Chapter Text
Noé,
As-tu disparu ?
Autrefois, tu me rejoignais sur le toit de l’auberge,
Sans dire un mot.
Tu fixais l’horizon, tes cheveux s’envolaient, ton visage était dégagé.
Tu portais le morceau de pain que je te tendais chaque matin à tes lèvres, y plantais tes crocs, le dégustais, écarquillais les yeux, comme si c’était la première fois que tu découvrais ces saveurs qui réchauffaient ton cœur.
Puis tu ramenais tes genoux contre ton torse. M’imitais-tu ? Te moquais-tu ?
Le froid me transperçait.
Ne voyais-tu pas que j’avais besoin de toi ?
De ton regard suivant les vagues de mes cheveux, de ta voix murmurant mon prénom, de ta main empoignant la mienne, de tes rires, me rappelant que tu n’étais pas parti.
Je le savais, Noé.
Un jour, tu partirais,
Parce que tu te penses monstre. Tu penses que les vampires comme toi ne méritent pas d’exister. Tu penses que lire mes souvenirs a fait de toi mon pire cauchemar. Tu penses qu’en me regardant à présent, tout ce que tu verras sera la noirceur de mes malheurs.
Tu penses que plus jamais tu ne me rendras heureux, si je sais qu’en toi déferle tous les souvenirs que j’ai tenté d’annihiler.
Les mémoires de Vanitas, quel beau nom tu as trouvé.
C’était donc cela que tu mijotais ?
Je me rappelle lorsque je m’approchais de toi, quand tu semblais vouloir t’effacer du monde, que tu me remarquais, et, la seconde d’après, tu te trouvais déjà sur un toit à l’opposé de moi.
Tu revenais le soir, comme si de rien n’était.
Tu te posais auprès du feu, le contemplais, me demandais ce que j’avais fait. Je te répondais que ce n’étaient pas tes affaires.
Depuis que tu avais bu mon sang, j’avais peur.
Peur que tu ne veuilles plus de moi, peur que tu te penses trop faible pour vivre avec moi, peur que j’éprouve l’envie de te tuer, pour qu’enfin, chaque souvenir disparaisse.
La vérité, c’est que tout est pire maintenant.
J’ai lu ce que tu as écrit, Noé.
Quelle manière singulière de t’exprimer.
Rien n’a de sens, rien n’est jamais lié. On dirait que tu écrivais sur l’instant, que rien n’était tracé d’avance.
A certains moments, tu commences à raconter l’une de mes expériences. Tu la décris sans entrer dans les détails, comme si tu ne connaissais rien de ma vie. La page d’après, on dirait que tu es submergé par tes pensées. Quelquefois, je te retrouve à écrire que tu as faim. De quoi ? Nul ne le sait. Tu as juste faim. Puis, la ligne suivante, tu racontes l’un des souvenirs que l’on a vécus. Et cette fois, rien ne t’échappe. Que ce soit ce que tu as ressenti, ce que j’ai ressenti, les pensées qui nous traversaient, les décors, le ton que l’on empruntait, les paroles, exactes à la virgule près.
Putain Noé, qu’est-ce qu’il t’a pris ?
Pourquoi n’as-tu pas attendu que je lise ces pages avant de t’enfuir ?
J’avais peur, j’étais terrifié, mais lire cela aurait tout chamboulé. J’aurais compris, Noé. J’aurais compris que, ce qui t’importe n’a jamais été le passé, mais ce que nous vivions.
Tu voulais juste me comprendre, enfin savoir pourquoi je semblais si triste par moments, pourquoi je t’empêchais d’accéder à ces secrets tant cachés.
Tu voulais m’aimer, pour ce que je suis, et pour ce que j’ai été.
Tu me voulais à part entière.
Moi, du début, à la fin.
Moi, et mes souvenirs plus légers entre tes mains.
A Vanitas,
Dont le nom enflamme mes sens.
A Vanitas,
« Accorde-moi cette danse. »
A Vanitas,
Vis, vis, plus haut encore,
Fonds-toi dans le ciel,
Et retiens ton corps.
A Vanitas,
Oublier ta vie,
C’est t’oublier.
Si tu le souhaites, je peux porter ce que tu détestes,
Et inscrire en toi la plus belle des promesses.
Oublier sa vie, c’est s’oublier soi-même.
A Vanitas,
Si je t’oublie, je m’oublie.
