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Français
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2021-12-27
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Lire entre les lignes

Summary:

Kageyama est égoïste.

C’est ce qu’il se dit quand il laisse Hinata s’assoir tellement près de lui qu’ils finissent collés. Hinata parle de tout et de rien, son repas terminé. Kageyama mâche avec attention en essayant de se concentrer sur sa nourriture plutôt que sur la boule d’énergie appuyée sur lui, pratiquement blottie contre son torse.

Notes:

C'est encore une traduction, merci à murakamism de m'avoir laissé traduire son travail !
//
It's an other translation, thanks to murakamism for letting me translate their work !

Work Text:

Ça n’est que pour une fraction de seconde, mais Kageyama voit tout.

Hinata bondit en fendant l’air et se cambre comme s’il déployait ses ailes pour s’envoler.

Le ballon quitte le bout des doigts de Kageyama, tourbillonne dans l’air et s’arrête d’un coup -

Un bruit sourd.

De la palme de sa main, Hinata frappe le ballon et il percute le terrain adverse, non contré. Les deux équipes restent silencieuses pendant un court moment. Mais Kageyama n’a pas besoin de regarder le ballon pour savoir que le point est valide, il n’a pas besoin de regarder les expressions stupéfiées en face de lui.

Tout ce qu’il voit, c’est Hinata, figé dans les airs pendant cette seconde qui semble éternelle. Sa tête : d’abord froncée de concentration, ses yeux bruns aiguisés comme ceux d’un oiseau de proie et tout aussi dangereux ; puis l’euphorie, sa bouche déformée par un large sourire et les yeux pétillants qui le font paraître encore plus jeune qu’il ne l’est vraiment.

Aussitôt retombé au sol, il se tourne vers Kageyama, croise son regard, et ils se mettent à crier de toutes leurs forces. Hinata jette son poing dans les airs. Kageyama répond quelque chose en criant-même pas quelque chose de cohérent, juste un « whoooo ! »- puis Tanaka donne une tape si forte dans le dos d’Hinata qu’il en trébuche presque. Mais il rit, ils rient tous, et même Kageyama à envie de taper dans la main de ses coéquipiers. Ils ont gagné. Ils ont gagné.

La sensation est addictive bien que ce soit la même à chaque fois. Kageyama réalise tardivement que même si les encouragements des spectateurs sont assourdissants, tout ce qu’il voit, c’est Hinata qui court vers lui.

Celui-ci pousse un cri de guerre et fonce tête la première dans Kageyama. Il est renversé par l’élan, et Hinata se retrouve au-dessus de lui. C’est probablement Nishinoya qui rit derrière eux, et Kageyama jurerait entendre Tsukishima grogner, mais soudainement tous les bruits sont étouffés autour de lui.

Les cheveux d’Hinata tombent sur son visage, ses yeux sont toujours aussi grands et il parle beaucoup trop vite. « On a gagné, Kageyama ! On a gagné on a gagné on a gagné ! »

Kageyama a subitement envie de l’embrasser. Il n’est pas sûr d’où l’envie vient, mais avant qu’il puise ne serait-ce que lever la tête, quelque chose de lourd leur atterri dessus. Nishinoya se jette sur le dos d’Hinata, ce qui le fait glousser, puis Tanaka se rajoute à la pile pendant que Suga empêche Daichi de les séparer au moins juste pour un moment.

Voilà autre chose qui fait que la victoire vaut le coup. Les anciens coéquipiers de Kageyama ne l’avaient jamais félicité comme ça-Pas depuis la première année de collège, pour être honnête- et pour un court moment, il a le cœur serré, mais c'est une douleur positive. Peut-être qu’il ne va pas trop reprocher aux deuxièmes années de leur avoir sautés dessus. Peut-être.

Hinata fini par se relever et si Kageyama n’était pas si surpris par la situation, il aurait attrapé son poignet, lui aurait demandé de rester.

