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Sachirou arrêta la voiture à quelques mètres de l'entrée du garage, qui était juxtaposée à la maison, le coeur lourd. Les mains fermement collés au volant, il leva un court instant les yeux vers son rétro central. Il défia son reflet du regard, comme pour se donner du courage.
Finalement, au bout d'une dizaine de minutes - et autant de notifications sur son portable - il sortit du véhicule. Un sac plastique dans une main, sa sacoche de l'autre, il remonta lentement l'allée qui menait à l'entrée. Il pouvait entendre le joyeux brouhaha à l'intérieur, signe que tout le monde était encore debout. Il enfouit au plus profond de lui-même ses pensées sombres, tandis qu'il ouvrit la porte...
"Tadaima..." murmura-t-il, sans trop de conviction.
"Papa !!!"
Des bruits de pas, accompagnés de courts aboiements, se firent entendre dans le long couloir menant au genkan. Haru et Minato, âgés de six et quatre ans, se présentèrent à lui, un immense sourire aux lèvres. Ils étaient suivis de près par Akino, un Shikoku Ken d'environ trois ans.
"Okaeri, papa.." annonça Haru.
"'Kaeri!!" répèta joyeusement son petit frère.
Le coeur de l'Alpha se réchauffa à la vue de ses fils, vêtus de leur pyjama, flattant le chien, venu le coller. L'aîné se mit à babiller et raconter sa journée, alors qu'il enlevait ses chaussures.
"... et puis, oncle Aki, il nous a emmené voir Santa Chan!!" continua ce dernier.
"Il nous a donné des bonbons aussi!" renchérit son cadet.
Surpris, Sachirou leva les yeux vers son compagnon, venu les rejoindre, qui confirma la chose d'un bref signe de tête, l'air désabusé.
"Voilà qui explique votre excitation tardive.. marmonna-t-il, en ébouriffant affectueusement les cheveux bouclés (respectivement blancs et chatains). Mon cher beau-frère a finalement survécu, Kourai Kun?" ajouta-t-il en direction de celui-ci.
"Ah ah très drôle, Sachirou... On t'attendait, pour passer à table. Aki Nii m'a ramené des Shumaïs, quand il est venu me déposer les enfants."
L'Omega fronça les sourcils, décontenancé par son manque de réaction à l'évocation du plat qu'il appréciait le plus. Il dû se retenir de sonder les émotions de l'homme qu'il aimait, alors que des pleurs vinrent semer le trouble.
"Je vais aller la voir.. intervint le vétérinaire, une main posée sur l'épaule du plus petit. Fais manger ses frères, en attendant, d'accord? Je reviens tout de suite.."
Il monta au deuxième étage, non sans passer par la case salle de bain pour se laver les mains, puis se dirigea dans leur chambre, lieu d'où provenait les pleurs.
"Hey, hey.. murmura-t-il doucement, tout en avançant vers le berceau, qui était accolé au lit parental. En voilà une qui est bien grognonne, hmm?"
Il en sortit Seika, âgée d'un peu moins de cinq mois, dont les pleurs avaient cessé dès qu'elle l'avait entendu. Il fit un petit sourire, amusé de voir à quel point elle se calmait aisément avec lui. Il admirait son joli minois, admiratif de ce que peut la génétique avait pu faire, sur leurs trois petits.
Bien que la fratrie ait héritée de la forme des yeux de leur mère, la fillette était la seule à avoir également eut les yeux verts. Elle allait très certainement avoir en plus de cela, une chevelure, chatains comme les siens, ressemblant à un plumage d'oiseau, à en juger la façon dont ils poussaient.
Il la changea rapidement, vérifiant dans le même temps si elle avait de la température, sachant qu'elle souffrait de ses poussées dentaires. Ce qui n'était pas, visiblement, le cas. Rassuré sur ce fait, il la tint délicatement dans les bras pour rejoindre le reste de la famille.
"Comment va-t-elle? demanda aussitôt Kourai, quand il eut passé la porte de la cuisine. Je vais lui donner à manger, vas..."
