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Son Plus Funeste Sort - His Darkest Fate

Summary:

Severus Rogue vit. Mais comment ? Et à quel prix ? Et quelle est cette sombre réalité dans laquelle il se réveille ?

Notes:

Pas de bêta, ma première fic et je l'ai d'abord rédigée en anglais. Je corrigerai les erreurs si vous m'en signalez, notamment sur des anglicismes... je lis BEAUCOUP plus en anglais qu'en français. ^^"

Donnez votre avis ! Dites-moi ce que vous en pensez !

(See the end of the work for more notes.)

Work Text:

La douleur.

Il devrait y être habitué maintenant. Mais non. Ce n'était pas la pire qu'il ait eu à endurer, pour la partie qui permettait la comparaison. Parce que chaque fois n'était jamais tout à fait identique. Même plusieurs rounds de Doloris avaient chacun leur saveur propre, unique et atroce.

De toutes ses expériences en la matière, il ne se souvenait pas avoir encore rencontré ce goût particulier.

Ce n'était pas la pire dans l'absolu, mais, d'une certaine manière, c'était probablement le cas. Elle était doublée par une peur acide de la mort mais aussi avec la douceur de savoir que tout serait bientôt fini et que plus jamais cette expérience ne se reproduirait. Il se souvenait de ce qu'il avait ressenti, il y a quelques instants à peine, lorsque Nagini l'avait attaquée puis laissée, cou béant. Il sentait le venin brûler dans ses veines, du moins celles qui ne répandaient pas son sang sur les planches poussiéreuses de la cabane. D'abord intense, la douleur s'est estompée à mesure que sa conscience était engloutie par le froid.

"Regarde... moi..."

La dernière image qui a traversé son esprit. Ces yeux verts, les yeux de Lily... la seule chose qu'il voulait voir, enfin. La seule image qu'il voulait emporter dans la tombe... dans son enfer, gravée dans sa rétine. Ses dernières pensées lentes, mais limpides et claires, comme des émeraudes.

C'était bien. C'était comme ça devait être. Les yeux de Lily reconnaissant la trahison de sa promesse de protéger le Garçon Qui Devait Cesser De Vivre. Mais ces yeux ne pardonnaient pas. Bien sûr, il n'y aurait pas de pardon pour lui. Aucune pitié. Il a donné au garçon juste assez de souvenirs pour le laisser croire, le laisser faire ce qui devait être fait - tenta-t-il de se convaincre avec ses derniers lambeaux de conscience cohérents.

Ce n'était pas entièrement vrai... mais oserait-il même avouer qu'il se mentait à lui-même ? Même au seuil de la mort ? Ce serait trop honteux. Pathétique.

Et c'était pathétique, en effet. Parce que la vérité était qu'il voulait que le garçon sache toute l'histoire, qu'il comprenne ce qu'il avait fait et peut-être... peut-être... Mais non. Le pardon n'était pas permis. Même s'il le désirait, plus que tout, il savait qu'il ne devait pas. Il ne le méritait pas.

Parce que même s'il pouvait le nier, il était bien le lâche que le garçon avait reconnu comme tel. A la toute dernière minute de sa vie, tout ce qu'il voulait c'était l'étincelle chaude du soleil qu'il avait vu une fois dans ces yeux verts. Il voulait sa douce voix lui disant que tout allait bien, qu'il avait bien fait, qu'elle était fière de l'appeler son ami. Il voulait voir son sourire radieux de ces quelques jours d'été radieux, ceux de ses rares souvenirs radieux.

Mais son monde devenait plus froid, plus sombre et plus silencieux à chaque seconde.

Comme il se devait.

Il expira. Ses yeux noirs maintenant vides, fixant l'éternité.

"Rentrons... rentrons au château..."

_____

La douleur. Encore une fois.

Ce n'était pas si grave, vraiment, il avait connu bien pire. Un terrible mal de tête, des bourdonnements dans les oreilles. Il se sentait nauséeux, confus. Quand il essayait d'ouvrir les yeux, un coup de couteau frappait son cerveau à chaque rayon de lumière qui touchait sa rétine. Il les refermas.

Après un certain temps, le bourdonnement se calma, de même que la douleur aiguë. Ses pensées prirent lentement un sens, et s'orientèrent vers un semblant de cohérence.

Comment était-ce possible?

Il ne devrait rien ressentir. Il était mort, il en était quasiment sûr. Était-ce une sorte d'enfer ? La douleur qui lui traversait encore le crâne le laissait supposer. Cependant, la lumière douce qu'il pouvait apercevoir au travers de ses paupières encore fermées contredisait cette idée. Il est certain qu'il n'y aurait pas de soleil réconfortant et brillant au Tartare. Un soleil ardent, peut-être. Mais ce n'était pas une brûlure qu'il sentait sur la peau de sa poitrine et de ses bras. Son dos et ses jambes n'était pas transpercés par des centaines de fourches chauffées à blanc, ni brûlés par des braises rouges. Sous lui, il n'y avait que du linge frais et doux, de la soie sans doute, qui sentait le bois de santal et la lavande.

Comme il savait que rien d'autre que l'enfer ne pouvait l'attendre dans l'au-delà, il en déduisit que, contre toute attentes, il ne devait pas être mort.

Il ouvrit prudemment les yeux. Comme des années d'espionnage le lui avait appris, son premier réflexe fut de scruter la pièce à la recherche de toute menace éventuelle. Si quelqu'un avait été là, il n'avait peut-être pas encore remarqué qu'il était réveillé.

La pièce était très grande. Il était allongé sur un grand lit à baldaquin. Définitivement de la soie. L'acajou était minutieusement sculpté sur le lit ainsi que sur les quatre chaises et la table qui lui faisaient face de même que sur le bureau et les commodes de l'autre côté de la pièce. Le tout était tapissé de velours vert ou de soie. L'ensemble lui faisait penser à une chambre d'un château de la Renaissance. C'était du luxe à l'état pur, le genre qu'il n'avait jamais vu, et encore moins expérimenté.

Ou, presque jamais vu.

Il ne connaissait qu'une seule personne capable d'apprécier un tel étalage de richesse, et ainsi, il reconnut l'endroit où il se trouvait. Et, comme s'il avait été convoqué par cette pensée, le propriétaire entra dans la pièce.

Lucius Malefoy ne semblait pas très différent de son apparence habituelle. La tête haute, le dos droit et un air de supériorité éternellement plaqué sur le visage. Oui, l'allure majestueuse de son vieil ami n'était pas quelque chose qu'un simple consommateur de polynectar pouvait espérer reproduire. Pourtant, quelque chose le dérangeait, mais il avait du mal à mettre le doigt dessus...

Le sang-pur regarda la pièce pendant une seconde avant de se concentrer sur Severus. L'homme alité se demanda une seconde s'il ne serait pas plus intelligent de faire semblant de dormir, mais ayant essayé de bouger ses membres et ayant lamentablement échoué, il devina qu'il ne serait pas très avancé s'il ne pouvait pas obtenir plus d'informations. Ainsi, lorsque l'autre homme examina avec désintérêt son visage, ses propres yeux noirs rencontrèrent les pupilles argentées.

