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- Mais qu’est-ce que c’est que ce bordel ??
Tsukishima regarde autour de lui. Il ne reconnait rien. Il n’est pas dans sa chambre, il en est persuadé : ce ne sont pas ses livres, ce ne sont pas ses posters, son casque n’est pas à côté de lui, il n’y a même pas ses lunettes sur sa table de chevet. Par contre, il sent des cheveux sur son front, chose qui ne devrait pas arriver avec ses cheveux très courts. En ouvrant un peu plus les yeux, il se rend compte qu’ils sont noirs. Il se lève en sursaut, cherchant un miroir. Il en voit un sur la porte de la buanderie, et s’y précipite. En voyant son reflet, il ne peut s’empêcher de faire deux pas en arrière avant de s’écrouler sur le sol, abasourdi par ce qu’il voit : ce n’est pas le lycéen en première année à Karasuno, blond aux yeux dorés qui se trouve face à lui, mais cet abruti de chat aux cheveux noirs et yeux noisettes.
- Mais vraiment, c’est quoi ce bordel ??
Tsukishima, pourtant si calme en apparence, est en train d’exploser. Il peut s’habituer à plein de choses s’il comprend ce qu’il se passe, mais là, ce n’est pas du tout le cas. Son esprit cartésien et rationnel souffre de cet événement totalement incompréhensible. Pour lui, ça n’arrive que dans les mauvais mangas (bien que, Your Name n’était pas si mal, il doit l’avouer). Il cherche du regard le téléphone de Kuroo, avant de sauter dessus pour l’appeler. Hélas, il ne sait pas déverrouiller le portable. Il décide de sortir doucement de la chambre, écoutant le moindre bruit. Par chance, il sait que le brun ne vit qu’avec son père, qui est souvent absent pour raisons professionnelles. C’est le cas aujourd’hui. Il peut donc aller vers le téléphone fixe pour appeler son propre numéro. Rien que l’idée le rend dingue. Il entend la tonalité, une fois, deux fois, avant de répondre.
- Salut beau gosse.
- Oh que c’est horrible de t’entendre parler avec ma voix.
- T’inquiète, c’est insupportable pour moi aussi. Qu’est-ce que tu fais dans mon corps, sale corbeau ?
- Je te retourne la question, chat de gouttière.
- Hahaha, dis-moi plutôt comment on déverrouille ton téléphone. Je voulais t’appeler aussi, mais y’a du monde chez toi. Je savais même pas que t’avais un frère !
- Oui, il s’appelle Akiteru, il a 5 ans de plus que moi, il est à la fac. Et il est plutôt observateur, donc tu vas sûrement vite te faire griller si tu ne fais pas attention.
- Et tu l’appelles avec un doux surnom ?
- Pas du tout, ne l’appelle pas, ce sera mieux. Même s’il risque de vouloir jouer avec toi au volley ce soir.
- D’ailleurs, je suppose qu’on a tous les deux clubs ?
- Oui, soupire Tsukishima, avant de soudainement paniquer. Mais… On a surtout tous les deux cours, non ??
- Oh merde… Je sais même pas où est ton lycée…
- Parce que tu crois que je sais où est le tien ?? En plus, je suis pas en troisième année, je vais rien comprendre…
- C’est moche ça. Pour moi ce sera des vacances, héhéhé.
- Je vais jamais m’en sortir, continue de stresser Tsukishima.
- Ecoute, mon code pour déverrouiller mon téléphone, c’est 1117, rajoute-moi sur Line et on fait une conversation avec Kenma et ton pote là, comment il s’appelle déjà ?
- Yamaguchi… Mon code c’est 1248.
- C’est à chier, mon grand.
- Mieux qu’une date de naissance.
Il raccroche, retournant dans la chambre du brun, prend son téléphone et ajoute son compte Line. Kuroo valide la demande avant d’enchaîner sur l’appel entre les quatre. Les deux autres répondent plutôt rapidement.
- Oulà, c’est quoi cette merde ?, réagit Kenma.
- Tsukki, tu m’expliques ?
- C’est un peu compliqué, répond Tsukishima.
- C’est pas à toi que je parle, Kuroo.
- Nan mais Yamaguchi, c’est moi en fait.
Silence. Kenma et Yamaguchi lèvent un sourcil, l’air dubitatif.
- Kuroo, c’est quoi cette blague ?
- C’est pas une blague.
