Work Text:
Restaurant Aragvi, Moscou, URSS...
"Tu peux arrêter là pour aujourd'hui, Nikolaï, on fermera à ta place."
Décontenancé, le dénommé Nikolaï dévisagea son collègue et ami, Yuri Nikitich Boulgakov.
"Tu es sûr? Il y a encore de la vaisselle à nettoyer, et.."
"Raaaah, Nikolaï Vladimirovitch Plisetsky, c'est pas si dramatique, si tu rentres tôt ! le coupa un autre cuisinier, un Alpha. C'est un jour particulier, ta femme et tes gosses sont certainement encore debout!"
"On te couvre près du patron! renchérit un autre, Bêta tout comme lui, en lui tendant une boîte encore fumante. On a déjà préparé les restes, prends toi donc ça pour ce soir!"
Finalement, le trentenaire céda, remerciant chaleureusement les trois hommes, puis fila se changer. Moins de dix minutes plus tard, il partit de son lieu de travail, de la nourriture en main. Il devait se dépêcher de rentrer, la neige commençant déjà à tomber, avec sa demeure qui était à près d'une heure de marche..
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Le silence l'accueillit, alors qu'il ouvrit le plus discrètement possible, pour ne déranger personne..
"Surprise !!"
Le Bêta sursauta, faillit lâcher le plat, au cri de ses enfants et de son épouse, qu'il n'avait pas remarqué.
"Joyeux anniversaire papa!!" chantonnèrent Tatiana et Anastasia, bientôt dix ans, un énorme sourire aux lèvres.
"Joyeux anniversaire, Kolia.. renchérit Olga, son épouse, en venant vers lui, pour l'aider à enlever son manteau. Tu es revenu tôt.."
Le concerné hocha silencieusement la tête, ému, en allant poser la boîte qu'il tenait sur la table.
"Ils m'ont laissé partir.. expliqua-t-il, se figea en réalisant quelque chose. Ne me dis pas que.. Le médecin a dit que tu devais te reposer, Oulia!"
"Je me sens parfaitement bien! se défendit l'Omega. Tu n'as pas à t'en faire pour.."
Elle s'interrompit, courut en direction de la salle de bain, suivit de son mari. L'homme ferma immédiatement la porte derrière eux, secrètement soulagé que leurs enfants n'aient pas été témoin du déboire de leur mère. Il fit de fins mouvements sur le dos de sa compagne, dans le but de l'apaiser.
"Merci, Kolia.."
"Tu en as encore trop fait, n'est-ce pas ? devina Nikolaï, en la regardant se rincer et s'essuyer la bouche. Je t'ai pourtant dit que.."
"Maman, j'ai mis la table avec Tania et Nastia!! intervint une voix, de l'autre côté de la porte. Il y a besoin d'autre chose? Papa est déjà là ?"
La jeune femme leva brièvement les yeux vers son époux, laissa un faible sourire illuminer son visage, en ouvrant la porte.
"Ton père est avec moi, il est rentré il y a peu. Tes soeurs et toi en avez assez fait, Aliocha.. Dépêchons nous donc de manger, tant que c'est chaud !" conclut elle, en remettant sa chevelure dorée en place.
Nikolaï voulut la retenir, afin de poursuivre la conversation, mais en fut empêché par un regard de leur fils aîné Alexeï, quatorze ans. L'adolescent observa tour à tour ses parents, la mine contrariée, sans prononcer le moindre mot.
Son regard émeraude, lourd de reproches, resta plus longtemps sur son paternel, alors qu'ils s'installèrent à table, face à face. La bataille de regard dura pendant de longues minutes, le temps que la matriarche serve les benjamines. Puis au bout d'un certain temps...
"Ça suffit, vous deux ! ordonna-t-elle, en posant plus brutalement que voulu les plats. On est tous ensemble, pour une fois, alors autant éviter que ça se passe dans une sale ambiance ! Alexeï Nikolaïevitch Plisetsky, n'oublie pas qu'il s'agit de ton père, pas de l'un de tes camarades !"
Elle n'attendit pas de réponse du jeune homme, dont les joues s'étaient empourprées face au sermon, vint s'asseoir près de Nikolaï..
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"Les filles sont enfin endormies, et Alexeï finit de lire, il va bientôt éteindre.. déclara Olga, de retour dans la cuisine. Il m'a demandé si il pouvait aller réviser chez son ami, demain après-midi.."