L'expression vide du sang-pur se mua en choc absolu. Severus n'avait jamais vu l'homme habituellement si calme avec des yeux aussi grands ou la bouchz grande ouverte.

"Severus !"

En trois grandes enjambées, Lucius Malefoy rejoignit son lit. Apparemment transi, sa main vint, inconsciemment il supposa, se poser sur son bras, le pressant, comme pour s'assurer que Severus était bel et bien là. L'homme plus âgé était penché sur lui.

"Severus ! Peux-tu… Est ce que tu peux m'entendre ?"

Severus ouvrit la bouche pour répondre - et fut heureux de constater qu'il semblait au moins capable de la bouger - mais seul un croassement s'échappa de ses lèvres desséchées.

"Oh. De l'eau. Oui. Oui. De l'eau."

L'homme était frénétique. Maintenant qu'il s'était assuré que Severus était véritablement réveillé, il semblait regarder autour de lui comme un fou.

"Ah. Bien sûr. De l'eau. Où ai-je la tête !"

Un aguamenti plus tard, un verre posé sur la table de chevet était rempli du liquide transparent. Lorsque Lucius lui tendit le verre, quelques secondes furent nécessaires pour que l'homme comprenne que Severus ne s'en emparerait pas.

"Ah. Humh. Je devrais peut-être laisser les elfes s'en occuper, je ne suis pas très compétent en tant qu'infirmier. "

Il jeta un coup d'œil à la porte, et alors qu'il ne semblait pas vraiment effrayé, il semblait maintenant peu enclin à rester plus longtemps dans la pièce. Même si les regards étaient assez discrets, Severus était depuis longtemps capable de distinguer les réelles intentions de l'homme, même sous le vernis du protocole et des bonnes manières. Il n'aurait pas fait un bon espion autrement. Lorsque l'autre homme vit que Severus lui jetait un regard chargé de sens, il céda.

"Je suppose que je peux prendre sur moi pour un petit moment. Seulement pour toi, mon ami."

A contrecœur, il plaça sa main, puis son bras dans le dos de l'homme étendu pour le relever un peu. Et il porta le verre à ses lèvres. Et en effet, il n'était pas le modèle du parfait soigneur. Severus avala sa deuxième gorgée, Lucius grimaça, soit parce qu'il se sentait coupable, soit parce que la situation était bien trop indigne pour le sang-pur. Connaissant l'homme, Severus penchait pour la seconde raison.

Lorsqu'il termina le verre, petites gorgées après petites gorgées, il se sentit bien mieux. La douleur dans ses membres et dans son crâne s'était atténuée et sa gorge n'avait plus une texture de papier de verre. Le contenant vide reposé sur la table, Lucius se redressa.

"Je vais aller chercher les autres, Severus. Ils seront heureux de savoir que tu es... que tu es réveillé."

La jovialité ne semblait pas feinte, mais pendant une seconde, Severus crut avoir vu autre chose. Était-ce... de l'appréhension ?

Le sang-pur tourna les talons et se dirigea vers la porte.

"...Lucius..."

Sa voix était encore rauque et faible, mais l'homme s'arrêta net.

Quelque chose n'allait pas. La posture raide de l'autre homme -attendant sa question mais ne se retournant pas vers lui- en était la preuve. Et soudain, une pensée effrayante traversa son esprit encore trop engourdi. Severus ne devrait pas être ici, quelle que soit l'issue de la guerre. Si le Seigneur des Ténèbres avait gagné, il devrait être mort à présent, son ancien maitre n'aurait pas laissé une exécution bâclée lui échapper et ternir sa réputation. Si le jeune Potter s'était, contre toute attente, rendu à sa propre exécution et que, incroyablement, un membre de la Lumière avait triomphé, il serait à Azkaban voire aurait d'ors et déjà reçu le baiser du détraqueur. Mais la présence du sang-pur le rendait encore plus perplexe. Le fait qu'il ne soit pas non plus à Azkaban le poussait à penser qu'un scénario était plus probable que l'autre. Il avait besoin d'informations, des informations que l'autre homme semblait réticent à lui donner.

"Lucius, qui... ?"

Le sang-pur lui tournait toujours le dos. Ne pouvant voir son visage, Severus vit néanmoins que sa tête s'était légèrement tournée dans sa direction. Il avait compris la question : qui a remporté la victoire ?

"Je dois prévenir... notre jeune Maître."

Il avait l'air prudent, méfiant. Et c'est avec ces mots que Lucius laissa Severus plus perdu encore qu'il ne le pensait possible.

Ce n'était pas bon. Ce n'était pas bon du tout. Un Maître. Il en a eu assez des maîtres. Mais qui que soit cette personne, Severus était maintenant certain de l'issue de la guerre. Avec un effort suprême, il tourna son avant-bras gauche, lui permettant de voir la Marque maudite depuis la position surélevée dans laquelle Lucius l'avait laissé. Seule une cicatrice subsistait, la Marque des Ténèbres elle-même n'était pas plus visible qu'un vieux tatouage. Le Seigneur des Ténèbres n'était plus. Même dans son état de confusion, il était persuadé que c'était la vérité. Il n'avait pas réalisé la présence ou le poids que le Seigneur des Ténèbres et la Marque avaient sur son esprit, mais maintenant qu'ils avaient disparus, il pouvait définitivement dire qu'ils avait été là depuis cette maudite nuit de son adolescence jusqu'à ce matin même.

D'ailleurs, si le Seigneur des Ténèbres lui-même avait été là, Lucius aurait été le cherché lui, or ce n'est pas ce qu'il a dit.

Jeune Maître

Mais il y avait autre chose avec Lucius. Quelque chose n'allait pas, quelque chose qui ne collait pas. Qu'est-ce que c'était... ?

Le Luxe. Et même la bonne santé de l'homme lui-même. Cela ne devrait pas être. Au dernier jour de la guerre, Lucius n'était pas dans les bonnes grâces de leur Seigneur. Alors s'il a non seulement échappé à Azkaban et retrouvé sa richesse et son standing, ça ne pouvait signifier qu'une chose. Les Ténèbres avaient dû l'emporter après tout.

Les ténèbres l'avaient emporté.

Peut-être était il vraiment en enfer.

Après tous les sacrifices, après le sang, la douleur et les morts, après des années de combat contre le mal, après tout cela, ils avaient perdus ?

Il aurait crié.

Oh, il reprendrait bien la douleur physique qui le quittait à présent, le laissant terriblement plus conscient du cauchemar qui se jouait lentement devant lui. Il reprendrait la douleur si cela signifiait qu'il avait tort. Il la reprendrait.

Mais Severus Rogue n'était pas un imbécile. Il n'était pas du genre à se cacher derrière des illusions. Non. Il avait passé trop d'années à se fier à son intellect pour renoncer à ses conclusions quand il n'y avait pas de raisons concrètes de le faire. Et c'était un tout nouveau monde de douleur.

Pour un observateur extérieur, son tourment intérieur était à peine visible. Une respiration accélérée, de légers tremblements, des doigts qui griffent lentement les draps du lit, des yeux fixés sur le néant.

Mais à l'intérieur.

