une fois les yeux fermés.
Elle tremblait, respirait rapidement, pleurait tout en se collant comme elle le pouvait contre le mur.
Elle allait mourir encore une fois.
Ses oreilles entendirent juste beaucoup de boucans et de rugissements avant que son corps ne lâche.

Le rêve n’avait pas de forme, mais il était agréable. Il y avait de la chaleur et de la sécurité. Mais un moment donné, le rêve tourna en cauchemar et Bela se mit à avoir peur, alors même que le cauchemar n’avait pas de forme non plus. Elle essaya de parler, de crier, puis de hurler avant d’entendre quelque chose toucher son visage en s’accompagnant d’une voix apaisante. Le cauchemar s’éloigna, elle sentit la lourdeur de ses paupières et son esprit revint soudainement à la réalité.
Lorsque que ses paupières se soulevèrent, sa vision était floue, mais il y avait de la lumière et de la chaleur dans la pièce. Ses yeux fatigués aperçurent la silhouette familière et imposante au-dessus d’elle, beaucoup trop imposante même….
Elle distingua une main de géant devant ses yeux lui tendre ses doigts. Bela en saisit un, pour comprendre avec choc que son corps avait changé.
Ses oreilles et son esprit ne réussirent pas à décrypter les paroles, mais Bela savait que sa mère était là et essayée de la rassurer au sujet de sa situation. Après l’avoir bordée, sa mère s’éloigna du lit. Bela se tourna sur le côté, essayant de se rendormir. Elle pouvait constater à quel point son corps avait subi de sa première mort, alors que tout était gigantesque à présent et sa mère plus encore qu’auparavant. Mais son odorat, bien qu’un peu faible encore, reconnu l’odeur de ses sœurs. Cassandra dormait à côté d’elle, tandis que Daniela vint se coller contre son dos une fois que sa sœur ainée se soit mise sur le côté. Bela se réfugia à son tour contre Cassandra.

Elle se rendormit, mais pouvait sentir les changements soudain dans son esprit. La peur était plus présente, la sensation de faiblesse également. Elle ne s’efforçait plus de comprendre les choses ni de savoir comment la vie ou la mort était faite, mais plutôt de laisser le temps s’écouler et d'accepter de vivre dans l’ignorance, tant que sa mère et ses sœurs étaient à ses côtés.

Quand elle se réveilla à nouveau, Cassandra somnolait, pleurant faiblement. Bela ronronna contre son front afin de la calmer. Daniela se redressa la première. Sa vue encore floue, elle ne parvenait pas à voir au-delà du lit. Mais tout était devenu immense pour elle. Inutile de dire qu’aucune ne sera en mesure de chasser avant un bon moment.
D’ailleurs, peu après leur réveil, alors que Bela s’était redressée à son tour et entendait sa sœur cadette se lamenter via de faibles gémissements sur son nouvel état de faiblesse, leur mère revint dans la pièce. Sitôt qu’elle fut sur le lit, les filles sentirent l’odeur du sang et leur estomac se réveilla à son tour.
Bela crut comprendre des excuses de la part de sa mère à travers son audition réduites. Ce qui se confirma par la suite, quand, de part leur taille et leur état, le sang leur fut donné dans un biberon. Daniela ne réagit pas à ce geste infantilisant et saisit sa pitance immédiatement. Bela également, trop affamée et trop fatiguée pour réagir. Elle et la benjamine ne ressentirent aucune gêne ni aucun problème pour tenir le biberon de sang frais entre leurs mains. Le liquide rafraîchissait leur gorge et soulageait leur estomac.
Cassandra refusa. Elle ne supportait pas sa situation, et encore moins d’être devenue une petite larve obligée de se nourrir comme un bébé pour survivre. Elle enfouit sa tête sous les draps et pleura plus fortement, comme un hurlement de pitié pour qu’on l’achève. Sa mère la saisit délicatement et dut la consoler un moment avant que de parvenir à nourrir sa fille au biberon comme les deux autres.
— Merde… Je ne pensais que tu étais sérieuse avec tes biberons de sang…
Le sang développa suffisamment l’ouïe de Bela pour que lorsque son oncle passa la porte de leur chambre, elle soit en mesure de comprendre le dialogue tenu entre lui et sa mère.
— Je n’ai pas eu le choix…
— Donna s’est endormie. Avec Moreau, on va voir dehors si on peut récupérer des trucs utiles dans le charriot du Duc. Ce gros tas a disparu de toute façon !
__ Tu penses vraiment qu’on pourra quitter le village ?
— Il n’y a plus rien Alcina ! Même pas un lapin ou un loup dans les environs ! Plus d'humain plus rien ! Tous ceux qui viendront ici voudrons notre peau ! Soit tu restes ici à les voir crever, soit tu bouges avec ! Tu devrais d'ailleurs profiter de la taille de tes larves pour voyager avec dans ta valise !
Il eut un moment de silence avant qu’Alcina ne réponde son frère.
__ Oui… tu as raison… Mais on part le plus vite dans ce cas.
— Pas besoin de me le dire deux fois !
Cassandra hoqueta après son repas. Daniela s’endormit avec son biberon dans la bouche. Alcina nettoya la bouche de ses filles avant de les recoucher. Bela sortit du lit et vint vers elle pour réclamer la sécurité de ses bras. Sa mère répondit à sa demande et la porte contre elle. L'ainée blottit sa tête dans son cou. Son corps tenait dans la main de sa mère. De faibles ronronnements de chaton se manifestèrent contre la peau cicatrisée de celle-ci.
Bela ne s’imaginait pas partir du château, mais si sa mère se résignait à le faire alors c’est qu’il n’y avait pas le choix. Ou qu’ils devaient profiter de la possibilité de le faire...
— Je suis heureuse que vous soyez en vie toutes les trois, sourit-elle, on va vite partir d’ici et on ira loin du froid toutes les quatre d’accord ? Je suis sûr que vous grandirez de nouveau !
Bela fut recouchée après ça. Sa vision améliorée par le sang, elle constata les bandages et la démarche blessée de sa mère avant qu'elle ne quitte la pièce.
Tant que sa mère et ses sœurs seraient là, ils pouvaient bien tous quitter le village.