Mais ce scénario est ridicule. Kageyama se fige, et se laisse porter hors du terrain.

 

Il n’y aura pas d’autres compétitions avant plusieurs mois. C’est trop loin, et l’euphorie post-victoire est trop forte pour s’inquiéter du futur. En plus, Kageyama peut maintenant essayer de se concentrer sur ses études. Tu es un lycéen avant tout, Kageyama entend déjà le discours de sa mère.

Il laisse échapper un petit rire sarcastique.

Hinata se rend chez lui avec l’excuse d’une session de révision. Bon, ils ont tous les deux besoin de réviser, mais ils ne vont certainement pas s’y mettre. Hinata est concentré sur l’un de ses anciens jeux vidéo. Il refuse de se tenir tranquille, il gigote constamment et fait de grands mouvements de bras à chaque fois qu’il veut appuyer sur un bouton de sa manette. Kageyama a joué contre lui les onze premières parties –six victoires et cinq défaites- jusqu’à ce qu’il en ait eu marre et laisse Hinata battre son record.

Evidemment, les manuels ouverts sur le bureau sont oubliés depuis longtemps. Kageyama observe Hinata qui joue à côté de lui. Il ne reste vraiment pas tranquille, et Kageyama est sûr qu’il a bougé d’au moins dix centimètres de là où il était il y a cinq minutes.

Une multitude d’expressions passent sur le visage d’Hinata. Il laisse parfois échapper de petits bruits et son nez et ses sourcils se froncent. A d’autres moments, lâche de stupides « wahhh », ouvre grand les yeux et se balance en arrière en tombant presque.

Il ressemble beaucoup à un petit enfant, et il manque de donner des coups à Kageyama beaucoup trop de fois à son goût avec ses gesticulations incessantes qui l’agacent fortement. Hinata lâche la manette, appuie machinalement sur pause et Kageyama s’avance brusquement vers lui.

« Waaah, Kageyama, on dirait un troll là- »

Hinata attrape le poignet de Kageyama et presse son autre main dans la sienne. Ils se battent devant la télé en roulant l’un sur l’autre, et se cognent presque contre la table. Kageyama essaye de coincer Hinata sous son coude, mais celui-ci se baisse juste à temps pour l’éviter et rit, à bout de souffle. Il jette Kageyama à côté de lui, essaye de lui grimper dessus, mais se fait balayer les jambes.

Kageyama s’attend à le voir en colère, gigotant comme un animal sauvage, mais Hinata rit juste. Son corps tremble si fort qu’il en a du mal à respirer. Il a les larmes aux yeux et se tient les côtes.

Est-ce que Kageyama doit se sentir offensé ? Il fixe Hinata, hébété et confus, et juste un peu découragé. Hinata le regarde et rit de plus belle.

« Quoi ? », grogne Kageyama en tirant l’oreille de l’autre garçon. Hinata glousse et essaye d’arrêter son rire. Il a encore les épaules tremblantes, mais essaye de se retenir de rigoler pleinement. Il se mord la lèvre si fort que Kageyama se dit qu’il en saigne peut-être, et il a l’étrange désir de presser ses doigts contre cette bouche rouge.

Après tout, Hinata et allongé sous lui. Ses yeux bruns pétillent lorsqu’il regarde Kageyama, et celui-ci est si proche qu’il peut voir son reflet dedans. Hinata fredonne, pensif, mais ne répond rien.

Hinata rayonne de bonheur. Il a un regard qui semble étrangement familier à Kageyama. C’est un regard qu’il lui lance parfois après une bonne basse – pas tout le temps pendant un match, mais parfois juste en entraînement, quand ils décident de jouer seul au parc, ou quand ils arrivent en avance au gymnase.

Il ne saurait dire ce que ce regard signifie, mais il fait manquer un battement à son cœur, et il a soudainement la gorge sèche. Le silence dure depuis un petit moment. Est-ce que c’est lui, ou est-ce que l’air autour d’eux semble plus lourd ?