A l'intérieur, il criait, pleurait, et suppliait. Il serait mort. Avait-il vraiment besoin de plus d'informations ? De savoir combien avaient survécu ? S'il y en avait ? Pour savoir ce qu'ils avaient pu traverser avant de mourir ? Non, avec ou sans le Seigneur des Ténèbres, il savait ce que les Ténèbres feraient une fois au pouvoir. Si les Lestrange ou les MacNair avaient été libres de faire ce qu'ils voulaient, il n'était même pas sûr que la mort du Seigneur des Ténèbres ait été une bonne chose. Sa folie avait un but, là où celui de Bellatrix n'était faite que de sang et destruction.

Il pressa fortement ses paupières. Il devait se ressaisir. Il ne devait pas faire de conclusions avec trop peu d'informations. Un "jeune Maître". Peut-être que ce Maître avait pris le pouvoir et était meilleur que le Seigneur des Ténèbres ? Pouvait-il seulement envisager pire ? Essayait-il simplement de se voiler la face devant l'horrible vérité pour ne pas perdre la raison ?

La porte s'ouvrit et il se redressa comme il l'avait fait pendant tant d'années. C'était plus difficile à faire.

"Oh, la Belle au bois dormant est de retour parmi nous !"

Oh non. Un jeune homme aux cheveux noirs s'avançait lentement vers lui. Un sourire vicieux se dessinait sur ses traits dépourvus de lunettes. Non. Quelle horrible vision. Pas lui.

"Et bien, Severus." Il laissa le 's' siffler désagréablement. "Lucius m'a dit que tu venais de te réveiller. C'est parfait ! Nous t'attendions depuis un bon moment maintenant."

Il ne voulait pas croiser le regard de son autre hôte, car il ne pourrait plus nier ce qu'il avait sous les yeux. Le jeune homme, qui aurait du voir sa réticence, s'assit sans invitation à son chevet, les jambes négligemment croisées.

"Tu as perdu ta langue, mon très cher Severus ?"

Le jeune homme était maintenant au-dessus de lui, envahissant son espace personnel, sa main droite sur la tête de lit au-dessus de son épaule gauche. Severus s'est crispé, ses mâchoires s'étaient serrées. Il sentait les yeux trois-fois damnés qu'il ne voulait pas croiser percer des trous sur son crâne. Et il sentait ce qu'il craignait depuis que son ancien élève était entré dans la pièce. Il le sentait et il n'y avait plus rien qu'il puisse réfuter. La magie noire. Si puissante qu'elle en était enivrante.

Il força une respiration entre ses dents et se tourna pour rencontrer les yeux qui avaient habités ses cauchemars pendant les vingt dernières années.

Les yeux verts avada-kedavra étaient presque fluorescents. Il était fasciné. Quelle horreur. Il n'avait pas besoin de ses arts de l'esprit - pas qu'il puisse les solliciter actuellement - et personne n'en aurait besoin pour dire comment ces yeux obsédants étaient si brillants et si sombres à la fois. Oh si brillants, il était attiré comme par un tourbillon. Oh si sombres, un frisson lui parcourait l'échine et un bloc de plomb semblait lui peser l'estomac. Si l'homme avait l'intention d'utiliser la Légilimencie -et peut-être l'avait-il fait-, il doutait qu'il puisse opposer une grande résistance.

C'était un cauchemar. C'était l'enfer.

Parmi tous, pourquoi lui ? Il ne voulait pas y croire, mais c'était là. La vérité était là, devant lui, indéniable.

Après un sourire malveillant si étranger sur le visage du fils de son vieil ennemi, le jeune homme se leva et Severus put retrouver l'usage de son esprit ensorcelé.

D'autres changements avaient eu dans l'apparence de Harry Potter. Ses vêtements sombres et richement brodés cachaient un corps fin et plus fort qu'il ne se souvenait avoir jamais vu. Des gants noirs recouvraient ses mains. Sa cicatrice, habituellement cachée, était clairement exposée.

Elle était noire.

Si elle avait été tout à fait reconnaissable par le passé, étant plus rouge que la peau en dessous, il était maintenant difficile d'en détacher les yeux.

"Je vois que tu as vu les quelques changements."

Son sourire s'était élargi et, écartant les bras, il tourna sur lui-même pour permettre à Severus de voir. Ses robes étaient vraiment coûteuses, tissus luxueux brodés d'or. Elles flottaient autour du jeune homme, tout comme celle de son propre professeur l'avaient fait.

"Alors, tu aimes ce que tu vois ?"

Il aurait arraché ses yeux de leurs orbites si cela signifiait que tout ce qu'il avait vu jusqu'à présent n'était qu'une vaste farce.

"... comment..."

Sa voix n'était pas encore tout à fait revenue à la normale, mais en réalité, c'était le resserrement de sa gorge qui rendait la parole si difficile.

"En voilà une question vague ! Comment as-tu atterri ici ? Comment as-tu survécu ? Oh, peut-être que tu voulais dire comment est ce que j'ai survécu ?" Les questions semblaient beaucoup l'amuser. "Mon Dieu, mon Dieu! Être un si grand professeur et manquer de tant de réponses ! Ça doit être affreux."

Severus était décontenancé. Potter laissa son regard se poser sur l'homme allongé. Dans ses yeux, une pitié dégoûtante et une compassion si fausse que Severus sentit son estomac se retourner.

Voir le mépris dans les yeux verts, c'était trop. Une dégradation de ces beaux yeux. L'homme devant lui n'avait rien à voir avec le fils de Lily Evans. Ni ses yeux, ni son comportement, ni même sa voix.

"Ah, mais je suppose que je peux te faire plaisir, par pure grandeur d'âme. Cependant, si je dois raconter l'histoire, il serait bon de commencer par le début, tu ne penses pas ?"

Les yeux verts quittèrent son visage, et il se mit à arpenter la pièce, semblant complètement plongé dans le récit des événements.

"Je pense que tout a commencé la nuit où tu as fui le château après avoir accompli ton devoir. Oh, j'étais innocent à l'époque, mais c'était le tournant, je pense. Mon moi naïf d'alors s'était senti si trahi, trois fois trahi : par l'allié de l'Ordre, par le professeur de six ans, et par le Prince de Sang-Mêlé. Quel choc ça a été ! Imagine l'horreur que j'ai ressenti lorsque j'ai découvert que la personne que j'avais appris à respecter et sur lequel je comptais était mon horrible professeur de potions." À ce moment-là, ses yeux ont retrouvé les noirs, mais au lieu de haine, il trouva une sorte de tendresse que seuls les vieux souvenirs peuvent faire naître. "Mais je dois avouer que le sectumsempra... quel sort étonnant ! Je ne pouvais pas l'admettre à l'époque, quand je l'ai lancé pour la première fois sur Malefoy, mais mon Dieu ! La sensation du sort était-elle toujours aussi forte ?" A ce moment là, l'affection s'était transformée en une folle impatience. Et Severus reconnut cette étincelle de folie dans ses yeux du jeune homme. Il l'avait vue chez beaucoup d'autres... Des Mangemorts pour la plupart.

Potter était contaminé.

