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Bam ne comprenait pas.
Au fils des années, le jeune Irrégulier avait découvert et appris de nombreuses choses. Mais encore rien n’était comparable à ce qu’il ressentait à cet instant. Cette oppression au niveau de sa poitrine. Ce nœud au creux de son ventre. L’impression que le monde perdait ses couleurs et se noircissait. Que pouvait bien être cette sensation si désagréable ?
Était-ce du désespoir ? Non… Bam connaissait bien cette émotion. Elle avait été sa compagne durant toutes ces années dans sa grotte, puis plus tard lorsqu’il était aux mains de FUG, et encore après dès qu’il perdait un compagnon.
Était-ce de la rage ? Non plus… La rage était un sentiment que Bam connaissait moins bien. Mais il l’avait déjà croisée à plusieurs reprises : quand il avait retrouvé Rachel juste avant de monter dans le train de l’Enfer, quand il avait appris qu’elle avait failli tuer Khun, quand White lui avait annoncé que Prince et Arkraptor étaient morts. Et ce n’était définitivement pas cette émotion.
Était-ce de la haine ? Toujours pas… Bam était généralement quelqu’un de gentil et altruiste. Il était souvent amical et compréhensif avec les autres. Mais le manieur de vagues avait déjà ressenti cette émotion auparavant, que ce soit envers White pour ce qu’il avait fait ou envers Kallavan pour lui avoir pris son maître.
Était-ce de la peur ? Ce n’était toujours pas ça… Certains diront que Bam était courageux, d’autres inconscient, mais tout le monde était d’accord sur le fait qu’il n’était jamais effrayé de mourir. Pourtant, la peur et la terreur étaient des compagnes qu’il connaissait mieux qu’il ne le laissait paraître. La peur de perdre ses amis à cause de FUG. La peur de voir périr ses proches par sa faute. La peur d’être à nouveau seul.
Bam ne comprenait pas. Ce n’était aucune de ces émotions, mais en même temps, c’était un peu de tout cela mélangé. Que pouvait bien être ce sentiment ?
Habituellement, il se serait tourné vers Khun pour lui demander de l’éclaircir. Après tout, Khun savait toujours comment le rassurer et le réconforter. Mais le problème était là, il ne pouvait pas aller demander à Khun pour le moment. Parce que son gardien de phare était occupé avec quelque chose d’autre. Quelqu’un d’autre.
Tout était parti d’un pur hasard. Bam et ses compagnons étaient en train de passer le test du 68e étage et tout allait parfaitement bien jusqu’à ce qu’ils tombent de nouveau sur Shilial et Lilial Jahad, les princesses jumelles de la famille Lo Po Bia. Dès qu’elles avaient croisées Endorsi, l’épreuve qui s’était annoncée simple jusque là, avait tourné en combat à mort. Mais tout cela n’était rien de bien éprouvant pour Bam, il avait l’habitude de faire face à des Rankers maintenant, alors des Réguliers – princesses ou non – ne lui faisaient pas peur.
Tout avait basculé après. Lorsque la camarade des princesses jumelles était arrivée en renfort. Il n’avait fallut qu’un instant pour que tout change. Deux paires d’yeux saphirs s’étaient croisées et le monde avait semblé s’arrêter. Car Khun Maria Jahad et Khun Aguero Agnis s’étaient retrouvés.
Pour la première fois de sa vie, Bam avait vu les yeux de Khun se tourner vers quelqu’un d’autre. Avait vu son meilleur ami sourire sincèrement à une autre personne. Avait vu son gardien de phare ouvrir ses bras à une inconnue.
Le jeune Irrégulier savait qu’il devrait être heureux de l’arrivée de Maria. Grâce à elle, ils avaient pu éviter un combat à mort entre les princesses puisqu’elles avait demandé aux jumelles d’arrêter car elle ne voulait pas attaquer Aguero ou ses compagnons. Grâce à son arrivée, ils avaient pu finir le test en toute tranquillité et même assurer la sécurité d’Endorsi pendant son séjour à l’étage. Mais malgré tout cela, Bam ne pouvait pas l’apprécier, ni être heureux de son arrivée. C’était pourtant une jeune femme charmante et agréable qui semblait sincère et joyeuse de nature. C’était une jeune princesse, certes quelque peu manipulatrice comme toutes les Khun, mais foncièrement gentille et digne de confiance. Pourtant, Bam n’avait qu’une envie : qu’elle parte. Qu’elle s’en aille et ne revienne jamais. Qu’elle disparaisse loin d’ici à tout jamais. Qu’elle arrête de lui voler l’attention de Khun.
Ah… Maintenant Bam comprenait. C’était donc ça la jalousie ?
