Chapter Text
"J'ai toujours admiré Katsuki. Malgré les brimades, et son sale caractère, je vois en lui l'étoffe d'un héros de classe S. Si seulement il acceptait de grandir un peu... "
"Deku, Ducon, Déception-Man, putain mais qu'il me lâche ! J'en peux plus de ses grands yeux de chiots, de sa face qui se tourne vers moi, sa façon d'attirer mon attention. Mais oui, je t'ai vu, quoi, tu veux ta mandale ? T'as pas pris assez cher hier ? Il veut quoi ce con !"
***
"Avant la fin du semestre, vous devrez remettre votre fiche d'orientation au secrétariat. N'oubliez pas de la faire signer à vos parents. Ceux qui partent en stage, vos certificats médicaux sont à..." Le brouhaha couvre la voix de l'enseignant. Il a prononcé le mot "orientation" en fin d'année devant des 4ième, l'erreur bête. Tendus, excités, déprimés ou blasés, ils se mettent tous à bavarder, se retourner et échanger des regards.
Certains commencent à manifester leur alter, d'autres reculent et se protègent le visage face au désastre imminent. La plupart n'ont pas des alters particulièrement puissants, mais leur apparition a assurément rendu le travail des professeurs plus difficile. Il règne un certain laxisme sur les délits liés aux alters commis par des mineurs. Les plus jeunes peinent à les maîtriser, mais ils ne sont alors pas très puissants. L'adolescence est devenue une période particulièrement difficile où les alters se développent et, malgré un semblant de maîtrise, les incidents sont fréquents.
De nouveaux cours sont apparus afin d'aider les élèves à se contrôler. Mais quand le métier de rêve numéro 1 des collégiens est "Héros Professionnel", et que le système scolaire reste compétitif, les enseignants sont dépassés. Certains cours de sport virent à l'affrontement surnaturel, et seules les menaces de renvoi peuvent calmer le jeu. Sans scolarité, pas de passage du permis d’utilisation de l’alter !
Le prof principal de cette classe de 4ièmea pris l'habitude de compter dans sa tête jusqu'à dix avant de réagir. Son alter, élasticité, est un des alters préférés du corps enseignant. Arrivé à 10, il étend ses bras jusqu'au fond de la classe pour attraper les oreilles de chaque fauteur de troubles. Puis il élargit sa cage thoracique pour augmenter le volume de sa voix :
LE PROCHAIN QUI UTILISE SON ALTER SERA ENVOYÉ DEVANT LE PRINCIPAL.
Personne n’essaie de jouer au plus fort avec le principal. Il peut créer des bulles défensives autour de lui mais aussi des autres. Celui qui joue avec son alter reçoit alors un renvoi à pleine puissance.
Izuku dépose sa fiche sur le bureau du professeur en tâchant de se rendre invisible. Bakugo se balance sur sa chaise en affichant son habituel air de mauvaise humeur. Un de ses bras toujours tendu au niveau du dernier rang, le prof parcoure les fiches du regard.
" Je sais que nombre d'entre vous se destinent à la filière héroïque, mais n'oubliez pas d'envisager d'autres filières. Vous avez pour la plupart de supers alters, mais il y a une différence entre frimer en classe et survivre en filière héroïque !
- HEY ! Bakugo se redresse sur sa chaise, Ne me mettez pas dans le même sac que ces bouseux. Je vise l'académie Jouzu, et c'est inutile de me parler de vos filières pros à la con !
- Bakugo, bien que tu ais de bonnes notes, tu n'es pas autorisé à me hurler dessus"
Bakugo frappe son bureau du plat des mains, et grommelle quelque chose d'inintelligible et probablement très grossier.
" Ah... je vois que nous avons un autre candidat pour Jouzu... heu... Midoriya ? Tu ? Tu es sûr ? Tu as sélectionné la filière héroïque en plus alors je..."
Le reste fut couvert par les hurlements et les rires de la classe tandis qu'Izuku, la tête rentrée dans les épaules, tâchait de se changer en souris. Hélas, Izuku ne bénéficie d'aucun alter, et encore moins d'une faculté à se métamorphoser. Du coin de l’œil, il remarque que Bakugo le fixe, étrangement calme. Cela ne présage rien de bon.