"Elle va bien.. le coupa le vétérinaire, en récupérant le biberon qu'avait préparé son époux. Mange tranquillement, je m'occupe d'elle."
Il alla s'asseoir à sa place habituel, vérifiant rapidement la température du biberon puis laissa leur fille ouvrir la bouche, téter goulûment la tétine. Kourai en profita pour finir de servir les enfants, ainsi que son époux et lui-même.
"Maman, je suis grand, maintenant.. intervint Minato, alors que ce dernier lui tendait sa petite fourchette habituel. Je veux des baguettes comme Haru Nii! Et comme papa et toi!"
L'Omega, surpris par sa demande, jeta un bref coup d'oeil en direction de son mari, qui ne semblait pas avoir entendu, tant il était concentré sur leur benjamine.
"T'es sûr ? dit il, son regard de nouveau tourné vers le cadet, qui acquieça frénétiquement. T'as pas intérêt à râler si tu galères, ok?"
Il sortit rapidement une paire de baguettes, adapté aux touts-petits, pour la donner à son fils.
"J'irais t'en prendre un ou deux sets à la boutique demain. En attendant, utilise cette paire, elle était à ton frère.."
Minato fit la moue et secoua frénétiquement la tête, ennuyé.
"Je veux comme Nii San! Des baguettes de grand!"
"Mais c'est presque pareil, Minato.. répliqua tranquillement Haru, avant que leur mère ne dise quoi que ce soit. Et c'est mes baguettes, ça, je te les prête.."
L'argument lancé par le plus âgé, bien que déjà utilisé par le volleyeur, fit instantanément mouche auprès de son petit frère. Celui-ci l'admirait beaucoup, ce qui facilitait parfois la vie de ses parents, vu son caractère compliqué, à l'instar de l'homme à la chevelure blanche.
"Très bien, puisque cette histoire est réglée.. soupira Kourai, hochant la tête vers son aîné afin de le remercier, assis à sa place. On peut commencer à manger."
Les enfants et lui, Sachirou avait les mains prises, claquèrent leurs mains et prononcèrent.
"Ittadakimasu!"
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"Me revoilà, Kourai Kun..."
Le susnommé sursauta en entendant son époux, sortit promener le chien trois heures auparavant, à l'entrée de la chambre. Il posa - ou plutôt jeta - son portable sur la table de nuit avec exaspération, en le voyant si nonchalant.
"T'en a mit du temps! rétorqua furieusement l'Omega, à voix basse, pour ne pas réveiller Seika, endormie depuis peu. Normalement tu ne prends pas aussi longtemps !"
Il se mordit les lèvres, nerveux, alors qu'il ajoutait.
"Les garçons ont eu du mal à dormir sans que tu sois là.. J'ai essayé de t'appeler plusieurs fois, tu répondais pas ! J'ai cru, j'ai cru..."
"Mon portable est resté dans ma sacoche, je n'avais pas fait attention.. l'interrompit doucement le vétérinaire, en se rapprochant de son époux. Et j'ai fait un petit détour pour m'éclaircir l'esprit, c'est tout... je suis désolé de vous avoir autant inquiété, je.."
Il pouvait sentir un mélange de peur et de soulagement, chez le plus petit. Il détourna la tête, sentant la culpabilité s'agrandir plus encore en se sachant responsable de sa panique. Comment pouvait il même se prétendre être un bon Alpha, lui qui mettait les siens dans cet état?
"Qu'est ce que t'as, Sachirou.. insista Kourai, le forçant à le regarder droit dans les yeux. T'es pas comme d'habitude, depuis que tu es revenu.. Déjà, t'as pas vraiment réagit ou écouté les enfants, quand ils te parlaient. Tu n'as pratiquement pas mangé, alors que tu raffoles des Shumaïs que fait Mei Nee.. Il y a eu tant d'urgences que ça, à la clinique? Pour que le gamin.. que Itadori te dérange pendant tes jours de congés c'est que ça devait être craignos.."
