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Kenji se réveilla, un brin décontenancé en constatant qu'il était seul dans le lit, soudainement trop grand à ses yeux. Il fit la moue à l'heure - bien plus tardive qu'il ne le pensait - affiché sur son portable. Décidément, la sieste de l'après-midi avait été plus longue que prévu..
Il descendit prestement du lit, couina presque à l'inconfort qu'il eut à cette partie de son anatomie. Il n'était pas loin d'envier, à ces moments-là, les anciennes traditions forçant les jeunes accouchés, tel que lui, à rester au lit tout le premier mois..
Il ricana, rien qu'à cette éventualité... Comme si il aurait pu rester immobile aussi longtemps!
Il sortit de la chambre, sans faire le moindre bruit, pour aller au salon, d'où il aperçut de la lumière. Il resta figé à l'entrée, se délectant du spectacle que sa famille lui offrait indirectement.
Takanobu, son compagnon depuis près de sept ans, était installé dos au canapé, ses jambes dépassant légèrement du Kotatsu. Il berçait leur progéniture, née il y a tout juste une semaine, avec une douceur qui contrastait avec son gabarit imposant. Il effleurait de temps à autre la fine chevelure, aussi blanche que la sienne, fredonnant des berceuses, de sa voix rauque. Il se stoppa soudainement, tourna la tête vers Kenji, sourcils froncés.
"Désolé, je ne voulais pas vous déranger dans un moment pareil.. murmura ce dernier. Ça fait longtemps que t'es au salon avec elle? Je ne l'ai pas entendu pleurer..."
Il retint une grimace, alors qu'il était venu s'agenouiller près de son époux, qui le dévisageait avec inquiétude, ayant ressenti la gêne qui l'avait habité.
"Ce n'est rien, Nobu.. le rassura-t-il. C'est beaucoup moins douloureux, maintenant.. puis, ça valait le coup de souffrir un peu, quand je la vois.." ajouta-t-il, en tapotant affectueusement les joues potelées du bébé.
L'Alpha ne put qu'acquiecer, l'ombre d'un sourire sur ses lèvres, qui s'effaça brièvement alors que le nouveau-né commença à gémir et à remuer dans ses bras. Il se sentait perdu, craignant avoir fait un quelconque geste maladroit, qui aurait pu la déranger..
"Elle doit avoir faim.. tempéra l'Omega, touché de le voir ainsi. Tu veux que je m'occupe de préparer le biberon? Tu n'auras qu'à lui donner après.."
Il fondit presque, alors que son cher et tendre accepta immédiatement sa proposition. Il se leva, faisant bien attention à ne pas faire de faux mouvements, pour filer à la cuisine. Il sursauta, en voyant que la pièce était déjà occupé..
"Maman!? s'étonna-t-il. Tu es déjà là ? Comment ça se fait!?"
Tsukasa Futakuchi dévisagea son fils, du haut de son mètre soixante-dix, un daikon dans une main et un couteau de l'autre.
"Je suis arrivé il y a une vingtaine de minutes, avec les courses.. répondit l'Omega plus âgé. Sinon, merci je vais bien et toi?"
L'ex capitaine de Date rougit légèrement au ton moqueur de sa mère, dont il avait hérité le caractère, au plus grand malheur de ses anciens coéquipiers.
"Takanobu Kun était au salon, quand je suis arrivé.. continua-t-il. Il n'a pas fait attention à ma présence, il était trop obnubilé par ma petite-fille adorée. Oh, et j'ai amené des petites choses pour ce soir.. le poisson sera apporté tout à l'heure par tes beaux-parents."
Kenji hocha distraitement la tête, écoutait d'une oreille ce que lui racontait sa mère, tout en vérifiant la température du biberon. Il avait fait le choix de ne pas allaiter, ce qui avait choqué certains de leurs proches à Takanobu et lui, préférant l'alternative des biberons. Quelques infirmières de la maternité, durant son séjour, avaient pourtant tenter de l'intéresser à ce moyen plus naturel de nourrir sa fille, en vain..
"Tout se passe bien? s'enquit Tsukasa, en le voyant rêvasser. Elle digère bien, avec ce.. substitut ?"
"Oui, elle est même plutôt gourmande.. répliqua son fils un peu sèchement, conscient de son avis sur ce moyen de nourrir la petite. Je dois aller donner le biberon à Nobu. Tu veux que je t'aide à..."
"File voir ton mari! Tu n'es pas censé faire quoi que ce soit, aujourd'hui. Et il en est de même pour mon gendre. Laissez nous - les grands-parents - gérer la préparation pour le o-iwai-zen!"
