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Chuuya reprit doucement connaissance. Son corps le faisait souffrir le martyr, comme il ne l'avait jamais fait auparavant. C'était pourtant une douleur à laquelle il était habitué. Cette fois-ci, elle avait été amplifiée ce qui expliquait pourquoi le roux n'arrivait pas à la supporter.
Le cerveau complètement endormi n'aidait pas Chuuya à comprendre la situation. Certes, il connaissait cette douleur, mais d'où ? Comment avait-il même finit dans cette situation ?
Lentement mais surement, le cerveau du mafieux lui restitua ses souvenirs. Il avait été envoyé en mission par Mori, le parrain de la mafia. Jusque-là, tout allait bien. La mission constituait simplement à démanteler une organisation de la manière la plus simple possible, c'est à dire complètement détruire ses bureaux en tuant les employés au passage. Rien de bien compliqué pour Chuuya avec son pouvoir. Il avait juste eu à trouver des explosifs illégaux dans le bâtiments, à les faire exploser avant de sauter le plus loin possible par la fenêtre et se rattraper avec sa gravité.
Du moins c'était comme ça que ça aurait dû se passer. Le problème c'était que l'organisation avait été mis au courant de l'arrivée de Chuuya par une taupe et l'accueil qui lui avait été réservé aurait suffis à tuer n'importe qui de normal. Et heureusement pour le roux, il n'était pas exactement "normal" et il s'en était tiré de justesse.
Mais face au danger et à sa volonté de finir son travail, Chuuya n'avait plus eut d'autre choix : Il avait activé sa Corruption. Autrement dit, il s'était envoyé à la mort. Quitte à mourir, autant faire sauter l'organisation ennemie avec lui et finir sa mission.
Sans Dazai, Chuuya ne pouvait pas arrêter la Corruption qui, certes lui donnait un pouvoir de destruction formidable, mais le tuait peu à peu lorsqu'il l'utilisait. Il aurait donc dû être mort à l'heure actuelle, non ? Dazai ne faisait plus ses missions avec lui puisqu'il ne faisait plus parti de la mafia. Alors pourquoi venait-il de reprendre conscience ?
Les pensées du roux furent coupées quand une nouvelle douleur le rappela à l'ordre. Il essaya de bouger le bras simplement pour avoir la désagréable impression de ne plus pouvoir le faire.
Ses mains et ses avant-bras le faisait énormément souffrir, bien plus que le reste du corps pour être honnête. Il avait également l'impression de s'étouffer à moitié dans le sang qui coulait de son nez et qui remontait de sa gorge, lui donnant l'envie de le cracher. Son crâne lui donnait l'impression d'être martelé de coup de marteau, et pour finir le tout, ses yeux le piquait tellement qu'il avait presque envie de les arracher.
Tandis que son angoisse montait en flèche quant à l'état de son corps, Chuuya dut se resigner à ignorer la douleur pour tourner la tête sur le côté afin de cracher le sang qui l'empêchait de respirer. Après cela, il prit sur lui pour ouvrir les yeux afin de s'examiner un minimum.
D'abord, il ne vit rien, ses yeux ne semblaient plus vouloir lui restituer d'images, ce qui fit paniquer Chuuya encore plus. Il savait déjà qu'il pleurait du sang lors de l'utilisation de la Corruption et qu'il devait reposer ses yeux après ça, mais il n'avait jamais eu de vrais séquelles. Pourtant, il avait l'impression de ne plus rien voir.
La vue finit par revenir doucement. Elle était imparfaite, flou et le champ de vision était grandement réduis, mais il n'était pas aveugle.
Chuuya ne s'attendait pas à grand-chose en ouvrant les yeux. En effet, il pensait qu'il verrait de la neige compétemment souillée par un liquide carmin, peut-être un de ses bras complètement écorché et ressemblant plus à un amas de sang qu'à autre chose.
Pourtant il vit une couleur brune, qui tranchait bien trop sur le carnage qui était supposé l'entourer, tachée de quelques gouttes de sang. En plissant les yeux, le mourant reconnu une veste couleur sable. Qu'est-ce que cette veste faisait là ?
Chuuya se sentait nauséeux, le monde semblait bouger autour de lui. Le sang sur son visage commençait peu à peu à se refroidir, devenant collant et plus poisseux qu'il ne l'était déjà.
Alors que le roux faisait cette constatation, il sentit une goutte froide, suivit de plusieurs autres lui tomber sur le visage avant de couler doucement. Il neigeait de nouveau. Les flocons venaient se poser doucement avant de fondre, comme pour essuyer délicatement le sang qui couvrait le visage du blessé, se teintant ainsi d'une couleur écarlate.
Puis il entendit un sanglot. Au début, Chuuya ne fut pas sûr de ce qu'il entendit. Pourtant, lorsque le bruit se répéta, le manipulateur de gravité compris qu'il avait raison. Et il comprit également pourquoi il avait vu une veste.
Pour une raison qu'il ignorait, Dazai avait été là, l'avait sauvé de sa Corruption. Il le tenait dans ses bras. C'était donc ça, la sensation de confort que Chuuya arrivait à sentir malgré toutes les douleurs ?
De nouvelles gouttes vinrent s'écrasées sur le visage du roux. C'était de l'eau, sans aucun doute. Sauf que ce n'était pas un des flacons fondus. C'étaient les larmes que Dazai avait laissé couler pour son partenaire mourant.
En réalisant cela, Chuuya esquissa un léger sourire. Son ancien compagnon avait donc continué à remplir sa promesse de l'arrêter quand il utilisait la Corruption ?
- Chuuya, je suis sensé être celui qui pleure, fit remarquer Dazai en se calmant doucement.
