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Stiles adore l’hiver. Tous les ans ses parents l’emmènent dans un autre état, un endroit avec de la neige, le temps de se plonger pleinement dans l’esprit de Noël pendant quelques jours. Ni l’un ni l’autre des deux parents de Stiles n’a de famille avec laquelle fêter Noël alors les fêtes de fin d’année ne sont toujours qu’eux trois, la neige, et le bonheur des vacances en famille.
Stiles a sept ans lorsqu’ils rencontrent les Hale pour la première fois, venus en vacances au même endroit qu’eux. Stiles et sa mère étudient la végétation et les traces d’animaux autour de leur petit chalet pendant que le père de Stiles avance sur quelques dossiers. En tant que shériff de leur ville, il a toujours quelques tâches administratives à rattraper sur ses jours de congé.
Alors que Stiles et sa mère fouillent dans leur petit atlas de plantes* pour identifier le buisson qui pousse contre leur chalet, des voix se font entendre.
- Je t’avais dit que c’était pas par là, on arrive chez des gens !
- C’est pas grave, ils vont peut-être pouvoir nous aider.
- Super, la honte ! Pourquoi t’as suivi Derek, tu sais très bien qu’il se la pète mais qu’en vrai il a pas du tout regardé où on allait, trop occupé à regarder son stupide téléphone pour parler à sa stupide copine !
- Paige est bien plus intelligente que toi je te signale. Et mon téléphone aussi d’ailleurs.
- Je peux vous aider ?
Les trois frères et sœurs sursautent et se tournent vers la nouvelle voix.
- Oui, bonjour. Je m’appelle Laura et voici Derek et Cora, mon frère et ma sœur. On est en vacances dans un autre chalet, probablement pas très loin, mais on est perdu.
- Ce sont des choses qui arrivent, rien de très grave. Vous voulez entrer appeler vos parents ? On pourra vous ramener ensuite.
Une fois dans le chalet, la fratrie donne les indications de son chalet au shériff qui les ramène ensuite en voiture. Mais alors qu’il pensait les déposer devant leur chalet et repartir, Laura insiste pour qu’il rentre rencontrer leurs parents. C’est ainsi que le shériff et sa famille se retrouvent conviés pour le lendemain midi.
Lorsqu’il annonce la nouvelle à Stiles, le petit garçon est ravi à l’idée de jouer avec des grands.
Le lendemain, les adultes intègrent les enfants à la discussion en leur posant des questions jusqu’à la fin du repas ; Stiles est ravi et en pose tout autant, sur tous les sujets possibles. Il essaye aussi de parler de toutes les dernières choses qu’il a apprises récemment. Derek ignorait totalement que la femelle ornithorynque suait du lait pour nourrir ses petits et il n’a aucune idée de comment quand et pourquoi cette information a surgit dans la conversation. Ni de pourquoi elle était sortie de la bouche d’un enfant de sept ans.
Le dessert terminé, la mère des enfants Hale, Talia, propose à Stiles d’aller jouer avec Cora dans sa chambre. Si Stiles est ravi, Cora ne partage pas du tout son sentiment et lui claque la porte au nez. Le coeur de Derek se serre. Stiles lui fait penser à Paige, sa petite amie. Elle aussi est très curieuse, adore la neige et est souvent rejetée par les autres élèves du lycée. Il va dans sa chambre et sort quelques livres.
- Stiles, tu veux que je te prête mes livres sur la mythologie ?
Aussitôt, Stiles accourt vers lui pour regarder les livres. Il ne lit pas encore assez bien alors Derek lui résume les différents articles qui accompagnent les images. Parfois, Stiles complète ou contredit certaines légendes lorsqu’il a eu connaissance d’une version différente ou édulcorée.
Lorsqu’il est temps de repartir, Talia demande à Stiles s’il s’est bien amusé avec Derek.
- Oui ! Il sait trop plein de trucs ! Quand on sera grand, je voudrai me marier avec lui comme ça on saura plus de trucs que tout le monde !
Quelques jours plus tard, chacune des deux famille rentre chez elle, dans la même ville : Beacon Hills.
Quelques semaines plus tard, la petite amie de Derek est assassinée alors qu’ils sortaient du cinéma, leur premier rendez-vous.
Quelques mois plus tard, une femme d’une vingtaine d’années approche Derek pour le réconforter. Elle incendie la maison Hale après y avoir enfermé la famille, réunie pour l’anniversaire de Cora.
Le shériff Stilinski enquête sur les deux affaires. C’est le père de Stiles.
L’année suivante, la mère de Stiles décède soudainement.
Entre les deux évènements, Derek rejoint sa sœur Laura à New-York, anéanti par la perte de leurs parents et de sa sœur Cora.
Derek n’a pas repensé une seule fois au petit garçon auquel il a raconté des histoires de loup-garou.
Ce n’est que quinze ans* plus tard qu’il retourne à Beacon Hills.
