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La danse des cygnes

Summary:

Hermione se rend au bal de Noël avec Fleur, ce qui n'est pas sans conséquence sur la suite des événements.

Notes:

Ce texte a été écrit pour Félicia dans le cadre du Secret Santa organisé par le FoF, j'espère que ça te plaira !

Work Text:

Fleur Delacour parcourait les couloirs froids et humides de Poudlard à toute vitesse, bousculant au passage les quelques derniers élèves retardataires qui rejoignaient leur premier cours de la journée. Risquer de faire perdre des points à leur maison n'empêcha pas certains d'entre eux de se retourner sur son passage, complètement subjugués – un Poufsouffle rougissant essaya même de se dresser sur son chemin. Fort heureusement, Fleur parvint à l'éviter d'un élégant pas sur le côté et poursuivit sa route sans un regard en arrière.

Elle ne s'arrêta que lorsqu'elle eut franchi les portes de la bibliothèque et s'appuya contre le mur pour reprendre son souffle.

C'était de plus en plus épuisant. Elle ne pouvait pas faire un pas dans cette maudite école sans que tous les regards se braquent sur elle. Elle était certes habituée à ce qu'on lui manifeste de l'intérêt, et ce depuis son plus jeune âge – elle pouvait remercier son héritage Vélane pour cela – mais jamais auparavant cela n'avait atteint de telles proportions. A Beauxbâtons, les garçons qui lui tournaient au tour savaient au moins se tenir et ne passaient pas leur temps à baver comme des crapauds dégoûtants dès qu'ils l'apercevaient dans les parages.

Fleur devait bien l'admettre, ce regain de popularité l'avait tout d'abord amusée. Elle avait d'ailleurs trouvé plutôt drôle de faire rougir tous les garçons à qui elle daignait adresser la parole. Toutefois, elle avait déchanté dès que le bal de Noël avait été annoncé : elle n'avait dès lors plus pu faire un pas sans que quelqu'un ne l'aborde pour lui demander d'être sa cavalière. Ses amies de Beauxbâtons, dont aucune n'avait autant de succès, l'enviaient.

Fleur riait jaune. La plupart des élèves qui souhaitaient qu'elle les accompagne au bal ne lui avaient jamais adressé la parole auparavant, et quant à ceux à qui elle avait déjà parlé, ce n'était pas allé plus loin qu'un simple échange de banalités.

Pour résumer, tous ces garçons ne s'intéressaient qu'à son physique, ou peut-être à son statut de championne du Tournoi des Trois Sorciers, ou peut-être un mélange des deux, elle ne savait pas très bien et à vrai dire, elle s'en moquait.

Fleur voulait qu'on s'intéresse à elle pour qui elle était, et non pas seulement pour ce à quoi elle ressemblait : était-ce donc trop demander ?

Elle avait bien essayé d'inviter Cedric Diggory, un des rares garçons qui lui avait semblé avoir un tant soit peu de plomb dans la cervelle – assez pour qu'elle le considère comme un adversaire crédible – mais rien n'était parvenu à le convaincre, pas même un peu d'aide de son sang de Vélane : Cedric était désespérément resté insensible à ses charmes. Dépitée, Fleur avait brièvement songé à se tourner vers Viktor Krum, qui ne s'intéressait pas le moins du monde à elle, mais Madame Maxime lui avait vivement conseillé à plusieurs reprises de garder ses distances avec le champion de Durmstrang. Elle n'avait en effet aucune confiance en Karkaroff et Fleur avait jugé plus sage de suivre ses conseils.

Elle était donc coincée. La date fatidique du bal approchait et elle n'avait toujours pas de cavalier. Puisqu'elle ne pouvait décemment pas s'y présenter seule, il fallait qu'elle trouve une solution de toute urgence.

Fleur se décolla du mur et entreprit de déambuler à travers la bibliothèque. Puisqu'elle était presque déserte, elle était quasiment certaine de ne pas être dérangée. Elle fut surprise d'apercevoir Hermione Granger, la meilleure amie de Harry Potter, assise seule à une table, et le fut davantage encore de voir Krum installé non loin. Il lui semblait qu'il était bien plus intéressé par Hermione que par le livre qui était ouvert devant lui. Intriguée, Fleur s'approcha d'elle d'un pas qu'elle voulait assuré.

« Je peux m'asseoir ici ? »

Hermione releva la tête et haussa un sourcil. Une lueur d'étonnement brilla quelques instants dans ses yeux mais elle fut bien vite remplacée par des éclats tranchants de froideur.

« Hmm, » fut la seule réponse que Fleur obtint.

Un peu refroidie par cette accueil pour le moins glacial, elle ne se découragea pas pour autant – après le Vert Gallois en furie qu'elle avait affronté lors de la première tâche, ce n'était pas une quatrième année peu amicale qui allait l'effrayer. Un Silencio informulé lui assura que Krum n'entendrait pas un mot de leur conversation.

« Viktor a l'air de s'intéresser à toi, » commenta t-elle d'un ton négligeant.

Hermione, qui s'était replongée dans son livre, ne releva pas la tête.

« Je sais, » soupira t-elle, agacée. « Cela fait plusieurs semaines qu'il vient ici pour m'observer travailler. »

Quelque chose lui disait qu'elle serait bientôt la seule championne à ne pas avoir de cavalier pour le bal. Harry Potter, qui ajoutait à son statut de champion celui non négligeable de Survivant, avait forcément trouvé quelqu'un pour l'accompagner.

« Ça te dérange ? » demanda Fleur.

Hermione se mordit la lèvre.