"Il s'agit du petit Anatoli, je présume.. répliqua distraitement Nikolaï, qui finissait de préparer le thé. Tant qu'il rentre avant que je ne retourne au travail, je ne suis pas contre.."
Son épouse acquieça silencieusement, tout en prenant la tasse encore fumante qu'il lui tendait.
"Je peux m'en sortir avec les filles, Kolia.. lui rappela-t-elle. Je ne veux pas que notre fils gâche sa jeunesse avec.."
"Non! le coupa instantanément le Bêta. Tu n'es une gêne pour personne, dans cette famille, tu entends!? Alexeï est loin d'être bête, il sait qu'il doit te soutenir en mon absence..."
"Je suis tout à fait capable de m'en sortir sans avoir de chaperon, Nikolaï Vladimirovitch! rétorqua l'Omega, vexée. Je refuse d'être traitée comme une malade ou un poids mort!"
Elle se tut, inspira longuement afin de se calmer, et ajouta.
"Ça fait près de vingt ans que je fais avec les inconvénients d'être une Omega, et les cycles irréguliers, tu le sais. La naissance des enfants n'ont rien amélioré ou empiré.."
"Le prix des médicaments ont augmenté, Olia.. avoua l'homme, à voix basse. J'ai réussi à m'en procurer, mais.."
Il baissa la tête, les poings serrés sur son pantalon, se retenant difficilement de taper sur la table. Olga, un brin décontenancée par son aveu, mit un petit moment à réagir.
"Je peux tenir le coup, même en prenant moins de médicaments! Quand on s'est rencontré, c'était déjà le cas, voire pire, vu que mes parents.."
"Ton corps n'est plus aussi robuste, Olga! s'écria Nikolaï, en s'emparant des mains de son épouse. Ça risque d'être trop.."
La gorge nouée, incapable d'en dire plus, il baissa les yeux vers les mains squelettiques de sa femme, les caressa du bout des doigts.
"Je t'en supplie, accepte leur proposition.. bredouilla-t-il. Ce sont nos amis, ils font ça pour nous aider! Tu sais que tout ça n'a aucune signification pour eux.."
"Mais ça en a une, pour moi! s'exclama la blonde, en se levant brusquement de sa chaise. Je refuse d'être privée de ma liberté de choisir - de vivre - auprès de mon mari et de notre famille ! Je ne veux pas que tu.."
"Ta santé est mon - notre - unique priorité.. la stoppa le trentenaire. Ce n'est qu'un petit sacrifice, comparé à tout ce que tu endures.. Tes phéromones sont tellement instables que tu dois éviter de sortir pour ne pas être raflée par des groupes qui.."
Il eut une brève pensée pour le frère jumeau de Olga, un Omega tout comme elle, qui avait mystérieusement disparu dix-huit ans plus tôt. Ce fut également le cas pour Olga, qui le serra contre elle, pour l'empêcher d'en rajouter.
"On va trouver une solution, mon Kolia.. murmura-t-elle, à son oreille. J'ai encore quelques bijoux de côtés, on n'aura qu'à les vendre.. Tu te ruines déjà bien assez la santé avec tout ça.."
Le Bêta se mordit les lèvres, à sa remarque, percevant à peine les phéromones fruitées qu'elle dégageait, de par son second genre.
"Arrête de te dénigrer autant! s'énerva-t-il. C'est toi, la lumière de notre famille! La dernière fois que tu es restée seule, tu as failli... Comment on fera si.."
"Ça va aller, d'accord? Quoi qu'il arrive, je sais que tu pourras t'en sortir. Yuri et Sergueï seront là, pour t'épauler. Tu seras assez fort pour surmonter ça, toi qui as déjà tant traversé.."
Elle caressa doucement la joue piquante de son époux, qui ne cessait de trembler, en silence.
"Et si on allait se coucher ? proposa-t-elle. Tu dois te lever aux aurores pour le travail.. je te ferais un petit quelque chose à manger, pour le déjeuner.."
Nikolaï accéda à sa requête, comprenant qu'elle ne voulait plus ramener le sujet sur le tapis. Il la suivit jusqu'à leur chambre, espérant malgré tout, un jour, de pouvoir la convaincre de choisir la solution la plus simple.
Ses espoirs furent réduits à néant par son décès, deux mois et demi plus tard..