« Kage-»

Hinata parle au moment où Kageyama se relève avec un grognement. Il n’avait pas voulu l’interrompre, mais c’est comme si sa peau avait commencé à le brûler au contact d’Hinata. Les paume de ses mains sont moites, peu importe le nombre de fois où il les essuie sur son pantalon. Hinata avait l’air tellement innocent, si invitant, et cette simple pensée fait voler en éclat quelque chose à l’intérieur de Kageyama.

Quoi que ce soit, il ne sait pas ce que c’est.

Kageyama refuse de regarder Hinata dans les yeux. Celui-ci fait un petit son mécontent. Ça fait sursauter Kageyama, mais il refuse toujours de lui faire face. Hinata crapahute pour arriver devant lui, et avance la tête dans son espace personnel pour tenter d’attirer son regard. Kageyama tourne la tête, déglutit, et tourne à nouveau la tête suite à un nouvel essai d’Hinata.

« Qu’est-ce qu’il t’arrive ? » demande Hinata, la voix pleine d’innocence et de curiosité. Kageyama grommèle quelque chose d’intelligible. Hinata pose son menton sur l’épaule se son ami et celui-ci déglutit difficilement.

Beaucoup trop d’images défilent devant ses yeux, beaucoup trop de sensations également.

Hinata, les yeux grand-ouverts et en sueur après une victoire, qui bloque la lumière des projecteurs du stade en renversant Kageyama. Hinata, qui lui sourit juste après avoir frappé un ballon qu’il lui a envoyé. Hinata, si petit sous lui, qui le regarde avec ce regard chargé d’espoir, la bouche ouverte, essayant de se remettre d’un fou-rire.

Hinata est proche. Hinata est beaucoup trop proche.

Mais Kageyama réalise qu’il veut qu’il le soit encore plus.

C’est une pensée dangereuse, se dit Kageyama.

« T’es si dégoûté que ça d’avoir perdu ? Parce que si tu continues à bouder, je vais manger ton goûter… »

Hinata se précipite de l’autre côté de la pièce. Kageyama essaie de se tourner et de lui attraper la cheville, mais n’est pas assez rapide. Hinata plonge dans son sac et commence à le vider jusqu’à trouver la nourriture que Kageyama avait gardée pour plus tard.

« Eh, c’est à moi ! » s’écrie Kageyama, en tendant la main. Une fois qu’Hinata lui tire la langue et est de manière générale pénible, c’est bien plus facile de respirer. Pourquoi Kageyama avait voulu l’embrasser déjà ?

De toute façon, il est content de la distraction et que le battement de son cœur retrouve une cadence normale. Ça devait juste être une coïncidence, une conséquence du fait qu’ils s’agitaient dans une petite pièce où il faisait bien trop chaud.

« Rends-moi ça, espèce de voleur ! »

« T’es trop lent, Kageyama ! »

Hinata finit par lui jeter la brique de lait à la tête. Il l’attrape, se renfrogne, et Hinata fait une blague à propos de son air « si terrifiant ».

Ils finissent par ne pas du tout avancer dans leurs devoirs, mais font deux courses de plus – Ils en gagnent une chacun. Plus tard, quand Hinata lui dit au revoir avec ce sourire lumineux aux lèvres, Kageyama ignore la façon dont son cœur fait des soubresauts dans sa cage thoracique.

Kageyama pense qu’il est peut-être malade. Ça doit être une indigestion, ou la grippe intestinale, ou un coup de chaleur ou quelque chose comme ça. Parce que s’il n’est pas malade et que c’est ce qu’il pense être-

Il est dans le pétrin.

 

Hinata est avenant.

Kageyama ne l’est pas.

Et c’est clairement le problème.

Hinata est l’ami le plus proche qu’il a depuis longtemps, très longtemps. Hinata est celui qui voit à travers sa façade, celui qui a débarqué dans sa vie et s’est accroché à lui avec une poigne de fer. Hinata est le feu et le soleil, un tourbillon que même Kageyama a parfois du mal à suivre.