« Pas vraiment. Il ne me gêne pas, et puis... »

Elle s'interrompit, comme honteuse de lui avoir répondu.

« Et puis... » l'encouragea Fleur, de plus en plus curieuse.

« Il a l'air de s'intéresser à moi, » lâcha t-elle sèchement. « Contrairement à certains. »

Hermione visait quelqu'un, c'était évident, mais Fleur n'avait pas la moindre idée de qui il s'agissait. Harry, peut-être ? Ou bien le rouquin qui trainait toujours avec eux ?

Elle n'ajouta rien et se replongea dans le silence.

« Tu ne m'aimes pas beaucoup, pas vrai ? » lança Fleur.

Le reniflement méprisant d'Hermione fut la seule réponse dont elle eut besoin.

« Je ne m'attends pas à ce que tu comprennes. Il n'y a pas un seul garçon de cette école qui ne se retourne pas sur ton passage. »

« Ce n'est pas aussi plaisant que ça en a l'air. »

Pour la première fois, les iris bruns de la Gryffondor exprimèrent de la surprise.

« Je ne suis peut-être pas aussi superficielle que j'en ai l'air, » railla Fleur.

Elle était habituée à ce que les autres filles la méprisent, et pourtant dire que cela ne lui faisait plus rien serait un mensonge. Et puis, bon sang, c'était elle qui avait été choisie pour être la championne de Beauxbâtons. La Coupe de Feu n'aurait pas sélectionné une cruche sans cervelle, quand même.

Estimant qu'elle n'avait rien à ajouter, Fleur se leva.

« Je vais te laisser travailler. »

Et, après un dernier coup d'œil, elle s'éloigna.

.

Au cours de la journée, Hermione ne cessa de repasser en boucle dans son esprit la conversation qu'elle avait eue avec Fleur. Elle ne comprenait toujours pas pourquoi la championne de Beauxbâtons était venue lui adresser la parole, sinon pour satisfaire sa curiosité. C'était la première fois qu'elles se parlaient – si on pouvait qualifier leur échange de conversation – et Hermione, qui avait pourtant d'ordinaire réponse à tout, ne savait guère quoi en penser.

C'est vrai, Fleur et ses minauderies l'agaçaient plus que tout. La façon dont elle attirait l'attention des garçons l'insupportait également – n'y avait-il vraiment que le physique qui comptait pour eux ? Toutefois, elle n'avait jamais vraiment songé que cela pouvait à la longue devenir pesant.

C'est pour cette raison que, lorsque Fleur vint de nouveau la rejoindre à sa table le lendemain après les cours, Hermione décida de mettre de l'eau dans son vin.

« Je t'ai peut-être mal jugée, » concéda t-elle.

Oh, elle trouvait toujours la Française particulièrement agaçante, et elle doutait que ça change, mais la considérer comme une potiche était peut-être un peu trop réducteur. Après tout, elle s'en était bien tirée face au dragon pendant la Première Tâche, et elle avait réussi à lui arracher l'œuf d'or.

Fleur accepta ses excuses d'un petit signe de tête.

« Tu as réussi à résoudre l'énigme de l'œuf ? » demanda soudainement Hermione.

Elle fronça les sourcils d'un air méfiant.

« Peut-être que oui... peut-être que non. »

Hermione roula des yeux.

« Je n'essaie pas de te soutirer des informations pour les donner à Harry. Cet idiot n'a même pas encore essayé d'y réfléchir ne serait-ce que cinq secondes. Il pense avoir tout le temps du monde. »

Hermione adorait son meilleur ami mais elle devait bien admettre qu'un tel manque d'anticipation la laissait pantoise. Comment pouvait-il traiter cette énigme avec autant de légèreté alors qu'elle était sans nul doute d'une complexité à faire pâlir même le Serdaigle le plus intelligent ?

Fleur se détendit légèrement.

« Non, je n'ai pas réussi à la résoudre. Je ne vois pas comment tirer quelque chose de ces cris insupportables. »

Il était difficile de dire si elle était sincère ou non, mais Hermione décida de la croire. A vrai dire, elle avait également réfléchi de son côté et n'avait pas la moindre idée de comment elle pourrait aider son meilleur ami à y voir plus clair – si tant est qu'il avait un jour l'intention de sérieusement s'y coller.

Fleur jeta un coup d'œil autour d'elle, et elle comprit rapidement ce qu'elle cherchait ainsi.

« Viktor n'est pas là. »

« Bien observé, » ironisa Hermione, mais elle ne s'en offusqua pas.

« Il ne t'a toujours pas invitée au bal ? »

Aborder un tel sujet avec quelqu'un qu'elle connaissait à peine la mettait mal à l'aise, mais elle s'efforça de garder contenance.

« Non. Je ne sais même pas s'il a l'intention de le faire. »

Cette réponse sembla amuser Fleur. Décidée à dévier la conversation vers un terrain moins glissant, Hermione reprit :

« Et toi, tu y vas avec qui ? »

« Personne pour le moment. »

Elle demeura interdite pendant de longues secondes et en vint à se demander si Fleur ne se moquait pas d'elle. Comment se pouvait-il qu'elle n'ait trouvé personne pour l'accompagner alors que tous les garçons, ou presque, se jetaient littéralement à ses pieds ?

« Je te l'ai dit, » soupira Fleur. « Je ne suis pas aussi superficielle que j'en ai l'air. J'aimerais que mon cavalier s'intéresse un minimum à moi et ne soit pas obnubilé par mon physique. »

« C'est... compréhensible. »

En fait, Hermione avait exactement le même problème. Les garçons s'arrêtaient à son physique et ne cherchaient pas à aller plus loin.