L’Irrégulier avait toujours porté une grande importance à ses amis, mais il ne s’était jamais considéré comme jaloux ou possessif. Tout simplement parce qu’il n’avait jamais senti cela auparavant. Il adorait ses proches mais cela ne le dérangeait pas de partager leur compagnie. Mais à cet instant, Bam comprit que ce n’était pas tout à fait vrai. Il y avait une exception à tout cela : Khun. Cela ne dérangeait pas Bam de voir son meilleur ami rire et passer du temps avec d’autres personnes, mais il voulait garder ces sourires tendres et ces attentions particulière rien que pour lui. Oui, c’était cela. Bam était tout à fait d’accord avec le fait que Khun ait d’autres amis, mais en revanche, il voulait être son seul et unique meilleur ami. À l’instant même ou le manieur de vagues pensa cela, il s’en voulut énormément. Khun était quelqu’un de formidable et il savait que l’histoire avec Maria et le reste de sa famille était un sujet sensible pour lui. S’il pouvait se sentir mieux en retrouvant ses liens avec Maria, alors tant mieux !
Elle va te le voler.
Non. Khun est mon meilleur ami et il ne m’abandonnera jamais.
Mais il connaissait Maria avant toi et il a déjà sacrifié sa famille pour elle, pourquoi pas toi ?
J’ai confiance en lui et je veux juste qu’il soit heureux. Khun ne m’abandonnera pas.
Pourtant il ne te regarde déjà plus. Elle te l’a déjà pris.
Bam était en plein combat avec lui-même et ne savait pas comment réagir ou sortir de ce cercle vicieux. Habituellement, lorsque quelque chose lui prenait la tête, Khun était là pour le sauver et le ramener vers des eaux plus claires. Son meilleur ami ne laissait jamais le jeune Irrégulier s’enfoncer dans des pensées obscures. Mais cette fois, Khun ne pouvait pas le réconforter puisqu’il parlait à Maria et cela ne faisait que renforcer la jalousie du manieur de vagues.
Bam avait déjà combattu énormément de monstres, que ce soit ses ennemis ou ses démons intérieurs. Mais jamais il n’avait eu affaire à un monstre aussi puissant et malsain que celui-là. N’ayant jamais expérimenté la jalousie auparavant, pas même un peu, Bam ne savait pas comment réagir face à ce monstre ni comment le vaincre. Ou même juste le faire taire. Il était en train de perdre le contrôle et…
- Bam ? Tout va bien ?
Cette voix si douce le sortit de ses pensées et Bam put de nouveau voir le monde extérieur. Khun le regardait une lueur inquiète dans le regard. Il s’était tourné vers lui en lui demandant s’il allait bien et Bam crut qu’il allait s’effondrer de soulagement en entendant cette question que son meilleur ami lui posait au moins une fois par jour. Voyant que Bam ne lui répondait pas, Khun s’avança vers lui sans plus se soucier du reste, pas même de Maria, et plongea son magnifique regard dans le sien.
- Bam ?
- Oui ?
- Tu vas bien ? Tu as l’air pâle…
- Oui je… je vais bien…
- Tu es sûr ?
- Oui… Non… Je sais pas… Je…
Bam n’arrivait plus à savoir où il en était. D’un côté, il avait envie de dire qu’il allait bien, parce qu’à cet instant précis c’était la vérité. Khun le regardait, lui parlait et le réconfortait, alors il allait bien. Mais d’un autre côté, il savait qu’à l’instant même où son gardien de phare tournerait le regard, le monstre aux yeux verts qui le dévorait depuis que Maria était arrivée allait reprendre le dessus. Khun dut comprendre que quelque chose de sérieux n’allait pas puisqu’il demanda à tout le monde de les laisser seuls, virant sans ménagement leurs amis mais également les autres princesses. Rak rechigna quelque peu à s’en aller mais un regard appuyé du gardien de phare finit par faire partir le reptilien.
- Bam, qu’est-ce qu’il se passe ? Demanda Khun à l’instant même où ils furent seuls
- Je… Je suis horrible. Souffla Bam
- Tu n’es pas horrible Bam. Tu ne le seras jamais, crois-moi.
- Non, je suis vraiment un horrible monstre. Je… Tu sais, j’ai souhaité un instant que Maria disparaisse… Non, ce n’est pas ça, j’ai souhaité depuis le moment où je l’ai vu qu’elle disparaisse.
Cela sembla surprendre Khun au plus haut point mais il ne montra ni colère ni agacement à cette annonce. Simplement de la surprise et de l’incompréhension.
- Quel est le problème avec Maria ?
- Rien. Il n’y a pas de problème avec elle. C’est quelqu’un de très bien… Le problème c’est moi.
- Comment ça ?
- C’est quelqu’un de très gentil, de formidable même mais moi je veux qu’elle parte d’ici et ne se ramène plus jamais devant moi ! Ça prouve que je suis un monstre immonde non ?!
Bam était de plus en plus paniqué et dégoûté de lui-même à cause ses réactions. Le monstre de jalousie qui le dévorait de l’intérieur ne l’aidait pas, lui soufflant de rejeter la faute sur Maria pour avoir tenté de lui prendre son Khun.
- Bam, regarde moi. Tu es une personne formidable, et ne pas pouvoir supporter quelqu’un ne fait pas de toi une mauvaise personne pour autant. Tu as le droit de ne pas aimer Maria tu sais ?