"Ah, mais je m'égare. Tu te rends compte que c'est la première fois que j'ai réellement tenté de lancer un impardonnable ? Bien entendu, pas la dernière !" Et il gloussait. Il gloussait d'avoir lancé des Impardonnables. Et si l'on se fiait à son état d'esprit et à la souillure de magie noire qui le recouvrait de manière si épaisse, comme du goudron, il n'avait pas raté ses autres tentatives.

"Bref, revenons à nos moutons. Comme tu le sais, je suis allé chercher les horcruxes, suivant la dernière volonté de Dumbledore."

Severus ne put cacher sa stupéfaction. Voyant cela, Potter marqua une pause et la lueur vicieuse dans son œil devint plus brillante.

"Ou peut-être que tu ne le savais pas... C'est vrai. Ton très cher Seigneur des Ténèbres avait caché quelques morceaux de son âme à travers le pays, voit-tu. Il y avait ceux que tu connait déjà : Le journal de Tom Jedusor, l'anneau de Gaunt... tu sais, celui qui a fait pourrir le vieux fou de l'intérieur, membre par membre ? Oui, celui-là. Mais il y en avait aussi d'autres : la coupe du Poufsouffle, le diadème de Serdaigle, le médaillon de Serpentard. Et enfin, deux derniers... mais tu peux probablement deviner ce qu'ils étaient par toi-même ? Un homme aussi intelligent que toi a probablement déjà fait le rapprochement, non ?".

Le compliment avait le goût acide d'une insulte. Mais il devait comprendre. L'ampleur du plan de Dumbledore. La quête des trois adolescents dont le portrait ne voulait pas parler. Sept horcruxes, sept morceaux arrachés à une âme humaine. Pas étonnant que le Seigneur des Ténèbres ait perdu la raison. Et les deux derniers, ce qu'ils étaient... Les mots de son vieux mentor et ami lui revinrent à l'esprit : "Quand il viendra à en craindre pour son serpent ..." Nagini. Un horcruxe vivant ? était-ce vraiment possible ? Parmi les rares ouvrages qu'il a examinés au cours de sa carrière, il n'en avait jamais entendu parler. Même si c'était possible, ce ne serait pas très malin. Avoir un réceptacle aussi fragile. Mais pour un sorcier noir lunatique... Restait que la création d'horcroxues était déjà assez horrible en soi pour penser à une telle possibilité. Et quelles pouvaient en être les conséquences ? Deux âmes irrémédiablement liées au même corps. Un éclat de ténèbres incarné dans l'âme d'un autre ? Un individu voyant à travers les âmes de deux êtres ? Se pourrait-il que...

Son regard fut attiré par le plus jeune homme, par son affreux sourire élargi, par ses yeux haineux, par sa cicatrice bien trop noire.

"Je vois que tu as compris, maintenant. Après tout, que tu comprennes la raison ou non, tu étais prêt à faire ce qui était nécessaire, n'est-ce pas ? M'envoyer à la mort sur l'ordre de notre bien-aimé directeur. Oh, oui. Je n'ai pas oublié ce qui s'est passé. J'ai l'esprit plus clair maintenant que jamais auparavant. Mais ne t'inquiètes pas, personne d'autre n'est au courant. Cela restera notre petit secret. Tes vraies allégeances, tes vraies motivations." Et il gloussa à nouveau.

"Mais a dire vrai, je devrais peut-être te les rappeler. Parce qu'il me semble que tu as perdu de vue tes propres objectifs. Tu ne crois pas, Severus ?"

Et soudain, il était sur lui, son sourire vicieux s'est transformé en grimace féroce.

"Peut-être devrais-je te rappeler à qui tu as juré protection ! Et dire que je t'ai pris pour un traître dès ma première année, alors qu'en réalité tu t'es retourné contre moi dès l'instant où tu as accepté de t'engager dans le plan consistant à 'me conduire vers mon destin'.... Tout ça pour le 'Plus Grand Bien', pas vrai ?!"

C'était douloureux. C'était vrai. Le jeune homme devant lui, aussi tordu que soit devenu son esprit, entaché par la magie noire, avait raison.

"Oh, oui Rogue. C'est de ta faute. C'est entièrement de ta faute !" Il montra sa cicatrice. Son cri de colère laissé place à un murmure vicieux à son oreille. "Peut-être t'es-tu cru honorable aux portes de la mort, je me le demande. Est ce que tu pensais que tu pourrais revoir ma mère de l'autre côté du Voile ? Toi, qui l'a trahi tant de fois !?"

Il y avait une telle haine dans les yeux de l'homme perché au-dessus de lui, qu'il avait l'impression qu'il appuyait de tout son poids sur sa poitrine. Il avait du mal à respirer.

"T'attendais-tu à de la compassion dans les yeux de celle que tu as insulté, de celle que tu savais avoir blessé en prenant la Marque des Ténèbres ? Celle que tu as mené au Seigneur des Ténèbres, dans ta quête de reconnaissance et de pouvoir ? Celle que tu as tué ! Mais pour ajouter l'insulte à la blessure, tu as détesté son enfant, celui qui est devenu orphelin à cause de toi. Oh, je me souviens de la haine dans tes yeux le tout premier jour, de tes paroles cruelles. Comment tu détestais le Survivant, même si tu l'avais créé. Parce que tu as fait de moi "celui qui a le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres", tu as fait de moi le Garçon Qui A Survécu, tu as fait de moi la célébrité que tu me méprisais d'être !"

La chaleur et la haine de ses mots se calmèrent soudainement, prouvant une fois de plus son instabilité. Pas que Severus puisse en juger. Chaque mot était l'un des pics chauffé à blanc auxquels il s'était attendu a son réveil. La brûlure, la douleur lui arrachait les tripes, le cœur et le crâne. Il ne pouvait empêcher l'angoisse de se s'afficher sur son visage. Il ne pouvait pas empêcher son esprit de crier.

"Cependant, je dois admettre que tu as tenu ta promesse pendant un moment. Tu m'as sauvé lors de ce premier match de Quidditch. Et dans la Cabane Hurlante, on peut imaginer que ce n'était pas seulement pour avoir la satisfaction de livrer toi-même ton vieil ennemi aux Détraqueurs... Mais vraiment, à la première occasion, tu as plié bagage. Oh, bien sûr, ton petit discours était tout a fait charmant. 'Comme un porc mené à l'abattoir'. Bien trouvé, je dois l'admettre. Tu as toujours eu un don avec les mots... Mais au final, ça ne change rien. Tu as trahi ta promesse, tu nous as trahis, moi et ma mère, et c'est là toute la vérité. Mais bien sûr, tu pourrais dire, comme le vieux fou, que c'était pour le bien de tous. Que tu as fait ce qui était nécessaire... Mais ne t'avise pas de le faire. Tu as choisi la Marque, tu as choisi les ténèbres, tu as choisi ton Seigneur. Tu as simplement choisi la voie la plus facile. Tu t'es choisi un nouveau maître quand tu n'as plus voulu plus suivre le premier. Tu as bu ses paroles, espéré sa reconnaissance et agit par ses souhaits. Parce que, vraiment, tu étais incapable de prendre tes propres décisions. Et quand sa volonté différait de ce que tu avais juré, alors tu trahissais simplement ta parole, tu la rejetais. Tout pour ne pas perdre les bonnes grâces de ton maître, au point de plier le genou et d'obéir aux paroles d'un tableau ! Quelle honte... Le grand Severus Rogue, terreur de Poudlard, maître de potions redouté... Serviteur avide de quiconque est prêt à l'accepter !"