La différence, c'était qu'elle n'était pas assez jolie et que Fleur l'était trop.

« Le bal est dans trois jours, » remarqua t-elle après quelques minutes de silence.

Elle se demandait bien qui la championne de Beauxbâtons allait finir par inviter. Quant à elle, elle désespérait de voir Ron se décider. Il n'avait pourtant toujours pas trouvé de cavalière : la trouvait-il vraiment si repoussante ?

Fleur haussa les épaules et se leva.

« Je sais compter. »

Et elle partit sans rien ajouter.

.

La veille du bal, Fleur comprit qu'elle n'avait plus de temps à perdre. Avoir un cavalier qui s'intéressait à elle était une chose, perdre la face parce qu'elle n'avait trouvé personne en étant une autre, et il n'était pas dans sa nature d'aimer être ridicule.

Par dépit, elle pensait inviter Roger Davies, le capitaine de l'équipe de Quidditch de Serdaigle, qu'elle avait surpris en train de la dévisager avec intensité à plusieurs reprises. Cependant, lorsqu'elle croisa Hermione sur le chemin de la Grande Salle, une autre idée lui traversa l'esprit, une idée complètement folle et qui pourtant lui paraissait brillante.

« Il faut que je demande quelque chose, » dit-elle à la Gryffondor, qui heureusement était seule, avant de l'entraîner un peu à l'écart.

Méfiante, Hermione haussa un sourcil.

« Veux-tu être ma cavalière pour le bal ? »

Si elle acceptait, Fleur en retirerait deux avantages. Tout d'abord, elle se rendrait au bal aux côtés de quelqu'un qui n'accordait aucune importance à son physique, quelqu'un d'intelligent avec qui, elle en était sûre, elle pourrait devenir amie. Ensuite, cela aurait de mérite de braquer l'attention de tout le château sur elle. Cette fois, Harry Potter ne pourrait pas lui voler la vedette, et si elle devait choquer tout Poudlard pour parvenir à ses fins, eh bien elle le ferait.

« Je... je... »

Hermione rougit.

« Deux filles ne peuvent pas se rendre ensemble au bal. »

« Pourquoi ? C'est écrit dans le règlement de l'école ? »

Elle avait marqué un point, et elle le savait.

« Non, » admit Hermione.

Une petite lueur s'était allumée dans ses yeux. Fleur se demanda quelle idée lui avait traversé l'esprit, mais elle eut le mérite d'être efficace.

« C'est d'accord. »

« Vraiment ? » s'étonna Fleur, surprise qu'elle accepte aussi rapidement.

« Vraiment. »

Sans perdre plus de temps, elle se détourna.

« Je te retrouve demain soir devant la Grande Salle. »

.

Hermione ne pouvait pas croire qu'elle avait accepté de se rendre au bal avec Fleur Delacour et n'osait même pas imaginer la tête que ferait Ron lorsqu'il l'apprendrait, mais après tout, cela aurait le mérite de lui servir de leçon. Elle avait suffisamment attendu qu'il l'invite comme cela : s'il devait y avoir un nouveau bal un jour, peut-être que cette fois, il prendrait son courage à deux mains et viendrait l'inviter.

Elle n'était pas certaine que deux filles se soient un jour rendues ensemble au bal de Noël et n'avait pas le temps de foncer à la bibliothèque pour se mettre en quête d'archives. Elle allait sans nul doute s'attirer des regards choqués ou moqueurs mais après tout, quelle importance ? Ce serait un joli pied-de-nez à tous les garçons qui s'étaient bousculés aux pieds de Fleur pour qu'elle les invite.

Hermione fut prise au dépourvu lorsque Viktor Krum, qui l'attendait à la sortie d'un de ses cours, lui demanda si elle accepterait de venir au bal avec lui.

« Je suis désolée, » s'excusa Hermione. « J'ai déjà accepté l'invitation de quelqu'un d'autre. »

Visiblement déçu, il s'éloigna la tête basse. Se rendre au bal avec lui ne causerait probablement pas autant de messes basses, mais elle avait déjà dit oui à Fleur et n'avait pas l'intention de changer d'avis.

Le jour du bal, Hermione se prépara avec attention. Elle ne se faisait aucune illusion : jamais elle n'atteindrait ne serait-ce qu'un dixième de la beauté de sa cavalière, mais, et c'était assez rare pour être souligné, elle parvint à se trouver jolie quand elle se regarda dans le miroir. Elle était particulièrement heureuse de pouvoir porter la robe qu'elle avait achetée pour l'occasion, ayant un temps cru qu'elle resterait au fond de sa malle.

Comme convenu, elle retrouva Fleur devant la Grande Salle, qui était bien évidemment éblouissante.

« Tu es très jolie, » la complimenta celle-ci.

Hermione crut en sa sincérité, et lui retourna le compliment.

« Mais ça, tu le savais déjà, n'est-ce pas ? »

Un sourire énigmatique se dessina sur les lèvres de Fleur.

« Ça fait toujours plaisir de l'entendre. »

L'heure de l'ouverture du bal approchant, le professeur McGonagall vint s'assurer que tous les champions étaient prêts à entrer en piste. Bien évidemment, Harry était en retard, ce qu'elle ne manqua pas de faire remarquer.

« Miss Delacour, » fit-elle en s'approchant de Fleur. « Où est votre cavalier ? »

« Je vais au bal avec Hermione, professeur, » répondit-elle d'un air jovial.

McGonagall se figea, interdite.

« Un problème ? » reprit Fleur au bout d'un moment.