C’est un idiot, mais il est bon (et adorable, et incroyable et plein d’autres chose que Kageyama ne lui avouera jamais ; rien que l’idée le fait rougir) et s’entend avec tout le monde.

Hinata est collant et très tactile. Il parle souvent pour ne rien dire. Il aime se coller à Nishinoya, bras dessus bras dessous. Il fait des checks élaborés avec Tanaka et reçois des tapes dans le dos. Ses sourires brillent plus fort que le soleil quand Suga lui ébouriffe les cheveux. Il se blottit même parfois contre Yachi en parlant de ce qu’il aime, les yeux pétillants. Il traîne même avec Yamaguchi épaule à épaule (enfin plus épaule à bras dans son cas).

Sans parler de ses camarades de classe, ses amis en dehors du club de volley, et ses amis des équipes en dehors de Karasuno. Il est naturellement sociable, chaleureux et câlin et le fait que Kageyama veuille tout le temps le toucher, vraiment le toucher et dans un sens pas platonique le fait se sentir mal.

Hinata mérite tellement mieux (mais il y a si peu de personne qui le méritent), il devrait peut-être juste laisser tomber. Il essaye, il essaye très fort, mais c’est difficile : ça le laisse dans un état de désespoir et le met de mauvaise humeur pour le reste de la journée.

Mais il ne peut pas l’ignorer – ça lui fait trop mal. L’idée même d’Hinata vraiment en colère contre lui, ou même assez contrarié pour pleurer, fait réaliser à Kageyama qu’il ne se pardonnerait jamais.

C’est injuste.

C’est vraiment injuste.

 

Kageyama est égoïste.

C’est ce qu’il se dit quand il laisse Hinata s’assoir si près de lui qu’ils finissent collés. Hinata parle de tout et de rien, son repas terminé. Kageyama mâche avec attention en essayant de se concentrer sur sa nourriture plutôt que sur la boule d’énergie appuyée sur lui, pratiquement blottie contre son torse.

Hinata a des miettes sur le coin de la bouche, presque sur son menton. Les doigts de Kageyama tressautent. Il a envie de les essuyer et d’insulter Hinata pour sa manière de manger qui est semblable à celle d’un enfant de cinq ans-

Hinata s’interrompt en pleine phrase et se fige.

Avant que Kageyama ne se rendre compte de ce qu’il fait, il tend la main et se débarrasse délicatement des miettes. Hinata lève les yeux vers lui, le regard interrogateur. Kageyama l’évite : il ne veut pas qu’il voit, qu’il réalise ses sentiments pour lui.

« On dirait un enfant de cinq ans », grommelle Kageyama en retirant sa main le plus vite possible. Hinata souffle mais n’insulte pas Kageyama de pervers bizarre. Pour une fois, le passeur est content de l’ignorance d’Hinata quant aux sentiments.

« Et t’as la taille qui va avec », ajoute Kageyama parce qu’insulter les autres c’est tellement plus simple que de confronter ses sentiments. Hinata fait un bruit indigné et lui rétorque qu’au moins, lui il n’est pas moche.

Heureusement, aucun ne prend les piques au sérieux et aussitôt ils reprennent leurs chamailleries.

C’est bien les chamailleries. C’est habituel. C’est familier.

Et quand Kageyama empêche Hinata de le frapper en lui attrapant la main, il essaye tant bien que mal de repousser la sensation d’agréable chaleur qui éclot près de son cœur.

Ça n’a rien d’inhabituel et c’est ce qui soulage la culpabilité de Kageyama.

 

« Hé, Kageyama, envoie-moi la balle ! »

À l’approche de l’été, les jours sont de plus en plus longs. Ils finissent l’entraînement avant le coucher du soleil, mais Hinata veut continuer à jouer tant qu’il fait encore jour. Kageyama n’y voit pas d’inconvénient, il n’est pas encore complétement épuisé et voudrait pouvoir jouer pour toujours (même si c’est plus ce que dit Hinata).