La ville n’a pas tellement changé en quinze ans. La plupart des commerces sont toujours là, parfois avec le même gérant aujourd’hui vieux et épaulé par leur enfant, parfois avec un nouveau gérant. Quelques commerces ont fermé, d’autres ont ouvert, pour le plus grand bonheur de Derek : auparavant, il devait demander à ses parents de faire une heure de route pour aller à la jardinerie, et une autre heure encore pour en revenir. Sans compter le temps passé sur place. Maintenant il peut sortir de son appartement et marcher. Et revenir le lendemain avec sa voiture parce qu’il ne peut pas porter un arbuste jusqu’à chez lui. C’est d’ailleurs sur ce constat qu’il tombe sur Stiles, qu’il ne reconnaît pas au premier abord. Le jeune homme de vingt-quatre ans fait la queue derrière lui lorsque la vendeuse lui demande :
- Vous voulez de l’aide pour le porter jusqu’à votre voiture monsieur Hale ?
- … je peux repasser demain ? Je suis venu à pieds.
- Je peux vous déposer si vous voulez.
Derek se retourne immédiatement vers la source de cette proposition, et écarquilles les yeux. Il ne s’attendait pas à trouver quelqu’un d’aussi sexy. Et en uniforme. Derek plisse les yeux pour lire le badge. Il devrait vraiment aller consulter pour sa vue.
- Adjoint… Stilis…
- Stilinski. Stiles.
Un flot de souvenirs heurtent Derek de plein fouet. Stiles. Les dernières vacances qu’il a passées avec ses parents et ses sœurs. Stiles, le petit garçon auquel il a raconté des légendes de loup-garou et qui lui a parlé des plantes bien réelles pouvant venir à bout des loup-garous. Laura qui a éclaté de rire quand Stiles a dit qu’il voudrait l’épouser lorsqu’ils seraient grands. Laura qui est morte il y a deux ans maintenant et qui est la raison de son retour à Beacon Hills.
Les yeux de Derek s’embuent et sa gorge se serre.
- Je… pardon, c’est juste que. Tu as grandi.
Stiles sourit.
- Je sais.
- C’est pas ce que je voulais dire, pardon, je.
- Je sais. Laisse-moi payer mon pot et on y va, je te ramène chez toi. Enfin si tu veux bien-sûr, je comprends totalement si tu veux faire les choses par toi-même et revenir plus tard, ou si tu as besoin de marcher que du coup tu préfères quand même revenir plus tard ou si
- Stiles. Merci. Je veux bien que tu me ramènes.
Stiles paye son pot et emmène Derek et son arbre jusqu’à sa voiture, une jeep bleue, celle de sa mère. Ils mettent le petit arbre et le pot de Stiles à l’arrière de la voiture et ferment le coffre. Face à Stiles, Derek hésite.
- En fait, je serai assez heureux de passer du temps avec quelqu’un.
Stiles sourit.
- Je connais un café génial.
L’endroit est un peu excentré dans Beacon Hills mais bien connu du quartier, toutefois il n’est pas bondé en ce milieu d’après-midi.
- Je te conseille les roulés à la cannelle, ils sont super !
- Je venais ici avant avec mes parents. On venait ici quand on revenait de l’aéroport avec Laura ou quand on y allait pour qu’elle retourne à New-York.
- Merde pardon je suis désolé on peut partir si tu ve__
- C’est bon. J’ai vécu dans cette ville avec ma famille et j’y suis revenu en connaissance de cause. Je veux créer de nouveaux souvenirs, des souvenirs heureux qui se mêleront aux anciens souvenirs heureux.
- Je serai ravi de t’y aider. Tu veux me raconter ces souvenirs heureux ?
- Parle-moi plutôt d’un truc improbable dont tu as le secret. T’aimes toujours ça ?
- T’as déjà entendu parler du blob* ?
Derek éclate de rire.
Dehors, la neige tombe pour la première fois depuis des années en Californie.
Dans les semaines qui suivent, la préparation de Noël se fait sentir. Les décorations habillent peu à peu la ville et les chants de Noël envahissent les magasins. S’ils se sont retrouvés plusieurs fois en ville pour créer de nouveaux souvenirs à Derek, les garçons s’avouent vite vaincu par le froid et se retrouvent chez l’un ou chez l’autre, jusqu’au premier décembre.
- Il te faut un pull de Noël.
- Un pull de Noël ?
- Un pull de Noël.
- Stiles, je n’ai pas besoin d’un pull de Noël que je ne vais mettre qu’une fois par an.
- Qu’une fois par… Derek, tu n’as rien compris à l’esprit du pull de Noël.
- L’esprit du pull de Noël ?
- L’esprit du pull de Noël.
- Stiles, qu’est-ce que l’esprit du pull de Noël ?
- Un pull de Noël Derek, c’est comme un calendrier de l’avant, c’est fait pour préparer Noël.