« Eh bien... je ne crois pas que... »

« Rien n'interdit une championne de se rendre au bal avec une cavalière et non un cavalier, n'est-ce pas ? » la coupa t-elle.

Avant que McGonagall n'ait pu émettre une nouvelle protestation, Harry daigna enfin se montrer au bras de Parvati Patil.

« Monsieur Potter ! » s'exclama t-elle, se désintéressant de Fleur et d'Hermione. « Vous êtes en retard ! Dépêchez-vous de vous mettre en place. »

Le temps manquait pour qu'elle émette de nouveau des doutes sur la possibilité qu'avait une championne d'aller au bal de Noël avec une fille. Cedric et Viktor – qui avait finalement invité une fille de Beauxbâtons – leur jetaient des regards curieux, tout comme Harry.

« Allons-y, » fit Fleur lorsque les portes de la Grande Salle s'ouvrirent.

Comme Hermione s'y attendait, elles éclipsèrent complètement les trois autres champions et leurs cavalières. Des murmures accompagnaient leur avancée, certains plus sympathiques que d'autres, mais elle s'efforça de ne pas y prêter attention, et à l'instant où les premières notes de musique retentirent, le reste du monde sembla disparaître. Fleur, en plus d'être exceptionnellement belle, était naturellement gracieuse. Telle un cygne, elle entraînait Hermione dans son sillage, qui n'avait qu'à se laisser guider, et d'un pas aérien, elles évoluaient sur la piste de danse sous les yeux admiratifs de dizaines d'élèves.

« Je crois que tout le monde nous regarde, » murmura Hermione.

Fleur rejeta la tête en arrière et son rire cristallin se mêla à la musique.

« C'était l'effet recherché, » plaisanta t-elle.

Fort heureusement, d'autres couples les rejoignirent sur la piste et elles ne tardèrent pas à se fondre dans la masse. Hermione, qui n'avait pas pensé qu'elle s'amuserait autant, accepta donc bien volontiers d'aller manger quelque chose en compagnie de Fleur plutôt que de rejoindre ses amis – Harry et Ron n'étaient d'ailleurs nulle part en vue.

Fleur se montra assez critique du menu, qu'elle jugeait trop peu raffiné comparé à la nourriture qui était servie à Beauxbâtons. Hermione, dont la curiosité était piquée, ne put résister bien longtemps à l'envie de lui poser des dizaines de questions sur l'école de magie française, auxquelles elle répondit bien volontiers. Elle en profita pour apprendre à Fleur qu'elle avait déjà passé des vacances en France et était en train de lui expliquer comment elle avait entièrement réécrit son devoir d'Histoire de la magie en troisième année pour y inclure des choses qu'elle avait découvertes quand elle aperçut Ron et Harry du coin de l'œil.

« Je reviens, » dit-elle à Fleur.

Celle-ci annonça qu'elle allait leur chercher quelque chose à boire en attendant et s'éclipsa discrètement. Le grand sourire qu'Hermione arborait s'effaça lorsqu'elle se retrouva face à face avec l'expression renfrognée de Ron.

« Fleur est allée chercher des boissons, » lança t-elle. « Ça vous dirait de vous joindre à nous ? »

Harry ouvrit la bouche pour répondre mais Ron, dont le teint virait au rouge brique, ne lui laissa pas le temps de parler.

« Fleur Delacour ? Vraiment ? »

« Eh bien ? » rétorqua Hermione avec défi.

« Tu... tu fraternises avec l'ennemi ! »

Médusée, Hermione peina à garder son calme.

« L'ennemi ? Tu n'avais pas l'air de considérer Fleur comme une ennemie quand tu bavais devant elle à la moindre occasion ! »

« Je... elle est beaucoup trop vieille pour toi ! »

« Trop vieille ? Elle n'a que deux ans de plus que moi... et de toute façon, ça ne te regarde pas ! »

Furieuse, elle tourna les talons et rejoignit sa cavalière, acceptant bien volontiers la bouteille de Bièraubeurre qu'elle lui tendit.

« Un problème ? »

« Ron est un crétin, » répondit-elle, les dents serrées. « Il pense que je fraternise avec l'ennemi. »

Dépitée, elle retint à grand peine ses larmes.

« Il est peut-être jaloux, » suggéra Fleur.

Hermione haussa les épaules. Si c'était le cas, Ron aurait mieux fait de se décider à l'inviter au bal au lieu de lui jeter des horreurs pareilles à la figure parce qu'elle y était allée avec quelqu'un d'autre.

Elle sursauta quand Fleur essuya les deux larmes qui perlaient au coin de ses yeux du bout des doigts.

« N'y pense plus, » lui conseilla t-elle gentiment. « Ce soir, nous sommes tous censés rire, et non pleurer... »

Hermione parvint à lui offrir un petit sourire. Quelques minutes plus tard, Fleur l'entraîna de nouveau sur la piste de danse, et ce fut comme si tous ses soucis s'envolèrent.

.

Fleur ne regretta pas une seule seconde d'avoir invité Hermione Granger au bal. Premièrement, cela avait eu l'effet escompté, à savoir que le lendemain, toute l'école ne parlait plus que d'elles et de la façon dont elles avaient éclipsé tous les autres couples. Une élève de Serdaigle particulièrement romantique commença même à parler de danse des cygnes pour désigner l'ouverture du bal, où elles avaient brillé, et l'expression ne tarda pas à se propager dans les couloirs et les salles de classe.