Deuxième silence.
- Attends, Tsukki, vos corps sont vraiment échangés là ?
- Oui.
- Tsukki, tu mesurais combien hier lors de la prise de mesure ?
- 190,1 cm.
- Oh le bâtard, il a dépassé le mètre 90 ?
- Ok, ils ont vraiment échangé leurs corps, conclut Kenma.
Kuroo et Tsukishima leur expliquent qu’ils se sont réveillés comme ça, et qu’ils ont besoin d’aide pour la journée.
- Alors, pour Kuroo, ça va être facile parce que je suis dans la même classe, mais toi Tsukki, tu vas t’en sortir seul ?
- J’ai pas trop le choix.
- Gâche pas ma réputation, sale corbeau.
- Ah bon, tu as une réputation. Alalala désolé d’avance alors, je vais la massacrer. Ah et n’oublie pas que tu seras entouré de corbeaux aujourd’hui.
- Tss. Bon je me prépare, je crois que ton frère se demande comment je peux avoir une conversation dès le matin. T’es vraiment pas sociable, Tsukki.
- Oui. Bref à tout de suite Kenma, et désolé Yamaguchi de te laisser avec cet énergumène.
- C’est pas grave, j’espère surtout que tout va vite revenir à la normale !
Tsukishima raccroche. Il doit s’apprêter pour le lycée. Il n’a jamais mis les pieds à Nekoma, donc il ne sait pas du tout à quoi s’attendre. Il cherche l’uniforme de Kuroo : par chance, il est plutôt consciencieux et le trouve bien rangé dans la buanderie de la salle de bain. Il prend une douche pour se détendre, essaye d’arranger les cheveux du brun comme il peut pour ne pas se faire griller, même si s’observer avec cette tête l’énerve, et sort pour attendre Kenma. Ce dernier arrive quelques instants plus tard.
- Je dois t’appeler comment ?
- Appelle-moi Kuroo, je sens que je ne vais jamais répondre sinon…
- Haha, je dois avouer que ça me fait rire.
- Pourquoi?
- Kuroo est sociable, tu sais que tu vas souffrir ?
- Gn, lui va devoir se retenir de parler à tout le monde et d’appeler Hinata “Chibi-chan”, c’est déjà pas mal.
- Mais il va pouvoir prendre parfaitement les notes de tes cours, contrairement à toi avec les siens.
- Je suis déjà assez stressé comme ça, t’es pas obligé de me rappeler la merde dans laquelle je me trouve…
- Hahaha pardon.
Ils continuent la route jusqu’au lycée en silence. Devant l’établissement scolaire, Tsukishima respire un coup, et commence à avancer. Ils croisent les premiers membres du club de volley, et le blond se fige : comment s’appellent-ils ? Il s’en fichait jusque-là, c’était déjà bien qu’il connaisse les noms de sa propre équipe…
- Salut, Yaku, dit Kenma, appuyant bien sur le nom du libéro, pour faire passer le message à Tsukishima.
- Salut ! Hey Kuroo, t’as fait tes exos de chimie ? J’ai rien compris à la dernière question, tu pourrais m’aider ?
Et voilà, typiquement ce dont il avait peur. Il était doué en cours, mais ceux de première année. Pas ceux de fin de dernière année.
- Euh oui, je te montrerai ce que j’ai fait si je les ai pas oublié !
- Comme si tu pouvais oublier ça !
Yaku commence à partir vers l’établissement, appelant Kuroo. Kenma se rapproche vite du faux brun, lui expliquant qu’il est dans la même classe que Yaku, et qu’il ferait mieux de se dépêcher de le rattraper. Il lui dit aussi que Kuroo est à une place près de la fenêtre, plutôt au fond. Enfin une bonne nouvelle pour Tsukishima. En arrivant dans la salle, il voit que toutes les tables sont prises, sauf une. Il s’y dirige et soupire un grand coup. Ce n’est que le début et il est déjà crevé. La journée va être longue.
Et c’est le cas. Entre la préparation de l’entraînement le soir avec Yaku alors qu’il ne connaît pas le nom des coéquipiers du brun (à part Kenma, bien sûr, Lev et Inuoka), les cours auxquels il ne comprenait absolument rien, et les élèves de la classe qui venaient le voir juste pour parler, se moquer, rire, il avait juste hâte de se coucher. Surtout que même s’il essaye de faire attention, il ne réagit pas toujours quand on l’appelle. Plusieurs fois, Yaku l’a regardé du coin de l'œil quand il donnait l’excuse d’être fatigué quand il ne répondait pas. Même chose pour les professeurs. Pour certains, il faisait exprès d’ignorer en espérant qu’ils changent de victime, pour d’autres c’était clairement non voulu.