Comme le gymnase est verrouillé il doivent trouver un autre endroit pour jouer. Il y a assez de place dans le parc d’à côté, et ils se font des passes simples. Ils n’y mettent pas vraiment d’énergie, ne jouent pas réellement jusqu’à ce qu’ils se défient de lancer le ballon le plus haut possible.

Ça se retourne contre eux quand ils coincent le ballon dans un arbre. Hinata grogne et l’accuse.

« Tu l’as lancé tu vas le chercher ! »dit Hinata, en le montrant du doigt. Kageyama fronce les sourcils.

« C’est pas moi qui l’ai balancé dans l’arbre, idiot »répond l’autre en lui jetant un regard noir. Hinata se renfrogne mais son visage s’illumine quand une idée le frappe.

« Je sais ! Celui qui arrive à le récupérer doit nous payer à boire !» Il se lève d’un coup, et ne tient plus en place, comme le ferait un enfant, Kageyama cache un sourire attendri.

« Bon, d’accord. »

Hinata saute haut, plus haut que jamais mais reste trop petit pour atteindre le ballon. Le passeur trouve une branche, la lève et essaye de le faire tomber avec.

Il saute au même moment qu’Hinata mais ils n’y arrivent toujours pas. Hinata fronce les sourcils. Il réessaye mais saute trop loin et entraîne Kageyama dans sa chute. Ils tombent dans l’herbe, l’un sur l’autre, et Hinata agrippe le t-shirt de l’autre garçon par réflexe.

Kageyama grogne et quand il ouvre les yeux, voit juste le bleu du ciel.

« Désolé », s’excuse Hinata. Il glousse et ne semble pas très désolé. Kageyama a encore le souffle trop court pour répondre quoi que ce soit. Soudain, Hinata s’avachit sur lui pour l’embêter et fait se plaindre Kageyama.

« Mais dégage ! T’es lourd ! »

Il n’est pas lourd du tout. L’herbe lui chatouille la nuque et les cheveux d’Hinata lui chatouillent le menton. Il sent ses respirations contre sa clavicule. Est-ce qu’Hinata sent son cœur marteler dans sa poitrine ? Est-ce qu’il l’entend déglutir quand ses lèvres ont effleuré son cou ?

« Chuis fatigué », grommelle Hinata.

« Si t’es fatigué dégage de moi et rentre. »

« Nan. »

Kageyama pourrait facilement le chopper et le déposer à côté de lui. Mais il ne le fait pas. Il soupire -pas trop profondément étant donné qu’Hinata est toujours sur lui- et fait un son vaguement ennuyé. Dans quelques minutes, le soleil se couchera et il aura une excuse pour rentrer chez lui.

Mais là, Hinata est blotti sur lui. C’est un poids mort sur le corps engourdi de Kageyama, mais sa respiration calme atténue l’atmosphère bruyante dans laquelle ils se trouvent.

Kageyama est égoïste. Il profite du peu qu’il peut avoir.

Il arrache des brins d’herbes. Il a terriblement envie de poser sa main juste au creux des reins d’Hinata, pour le garder en place. Pas qu’il en ait besoin, puisqu’il ne bouge pas.

« Kageyama », dit Hinata. Tout est calme, si calme que Kageyama l’entend à peine. Mais s’il l’entend, c’est parce qu’il est sensible à tout ce qu’il fait.

Cette douce et petite voix ne lui va pas bien, pense Kageyama. Hinata est voyant, bruyant et sa présence prend plus de place que son corps. Même quand il hésite, même quand il est inquiet ou effrayé ou anxieux, il n’est jamais aussi calme, aussi vulnérable.