Bien évidemment, tout le monde ne se montrait pas amical, et Fleur surprit quelques regards dégoûtés ou haineux sur son chemin au cours des jours qui suivirent, mais elle n'y prêta pas attention. Les élèves qui venaient lui manifester leur admiration pour avoir osé se rendre au bal avec une fille valaient bien quelques messes basses acerbes, et cette histoire permit à sa côte de popularité d'exploser.

Toutefois, et c'était sans doute le plus important, elle s'était beaucoup rapprochée d'Hermione grâce au bal et comprenait d'où elle tenait sa réputation d'élève la plus brillante de l'école. Son côté je-sais-tout en agaçait plus d'un mais Fleur trouvait que cela la rendait attachante. Et puis, elle-même n'était pas exempte de défauts, elle aurait donc ét" bien en peine de juger son amie – parce que, oui, elle la considérait à présent comme une amie.

Fréquenter régulièrement Hermione présenta rapidement des avantages non négligeables. Ainsi, au détour d'une conversation, où elle mentionna que certaines créatures ne pouvaient se faire comprendre que sous l'eau, Fleur eut une nouvelle idée pour résoudre l'énigme de l'œuf, qui lui toujours donnait du fil à retordre. Elle avait à peine plus d'un mois et demi pour se préparer pour la Deuxième Tâche et il n'était pas question pour elle d'obtenir une autre place que la première.

Un passage dans la Salle de bains des préfets, à laquelle son statut de championne lui donnait accès, lui permit de donner enfin un sens aux hurlements insupportables qui provenaient de l'œuf. Une demi-heure passée dans l'eau plus tard, elle comprit que la Deuxième Tâche se déroulerait sous l'eau, et elle ne voyait qu'un endroit à Poudlard susceptible de convenir pour une épreuve de ce type : le Lac Noir.

Fleur ne pouvait décemment pas dire directement à Hermione qu'elle avait résolu l'énigme de l'œuf et surtout, comment elle l'avait résolue. Elle avait beau l'apprécier, elle savait qu'elle n'en restait pas moins la meilleure amie de Harry Potter et qu'elle ne manquerait pas de lui donner tous les renseignements dont elle disposait.

A son grand étonnement, elle ne trouva pas d'informations sur les créatures qui vivaient dans le lac dans L'Histoire de Poudlard. Plusieurs autres livres qu'elle consulta ne l'éclairèrent pas davantage, ce qui commença à l'inquiéter au bout de quelques semaines. Pouvoir respirer sous l'eau pendant une heure ne lui poserait pas de problème – elle maîtrisait à perfection le sortilège de Têtenbulle. En revanche, la Défense contre les forces du mal n'avait jamais été sa matière préférée, et cela risquait fortement de lui causer des problèmes au cours de l'épreuve.

Un matin de février, alors qu'elle se baladait avec Hermione au bord du lac, elle lui demanda d'un ton négligent :

« Est-ce que tu sais quel genre de créatures vivent là-dedans ? »

« Des dizaines et des dizaines, probablement. Il y a le calamar géant, bien sûr. Et les êtres de l'eau. Sans oublier les Strangulots. »

« Les Strangulots ? »

Elle ne croyait pas avoir déjà entendu parler de ces créatures.

« Je ne crois pas qu'on les trouve en dehors des lacs de Grande-Bretagne, » précisa Hermione. « Ce sont des démons des eaux qui possèdent de longs doigts fins capables d'exercer une étreinte puissante. »

« Je vois. »

Hermione lui jeta un coup d'œil.

« Pourquoi veux-tu savoir ça ? »

« Par simple curiosité, » répondit-elle naturellement.

Son amie ne parut pas convaincue mais acquiesça néanmoins et changea de sujet. Fleur lui en fut reconnaissante.

.

Hermione n'était pas stupide. Elle se doutait bien que les questions de Fleur sur les créatures vivant dans le Lac Noir n'étaient pas complètement innocentes et avaient probablement un rapport avec la Deuxième Tâche qui se rapprochait. Cependant, si c'était effectivement le cas, elle espérait avoir pu l'aider, ne serait-ce qu'un peu. Ron l'accuserait certainement une fois de plus de fraterniser avec l'ennemi s'il avait vent de cette conversation, et lui reprocherait d'aider Fleur plutôt que Harry. C'est pour cela qu'elle décida de ne rien dire à ses amis – Harry lui assurait de toute façon plusieurs fois par jour qu'il avait résolu l'énigme et qu'elle n'avait aucune raison de s'inquiéter.

Ce fut donc complètement estomaquée qu'elle l'écouta lui demander, la veille de la Deuxième Tâche, si elle connaissait un moyen de pouvoir respirer sous l'eau pendant une heure.

« Je croyais que tu avais résolu l'énigme il y a des semaines ! »

« Je... peu importe. Il faut absolument que je trouve quelque chose avant demain. »

Même si elle avait présentement envie de l'étrangler, Hermione le suivit jusqu'à la bibliothèque en compagnie de Ron.

« Tu ne pourrais pas demander à Fleur comment faire ? » suggéra Ron.

Hermione roula des yeux.

« Non, je ne pourrais pas. »

« Elle acceptera sûrement de t'aider. Après tout, vous êtes plutôt... proches. »

Elle choisit d'ignorer soigneusement l'insinuation de Ron.

« Réfléchis, Ronald. Penses-tu sérieusement que Fleur me le dirait en sachant que j'irais tout répéter à Harry, qui est un de ses concurrents ? »

Ron marmonna des choses incompréhensibles auxquelles elle ne fit pas attention. Elle avait beau se creuser la cervelle dans tous les sens, elle ne se souvenait d'aucun sortilège ou d'aucune potion permettant de respirer un long moment sous l'eau.