A la pause repas, il a envie de s’isoler dans sa musique, mais il a beau chercher par habitude son casque autour du cou, il n’y a rien. Il soupire, avant de suivre Yaku qui l’appelle. Lui qui ne mange normalement qu’avec Yamaguchi, l’écoutant vaguement raconter sa vie et poser des questions sans importance, le voilà face à tout le club de volley de Nekoma, à se faire appeler “Capitaine” par certains. Cette ambiance lui donne mal au crâne, mais il essaye de limiter la casse en faisant la seule chose qu’il est aussi bien capable de faire que Kuroo : se moquer des gens. Kenma se penche juste vers lui pour lui rappeler que Kuroo ne se moque jamais de la taille de Yaku parce qu’il tient à la vie, et qu’il doit faire de même. Malgré la tentation de mettre son cher hôte dans la merde, il décide de suivre les conseils du faux blond, se concentrant sur Lev et ses défauts.
La sonnerie résonne, chacun retourne en cours. Yaku se pose aux côtés de Tsukishima.
- Tu es quand même un peu bizarre aujourd’hui, t’as pas l’air à ta place. Ca va ?
- Oui, oui, t’inquiète pas, juste un peu fatigué, tente de rassurer le lycéen.
- Si tu le dis… Tu me montreras ton exercice de chimie juste avant le cours ?
- Vas-y je te laisse regarder dans mes cours, t’as l’habitude de toute façon !
- N’importe quoi, réagit le libéro en partant bouder.
“Oups”.
Néanmoins, il trouve rapidement la fiche d’exercices comme prévue, semble surpris du résultat, réfléchit dans son coin, avant de dire un “Mais oui, suis-je bête, c’était simple!” et de retourner à sa table. Tsukishima, lui, ne voit qu'un ensemble de lettres et de formules étranges. Vraiment, les deux ans d’écart se sentent bien, surtout que le lycée Nekoma est bien plus coté que Karasuno. Il tente de ne pas s’endormir, essayant de prendre des notes et de comprendre de quoi parlait le professeur, mais c’était plus fort que lui. Il sait que Kuroo est bon en chimie, donc s’il se fait interroger, ça va être la panique et la honte pour lui. Par chance, il semblerait qu’il soit tranquille aujourd’hui…
La journée de cours se finit mieux pour Tsukishima, avec un cours d'histoire. Il n’aime pas toutes les périodes, mais au moins, avec sa culture générale, il comprenait de quoi parlait le professeur. Il garde un air neutre en prenant des notes, ne montrant pas sa bonne humeur d’enfin comprendre quelque chose.
Mais le pire est à venir : l’entraînement de volley. En tant que capitaine, il doit diriger le groupe, alors qu’il ne se rappelle pas des noms ni des compétences de chacun. Par chance, Kenma vient à sa rescousse, et Yaku propose de s’occuper de Lev pour ses réceptions. Chacun s’entraîne dans son coin, avant de faire un match. C’est le coach qui organise les équipe, ce qui arrange bien Tsukishima. En jeu, Kuroo est surtout meilleur en réception, mais pour le contre, ils ont la même façon de jouer, puisque c’est lui qui l’entraîne régulièrement. Ça devrait aller….
Ou pas. Vraiment son niveau moyen en réception se ressent à côté de la perfection de celle de cette équipe, et il souffre vraiment. Par chance, le corps de Kuroo réagit parfois à l’instinct, limitant les dégâts. Mais il sent bien dans le regard de ses camarades qu’il est bien moins bon que d’habitude. A la fin du match, il est usé. Heureusement pour lui, les autres membres du club ne lui en tiennent pas rigueur, probablement parce qu’il a été bizarre toute la journée. Il laisse tout le monde partir après avoir rangé, avant de fermer le gymnase avec la clef qu’il avait trouvé dans le fond du sac. Kenma l’attend pour rentrer.
- Alors, cette journée ?
- J’en peux plus, j’espère que demain je me réveillerai à Miyagi, dans mon lit, dans mon corps, avec ma vie et mon casque audio.