Tous ses muscles étaient douloureusement contractés, il tremblait maintenant. Ses yeux noirs étaient aveugles, chaque phrase apportant des images obscurcissant sa vision. Comment les mots pouvaient-ils être si douloureux à écouter ? De nouveau calme et posé, son bourreau se leva et s'éloigna du lit.

"Mais je n'ai pas tout à fait fini mon histoire, n'est-ce pas ? J'ai donc traqué horcruxe après horcruxe, me mettant volontairement dans la ligne de mire, et pourtant, je ne comprenais pas pourquoi le directeur m'avait choisi pour cette tâche. Pourquoi pas un adulte ? Pourquoi pas un briseur de malédiction, ou un spécialiste de la magie noire ? Pourquoi envoyer trois enfants à la poursuite des artefacts les plus dangereux qui soient ?"

Il se retourna vers Severus, un mince sourire ironique sur les lèvres.

"Mais bien sûr, pourquoi sacrifier quelqu'un d'autre alors que j'étais censé mourir dès le début ? Pourquoi gaspiller une autre vie ?"

Il reprit sa marche dans la pièce.

"Je n'ai pas compris au début, pas même quand tu m'as transmis son message "d'outre-tombe". Non, bien sûr que non. Cela a pris des années, mais j'étais déjà bien formé, légèrement usé, un peu plus souillé qu'il ne l'avait espéré, mais bien formé tout de même. J'y suis allé de mon plein gré. Est ce que tu peux le croire ? J'y suis allé, volontairement, sans arme, pour que l'autre bâtard m'achève ! Ah !"

Un rire fou, où l'on pouvait entendre la réminiscence de celui de Bellatrix s'échappa des lèvres du Survivant.

"Mais c'était la meilleure décision que j'ai jamais prise. Oh non, je ne le regrette pas, tu vois. Parce que c'est comme ça que j'ai tout compris ! Sinon, je ne serais pas là ! Je n'aurais pas goûté au vrai pouvoir, à la vraie félicité ! Comment ai-je pu vivre sans cela auparavant ? Je me le demande. Parce que voit-tu, Nagini avait été tué à ce moment-là. Quand il a levé la main sur moi, quand il a prononcé le maléfice mortel, il s'est condamné lui-même ! La Baguette de Sureau n'était pas à lui, elle était à moi. J'étais le maître de la Baguette de la Mort."

Si possible, Severus perdit les quelques couleurs qui lui restaient.

"Oui, Severus. Ta mort, ton sacrifice a été inutile, sans conséquence, sans aucun sens. Tu n'as rien accompli."

"Mais je m'égare encore, on ne peut pas rester bloqué sur des détails. Voit-tu, ce qui s'est passé, c'est qu'en tuant l'éclat de sa propre âme en moi, il s'est aussi tué lui-même. On n'attaque pas le Maître de la Mort avec sa propre baguette en espérant en sortir indemne."

Après la douleur et l'angoisse, c'était maintenant la peur qui intoxiquait son esprit. Maître de la Mort, le mythe devenu réalité sous ses yeux.

"Oui, chacun son titre, n'est-ce pas, cher Prince ? Cependant, certains ont plus de sens qu'un personnage grotesque d'adolescent."

Et vraiment, c'était si ridicule, risible.

"Mais heureusement, j'ai été récompensé pour mon sacrifice. Tu vois, son âme a été écrasée, mais son pouvoir a été capturé. Je ne me suis jamais senti aussi complet ! Si exaltant que tu ne pourrais pas t'imaginer. Et après ça, vraiment tout était si clair, si facile..."

Il revint près du lit.

"Ces dernières années, j'ai fait tout ce que je jugeais nécessaire. Tout ça pour le bien du monde sorcier, bien sûr ! Et si ce qu'il a fallu s'est souvent aligné sur mon propre divertissement, c'est par pure coïncidence ! Mais le fait est qu'il n'y a plus de combats. La paix pour tous les sorciers ! Notre population n'avait jamais été aussi sûre et aussi florissante ! Je n'arrive pas à croire que le vieux Voldy ait tant lutté, vraiment. Ses morceaux d'âme perdus ont vraiment dû avoir attaqué son intellect. Parce que la plupart d'entre eux étaient comme toi, Severus : suppliant de trouver un guide, un Maître pour les mener sur le bon chemin. Et une fois de plus, je me suis préparé à porter le fardeau que le monde des sorciers a mis sur mes épaules. Mais je l'ai fait volontairement pour une fois, les yeux grands ouverts. Et j'aime ça au-delà de toute mesure !"

Qu'était-il devenu ? Juste une version nouvelle et améliorée du Seigneur des Ténèbres ? Alors, ainsi le monde maintenant. C'était tout ce qu'il y avait. Severus se sentait vide à présent. Vaincu.

La voix qui avait tonée ce discours, se fit basse et caressante, comme celle de Severus quand il voulait qu'elle effraie ses élèves pour qu'ils obéissent.

"Mais revenons à toi, Severus. Je devais revenir pour toi, tu comprends ? Et, littéralement, je suis retourné te chercher, dans la cabane. Il n'y avait plus grand chose à faire pour te guérir, mais tu n'était pas encore tout à fait mort, et tu ne pouvais pas échapper au pouvoir d'un Maître de la Mort ! Un coup de baguette de Sureau - Ma baguette, et tu étais de retour à ta triste carcasse. Je ne pouvais pas laisser mourir mon professeur favori après tout. Mais tu ne voulais pas te réveiller, alors j'ai dû déléguer la tâche de veiller sur toi à mon plus fidèle conseiller, et vous semblez avoir un sacré passé ensemble. C'est tant mieux. Imagine ma surprise, mon choc quand il m'a annoncé que tu étais de retour ! J'ai dû annuler mon rendez-vous avec les ministres pour venir à ton chevet dès que possible. Si tu t'étais réveillé plus tôt, je ne suis pas sûr que j'aurais pu te faire profiter d'un monde d'une telle perfection. Même un an plus tôt, nous avons encore eu quelques soulèvements. Mais c'est terminé maintenant. Nous avons capturé les derniers résistants. Leur avons fait... comprendre leur erreur."

Il a fait une pause pour permettre à l'horrible sourire d'embellir lentement ses traits.

"Mais tout cela, tout ce que j'ai accompli, au final, c'est grâce à toi. Si tu n'avais pas tué le vieillard, je n'aurais jamais connu la douceur de l'impardonnable, le pouvoir que l'on trouve dans la vengeance et la rage. Je n'aurais pas suivi le chemin qui m'a conduit au grand pouvoir que je détiens maintenant. Et pour ce grand service, je pense que tu mérites un présent, un rappel de ton plus grand accomplissement."

D'un geste rapide, Potter sortit une baguette des plis de sa robe.