Ils poursuivirent leurs recherches jusqu'au crépuscule, sans succès. Hermione aurait passé la nuit avec lui dans la bibliothèque s'il l'avait fallu mais l'apparition du professeur McGonagall vint contrarier ses plans.

« Monsieur Weasley, Miss Granger. Vous êtes attendus dans le bureau du professeur Dumbledore. »

« Dumbledore ? » répéta Ron en fronçant les sourcils.

« Le professeur Dumbledore, Weasley. Quant à vous, Potter, vous feriez mieux de regagner votre dortoir. »

Hermione suivit à regret sa directrice de maison jusqu'au bureau directorial. Quand elle s'aperçut que Cho Chang et la fille de Beauxbâtons qui avait accompagné Viktor au bal étaient également présentes, elle comprit qu'elle n'allait pas beaucoup aimer ce qui allait suivre.

.

Lorsque le sortilège qu'elle venait de lancer atteignit le Strangulot qui la poursuivait de plein fouet, Fleur adressa un remerciement silencieux à Hermione, qui n'était de toute façon pas là pour l'entendre. Elle se félicita également d'avoir fait des recherches poussées sur ces créatures à la bibliothèque : l'ignorance lui aurait sans aucun doute possiblement coûté la victoire et l'aurait peut-être même reléguée à la dernière place.

Les paroles de la chanson des sirènes tournaient en boucle dans sa tête.

Durant une heure tu devras chercher

Ce que l'on t'a arraché...

Que lui avait-on donc arraché de si précieux ? Elle s'était jusque là très peu intéressée à la question, entièrement focalisée sur les créatures qu'elle pourrait rencontrer dans le lac.

Au moment où elle comprit ce dont il s'agissait, elle tomba des nues.

Quatre personne profondément endormies lui faisaient face, gardées par les êtres de l'eau. Elle reconnut Ron Weasley, le meilleur ami de Harry Potter et, supposément, d'Hermione, ainsi qu'une de ses camarades de Beauxbâtons avec laquelle elle ne s'entendait pas particulièrement. Cho Chang était également là, ainsi que nulle autre qu'Hermione.

Il n'y avait pas de doute possible. On avait considéré que ce qu'elle avait de plus précieux au sein de cette école, c'était son amie. Ne jugeant pas utile de se demander si ceci était pertinent ou non, elle s'empressa de la détacher et de remonter vers la surface en lui tenant fermement le bras.

Hermione reprit connaissance à l'instant où elles crevèrent la surface du lac.

« Fleur ? »

Elle lui offrit un petit sourire.

« Il semblerait. Tu attendais quelqu'un d'autre ? »

Hermione manqua de boire la tasse en éclatant de rire.

« Allons-y. Je ne tiens pas particulièrement à ternir la gloire que va m'apporter la première place en te ramenant noyée... »

Elles furent accueillies par de nombreux applaudissements. Si Madame Maxime rayonnait, tout comme Dumbledore – bien que pour des raisons très différentes, pensait Fleur – Karkaroff était tout simplement déconfit, et ça ne s'arrangea guère quand Harry, puis Cedric validèrent tous les deux leur arrivée.

Emmitouflée dans une serviette, Hermione enlaça son meilleur ami avant de revenir vers elle.

« Tu as été incroyable. La première place... tu l'as amplement méritée. »

« Merci... mais c'est un peu grâce à toi, » admit Fleur après s'être assurée que personne ne les écoutait.

« Grâce à moi ? »

« Tu m'as prévenue pour les Strangulots. »

Pour toute réponse, Hermione l'enlaça brièvement.

« Merci de m'avoir sauvée. »

« Tu ne risquais rien. »

« Peut-être... mais merci quand même. Et puis... je croyais que tu aimais qu'on te lance des fleurs ? »

Fleur roula des yeux mais pouffa légèrement pour lui signifier qu'elle n'était pas vexée.

« En effet, j'aime ça. »

Quand les résultats furent officiellement annoncés, personne n'applaudit plus fort qu'Hermione quand Dumbledore confirma que c'était Fleur Delacour qui avait remporté la Deuxième Tâche.

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Bien évidemment, toute l'école n'eut qu'un sujet de conversation à la bouche pendant des jours et des jours, à savoir la soi-disant histoire d'amour secrète entre Fleur Delacour et Hermione Granger. Un article de Rita Skeeter qui ne contenait pas une once de vérité semblait avoir mis le feu aux poudres, à tel point que même Ron était persuadé qu'Hermione leur mentait, à lui et à Harry, sur la nature de sa relation avec la championne de Beauxbâtons.

« Puisque je te dis que nous sommes simplement amies, Ron ! » finit par s'agacer Hermione à la sortie d'un cours.

« Vous passez beaucoup de temps ensemble, pour des amies. »

« Est-il nécessaire de te faire remarquer que je passe presque tout mon temps avec toi et Harry depuis plus de trois ans maintenant ? »

Elle avait marqué un point, mais Ron n'était pas décidé à lâcher l'affaire si facilement.

« Tu es ce qu'elle a de plus précieux dans cette école. Ça veut forcément dire quelque chose. »

Exaspérée, Hermione perdit patience :

« Eh bien, si tu préfères croire les idioties de Rita Skeeter plutôt que ce que te répète ta meilleure amie, je n'ai plus rien à te dire, Ron. »

Et elle le planta là. En fin de journée, elle avait prévu de rejoindre Fleur à la bibliothèque – celle-ci se préparait déjà activement pour la Troisième Tâche, ce qu'Hermione ne manquerait pas d'enjoindre Harry à faire – et ce fut donc passablement énervée qu'elle s'y rendit.