Oui, le roux le sentait. Ses larmes de sang dû à ses blessures avaient recommencées à couler. Chuuya ne fit aucunes remarques. Il ne pouvait pas parler avec l'état actuel de sa gorge. Il fronça juste ses sourcils, comme pour protester.
- Yosano est en chemin, elle n'est pas loin, fit Dazai dans une tentative de rassurer Chuuya autant que lui-même.
Le roux voulut parler, mais ne fit que cracher un peu plus de sang. L'impression de s'étouffer dans son liquide vital n'était vraiment pas la meilleur des sensations.
Dazai eut d'ailleurs l'air de le comprendre car il releva doucement la tête du blessé afin de l'aider à respirer.
Chuuya ne comprenait pas vraiment pourquoi le brun était ici. Après tout, il avait quitté la mafia quatre ans auparavant, sans même un aurevoir. Il avait juste disparu et le roux, qui était pourtant son ancien partenaire n'avait plus jamais eu de nouvelles. Puis lorsqu'ils s'étaient revus, Chuuya avait dû utiliser son pouvoir et quand il s'était réveillé, il avait de nouveau été seul.
Finalement, le roux dû de nouveau abandonné l'idée de parler quand il se rappela de l'état de sa gorge. Il se contenta d'ignorer le goût métallique qui lui remplissait la bouche. Quant à la douleur qui semblait envahir chacun de ses nerfs au fur et à mesure que l'adrénaline disparaissait, Chuuya ne pouvait rien y faire à par grimacer.
- Chuuya, s'il te plait j'ai besoin que tu tiennes encore un peu, Yosano est presque là...
La seul chose qui lui répondit fut le blessé qui frissonna. Bien sûr. Il était en grand manque de sang et il faisait froid. Cela inquiéta Dazai encore plus.
Rien n'allait plus pour lui. Son esprit ne semblait plus vouloir répondre correctement, et la seule chose à laquelle il arrivait à penser était la mort certaine de celui qu'il tenait dans ses bras. Ça, et le parallèle entre Odasaku et Chuuya.
Lorsque son ancien ami était mort, il était dans la même position que le mourant avait actuellement. Et si Dazai refusait de bouger ou de regarder sa main, c'était parce qu'il savait pertinemment qu'il la verrait couverte de sang, exactement comme il l'avait déjà fait. Et il refusait de voir le sang de quelqu'un qu'il aimait couvrir cette main une fois de plus.
Il tentait de se rassurer du mieux qu'il le pouvait, mais rien ne semblait marcher. Il n'osait même pas serrer Chuuya dans ses bras, car cela lui aurait provoqué de nouvelles douleurs.
- Écoute moi, le suicidaire, fit Chuuya, réussissant enfin à parler. "Je compte pas mourir ici."
Un silence plana, que seul un bruit de goutte s'écrasant sur de la neige rompait. Des goutte de sang, évidemment.
Dazai attendait la suite de la phrase de Chuuya, sachant pertinemment que celui-ci n'avait pas fini.
- Mais si jamais... je ne m...
Le blessé semblait avoir de plus en plus de mal à parler.
- ré...veille pas, tu dois savoir que je...
La voix de Chuuya choisit se moment pour se briser, et Dazai ne pût rien faire d'autre que de lire la phrase sur ses lèvres, sans savoir s'il espérait s'être trompé ou s'il espérait avoir raison sur ce que le roux venait d'essayer de lui dire.
Après cela, le suicidaire sentit le corps de son compagnon se détendre lentement dans ses bras tandis que celui-ci fermait lentement ses yeux couleur saphir.
Dazai essaya de le faire réagir en le secouant ou en lui donnant de petites claques sur les joues, mais le plus petit ne cilla même pas.
Dazai éclata alors en sanglot. Cela faisait quatre ans qu'il n'avait plus pleurer, et pourtant il était là à se vider de ses larmes, serrant contre lui la personne qui lui était surement la plus chère.
Il avait encore échoué à protéger une personne qu'il aimait.
Si on avait dit à Chuuya qu'il se sentirait aussi bien en se réveillant après avoir utilisé Corruption peut-être qu'il aurait moins rechigné à le faire.
Lorsqu'il voulut se lever, il sentit un poids sur son ventre. C'était un certain brun qui avait l'air épuisé, même s'il dormait. Le bord de ses yeux était rouge, indiquant qu'il avait pleuré. Avec un petit sourire, le roux posa sa main sur ses cheveux, s'autorisant à les caresser. Ils étaient étonnement doux, et cela surpris Chuuya plus qu'il ne voulait l'admettre.
Dazai finit par se réveiller doucement, pour voir le visage souriant, bien vivant de son partenaire. Il s'était relevé vivement avant d'étreindre le roux le plus fort possible, s'accrochant à lui comme s'il allait partir.
- Dit moi, Chuuya, est-ce que j'ai bien lu sur tes lèvres ? demanda-t-il d'une voix étouffée.
L'interpelé grogna en réponse, répondant à l'étreinte de Dazai.
- Tu as toujours raison, non ? finit-il par dire.
Les yeux du brun s'écarquillèrent. Alors son compagnon l'aimait vraiment ?
- Moi aussi, souffla Dazai, le cœur apaisé.
Le visage de Chuuya s'illumina d'un sourire éclatant. Cela faisait si longtemps qu'il attendait... Il avait fallu une presque mort pour avoir le courage de la dire, mais il allait ignorer ça.
- Par contre, gronda Chuuya, "Il va falloir que tu travailles sur ton timing j'ai bien cru que c'était la fin cette fois"
Dazai éclata de rire, un vrai rire. Chuuya l'avait fait pleurer, il l'avait fait rire.
Chuuya l'avait rendu plus humain qu'il n'avait jamais pensé l'être.