- Mais elle n’a rien fait de mal… Opposa Bam
- Et alors ? Il arrive qu’il y ait des gens avec qui on ne peut pas s’entendre. C’est comme ça, il suffit de minimiser les interactions avec eux et d’éviter les conflits et tout se passe bien.
- Mais c’est injuste pour elle !
- Bam… Je sais que je te le dis souvent mais je te le répéterai aussi longtemps qu’il le faut : tu n’es pas un dieu, tu n’as pas à rendre tout le monde heureux, tu as le droit de faire des erreurs et des caprices. Si tu n’as pas envie d’être proche de Maria ce n’est pas grave. Et tu as parfaitement le droit de ne pas l’aimer.
Bam releva enfin les yeux vers son meilleur ami et vit l’éternelle lueur de tendresse et de compréhension qui brillait dans le regard de son gardien de phare dès qu’il lui parlait. Cela l’apaisa et enfin il put reprendre un peu contenance.
- Mais c’est aussi injuste pour toi. Elle est importante pour toi et je ne veux pas que ça te blesse que je sois en mauvais terme avec elle…
- Tu n’as rien à te reprocher et je ne t’en veux pas. De toute manière, Maria et les princesses jumelles ne resteront pas avec nous alors ça ne changera pas grand-chose pour moi que tu l’apprécies ou pas.
- Elles ne resteront pas ? Pas même Maria ?
- Non… garder les jumelles Lo Po Bia et Endorsi dans la même équipe serait du suicide et Maria veut continuer sa route avec elles sans nous gêner. Mais, on vient d’en parler Bam, tu n’écoutais pas ?
Le regard un peu coupable de Bam répondit à la question du jeune homme qui éclata d’un rire tendre et léger.
- Tu es vraiment incorrigible toi. Les réunions et discussions stratégiques ce n’est vraiment pas ton truc hein ? Taquina Khun
- Pourquoi j’aurais besoin d’être stratège quand je t’ai toi ? Et puis, j’étais un peu trop occupé à réfléchir à Maria pour écouter votre conversation. Expliqua Bam
- Non mais sérieusement Bam, à quel point ça t’a troublé cette histoire ?
- Beaucoup… Tu n’imagines même pas à quel point sa présence me rend jaloux. Et comme je n’ai pas l’habitude de gérer ce genre d’émotions…
Bam avait laissé le mot « jalousie » s’échapper sans y faire attention, mais cela ne le dérangeait pas. Il n’avait rien à cacher à Khun et son meilleur ami ne s’était pas fâché quand il lui avait dit qu’il ne supportait pas Maria, pas même un tout petit peu. Alors il n’avait rien à craindre de tout lui expliquer.
- Tu es jaloux de Maria ? Pourquoi ? Parce qu’elle a joué le rôle de médiateur et d’héroïne à ta place ? S’étonna Khun
- Pas du tout… J’en ai rien à faire de ça, au contraire même, ça m’arrange qu’on ne m’attribue pas ce rôle…
- Alors de quoi étais-tu jaloux ?
- Tu lui souriais…
- Je lui souriais ?
- Oui, tu lui souriais sincèrement et avec joie. Comme tu le fais avec moi d’habitude. J’étais jaloux que ce soit à elle que tu souries et pas à moi.
Khun cligna des yeux. Une fois. Deux fois. Puis il éclata de rire.
- Tu étais jaloux que je ne te donne plus d’attention ?
- Oui…
- Oh Bam… Tu es tellement adorable quand tu t’y met… J’ai vraiment cru que c’était quelque chose de grave quand je t’ai vu tout à l’heure, mais en fait c’était juste ça…
- Juste ça ? Ce n’est pas juste ça… Un moment j’ai eu très peur que tu me laisses pour partir avec elle. J’étais terrifié à l’idée que tu la choisisses elle. Parce que sans toi je ne sais pas comment faire. Comme continuer. Comment vivre.
Cette déclaration forte fit tout de suite taire le rire de Khun et un sourire empli de tendresse remplaça l’expression amusée sur son visage. Le jeune gardien de phare attira alors son meilleur ami dans ses bras.
- Bam… écoute-moi bien. Peu importe ce qu’il se passe, peu importe qui on rencontrera, peu importe les difficultés, je serai toujours, absolument toujours, de ton côté. Jamais je ne t’abandonnerai.
- Même si je fais face à Maria ?
- Même si tu fais face à Maria, que je pense que tu as tord, que tous nos amis sont de l’autre côté et qu’on n’a aucune chance de réussite, je resterai avec toi et je te supporterai.
- Promis ?
- Juré.
Bam vit toute la sincérité et la confiance dans les yeux de Khun. Pour une fois, son meilleur ami laissait son âme à nue, lui permettant de voir clair en lui. Et devant tant de sincérité et d’assurance, le monstre aux yeux verts ne put que se taire et disparaître au plus profond de son âme. Oui, Bam avait confiance en Khun. S’il lui jurait qu’il resterait toujours à ses côtés, il le croyait. Khun n’avait jamais trahi une promesse qu’il lui avait faite et Bam savait qu’il ne le ferait jamais. Alors, il n’y avait aucune raison d’être jaloux n’est-ce pas ?