« Ron est insupportable, » se plaignit-elle en s'installant à leur table habituelle. « En fait, toute l'école est devenue insupportable depuis que ce maudit article a été publié. »

Certes, elle était allée avec Fleur au bal et certes, elles étaient proches – la Deuxième Tâche l'avait prouvé – mais pourquoi fallait-il que tout le monde tire des conclusions hâtives sur leur relation ?

« Ça leur passera, » promit Fleur, qui était concentrée sur le livre qu'elle consultait actuellement, un grimoire rempli de sortilèges complexes.

« J'ai bien peur de ne pas pouvoir t'aider, » fit Hermione.

En revanche, Harry allait avoir besoin d'elle, c'était indéniable. Ses connaissances en matière de sortilèges étaient bien inférieures à celles de ses adversaires, ce qui risquait de lui porter préjudice.

« Tu m'aides, » lui assura Fleur en lui jetant un regard perçant. « Plus que tu ne l'imagines. »

Perplexe, Hermione fronça les sourcils mais acquiesça.

« Tu devrais venir en France, cet été, » reprit Fleur au bout de quelques minutes.

« En France ? »

« Chez moi. »

« Oh... »

Elle sentit ses joues virer au rouge.

« Eh bien... pourquoi pas ? Merci pour l'invitation. »

Quand elle remonta dans la tour de Gryffondor un peu plus tard, Hermione fut certaine que ses joues avaient encore une teinte écarlate.

.

A quelques jours à peine de la Troisième Tâche, l'école entière était particulièrement fébrile, ce qui n'aidait pas Fleur à se sentir moins nerveuse. Elle s'était préparée avec acharnement, croyait en ses chances mais, bien évidemment, ne pouvait s'empêcher de douter, ce qui n'était pourtant pas dans sa nature.

Quelque chose d'autre que le Tournoi occupait cependant son esprit. La fin de celui-ci était synonyme pour elle de retour en France. Oh, son pays lui manquait, et elle était heureuse de bientôt retrouver sa famille, mais elle avait finalement appris à apprécier Poudlard et, surtout, elle était devenue amie avec Hermione Granger.

Fleur avait toujours été entourée, à Beauxbâtons, mais paradoxalement, elle n'avait jamais eu beaucoup d'amis. Hermione était une des rares personnes à avoir pris le temps d'apprendre à la connaître et passer du temps en sa compagnie faisait désormais partie de son quotidien. Savoir qu'elle allait devoir y renoncer dans moins d'une semaine lui faisait comme un coup au cœur.

Le soir, avant de s'endormir, elle repensait aux rumeurs qui couraient sur leur compte. Si Hermione les avait toujours trouvées particulièrement agaçantes, elle n'avaient jamais vraiment dérangé Fleur, parce qu'au fond, cela ne lui posait pas de problème qu'on la croie en couple avec la meilleure amie du Survivant. Elle se répétait que c'était parce que les garçons, depuis qu'ils étaient persuadés que son cœur était pris, la regardaient un peu moins, mais une autre raison qu'elle aurait préféré ignorer s'imposait lentement à elle.

Pour elle, Hermione était en effet peut-être un peu plus qu'une amie. Peut-être.

Plus elle y réfléchissait et plus ce peut-être se transformait en absolument.

Fleur en vint à se demander s'il était possible que ses sentiments soient réciproques. Elle n'était pas du genre à tourner autour du pot pendant des heures ou à se dégonfler, aussi décida t-elle rapidement qu'il n'y avait qu'un seul moyen de le savoir.

Le jour de la Troisième Tâche, alors que tout le monde se dirigeait vers le terrain de Quidditch, elle retrouva Hermione et lui demanda d'attendre un peu.

« J'ai quelque chose à te dire. »

Alors qu'elle ouvrait la bouche, Hermione jeta un coup d'œil à sa montre et s'exclama, catastrophée :

« Il est presque l'heure ! Il faut absolument que tu y ailles. »

Fleur leva les yeux au ciel mais consentit à s'exécuter. Après tout, cette discussion pouvait bien attendre qu'elle sorte victorieuse de la Troisième Tâche – et, en plus, elle allait effectivement être en retard si elle ne se dépêchait pas.

Dans sa hâte, elle bouscula le professeur Maugrey dans les escaliers. Il perdit l'équilibre, et, après avoir vainement tenté de se rattraper, dégringola les marches jusqu'en bas. Il ne se releva pas.

Paniquée, Fleur ne sut que faire. Elle ne pouvait décemment pas le laisser là, mais elle ne pouvait pas non plus arriver en retard et offrir ainsi la victoire à ses adversaires.

« Cours ! » l'enjoignit Hermione. « Je... je vais le faire léviter jusque l'infirmerie. »

« Mais... »

« Cours ! »

Alors Fleur courut.

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Amener le professeur Maugrey à l'infirmerie prit plus d'une demi-heure à Hermione – il lui fallut le faire léviter à travers la moitié du château –, si bien qu'elle craignit avoir manqué toute l'épreuve lorsqu'elle rejoignit Ron dans les gradins du terrain de Quidditch.

« Où tu étais ? » lui demanda t-il en guise de salut.

« Je t'expliquerai plus tard. Qu'est-ce que j'ai manqué ? »

« Rien. Fleur est entrée dans le labyrinthe la première, suivie par Harry et Cedric, puis par Krum. Si tu veux mon avis, cette épreuve ne présente aucun intérêt pour le public... »

Mais Hermione ne l'écoutait déjà plus. Elle ne savait pas si elle voulait voir Harry ou Fleur l'emporter mais ce dont elle était certaine, c'était qu'elle n'aurait voulu manquer l'arrivée du vainqueur pour rien au monde.