Il effleura les boucles chatains - plus courtes que celles de leurs fils - dans l'espoir de le détendre, devinant qu'il avait vu juste.
"Il y a eut deux cas.. compliqué.. finit par avouer Sachirou. Un chien renversé par une voiture, c'est pour lui que Megumi Kun a appelé. Quand je suis arrivé à la clinique, il était à deux doigts de.."
Il frissonna, le mot fatidique bloqué dans sa gorge, soupirant longuement avant de continuer.
"Dans l'après-midi, on a eu également Hibiki, le chien de Hatake San..."
L'Omega tressaillit au nom de l'animal, dont la similitude avec le chien décédé de son époux - Koutarou - était particulièrement troublante, craignant comprendre.
"Je... j'ai fait tout ce que j'ai pu, mais.. il avait l'estomac perforé par un os il n'a pas.. j'ai merdé, Kou! Si tu avais vu à quel point sa famille..."
Il avait des trémolos dans la voix, tant il s'en voulait du malheureux dénouement dont il avait dû être en partie, selon lui, l'auteur. Il serra les poings, retenant à grand peine ses propres phéromones, pour ne pas chambouler leur benjamine. Il sursauta en sentant les mains chaudes, et plus petites, se poser sur les siennes, glacés de par sa longue promenade. Des phéromones sucrés, teinté de lait tel la caractéristique des jeunes mères, l'entourèrent également.
"Tu l'as dit, Sachirou, t'as fait tout ce qui était possible.. murmura Kourai. Et je suis certain qu'elle aussi le sait, depuis le temps que tu t'occupais de lui.."
Son - pas si Immuable - époux, qui avait baissé la tête, la releva aussitôt pour le dévisager, sans rien dire.
"Je sais bien ce que j'ai dit, ce jour-là.. continua l'Omega. Mais n'oublie pas que je suis là, pour t'éviter de chuter! D'ailleurs, les enfants m'ont laissé leurs peluches pour que ça te remonte le moral."
Le vétérinaire, en apercevant les peluches Adloo et Pingu posées de son côté du lit, soupira doucement..
"Me faire consoler par mes propres enfants.. chuchota-t-il. Je suis vraiment pathétique, hein.."
"Tu es surtout humain! Et c'est parceque tu prends autant soin de tes patients que tu es un super véto, Hirugami Sensei!"
"C'est également ton nom, il me semble.. répliqua l'Alpha, en enlaçant son compagnon. Tu sais vraiment me remonter le moral, Kourai Kun.."
"Je n'ai dit que la vérité, idiot..."
Toc! Toc! Toc!
La porte de la chambre s'ouvrit peu après sur Haru et Minato, main dans la main, à moitié endormis.
"Maman, papa..." gémit le plus jeune.
"Tu n'es plus triste, papa ? demanda Haru. Sinon, moi et Minato, on peut rester pour faire partir les cauchemars. T'auras plus peur comme ça."
"C'est surtout que vous voulez squatter avec nous oui.."
"Pas vrai, maman ! rétorqua Minato, offensé. Haru Nii et moi, on fait bye bye au bobo de papa!"
L'intention particulièrement attentionné de ses fils fit fondre l'Alpha, qui se tourna vers son mari, le questionnant silencieusement. Le volleyeur, malgré sa remarque, accepta la requête des trois hommes qu'il aimait plus que tout, pour leur plus grand plaisir.
Les petits se faufilèrent immédiatement entre leurs parents, dans le lit, réveillant presque leur soeur avec leur enthousiasme. Ils retournèrent dans les limbes du sommeil peu de temps après, suivi de peu par Kourai, dont la nuit précédente avait été assez courte.
Sachirou rendit les peluches à leur propriétaire respectif, caressa la chevelure blanche de son époux, tout en observant Seika, un fin sourire aux lèvres. Dans le calme, ponctué de quelques faibles ronflements des petits, il eut une certitude, aussi immuable que lui..
Il était si chanceux d'avoir une telle famille.