Severus ne put contrôler un sursaut, lequel sembla surprendre le jeune homme pendant une seconde ou deux, avant que le rictus haineux ne réapparaisse.

"Non, aucune raison d'avoir peur Severus. Rien ne va t'arriver. Tu vas vivre. Une - très - longue - vie. Je ne peux pas te garantir qu'elle sera heureuse. Après tout, tu vas vivre dans le monde que tu as aidé à créer."

Potter s'était approché et avais posé la baguette sur le ventre de Severus. Ce n'était pas la baguette de Potter, avec son fameux plume de phénix. Ce n'était pas non plus la baguette de Sureau, celle qu'il avait vue pour la dernière fois dans les mains du Seigneur des Ténèbres, ni même la sienne. Non, c'était une baguette sombre, presque aussi sombre que sa baguette en bois de rose, mais moins longue. Elle était élégante, avec un manche court et des runes gravées tout autour. Il connaissait cette baguette, il s'était demandé par le passé ce qu'elle était devenue. Il supposait qu'elle avait rejoint son propriétaire, comme le voulais l'usage, dans la tombe blanche sur les terres de Poudlard. Si elle avait été là, elle n'y était plus. La baguette de son mentor et ami le moquait, sous ses yeux, juste hors de portée de ses membres encore trop faibles.

Et il pleura.

Un sifflement désapprobateur. "Pathétique. Vraiment.... tu me dégoûtes." Quelques pas portèrent hors de la pièce celui qui avait irrémédiablement brisé son âme.

Pathétique

Pathétique

C'était comme si le mot se réverbérait mille fois dans le vide de son cœur. Mais bientôt, d'autres se joignent à celui-ci. Tu me dégoûtes, mais ce n'était plus la voix de Potter. Non. C'était la voix d'un fantôme.

"Tu me dégoûtes."

Et ce n'était pas le fruit de son imagination. C'était pire que n'importe quel cauchemar, parce que c'était vrai. C'était un souvenir. Un souvenir de lui, à genoux, devant l'homme qu'il allait finir par tuer. Et, à partir du moment où il s'en souvint, il fut piégé. Il sentit la pluie sur son visage et le froid s'installer dans ses os. Et ces yeux bleus, accusateurs, déversant de l'acide sur son esprit et son âme.

Il était piégé là. Et quel que soit le souvenir de l'homme qu'il essayait d'évoquer, les yeux accusateurs prenaient la place de l'éclat chaleureux. Et même quand les mots étaient doux, les gestes réconfortants, les yeux criaient 'Pathétique' !

Et même pour ce dernier souvenir. Et surtout pour ce dernier souvenir.

"Severus... s'il te plaît..."

"Tu me dégoûtes"

Pathétique

Pathétique

Pathétique

Comment a-t-il pu ? Le seul événement qui l'a rendu moins qu'un homme. Qui a brisé son âme immortelle. Comment avait-il pu ? Et quelle qu'en soit la raison, la pitié, ou le plus grand bien. Il souhaita ne jamais en avoir été capable. Il souhaita de pouvoir mourir, ici et maintenant.

Avec toute la force de son désespoir, il détacha ses doigts du linge, et lentement, douloureusement, il tendit la main vers la baguette.

Puis son index rencontra le bois chaud. Puis il hurla.

Son dos s'arqua sous la douleur soudaine. Un Doloris pur, de la qualité du Seigneur des Ténèbres. Non, plus que ça. Ce n'était pas une douleur purement physique. C'était plus profond, ce n'était pas son corps, ni son esprit qu'il sentait se déchirer, mais son âme même.

Et soudain, c'est une foule d'émotions qui n'étaient pas les siennes qui contamina son cœur et son esprit. Deuil. Chagrin. Culpabilité. Au point de supplanter les siennes. Ou pas. Elles s'additionnaient aux siennes. S'il en avait eu la force, il se serait arraché les cheveux et la peau. La douleur physique s'évapora aussi vite qu'elle est venue, mais l'autre subsista. Son cœur lui faisait mal, et en position fœtale, il pleura, sanglota et compris.

Il se souvenait de cette douleur, de l'intensité de cette peine, de ce chagrin, de cette culpabilité. C'étaient les siens, il ne s'en était pas souvenu, ou il l'avait oublié, ou il l'avait perdu. Et peut-être auraient-ils dûs resté perdu, parce qu'il ne pouvait pas imaginer ouvrir à nouveau les yeux sans sentir la brûlure des larmes, respirer à nouveau sans être déchiré par les sanglots, bouger à nouveau hors de cet univers de désespoir dans lequel il se trouvait.

C'est sans doute pour cela qu'il ne remarqua pas immédiatement et après combien de temps - il ne saurait le dire - que la porte de la chambre était à nouveau ouverte.

"Je suis désolé."

Les mots étaient presque murmurés, ils semblaient essoufflés. Severus revenint à lui, et pendant qu'il essayait de maîtriser sa respiration, ses yeux rougis se tournèrent vers la porte. Là, la cause de ses tourments était plaquée contre le mur, l'air complètement désemparé, glissant sur le sol car ses jambes ne pouvaient le soutenir.

"Je suis désolé. Je suis tellement désolé."

Et quand le regard vert croisa le sien, ce n'était pas celui d'un Seigneur des Ténèbres, c'était celui de Lily.

"C'était le seul moyen. Je suis désolé."

Quand il sembla suffisamment calmé, il se releva et s'approcha du lit. Il s'arrêta quand il vit Severus trembler violemment. Il semblait sans voix pendant un moment, son regard triste croisant les yeux noirs méfiants et craintifs.

"J'ai menti. Ce ne sont que des mensonges ! En grande partie. Je suis désolé. Je vais chercher les autres. Ils... ils vous expliquerons."

Il sorti de la pièce et Severus entendit les appels de "Lucius", "Hermione" et "Draco". Quelques instants plus tard, les quatre personnes entraient dans la pièce.

"Professeur !"

La jeune femme avait parlé, maintenant transie, les yeux écarquillés, fixés sur lui. Severus était indéniablement perdu. Quel était le sens de tout cela ?

"Severus !"

L'un des blonds de la pièce avait parlé. Potter, toujours adonné de ses robes noires finement brodées, resta derrière eux, ses yeux sur le sol. Était-ce du soulagement dans les yeux de son filleul ? Mais c'est son père qui parla le premier, s'approchant du lit alors que les autres restaient encore à une distance respectable.

"Severus, comment te sens-tu, mon ami ?"

Il avait l'air et semblait vraiment préoccupé.

"Qu'est-ce que ... tout cela signifie...... ?"

Il avait encore du mal à parler. Mais ses mots semblaient avoir inciter les autres à s'approcher. Il remarqua que Potter restait encore en retrait. C'est la fille Granger qui se décida en premier de lui donner des réponses.

"On est vraiment désolés professeur ! C'était une mise en scène. Voldemort est mort... définitivement mort. Nous avons gagné la guerre ! Et en grande partie grâce à vous ! Vous avez été incroyable. Harry a raconté à tout le monde ce que vous avez fait. Tout le monde sait que vous étiez du bon côté depuis le début."