***
Izuku traîne en rangeant ses affaires, dans l'espoir que Bakugo se lasse et parte devant. Mais quand il passe la porte, lui, et ses deux pots de colles, l'attendent dans le couloir. "Mauvaise stratégie" marmonne-t-il. Bakugo se jette sur lui et le plaque contre le mur.
" TU CROIS QUE JE VAIS TE LAISSER FAIRE ?
- f... faire quoi ?
- joue pas au con comme ça ! Quand je dis que j'irai à Jouzu, je suis sérieux ! Si la vie est une blague pour toi c'est ton problème ! Et ça se comprend te concernant... "
Bakugo recule, toise Midoriya de haut en bas, avec tout le dédain dont il est capable.
"t'as jamais sur fermer ta gueule... la prochaine fois que tu as une idée de merde comme celle-là, saute du toit."
Izuku encaisse en silence, les dents serrées, espérant qu'il se décide enfin à partir. Mais Bakugo se dirige vers lui et Izuku ferme les yeux en anticipation. Il entend un bruit de froissement. Quand il ouvre les yeux, Bakugo tient un petit cahier dans ses mains.
" - NON !
- notes pour ma future carrière... numéro 13... HA ! Mais il était sérieux en plus ! »
Les deux suiveurs se mettent à rire. Midoriya se concentre pour ne pas laisser les larmes lui monter aux yeux. Pas devant lui, il ne doit pas se montrer faible. Mais Bakugo recommence.
« Alors je vais être plus clair. Tu n'as aucune chance ! Les mecs comme toi on les écrase ! Dans le meilleur des cas tu finiras flic inutile, à ramasser mes miettes. Les comme moi vont à Jouzu. Même en filière de gestion, Jouzu n’accepterait jamais un sans-alter. Alors arrête de rêver !"
Midoriya tente de récupérer son précieux cahier tandis que les deux gorilles de Bakugo le ceinturent et l'empêchent d'avancer. Bakugo referme le cahier, le tenant avec les paumes de ses mains. Après un bruit étouffé, une fumée noire s'échappe du cahier. Pour achever son œuvre, il le lance par la fenêtre ouverte, avant de cracher à Midoriya, en le regardant droit dans les yeux "à ton tour, DEKU."
Des heures de notes, de course dans la ville pour voir les affrontements, perdues. Explosées, jetées, et il ne regrettera pas. Il ne regrette jamais. Il prend, il nuis, et il s'en va. Izuku sent sa tête sur le point d'exploser, quand une idée insidieuse vint lui chatouiller l'égo.
Il marmonne : "oublie Jouzu, tu es bon pour UA". Les acolytes de Bakugo écarquillent les yeux. Bakugo ne se défait pas de son rictus et hurle "t'as dit quoi DEKU ?"
Deku reprend, légèrement plus fort "t'es sourd ou quoi ?", mais au lieu de réagir, Bakugo se met à râler "ta manie des marmonnements ça m'a toujours tapé sur le système, j’me barre."
Bakugo lui tournant le dos, Izuku hurle de toutes ses forces "quand on est sourd comme un pot, on finit chez les handicapés, donc à UA, GROS CON". Puis, comme il vient d'insulter Bakugo, mais en plus de révéler son secret le mieux gardé, il prie mentalement et décide d'accueillir la mort avec dignité.
Mais rien ne vient. Izuku ouvre un œil. Bakugo, toujours le dos tourné, serre si fort les poings qu'ils en tremblent. Son pote avec les grands doigts extensibles s'approche de lui avec précautions, et essaye de lui parler. Il est immédiatement projeté contre le mur dans un concert d'explosions. L'autre acolyte se précipite vers son ami, évalue rapidement les dégâts, puis l'aide à se relever, tout en gardant un œil prudent sur Bakugo. Toujours dans la même position, ce dernier grogne « dégagez… cette fois, j’vais m’le faire »
Quand les deux autres ont disparu, Bakugo se retourne lentement, la tête baissée, les points toujours si serrés que de la fumée et des crépitements s’en échappent. Il approche lentement. Mais Izuku ne songe pas une seconde à fuir. Il murmure « Kat’chan… », la voix brisée. Il ne voulait pas dire ça, il ne voulait certainement le dire comme ça, devant les autres. Il aurait voulu que tout soi différent, que Katsuki soit capable de l’écouter. Mais « arrête de rêver ».