Finalement, au bout d'une heure environ, un des champions réapparut, le trophée à la main, et Hermione entendit les exclamations de joie des étudiants de Beauxbâtons avant de reconnaître Fleur. Ne se souciant pas de la réaction que cela provoquerait chez Ron, elle se leva et applaudit de bon cœur.

Plusieurs professeurs se chargèrent d'aller récupérer les autres champions dans le labyrinthe et, le temps qu'Hermione se fraye un chemin à travers la foule, ils étaient tous là.

« Je suis désolée, Harry, » fit-elle à son meilleur ami.

« Je m'en suis sorti vivant, » répondit-il en finissant de reprendre son souffle. « C'est tout ce qui m'importe. »

Fleur était complètement monopolisée par ses camarades de Beauxbâtons, aussi Hermione se résolut-elle à attendre. Elle fut cependant surprise de la voir demander à Dumbledore si elle pouvait lui parler de quelque chose. Tous deux s'éloignèrent et restèrent à l'écart pendant de longues minutes.

« Qu'est-ce que ça signifie, à ton avis ? » demanda t-elle à Harry.

« Je ne sais pas, » répondit-il. « Mais ça ne me dit rien qui vaille. »

Hermione n'eut la réponse à sa question que bien plus tard, lors du banquet de célébration. Fleur parvint à s'éclipser un moment et elles se retrouvèrent devant les portes de la Grande Salle.

« Félicitations, » sourit Hermione. « Je suis contente pour toi. »

« Merci. »

« Gagnante du Tournoi des Trois Sorciers... désormais, les garçons vont s'évanouir dès qu'ils te verront approcher. »

« Je m'en passerais bien, » grimaça Fleur.

Un petit rire s'échappa de leurs lèvres, puis le silence retomba.

« Je t'ai vue discuter avec Dumbledore, » reprit Hermione.

Fleur fonça les sourcils.

« Quand j'ai atteint le trophée, dans le labyrinthe... je ne suis pas directement revenue à Poudlard. J'ai atterri dans un cimetière. »

« Un cimetière ? »

« Je ne connaissais pas cet endroit, mais j'avais un mauvais pressentiment, alors je ne me suis pas attardée. Je suis retournée au Portoloin, qui cette fois m'a bien ramenée sur le stade de Quidditch. »

Hermione se mordit la lèvre. Elle ne saisissait pas bien toutes les implications de ce qui s'était passé mais son intuition lui murmurait que cela n'annonçait rien de bon.

Elle ne croyait pas si bien dire. Lorsqu'elles retournèrent s'asseoir parmi leurs camarades, Dumbledore se leva et réclama leur attention.

Il révéla alors que le professeur Maugrey n'était pas réellement Alastor Maugrey mais Barty Croupton Jr, celui-ci ayant enfermé le véritable Maugrey dans sa malle pour se faire passer pour lui pendant toute l'année scolaire, avec comme but ultime de livrer Harry Potter à Voldemort.

Il avait pu faire cette découverte parce que, inconscient sur son lit d'infirmerie, Croupton n'avait pas pu prendre de Polynectar pendant plusieurs heures, ce qui avait eu pour conséquence de le priver de son déguisement.

Hermione échangea un regard avec Fleur. Elle n'osa même pas imaginer ce qui se serait produit si celle-ci n'avait pas bousculé Croupton dans les escaliers.

« Je crois que je l'ai encore échappé belle... » lui murmura Harry.

Et elle ne put qu'acquiescer, le cœur rempli d'une douce sensation de soulagement.

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Le Tournoi terminé, les élèves de Beauxbâtons et Durmstrang n'avaient aucune raison de s'attarder plus que nécessaire à Poudlard, au grand désespoir de Fleur. Le jour du départ, une atmosphère nostalgique régnait dans la Grande Salle, les élèves courant à travers les tables pour s'asseoir à côté de leurs amis et échanger avec eux sur les moments forts de l'année. Elle fut ravie de constater que ce que tout le monde appelait la danse des cygnes en faisait partie.

En temps que gagnante du Tournoi des Trois Sorciers, elle fut de nouveau acclamée lorsqu'elle sortit château pour la dernière fois.

« Tu es une véritable célébrité, maintenant, » remarqua Hermione, qui marchait à ses côtés.

« C'est vrai. Mais j'ai gagné beaucoup plus que la célébrité. »

« Quoi donc ? »

C'était le moment ou jamais. Fleur s'arrêta et lui prit doucement la main. Hermione ne se déroba pas et la fixa d'un air curieux.

« Avant la Troisième Tâche, j'avais quelque chose à te dire... »

Elle attendit en silence qu'elle poursuive. Jugeant que les actes étaient parfois bien plus porteurs de sens que les mots, elle se pencha et déposa un rapide baiser sur les lèvres d'Hermione, qui écarquilla les yeux. Fleur recula, pleine d'appréhension.

Un feu de joie semblable à celui qu'elle avait ressenti au moment où elle s'était emparée du trophée prit naissance dans son cœur quand Hermione lui rendit son baiser.

Le teint rose, elles se dévisagèrent quelques secondes, les yeux brillants.

« Mon invitation tient toujours, » murmura Fleur.

Hermione lui offrit un sourire resplendissant.

« J'attendrai ton hibou. »

Après un dernier regard, Fleur lâcha la main d'Hermione et monta dans le carrosse qui allait la ramener en France.

Quelque chose lui disait qu'elle n'allait pas tarder à l'envoyer, ce hibou.