- Tu m’étonnes, jamais de la vie je ne voudrai de la vie de Kuroo non plus.
Tsukishima ricane. Ils sont aussi sociables l’un que l’autre, donc ça ne l’étonne pas de la part du faux blond. Sur la route, il reçoit un appel de Kuroo.
- Mais comment tu fais pour parler à aussi peu de monde, Tsukki ??
- Je te pose la question inverse, jamais je serai capitaine.
- Ca ne surprend personne ça, Tsukki.
- La ferme.
- Kenma, ça a été à l’entraînement ?
- Je crois que les gars se demandaient pourquoi t’étais si moyen en réception, mais ça les a pas perturbé plus que ça.
- Ah bah ça fait plaisir, ça remarque même pas que leur capitaine n’est pas là. Sinon les cours, Tsukki ?
- Ah ba j’ai presque rien compris de la journée.
- Que c’est étonnant. Perso, j’ai tenté de ne pas dormir mais le niveau est siiii facile que c’était compliqué.
- Je t’emmerde. Yamaguchi est là ?
- Oui Tsukki, je suis là. Ca a été compliqué de gérer ce mec, il voulait parler à tout le monde. Ah il a appelé Hinata “Chibi-chan”, comme prévu, ça a choqué tout le monde.
- Ah, désolé.
- Je vais te tuer.
- Et il a aussi voulu se disputer avec Daichi, j’ai peur que tu fasses des tours de terrain en plus demain.
- PARDON ???
- Hahaha, mais je peux pas m’empêcher de me battre avec ce petit sournois. Ah et je crois que j’ai fait peur à ta mère parce que j’avais envie de manger ce matin. Tu manges vraiment beaucoup trop peu, Tsukki.
- Mais vraiment, je vais te tuer.
Ils continuent de discuter de tout et de rien, et avant de raccrocher, Kuroo lui dit que son père est là, mais qu’il n'a pas à s’inquiéter, il ira sûrement vite dormir pour partir tôt le lendemain. En effet, en entrant chez Kuroo, la lumière était allumée. Il salue le père du brun, qui avait préparé le repas. Beaucoup trop pour lui, mais il devait se forcer à manger et à faire un minimum de conversation avec cet homme qu’il ne connaît pourtant pas. Il s’assoit, et commence à manger, un peu perdu dans ses pensées.
- Tetsurô ? Tetsurô ? Ici la Terre ? Te-tsu-rô ?
- Hein ?
- Ca fait un moment que je t’appelle, ça va ?
- Oui, pardon, un peu fatigué de ma journée, l’entraînement et les cours ont été usants.
- Ne traîne pas trop avant d’aller te coucher alors.
- Oui.
- Je pars demain matin assez tôt, donc on se verra pas, mais je reviens après-demain. Je resterai quelques jours avec toi, ça te fera du bien !
- Merci.
Il ne sait pas du tout comment interagir avec le père du brun, il préfère donc continuer de jouer l’adolescent fatigué. Et ce n’est pas vraiment faux : jouer un rôle toute la journée, c’est insupportable. La vie de Kuroo est bien trop différente de la sienne, mais il ne sait pas pourquoi, ça lui fait plaisir de le voir entouré. Même s’ils ont fait semblant de ne pas pointer du doigt les faiblesses de leur “ami”, ils le regardaient tous, avec une petite lueur d’inquiétude dans les yeux. Kuroo va avoir le droit à un interrogatoire en bonne et due forme demain. Enfin, il espère que ce sera Kuroo, et pas lui. Il termine son repas, et se dirige vers la douche, avant de s’écrouler sur le lit du brun. Il s’endort, espérant vraiment que ce ne sera pas la même chose le lendemain.
Le lendemain, il a peur d’ouvrir les yeux. Il y va tout doucement. Mais il voit trouble. C’est bien la première fois que sa myopie le rend heureux. Il est vraiment revenu dans son corps. A moins qu’il ait rêvé de cette journée ? Il n’a pas envie de se poser la question pour le moment. Il profite d’être chez lui et de vivre la vie qu’il aime. Il sort de sa chambre et voit un énorme petit déjeuner. Il comprend que cette journée n’était pas imaginée, et qu’il va donc souffrir toute la journée des écarts de Kuroo. Il lui envoie un message pour le traiter de “
crétin de chat
”. Il reçoit en réponse un “
sale corbeau
”.