Severus était encore plus perdu. Il essaya de s'asseoir un peu plus et de se redresser. Un écho lointain murmura "pathétique" Il secoua la tête pour faire le vide dans son esprit. Il pouvait bouger un peu mieux maintenant. L'expérience du simulacre de Doloris avait réveillé certains de ses muscles. Mais ses pensées étaient toujours dans le désordre le plus complet. Il avait du mal à réfléchir clairement.

Certes, il appréciait cela, si c'était enfin la vérité. Le monde était enfin débarrassé du Seigneur des Ténèbres. Mais certains faits ne collaient pas.

"Mais... pourquoi le... Pourquoi cette comédie ? ...et la magie noire ?"

Sur ce, il se tourna vers Potter qui semblait avoir perdu plusieurs nuances de couleur, plus inquiet que jamais. C'est au tour du jeune Malefoy de prendre la parole.

"Severus, il n'avait pas le choix. Je l'aurais fait moi-même s'il ne l'avait pas fait. Tu étais...

- Non tu ne l'aurais pas fait ! Tout particulièrement maintenant."

C'était l'aîné des Malefoy qui avait interrompu son fils. Il n'avait pas l'air si en colère, mais son ton n'admettait aucune discussion.

"Je suis désolé mon vieil ami. Je tiens à toi, mais je ne lui aurais pas permis de... de..."

Il s'est arrêté là.

"De... quoi !?"

La colère. Ça, il le connaissait bien. Il y avait quelque chose qu'ils ne voulaient pas lui dire. Qu'est-ce qui pouvait être si terrible s'ils avaient vaincu le Seigneur des Ténèbres. Voldemort. Ça ne devrait pas être si terrible. La fille à la chevelure volumineuse reprit la parole.

"Professeur, vous étiez... vous étiez..."

Le mot semblait être bloqué dans sa gorge. Il devait être grièvement blessé. Avaient-ils pratiqué de la magie noire pour le guérir? Mais Potter n'était pas sensé connaître de tels sorts, alors quoi ?

"Mort. Tu étais mort."

C'était Draco.

Mort. Comme il l'avait pensé. Mort sur les planches poussiéreuses de la Cabane Hurlante, le cou béant. Pathétique.

"...alors..."

Personne ne le regardait dans les yeux. Un soupçon de peur. Son mutisme n'allait pas lui donner de réponses. La colère, d'un autre côté... Et elle n'était pas si difficile à invoquer, compte tenu d'un Harry Potter en sueur dans ses robes finement ajustées.

"Potter ! Qu'est-ce que vous avez fait ?"

Oh, presque parfaitement délivré, il s'améliorait définitivement. Le jeune homme a blanchi. Bingo.

"Je-je..."

Et c'est tout ce qu'il a pu dire. Il resta, bouche ouverte, essayant de faire passer d'autres syllabes par ses lèvres.

"Vu le discours dont vous m'avez gratifié tout à l'heure, je m'attendais à plus qu'une imitation de carpe de votre part.

- Je-je suis désolé !

- Vous l'avez dit plus tôt. J'ai besoin de ce qui vient après, si vous le voulez bien !

- Je... Il y avait un rituel auquel je... j'avais participé, il y a plusieurs années.

- Quel rituel, Potter ? Je ne suis pas un Inferius, n'est-ce pas ?

- N-non, monsieur ! Non, vous n'en êtes pas un ! Bien sûr que non !

- D'après ce qu'on a vu professeur, vous n'êtes pas si différent d'avant.

- Avant quoi ?"

Granger, rougit mais ne répondit pas.

"Qui va enfin m'expliquer ce que vous m'avez fait ?!

- Severus, tu ne devrais pas te mettre en colère après lui. J'aurais...

- Non tu ne l'aurais pas fait !" Le plus âgé interrompit son fils une nouvelle fois.

- Lucius, veux-tu me dire ce qu'il se passe. Je suis à bout de patience. Être mort ne l'a pas améliorée, du moins c'est ce qu'il semble !

- Severus, c'était le même rituel que le Seigneur des Ténèbres..."

Les yeux de Severus s'écarquillèrent de façon impossible et retournèrent vers Potter, recroquevillé derrière les autres.

"Vous êtes en train de me dire que... POTTER ! Potter vennez ici et montrez-moi vos mains !

- J'ai toujours mes mains ! Je n'avais pas d'autre choix !

- Vos mains ! Maintenant !"

C'était plutôt réconfortant de voir qu'il pouvait encore susciter une telle peur chez son ancien élève, même dans l'état où il se trouvait. Lâchement, les autres s'étaient retirés de devant le jeune homme. Il s'approcha à contrecœur et, encouragé par un regard dur, il poussa ses mains gantées de noir en avant. Il tremblait légèrement. Severus avait alors retrouvé suffisamment de sa mobilité pour poser sa main sur la droite puis la gauche de celle de Potter, détaillant le poignet, la paume, et doigt après doigt. Quand il arriva à l'annulaire de la main gauche, il le sentit. Ses yeux s'enflammèrent en direction Potter, remarquant la lèvre inférieure qui était malmenée. D'un geste rapide, plus rapide qu'il ne se serait cru capable dans son état, il retira le gant de la main incriminée. Ses deux plus petits doigts avaient été sectionnés et remplacés par des faux.

"Qu'est-ce que c'est que ça?"

Sa voix était grave et menaçante.

"La... la 'chair du s-serviteur, volontairement donnée'... ?"

La colère lui donna encore plus de force. Il attrapa le jeune homme par le col.

"J'espère que c'est juste de l'humour de mauvais goût, Potter, parce que si vous êtes sur le point de me dire que vous avez déterré le corps de mon père..."

Potter dégluti, et la réponse était écrite sur son visage. Il aurait pu le frapper si Drago ne s'était pas interposé entre eux.

"Severus ! Severus, s'il te plaît, calme-toi !

- Calme-toi ! Il m'a transformé en monstre !"

La réflexion ayant quitté ses lèvres avant son esprit, il porta une main à son visage.

"Ne t'inquiète pas mon ami, tu n'as pas perdu l'appendice qui te sert de nez. Ni tes cheveux gras, d'ailleurs.

- Professeur, il n'y a pas de différences notables."

En disant cela, leurs yeux s'alignaient sur sa gorge. Il y porta la main. Au lieu d'une peau lisse ou de cicatrices, la peau était... écailleuse. C'était, en fait, de véritables écailles.

"Tu vois, ce n'est rien de trop terrible ! Et vraiment, c'est quasiment invisible !

- Tu me laisseras en juger par moi-même, Drago ! Apporte-moi un miroir.

- Allons, Severus. Tu ne va pas me faire un excès de vanité maintenant ?

- Désolé de te décevoir Lucius, mais alors que ton angoisse pourrait être de ne plus être considéré comme un bachelor dans la fleur de l'âge cette année, j'aimerais juste pouvoir marcher dans la rue sans être la cible de mauvais sorts ou de pierres !"

Granger sortit un miroir de poche de son sac à main. Et, il devait admettre que, même si la différence pouvait être repérée, sa couleur de peau naturelle était proche de celle des écailles. Elle se mélangeait assez bien.