Kageyama se souvient brièvement d’avoir plaqué Hinata par terre, celui-ci lui faisant tourner la tête et le regardant avec son regard brun aiguisé. Il avait prononcé le nom de Kageyama de ce même ton doux et calme, mais Kageyama ne l’avait pas laissé finir-

Parce qu’il avait peur.

Est-ce qu’Hinata peut le percer à jour ?

« Oui ? », répond Kageyama après un long moment. Il essaye de faire correspondre leurs respirations. Il a les mains froides et moites, et il dégluti. Ils sont allongés l’un sur l’autre dans un jardin public, juste avant le coucher du soleil, juste à côté d’un groupe de gamins qui joue au foot.

Mais la Terre arrête de tourner, comme toujours quand Hinata est avec lui.

« Je me suis bien amusé aujourd’hui », dit Hinata en plongeant sa tête dans le creux du cou de Kageyama. Celui-ci retient sa respiration et expire avec assurance pour essayer de contrôler les battements de son cœur. Il lève la main et la laisse en l’air juste au-dessus du dos d’Hinata.

« Moi aussi » il répond, même si cette journée n’avait rien de vraiment particulier par rapport aux autres.

(Mais ça n’en fait pas un mensonge.)

« Viens on… se refait ça. »dit Hinata. C’est gênant mais sincère, un peu timide.

« Idiot. C’est toujours ce qu’on fait. »

Oh et puis merde, pense Kageyama, et met sa main sur le dos d’Hinata. Il sent la chaleur qui émane de lui malgré son tee-shirt. Il transpire un peu, mais c’est aussi son cas et il s’en fiche pas mal.

Hinata pouffe.

« C’est vrai. »

Kageyama a la soudaine envie qu’Hinata le regarde. Il sent son sourire contre la peau de son cou.

Son cœur bat la chamade, mais peu importe : il est heureux. Kageyama ressens ce bonheur que seulement Hinata peut lui procurer.

Il ne se résout même pas à se sentir coupable.

Hinata fredonne, probablement parce qu’il est sur le point de s’endormir, et se blottit encore plus contre lui.

Kageyama sais qu’ils devraient se lever et rentrer chez eux, prendre leur repas et un bain chaud. Il voudrait bien accuser Hinata, mais c’est de sa faute, parce qu’il veut le garder contre lui aussi.

C’est à cet instant qu’il réalise. Cette pensée émerge de son esprit comme un nageur à la recherche d’oxygène. Il se le dit sans laisser échapper un son et se rend compte que c’est ça.

Il aime Hinata. Il l’aime beaucoup.

Cette réalisation provoque une douleur dans sa cage thoracique, mais une douleur agréable. Il empoigne le dos du tee-shirt d’Hinata, comme s’il voulait communiquer ses sentiments du bout des doigts.

Hinata prend une grande inspiration et commence à se relever. Mais Kageyama laisse sa main là où elle est. Il le regarde se lever en s’aidant de ses coudes. Ils se regardent.

« On a récupéré le ballon ? »demande Hinata en levant la tête vers l’arbre. Leur ballon est toujours là-haut. Il ronchonne.

« On a qu’à la récupérer demain. »propose Kageyama. Hinata hoche la tête.

« J’ai faim. »

Ils enlèvent la poussière de leurs vêtements et se lèvent en rassemblant leurs affaires. C’est un vieux ballon de volley en train de se déchirer de partout de toute façon. Hinata en a deux neufs chez lui. Ils descendent la rue, Hinata baille. Il laisse ses bras se balancer et le dos de sa main frôle celui de Kageyama de temps en temps.

Kageyama se demande si Hinata veut peut être le toucher aussi. Hinata, qui a plein d’autres amis mais choisit de manger avec lui à midi. Hinata, qui vient chez lui quand il n’y a personne, joue à ses jeux vidéo, mange tout ce qu’il a et le fait se sentir moins seul. Hinata, qui lui fait 100% confiance et même plus, qui le regarde dès qu’ils marquent avec leur attaque rapide, qui joue au volley avec lui tous les jours.