Le volleyeur abdiqua, ne voulant pas subir les foudres de sa mère, rejoignit son Alpha au salon. Les gémissements de leur fille avaient légèrement augmenté, en l'espace de quelques minutes.
"Je suis là.. intervint le plus petit, en tendant la bouteille à l'ouvrier. J'ai vérifié la température, juste au cas ou.."
L'homme taciturne fit signe qu'il avait compris, prenant le biberon au passage, puis commença à nourrir la petite. Il laissa son regard couler vers son époux, intrigué en entendant le bruit d'un portable. Il fronça les sourcils, en voyant le portable en les mains de l'Omega.
"Ben quoi!? J'ai bien droit de prendre mon cher mari en photo, non? Surtout quand tu es aussi adorable.."
Il rit alors que Takanobu leva les yeux au ciel, trouvant son explication ridicule. Celui-ci accorda le reste de son attention à leur fille buvant goulûment la bouteille, qui était bien remplie. Seul le bruit de succion se fit entendre dans la pièce, durant un petit moment, tant les jeunes parents étaient obnubilés par leur progéniture.
"Toute notre famille sera réuni, tout à l'heure, pour sa première fête en son honneur, l'o-shichiya.. murmura Kenji, brisant cet instant de calme. Tu penses qu'il vont aimer, le prénom qu'on lui a choisi?"
L'Alpha, qui avait positionné le nourrisson afin qu'elle fasse son rot, l'oberva longuement, un brin renfrogné.
"Moi aussi, je trouve qu'il est parfait pour elle, tu le sais bien.. tempéra son compagnon, complètement charmé par le petit bruit que fit leur fille, le tout sans régurgiter. Elle est tellement.. arg, ça doit être ça que voulait dire Moniwa San quand il parlait de sensations indescriptible.." ajouta-t-il pensivement, alors que Takanobu déposa leur fille dans ses bras.
L'homme à la chevelure blanche lui mit également un coussin au bas du dos, pour lui épargner tout inconfort, lui permettant de s'installer plus aisément. Une fois que ce fut fait, il se mit à frotter son nez contre la joue rebondie, ronronnant d'aise.
"Elle a prit tout ton parfum, Nobu.."
Il ferma les yeux, profitant d'avoir son Alpha et leur enfant tout près de lui, complètement détendu. Il adorait ces petits moments si intimes, de leur famille, qui satisfaisait tous ses instincts primaires...
Si leurs senpais le voyaient, en particulier Kawasaki - le compagnon de leur ancien capitaine - nul doute qu'ils seraient surpris de le voir aussi doux. Jamais, durant toute sa scolarité et hors du cadre privé, il ne s'était permis d'agir ainsi. Ce privilège était accordé à sa mère et sa soeur, et les amours de sa vie..
"Kenji!! intervint Tsukasa, venu à l'entrée du salon. C'est bientôt l'heure, tu.."
La fin de sa phrase mourut sur ses lèvres, attendri par l'image de son bébé - qui n'en était plus un - avec sa propre famille. Il sortit son téléphone, il faisait parti des vieux modèles qui ne faisait aucun bruit, pour prendre une photo. Il la regarda, son coeur gonflé par l'émotion, chuchota..
"Notre fils a tellement grandi, Kenta.. si seulement tu étais là pour le voir.."
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"Hey Ken Chan! T'as l'air en forme !"
Le susnommé rit nerveusement à la remarque de sa belle-soeur, Satomi, tandis qu'il la laissa entrer, suivit par le reste de la famille Aone, tous des Alphas.
"On fait aller.. répondit il. Nobu m'aide énormément, vu qu'il ne travaille pas en ce moment. Bonjour à vous père, mère...."
Il s'inclina brièvement - du moins autant qu'il le pouvait - devant ses beaux-parents et son beau-frère Shinobu, qui lui rendirent ses salutations.
"N'écoute pas les propos de Satomi, Kenji Kun.. intervint gentiment Yukinobu, son beau-père. Elle a du mal à comprendre ce que tu peux vivre, bien que ce soit mon cas aussi.. Et, il est vrai que pour les Omegas masculins, la récupération est censée être moins facile.."
"Tu ne fais guère mieux que notre fille.. rétorqua Takami, fit un sourire navré à son gendre. Ignore donc ces deux bourrins. Nous avons apporté le poisson, il est déjà cuisiné, il n'y a plus qu'à le disposer avec le reste des plats. On a également amené à boire, comme convenu avec Tsukasa San.."