Deux heures plus tard, Derek se retrouve affublé d’une immondice en relief, un pull avec une tête de renne au gros nez rouge qui dépasse du pull, ainsi que des bois sur le même principe. Il est aussi convié au réveillon des Stilinski père et fils. « C’est un ordre de la police locale Derek, tu dois venir. Avec ton pull de Noël. » Derek n’en revient pas d’avoir dépensé autant pour un pull… qu’il n’a pas payé. Stiles a payé. Stiles a passé à la caisse son propre pull avec le sien et a payé pour les deux. Derek appelle Stiles pour lui demander combien il lui doit pour le pull, et le téléphone de Stiles sonne sur son canapé. Il a dû l’oublier lorsqu’il est venu pour traîner Derek au magasin de vêtement de Beacon Hills. Pensant que Stiles doit en avoir besoin au plus vite, Derek attrape le téléphone et enfile son manteau pour rendre visite à Stiles et lui rendre son téléphone. Il est si empressé qu’il rentre dans quelqu’un en sortant de son appartement.
- Pardon désolé je__ Stiles ?
- Hey salut ! Heu je. On vient de se voir, et j’ai voulu te demander un truc toute la journée et j’ai oublié. J’ai voulu t’appeler et je me suis rendu compte que je n’avais pas mon téléphone et oh mon dieu, est-ce que tu portes ton pull de Noël pour sortir ? Je suis tellement amoureux de toi !
- En fait je venais pour te rendre ton téléphone et. Attends quoi ?
- Quoi quoi ? Oh putain merde, je voulais pas dire ça enfin pas comme ça et pas tout de suite, je voulais d’abord t’inviter à un rendez-vous avec moi mais on sort tout le temps et je savais pas comment faire pour que ce soit clair que c’était un rendez-vous parce que je veux sortir avec toi et t’embrasser et pas juste sortir parce qu’on est ami et oh mon dieu ça va ?
Derek s’était assis par terre pendant le discours de Stiles.
- Ca va, je m’y attendais juste pas et je réagis pas très bien aux chocs, pardon.
- Je suis désolé, je voulais pas te faire de mal.
- Ca va Stiles, c’est juste que… ça fait longtemps en fait. Tu sais pour Paige et pour Kate, la femme qui m’a violé quand j’avais quinze ans. Et qui a mis le feu a ma famille par la suite. Ca a été difficile après ça. J’ai rencontré quelqu’un il y a six ans mais ça ne s’est pas bien fini non plus, elle était dans une secte qui croyait en la magie noire et pensait que j’étais possédé et que je devais être exorcisé. Elle voulait sortir les ossements de ma famille. Elle a une injonction d’éloignement de moi et de ma famille. J’ai recommencé à sortir et à rencontrer du monde après le décès de Laura, pour ne pas devenir fou. J’ai revu la même femme plusieurs fois mais j’ai été incapable de m’attacher à elle. Pas comme ça du moins. Je suis parti sans rien lui dire. Je suis pas un bon plan Stiles, j’attire que des merdes.
- Je sais tout ça Derek. Je travaille à la police de Beacon Hills et c’est mon père qui a demandé l’injonction contre Jennifer Blake. T’es quelqu’un de bien Derek, rien n’est ta faute. Je sais que tu le sais, je sais aussi que ça prend du temps de s’en convaincre. Je comprends que tu aies besoin de temps avant de te réengager auprès de quelqu’un et je comprends aussi que je ne peux pas être cette personne et c’est pas grave, je te jure que je ne te ferai pas de mal et que je ferai comme avant.
Stiles s’était assis auprès de Derek au cours de son discours mais il est quand même surpris lorsque Derek appuie sa tête sur son épaule. Il comprend qu’il pleure. Il le prend dans ses bras et reste là, comme ça, à attendre. Quand Derek a fini il se relève et tend une main à Stiles.
- Je suis pas encore prêt Stiles, je t’aime et ça me terrorise. Je pense que j’ai besoin de temps encore, que mon cerveau et mon corps ont besoin de temps pour se rendre compte qu’il ne m’arrivera rien.
- Je comprends. Et…
Stiles hésite.
- Quoi ?
- Tu n’es pas obligé de t’en sortir tout seul Derek.
- Je sais que tu es là pour moi Stiles.
- Non je veux dire, oui bien-sûr que je serai toujours là pour toi mais… je suis pas sûr d’être armé pour t’aider à surmonter ce que tu as vécu. Je pense que tu as besoin de l’aide de quelqu’un qui est formé pour ça.
- Tu penses que j’ai besoin de voir un psy ?
- J’en ai vu un pendant des années après la mort de ma mère. On a mis deux ans à se rendre compte qu’on avait besoin d’aide avec mon père, on a d’abord vu une psy différente chacun de notre côté et ensuite on en a vu une ensemble, pour faire une thérapie familiale et se reconstruire en tant que famille. Je peux t’aider dans les démarches si tu veux, et t’accompagner au premier rendez-vous.
- J’arrive plus à réfléchir, je suis épuisé. Je pense que tu as raison.
- Tu veux que je repasse demain ? Je termine le travail pas très tard. Ou tu peux me rejoindre sur ma pause si tu veux.
- Je t’appelle dans la journée ?
- Ca marche.
Derek rejoint Stiles pour son déjeuner et Stiles lui conseille quelques psy dont il a eu de bons échos.
Au vingt-quatre décembre de l’année suivante, Stiles et Derek s’embrassent en s’offrant leurs cadeaux de Noël.