Est-ce qu’il-

Hinata l’entraine dans un magasin par le poignet. La peau de Kageyama brûle quand ils se touchent-

Est-ce qu’i l’aime aussi ?

« Arrête de rêvasser, Bakageyama, on dirait un zombie. Tu vas faire peur à tout le monde. »

C’est dur à dire parce qu’Hinata est beau et fougueux et Kageyama ne pense pas le mériter, mais…

Mais Kageyama est égoïste.

Il agrippe la main d’Hinata et entrelace leurs doigts. Il s’attend à un regard interrogatif, un questionnement de sa santé mentale, ou du pur dégoût parce qu’il n’est pas du genre tendre, il n’est pas agréable, les gens n’aiment pas traîner avec lui.

À la place, Hinata sourit, rayonne plus fort que le soleil et serre sa main.

Kageyama a envie de lui demander si son cœur se serre quand il le voit comme le sien fait. Il sait que c’est une question bête, parce que pourquoi le cœur de qui que ce soit se serrerait à la vue de Kageyama ? Mais Hinata a comme regagné la vie, plus aucune trace de fatigue dans les yeux, et Kageyama n’a pas d’autre choix que de lui tenir la main, traîné dans les allées de la supérette.

Hinata ne fait rien hors de l’ordinaire ; il parle de volley, de la difficulté de son contrôle de maths et de la calvitie de plus en plus voyante de son prof principal. Kageyama le laisse parler jusqu’à ce qu’ils se mettent à débattre sur si les goûts de laits avaient vraiment le goût supposé.

Ils râlent et se chamaillent en se tenant la main. Hinata fait parfois se balancer leurs mains.

Ils finissent par se taire par manque de sujet de conversation. Kageyama ne veut pas s’imaginer des choses, il ne veut pas profiter du fait qu’Hinata soit naturellement tactile et affectueux, mais d’un autre côté, il ne veut pas lâcher la petite main qu’il a dans la sienne.

Ils atteignent le carrefour où ils doivent se séparer. Kageyama se fige avant qu’Hinata ne puisse lui dire au revoir.

« Hinata »il dit d’une voix rauque. Il se racle la gorge, et Hinata penche la tête sur le côté en s’arrêtant.
Je t’aime.

« Bonne nuit, »dit doucement Kageyama. Hinata hoche la tête et retire lentement ses doigts. Kageyama est tenté de ne pas le laisser faire, de l’agripper jusqu’à ce qu’il lui demande d’arrêter. Mais il ne le fait pas.

Sa peau est froide sans la main d’Hinata.

« Bonne nuit. »Hinata sourit et ajuste son sac. « À demain ! »

Kageyama hoche la tête, et parce qu’il ne sait pas quoi dire d’autre, part sans rien ajouter.

 

Rien ne change entre eux, à part le fait qu’Hinata aime lui tenir la main plus souvent. Son cœur fait un numéro de gym à chaque fois, et ses mains meurent d’envie de toucher Hinata partout.

Il a toujours envi de l’embrasser, de prendre se tête entre ses mains et de presser leurs lèvres les unes contre les autres, mais dès qu’il y pense, il rougit et essaye de l’ignorer. D’oublier.

Ils jouent au volley, s’entraîne à de nouvelles attaques, mangent ensemble le midi, rentrent ensemble, se disputent à propos de trucs stupides, font la course tout le temps et parfois se tiennent la main.

Quand Hinata se colle contre lui, Kageyama ressent tous ses mouvements comme multipliés par deux.

Quand ils font un match amical, il capte chaque détail, tout ce qu’Hinata fait en une demi-seconde.

Course. Feinte. Saut. Ballon. Smash.

Point. Victoire.

Cris.