« Quand… lâche enfin Bakugo entre ses dents
- Depuis le début de l’année scolaire. J’ai remarqué… des petites choses
- Bien sûr, tu as toujours les yeux qui traînent. Combien fois devrai-je te répéter de me foutre la paix ?
- Je ne te voulais aucun mal ! C’est juste que… je remarque toujours ce genre de choses. J’ai pris l’habitude en observant les héros et...
- Et tu t’es dis que tu me tenais, hein ?
- Mais NON ! Jamais je ne...
- Tu as oublié une petite chose. Je ne te laisserai pas te mettre en travers de mon chemin !
- Je ne veux pas...
- ALORS TU VEUX QUOI ? Pourquoi t’as fait ça ? Pourquoi tu me suis ? Pourquoi tu veux pas lâcher l’affaire DEKU !
- Je voulais seulement te protéger ! Je te connais trop bien. Je sais que tu n’en as parlé à personne, que tu n’as pas consulté de médecin et…
- Parce qu’il n’y a rien. Et si tu l’ouvres, je te fais cuire avant que tu ais finis ta phrase.
- Arrête avec ça ! Je ne suis pas ton ennemi, il faut que je fasse quoi pour te le prouver ? Tu veux que je te lâche ? Alors pourquoi es-tu sur mon dos dès que j’ose dire un mot ? Pourquoi suis-je obligé de surveiller mes arrières par ta faute ? Tu as dépassé les bornes. Tu ne peux pas dire aux gens de se suicider puis rentrer tranquillement chez toi comme si rien n’était arrivé !
- Alors quoi, c’est ta vengeance ? Tu vas prévenir les profs, l’administration de Jouzu ? JE DEVRAIS TE BUTER MAINTENANT !
- Tu ne pourras pas aller à Jouzu si es inculpé pour meurtre. »
Au lieu de s’énerver, Bakugo s’effondre. Assis, la tête entre les mains : « Dégage, ferme bien ta bouche, et dégage. Je ne veux plus jamais voir ta face. » Izuku prend ses jambes à son cou et quitte le bâtiment. Dans la cour, il trouve son cahier à moitié immergé dans un bassin. Brûlé, et mouillé désormais, mais il reste des pages lisibles.
Midoriya marche, le pauvre cahier sous le bras, en marmonnant comme à son habitude. Il avait d’abord remarqué que Bakugo semblait encore plus en colère que d’habitude, ce qui tenait du miracle. Puis, il semblait plus distrait en classe, ce qui ne lui ressemblait pas en tant que perfectionniste. Il avait toujours été assez indépendant dans sa façon d’apprendre, mais il s’était alors mis à potasser ses bouquins pendant que le prof parlait. Vu ses résultats, les profs avaient plutôt laissé couler. Enfin, il était arrivé en cours de maîtrise d’alter avec un casque flambant neuf. Il avançait que c’était le nouveau casque audio de Pr. Bro, disponible uniquement aux USA, que son père lui aurait ramené d’un déplacement professionnel. Mais l’aspect du casque était étrange. Il semblait très lourd et inconfortable. Izuku n’avait trouvé aucun casque de ce genre en ligne, et finit par remarquer qu’il s’agissait d’un casque antibruit qu’on avait décoré et muni d’un câble jack. Alors qu’il prétendait faire l’insolent en écoutant de la musique en cours, il protégeait ses oreilles… de ses explosions bien sûr. La plupart des gens ayant un alter offensifs étaient immunisés contre leur propre alter. Mais il y avait des exceptions… Cela pouvait même devenir très moche, et les enfants concernés étaient souvent pris en charge dans des hôpitaux ou des écoles spécialisées. Option qui était bien sûr impensable pour Bakugo, autant que celle d’arrêter d’utiliser son pouvoir. Alors il avait improvisé…
Izuku pousse un long soupir. Réfléchir à cette situation ne mène nul part, Bakugo refuse de recevoir de l’aide. Izuku prend la direction des quais pour se promener un peu avant de rentrer chez lui.