Les joues roses, embarrassé, Kenji les remercia maladroitement, puis leur indiqua où se trouvait leur dernier fils. Ils se dirigèrent tous les cinq jusqu'au salon, dans lequel était présent sa mère et Haru, sa petite soeur, qui veillait sur sa nièce.
La mère de Takanobu alla mettre ce que sa famille et elle avait apporté sur la table, qui croulait déjà sous de multiples victuailles. Plusieurs plats de sekihan - Tsukasa avait eu légèrement la main lourde - ainsi que divers sashimis étaient en place. C'était un o-iwai-zen de toute splendeur, à l'instar de la petite célébrée du jour, selon l'humble avis de l'Omega de la maison.
"Oh, Takanobu apporte le meimeisho ! s'exclama Yukinobu, s'attirant le regard de toute l'assemblée. N'étiez vous pas censé être le nazuke oya, Tsukusa San?" ajouta-t-il, étonné, en direction de l'Omega plus âgé.
Ce dernier secoua négativement la tête, tout en observant sa petite-fille, paisiblement endormie contre sa tante.
"Je ne pouvait pas prendre sa place pour un tel événement.. avoua-t-il. Je suis certain que nos fils, enfin votre fils, a fait un choix tout à fait judicieux, pour elle.."
L'Alpha féminin acquieça, l'air peiné, tout en posant sa main sur celle de l'homme, pour tenter de le réconforter.
"Maman, tout va bien? s'inquiéta Kenji, qui avait perçu son désarroi. Tu veux que.."
Sa mère le stoppa d'un bref signe de la main, ne souhaitant pas l'ennuyer encore plus, un doux sourire aux lèvres.
"Ne t'en fais pas pour moi... le rassura-t-il. Ça va commencer. J'ai hâte de voir ce que ça va donner!"
Les deux familles se rassemblèrent autour de Takanobu, mais pas trop non plus, alors que le bloqueur déposait le meimeisho sur une table, prévu à cet effet. Kenji et lui avaient décidé d'utiliser, comme la tradition l'indiquait, une feuille de hôshoshi, ignorant le côté coûteux de la tâche. Il plia le papier en trois volets, écrivant sur celui le plus à gauche meimei. Au milieu, il nota son nom et celui de sa fille - pour elle en kanjis et hiraganas - sans oublier sa date de naissance. Enfin, sur le dernier volet, la date du jour et les noms des jeunes parents furent inscrits. Les feuilles furent repliés les unes sur les autres et enveloppé dans un second hôshoshi, sur lequel fut de nouveau écrit meimei.
De légers et chaleureux applaudissements retentirent, alors que Takanobu acheva le tout. Il alla accrocher le papier dans le tokonoma, où il devrait rester jusqu'à la seconde célébration qui aurait lieu des semaines plus tard, l'o-miyamairi.
Kenji jeta un coup d'oeil vers sa mère, dont la réaction ne se fit pas attendre, à la vue du prénom.
"Koumei.. élevé et lumineux.. murmura-t-il. Vous avez parfaitement trouvé, ton mari et toi. Ton père serait fier de vous."
Il ébouriffa la chevelure de son fils, bien que celui-ci le dépassait d'une bonne quinzaine de centimètres, l'air ému.
"Tu.. tu crois? bredouilla le volleyeur avec inquiétude, rejoint par son compagnon qui, malgré sa mine inexpressive, ressentait la même chose. Je.. c'est surtout Takanobu qui a.."
"Ça ne me fait qu'une raison de plus d'être sûr que tu as choisi la bonne personne pour être à tes côtés.. Et que ça aurait rassuré ton père, vu à quel point il vous aurait surprotéger, ta soeur et toi."
Le plus petit Omega rit en voyant des rougeurs apparaître sur les joues de son gendre, qui était embarrassé par de tels compliments.
"Je n'en mérite pas tant.." marmonna ce dernier, surprenant tout le monde, lui qui parlait peu.
"Vu le caractère de mon fils et sa réticence à vouloir se fier aux autres, ce n'est pas assez! rétorqua Tsukasa, ignorant le glapissement outré du concerné. Et si on allait manger? La petite se repose, profitez en!"
L'Alpha de la maison obtempéra silencieusement, non sans avoir jeté un oeil sur la petite endormie, qui était dans le berceau, déplacé au salon pour l'occasion. Il faillit sursauter en sentant une main se faufiler dans la sienne, celle de son cher et tendre, qui posa la tête sur son épaule, profitant que personne ne les regardait.
"Merci d'être là, Nobu.."
La grande main serrant plus fort celle de Kenji, en guise de réponse, ce qui était bien suffisant aux yeux de ce dernier.
Parfois, nul besoin de paroles, quand les actes étaient là...