Encore une fois, Hinata cours vers lui et lui saute dessus. Kageyama s’attend à être renversé, mais ne l’est pas. À la place, Hinata rigole, lui fait un câlin et blottit sa tête dans son torse. Kageyama n’est pas habitué aux câlins et c’est particulièrement gênant à cause de leur différence de taille, mais il essaye. Il enroule ses bras autour d’Hinata et pose tendrement la tête sur la sienne. C’est la première fois qu’il fait ça, et il sent Hinata se figer.

Mais il continue.

Je t’aime, il murmure dans les cheveux d’Hinata.

Hinata ne saura probablement jamais qu’il a essayé de dire quoi que ce soit.

Leurs adversaires les félicitent, et demande la revanche. Tout le monde est d’accord pour un autre match, et Kageyama se remet à penser au volley.

Sauf qu’il a toujours la sensation des cheveux d’Hinata contre ses lèvres, ou des bras d’Hinata autour de ses épaules et sa tête contre son torse.

Ce soir-là, Kageyama se sent bien. Son corps picote de partout-mais ce n’est pas l’épuisement, plus l’excitation. Ukai leur dit qu’ils ont bien joué et qu’ils doivent aller se reposer. Demain c’est dimanche donc ça veut dire pas d’entraînement.

Mais Hinata va probablement l’appeler et finir à encore se faire des passes ou un truc du genre.

Malgré tout, Kageyama s’en fiche même s’il est si fatigué qu’il baille déjà. Hinata sautille à côté de lui, toujours plein d’énergie, comme s’il ne venait pas de jouer deux matchs.

Une petite main vient se glisser dans celle de Kageyama.

Il regarde en bas et croise le regard timide d’Hinata. S’il se concentrait sur son visage sous la lumière des lampadaires (ce qu’il fait totalement), il pourrait voir un soupçon de rouge sur ces joues.

C’est si adorable que Kageyama serre sa main plus fort encore.

« Je t’aime aussi, »murmure Hinata, juste assez fort pour qu’il puisse l’entendre.

Kageyama se sent rougir. Son cerveau cesse de fonctionner pendant approximativement cinq secondes parce que putain Hinata l’a entendu.

Putain, Hinata l’aime.

Il l’aime aussi.

« T-t’en a mis du temps, idiot. »Kageyama est parfaitement conscient qu’il n’est pas en position de dire quoi que ce soit, mais il s’en fiche. C’est tout ce qu’il peut dire parce que soudainement il sait qu’Hinata l’aime en effet, qu’en effet il veut le toucher, rougit à la pensée de Kageyama.

Le soulagement fait faiblir ses genoux.

« Au moins moi je suis capable de le dire à haute voix, »répond Hinata, les joues toujours aussi rouges.

« M-mouais. »

Ils arrêtent de marcher en plein milieu de la rue. Ils se fixent, gênés, embarrassés et globalement tendus. Ils se tiennent toujours la main et Hinata tire celle de Kageyama pour le faire se rapprocher.

« Tu l’as pas vraiment dis du coup… » Suggère Hinata, les yeux brillants malgré la lumière agressive du lampadaire. Kageyama en a le souffle coupé.

« Je-»

Hinata a les yeux grand ouverts et pleins d’espoir, et Kageyama n’a cette fois aucune envie de cacher ce qu’il ressent.

« Je t’aime. »

Ça vient tout seul. C’est véritable. Il se sent léger et comme rempli de nuages.

Hinata sourit, au début lentement et doucement et puis vient son plus grand sourire.

Cette image est gravée dans le cerveau de Kageyama et même à l’intérieur de ses paupières. C’est l’un des nombreux sourires d’Hinata ; pas inconnu, mais ça n’enlève rien à sa beauté.

Il a souri parce que Kageyama lui a déclaré son amour.

Kageyama lui sourit en retour.

Il se demande s’il a vraiment besoin de demander à Hinata de rester. Il serait resté de toute façon. Il serait resté et aurait attrapé la main de Kageyama et l’aurait aimé en retour parce qu’il est Kageyama, grincheux, pas agréable, asocial et imparfait.

Mais quand est-ce que ça n’a pas été le cas ?