"Cela n'explique pas tout. Comment avez-vous pu me ramener. Ne s'agissait-il pas d'un rituel pour les êtres incorporels ? Je n'ai jamais été un fantôme, pas que je me souvienne, et ce n'est pas comme si j'avais un horcruxe."

À cela, les regards se croisèrent en une discussion silencieuse.

"Quoi ?!"

Potter ouvrit la bouche, mais ne fit pas mieux que précédemment. Cependant, il vit son regard se porter sur la baguette d'Albus Dumbledore, toujours de l'autre côté du grand lit. Severus alla la chercher. Il eut une seconde d'hésitation avant de la saisir, se demandant s'il allait vivre la même horrible expérience que précédemment, mais comme personne ne l'avait arrêté, il supposa qu'il serait probablement sans risque de la manipuler à présent.

"Qu'est-ce que ça veut dire ?

- C'était... votre horcruxe...

- JE N'AURAIS JAMAIS...

- Oui ! Oui, on le sait. Laissez-moi vous expliquer et vous pourrez être furieux ensuite, s'il vous plaît ?"

Potter semblait moins désemparé maintenant, mais il se méfiait toujours de sa réaction.

"Nous ne savions pas, jusqu'à ce que la bataille ait lieu. Ensuite, je suis retourné dans le bureau du directeur. Vous voyez, il fallait que je sache, et comme vous étiez mort, la promesse que vous avait fait Dumbledore n'était plus valable et il pouvait me dire des choses sur vous, sur comment et pourquoi vous avez agi ainsi pendant tout ce temps."

Ses yeux suppliaient. Lui demandait-il pardon ?

"Il... il m'a dit toutes ces choses, sur ce que vous aviez fait pour moi et tous les autres, mais aussi sur ce que vous aviez fait pour lui. Comment il... il vous considérait comme un fils... et qu'il avait des regrets. Il m'a dit qu'il pensait -qu'il savait qu'il vous en avait trop demandé, que vous étiez trop jeune et que vous méritiez une vie heureuse, pas celle qu'il vous avait imposée."

La colère était partie. Severus resta sans voix.

"Il m'a dit - le portrait m'a dit qu'il avait un plan. Qu'il laisserait... qu'il me laisserait décider s'il avait fait le bon choix, à condition qu'il ait réussi. Enfin, le Dumbledore du portrait ne savait pas si le vrai Dumbledore avait réussi. Parce que c'était... C'est arrivé quand..."

Potter eu du mal à finir. Il soupira et sa main, où manquait deux doigts, passa la tignasse de ses cheveux.

"Il y avait de nombreuses possibilités que ça ne se passe pas bien, ou que ça ne marche pas du tout, mais il a réussi. Je veux dire, il était le plus grand sorcier vivant, à l'époque... Bref, il a fabriqué l'horcruxe."

Après plusieurs secondes, Severus se rappela que c'était son tour de parler.

"Mais-mais il faut...

- ...un meurtre. Dumbledore m'a dit que son meurtre avait sûrement déchiré votre âme. Et il a dû composé avec ce qu'il avait sous la main à ce moment-là. Il a tout préparé pour que le sort fonctionne, pour lier un morceau de votre âme à sa baguette. Et la dernière chose nécessaire était... était sa mort.

- Cela va à l'encontre de tous ses principes ! La plus noire des magies ! Et ce n'est pas comme si j'aurais été la seule victime de la guerre ! C'est grotesque !"

Ils avaient l'air embarrassés.

"Eh bien, il y a une différence entre vous et les autres. Vous étiez comme son fils. Et, contrairement aux autres, votre cas était comme le mien... vous étiez censé mourir. Vous n'étiez pas vraiment une victime, mais plutôt un sacrifice."

Quoi qu'il en pense, on pouvait difficilement le nier. En cachant le fait que Drago avait été celui qui avait pris la baguette à son mentor, il a mis le Seigneur des Ténèbres sur sa piste pour obtenir la maîtrise de la Baguette de Sureau. Tôt ou tard, le mage noir l'aurait attaqué.

"Et il... il m'a laissé le choix. Il n'a parlé qu'à moi de l'horcruxe, il ne voulait pas salir votre réputation. Il m'a dit ce qu'il avait fait et m'a dit que j'étais le seul à pouvoir aller jusqu'au bout, sachant que cela signifierait faire de la magie très noire -et toutes les conséquences qui vont avec- ou détruire l'horcruxe avec les crocs de basilic restants ou le feudeymon."

Il regarda Potter. Il avait les traces de la magie noire sur lui, c'était indéniable. Mais ses yeux étaient bien trop clairs.

"J'ai choisi."

Plusieurs minutes passèrent sans que personne ne dise un mot.

"Alors... mon vieil ami, bon retour parmi les vivants. Puis-je t'offrir quelques rafraîchissements et un dîner si tu te sent suffisamment d'attaque?

- Pourquoi cette mise en scène ? Pourquoi me faire croire que la guerre était perdue ?"

Il se serait bien fâché, mais il n'arrivait plus à rassembler l'énergie. Compte tenu de tout ce qui s'était passé, il doutait que ce soit par pure haine, vindicte ou vengeance, non pas qu'il ne comprenne pas le besoin de Potter de se venger de lui. Il ne l'aurait même pas condamné. C'est la fille Granger, comme prévu, qui lui répondit.

"Eh bien, vous voyez professeur, il y avait toujours le problème de l'horcruxe. Sans vouloir vous offenser, nous n'aurions pas permis à vous ou à quiconque d'avoir un horcruxe. Une fois que vous étiez de retour, nous devions nous en débarrasser. Si nous l'avions détruit de la manière habituelle, vous auriez perdu la partie de votre âme qui était piégée dedans... avec des conséquences inconnues. Le dernier à qui cela est arrivé ne s'a pas très bien terminé."

Et elle osa un petit sourire.

"Mais il y avait un autre moyen. Un moyen de récupérer le morceau d'âme."

Elle fit une pause. Il buvait ses paroles.

"Le seul autre moyen est de vraiment regretter le meurtre qui a causé l'horcruxe en premier lieu. On peut tous imaginer que ça a dû être horrible pour vous de faire ça, mais comme l'horcruxe a quand même réussi à vous faire revenir, on s'est dit qu'il en fallait... un peu plus...

- Je suis désolé.

- Vous l'avez déjà dit Potter. Une centaine de fois."

Il le regarda. Le silence était revenu dans la pièce. Il se pinça le haut du nez.

"Ce que vous avez fait était stupide. Ça vous a contaminé avec la magie noire et ça aurait pu entraîner ta propre mort. Je doute que vous puissiez devenir Auror après ça. Avez-vous pensé une seule seconde que vous auriez pu ramener une âme partielle, ou une autre horreur qui traversait le plan des âmes à ce moment-là ?!"

Mais sa colère n'était pas sincère. Il prit une profonde inspiration, la relâcha lentement, attendit que les yeux verts retrouvent les siens, et dit le seul mot qui se devait d'être prononcé.

"Merci."

Notes:

Alors, mon Rogue vivant vous semble-t-il suffisamment compatible au canon ? J'aimerais savoir ce que vous en pensez !

A la relecture, je me rend compte que mon Harry est sans doute un poil OOC...